samedi 13 octobre 2018

Poème express [78/365] - Pause

Pause
Je m'accorde un instant pour ne penser à rien
Je vide mes oreilles du bruit des alentours
Je lâche mon clavier, mon écran je l'éteins
Je pose le crayon pour le temps du détour.

--G4rF--

vendredi 12 octobre 2018

Poème express [77/365] - La pince

La pince
J'aimerais t'emmener, bras dessus bras dessous,
Ou juste à mes côtés, ou en fait, on s'en fout,
A la fête foraine.

Dans le tumulte sourd et les cris suraigus,
Près des pommes d'amour collantes comme la glu,
Tu me prendras la main.

A quelques pas de là, dans la lumière floue
Des ampoules à éclat, près des tirettes à sous
Tu m'attireras à toi.

Je sortirai des pièces d'une poche trop mince.
Au cœur de la liesse, à la machine à pince
Je tenterai ma chance.

D'un grappin hésitant je viserai une babiole
Et je ferai chou blanc juste pour qu'on rigole
Accrochés l'un à l'autre.

Qui sait si nous serons bénis par la fortune ?
Nous repartirons sûrement sans une thune
Des étoiles dans les yeux.

Et te raccompagnant, je te dirai bonsoir
Appauvri mais content de ce tour à la foire
Et je t'embrasserai.

--G4rF--

Poème express [76/365] - La mesure de soi

La mesure de soi
Quand j'ai touché le fond, quand j'ai connu l'abîme,
Quand mes pieds ont foulé le cratère des abysses
Je me pensais quelconque, nul, illégitime,
Et me sentais cloué par le poids du factice

J'avançais sous un masque et mes mots sonnaient faux,
J'étais un imposteur, toujours en prétention,
Comme si sous le casque lourd de mes défauts
Il n'y avait que fadeur, mensonge et négation

Le salut est venu d'un miroir opportun
Non celui que j'avais, celui qu'on me tendit.
L'image inattendue me fit voir de plus loin
Tout ce que j'avais fait, tout ce que j'avais dit.

Bien sûr il y avait là quantité de bêtises,
Je perdis compte bien vite des billevesées.
Mais aussi, parfois, dans le flot de sottises
Se trouvaient des pépites jusque là inhumées.

Quelle magie infernale s'était donc emparée
Des ressorts de ma tête pour y substituer
A chaque bien, un mal, un échec par succès
Pour me faire sentir bête et ainsi m'enfoncer ?

Le coupable n'était ni sorcier ni diable
Je le portais en moi, chaque heure de chaque jour :
Mon miroir, en effet, me faisait pitoyable,
Son reflet tout gauchi déformant mes contours,

Traître à la vérité de mes seules fiertés,
Thermomètre faussé, inapte et mensonger.
Une fois corrigé l'appareil erroné
Grâce à l'aide apportée par un œil étranger,

J'ai pu quitter le fond et saluer l'abîme
La trace de mes pas restant seule dans l'abysse :
Calée sur l'étalon de proches et d'intimes,
Ma mesure de soi me rend enfin justice.

--G4rF--

Poème express [75/365] - Wink

Wink
Par les interstices du feuillage
Délavé de blanc blafard par l'éclairage des rues
On peut distinguer au loin
Par delà la muraille de vieilles pierres du château
Par delà les lacets enroulés du cours du grand fleuve
Par delà les clochers lointains des villages en demi sommeil
L'œil jaune du matin qui s'entrouvre en splendeur
Et vient faire un clin d'œil à ce matin d'octobre.

--G4rF--

jeudi 4 octobre 2018

Poème express [74/365] - Jaune

Jaune
Lorsque les luttes s'éternisent
Que leurs issues sont incertaines
Lorsque l'espoir s'amenuise
Qu'on croit la résistance vaine

Elle est puissante, la tentation
De lâcher prise, faire demi-tour
D'abandonner son ambition
De faire venir de plus beaux jours

Pouvoir enfin poser les armes
Panser ses membres endoloris
Rester sourd aux signaux d'alarme
Capituler devant l'ennemi

Dire tant pis, on n'y peut rien
C'est même pas à nous de lutter
C'est leur problème, c'est pas le mien
Si ça les gêne, qu'ils aillent gueuler

Devenir un jaune, se trahir,
Juste pour s'éloigner du front
Mais toujours, toujours, revenir
Malgré la terreur du canon.

--G4rF--

vendredi 28 septembre 2018

365 jours de poésie express : bilan à 20%

Ah, l'écriture.
Quel plaisir.
Quelle tannée.
Qu'est-ce que j'aime ça, qu'est-ce que ça peut me faire chier.
Qu'est-ce que c'est bon, de se voir progresser, qu'est-ce que c'est dur d'y arriver.

J'ai publié cette nuit le 73ème poème de ma série. Ceci fait que j'ai atteint la barre symbolique des 20%.
C'est mieux que ce que j'espérais de ma part : il semblerait que je parvienne, peu ou prou, avec des relâchements regrettables dans ma régularité, à tenir à peu près le pari que j'ai fait avec moi-même d'arriver à écrire un texte original chaque jour. Youpi.

Je commence aussi à me prendre un peu au jeu : les opus 65, 71, 72 et 73, et le suivant sont des essais pour lesquels le mot-titre, autour duquel bâtir le texte, m'ont été fournis par une tierce personne. Ce n'est pas vraiment du "texte de commande", mais ça rajoute une contrainte (écrire sur un sujet que je n'ai pas choisi) tout en retirant une autre contrainte (trouver un sujet sur lequel écrire !).

Je tiens à jour un agenda spécifique pour mesurer l'amplitude de mes retards. En moyenne, je tourne autour de 2 jours de retard, avec quelques rares instants où tout est fait le jour J et de nombreux instants où, pour diverses raisons, je me prends 5-6 jours de retard dans la gueule, et après il faut ramer pour rattraper le coup. Il y a de la marge pour faire des progrès, mais c'est moins la cata que ce que je redoutais.
Peut-être que si j'atteins les 100% avec un retard du même ordre, je me sentirai en confiance pour relancer mon challenge "une page par jour" pour enfin arriver à pondre mon 2ème tome. Qui sait ?

J'envisage sérieusement de regrouper tous les poèmes express de cette série dans un bouquin, en autoédition de préférence, genre BooksOnDemand ou MonBeauLivre ou PublishRoom ou le Kindle Direct Publishing d'Amazon (même si je ferai tout ce que je peux pour ne pas enrichir Jeff Bezos).
J'éviterai absolument de m'embourber de nouveau dans une relation contractuelle grossièrement déséquilibrée avec un éditeur pour de faux comme celui chez qui mon premier roman est paru : dans la mesure où cette maison n'a pas respecté la loi qui l'oblige à me verser mes droits d'auteur au moins une fois par an, n'a objectivement rien fait de concret pour promouvoir mon oeuvre et n'a su qu'encaisser mon fric pour me livrer des livres imprimés (ce qu'un imprimeur eut tout aussi bien pu faire), le contrat qui nous liait est caduc et j'en suis bien heureux.

Mais bon, tout ça, c'est un peu prématuré. 20% ça fait 73 poèmes déjà écrits et 292 encore à écrire...
Souhaitez-moi bon courage les aminches !
--G4rF--

jeudi 27 septembre 2018

Poème express [73/365] - Soleil

Soleil
L'avez-vous vue passer ? Sentez-vous sa lumière ?
Par où est-elle allée ? A-t-elle quitté la terre ?

Si je vous parle d'elle, si je la cherche tant
Qu'à toute heure je l'appelle, de l'automne au printemps,

C'est qu'elle est un soleil qui me fit héliotrope,
L'astre qui m'émerveille, moi le vieux misanthrope.

Sa course dans mon ciel dure le temps d'un éclair
Devenu essentiel dans mes nuits sans repère

Où je pleure son absence, et soudain elle surgit
M'offrant la renaissance, brisant ma léthargie

Parfois sans dire un mot, simplement d'un sourire
Qui glisse sous ma peau de métal et de cuir

Et me va droit au cœur plus sûrement qu'une lame.
Et son air moqueur, son silence, son charme

Dégonflent toute peur, font fuir toute angoisse,
Dissolvant la torpeur, faisant fondre la glace

Et me laissant ainsi, juste libre et heureux,
Debout, à sa merci, elle que je ne peux

Approcher sans bouillir, toucher sans me brûler :
L'astre de mon désir me reste prohibé.

Craignant le sort d'Icare, je ne peux me risquer
A commettre un écart qui me ferait chuter

Alors je vole bas, baigné par sa chaleur
Puis me revient le froid et s'enfuient les couleurs

Car elle s'en est allée par delà l'horizon.
Voilà l'obscurité, mon odieux compagnon

Qui revient à la charge, et m'étreint, et m'emporte
Vers le fond, vers le large, vers des étoiles mortes.

Perdu, désorienté, sans carte ni compas,
Je m'en vais, aveuglé, au hasard de mes pas

Appelant de mes vœux le retour d'une comète,
D'un éclair dans mes yeux, d'un soleil dans ma tête.

--G4rF--

Poème express [72/365] - Vache

Vache
C'était ma vache sacrée
Mais une vraie peau de vache
J'étais sa vache à lait
Elle avait l'amour vache

Vint le temps des vaches maigres
Adieu la vache qui rit
D'un coup de pied en vache,
La vache ! Elle est partie.

Me voilà avachi
Sur le plancher des vaches
A cause de ses vacheries
Et je crie "Mort aux vaches !"

--G4rF--

mercredi 26 septembre 2018

Poème express [71/365] - Paradis

Paradis
Trop longtemps accroché au souvenir ténu
D'une bribe, d'un reste de paradis perdu
Luttant pour enrouler le fil des mémoires
Assemblant un puzzle de pièces dérisoires

Il sent la douleur froide du vide qui s'installe
Clé de voûte envolée, tombe sa cathédrale
Temple commémorant les instants oubliés
Qui de pierre en poussière s'effrite et disparaît

Le tourbillon du vent en disperse les cendres
Laissant la place nette, et paraissant attendre
Un tremblement de terre, un grand chambardement
L'irruption imminente d'un nouveau monument

Qui surgira soudain, tout d'or et de splendeur
Un nouveau paradis, vibrant de mille couleurs.

Des plus beaux souvenirs, jamais un ne trépasse :
Si l'un d'eux disparaît, un meilleur le remplace.

--G4rF--

Poème express [70/365] - La cour des miracles

La cour des miracles
Il y a ceux qui vivent entre eux, qui sélectionnent et qui dégagent
Les malappris qui n'ont pas l'heur de présenter les meilleurs gages.

Il y a ceux qui évoluent sans satellite, sans entourage
Seulement eux connaissent leur but, personne ne suit leur sillage.

Et il y a les incongrus, ceux qui détonnent dans le tableau
Tels des soleils derrière les nues, et qui se moquent des niveaux

Ils choisissent de ne pas choisir, de ne jamais trier personne
Loin des meilleurs et près des pires, on penserait qu'ils déraisonnent

Qu'ils ont droit à meilleure place, qu'ils se gâchent en fréquentation
De gens de peu, de populace, qu'ils endommagent leur exception

Mais quand on est un de ceux-là, on se reconnaît marginal
Cela ne se décide pas, on voudrait juste être normal

Et en cherchant la compagnie du commun, du particulier,
On lutte contre une avanie, celle d'être singularisé

Cela me parle, je l'ai vécu, enfant brillant, presque prodige
C'était moi qu'on portait aux nues, bien que cela me désoblige

Qu'il est curieux ce sentiment d'être passé sur l'autre rive,
Laissant venir le poids des ans, je peux mesurer la dérive

Le sujet devient complément, et le centre périphérie,
Gravitant autour d'un aimant, le repère change, l'ego aussi

Orbite géostationnaire, en chute toujours rattrapée,
Le satellite, la montgolfière, sur le firmament accroché

D'où je m'amuse, en petit prince, à admirer la belle étoile
Car c'est pour elle que j'en pince, elle qui veut juste être normale.

--G4rF--