dimanche 21 octobre 2018

Poème express [88/365] - 1988

1988
J'atteins aujourd'hui quatre-vingt huit écritures
Et le chiffre me parle et m'interroge sur
Ce que j'ai retenu de l'année mille neuf cent
Quatre vingt huit, lorsque j'avais douze ans.

Douze ans, c'est le collège, avec un an d'avance,
J'étais en cinquième et j'étais bien oisif
Mon centre d'intérêt unique et exclusif
C'était Véronique pour qui j'étais en transe.

Me reviennent les amis, les jeux, la cantine
Et les évasions qui n'en étaient pas vraiment.
Un peu de sport, beaucoup d'un ennui lancinant :
Pour moitié j'étais là, l'autre était sur Tatooine.

Et je cherche, et je cherche, et rien d'autre ne vient
Que des brumes de visage, des parcelles de noms
Plus je cherche à creuser, plus cela est lointain
Plus je vois l'amnésie faire sa progression.

Se dessine ainsi le chemin de l'existence
Tel un cordeau Bickford, une mèche allumée
Dont la brûlure passée laisse cendre et fumée
Que le vent du temps chasse hors du champ de conscience.

--G4rF--

Poème express [85/365] - L'angoisse

L'angoisse
Par où commencer.
Quel mot mettre en premier.
Passer par la bande, ou foncer sans dévier.
Faire un choix, faire cent choix, pour expliquer, avouer.
Tomber œillères et masque, enfin se montrer.
Envie de faire un pas, de crainte, reculer.
Dominer son angoisse ou la laisser parler.
Essayer, avancer, de nouveau essayer.
Dire ce qui doit l'être, s'assumer, s'exposer.
--G4rF--

Poème express [87/365] - Le pain aux raisins

Le pain aux raisins
Quand reviendra le temps des dimanches matin
Où j'irai sans souci, léger et nonchalant,
Quérir à la boulange le pain aux raisins
Que mes poches aplaties m'interdisent maintenant ?
--G4rF--

Poème express [86/365] - Temps de cerveau

Temps de cerveau
Je crois très important de toujours mesurer
Le temps passé à être acteur, le temps passé
À être spectateur, car ils sont différents
L'un est un temps vainqueur, l'autre est un temps perdant.

Temps vainqueur sur soi-même, temps d'accomplissement
Temps d'agir et de faire, temps de contentement
Contre temps dépensé à seulement recevoir
Temps compté, débité pour écouter et voir.

Trop de l'un vous isole des vies de vos semblables
Trop de l'autre vous fait léthargique, incapable
La balance de ces temps doit être à l'équilibre
Pour user de sa tête en être fort et libre

--G4rF--

mercredi 17 octobre 2018

Poème express [84/365] - Tic tac

Tic tac
Tic, tac.
Tic, tac.
Tic, je t'attends
Tac, je t'espère,
Tic, je m'inquiète
Tac, il me faut
Tic, un message
Tac, ou un signe
Tic, quelque chose
Tac, qui me dise
Tic, que tu penses
Tic, toi aussi
Tac, un peu à moi.
Tic.
Tac.
--G4rF--

Poème express [83/365] - Panser

Panser
C'est le premier des gestes, c'est le soin évident
Généreux, altruiste, et sans contrepartie
L'objection faite au mal, le cadeau au souffrant,
Pour faire taire la douleur par un peu d'empathie.

Ce bien est fait à l'autre, mais aussi à soi-même
Car témoin de sa peine, on la ressent pour soi
Et soudain on chérit, on protège et on aime
Pour soulager les maux, on donne et on reçoit.

Ainsi je me découvre attendri, attentif
A la vue du bandage qui protège tes doigts
Laissant là toute force, je deviens délicat
Offrant d'un doux contact mon soutien affectif.

--G4rF--

mardi 16 octobre 2018

Poème express [82/365] - La maison du poète

La maison du poète
De toutes les bicoques c'est la plus biscornue
Elle n'est vraiment semblable à nulle autre qu'elle-même
Son enveloppe défie les principes et les schèmes
Elle est dedans-dehors, pleine d'inattendu.

Si vous voulez entrer, enjambez la fenêtre
Elle mène à la cuisine, qui sert de vestibule.
Pour aller au salon, faites sans préambule
Un tour par la baignoire où s'entassent les lettres.

La maison du poète est un capharnaum
Où tout jonche le sol, où tout est dérangé
Non pas pour le plaisir du bazar installé
Juste pour ne jamais devenir muséum

Ici les idées vivent, déambulent, s'égaillent
Dans le cours des saisons on peut les voir migrer
Et un jour, forcément, se coucher sur papier
Où la plume joaillère les sertit et les taille.

--G4rF--

lundi 15 octobre 2018

Poème express [81/365] - Ruelle des Trois Marchands

Ruelle des Trois Marchands
Une virgule de noir
Soudain dans la lumière jaune
Vol de chauve souris
--G4rF--

Poème express [80/365] - L'interdit

L'interdit
A l'idée d'approcher de ce que je convoite
A l'idée de risquer de créer le contact
A l'idée de sortir un instant de ma boîte
A l'idée de risquer de ne plus être intact

Je reste muet et roide comme devant Méduse
Je reste sans piper le mot que je veux dire
Je reste là niais, ballot, sans une excuse,
Je reste silencieux, ne pouvant que subir.

Car il m'est défendu d'applaudir la grâce
Car il m'est illicite de saluer l'esprit
Car il m'est prohibé de sortir de la glace
Car je me détruirais en bravant l'interdit.

--G4rF--

Poème express [79/365] - Huit

Huit

Le temps est venu de souffler ta bougie
En ce jour que depuis si longtemps tu attends
Même si les temps sont durs, tu es là qui sourit
Le monde est un défi quand on n'a que huit ans.

--G4rF--