...ou "pourquoi la gauche se viande alors qu'elles a les bonnes idées et les bonnes personnes"
Au commencement du début
J'ai reçu comme chaque semaine un message issu du site "La sociale", dont je recommande d'une façon générale la lecture car le contenu critique qui y est développé me paraît qualitatif et instructif.
J'ai découvert ce site consécutivement au départ du Media de Jacques Cotta, qui y préparait et présentait l'émission "Dans la gueule du loup" (DLGL), émission elle aussi de haute qualité et dont la disparition m'a d'autant plus attristé que les raisons qui l'ont amenée sont médiocres.
Me promenant de lien en lien, je retombais sur la lettre de la semaine précédente signée par Jacques Cotta, dont le contenu m'a fait à la fois bondir et claquer ma main sur le front de désespoir (un exploit qui n'est pas accessible à tous... essayez, vous verrez).
La lettre en question est lisible ici.
Le problème, c'est les autres ?
Bondir parce que cette lettre part du principe qu'en soutenant la marche pour le climat le même jour qu'une manif de gilets jaunes, les militants insoumis ont choisi une urgence moins élevée que celle contre laquelle se battent les gilets jaunes. Etant moi-même militant insoumis et gilet jaune, je sais de source sûre que cette façon de voir n'est pas juste.
Claquer la main sur le front parce qu'une fois de plus, je vois la machine à perdre en plein travail, cette détestable habitude propre à tout ce que la France comporte comme personnes engagées et militant pour un projet humaniste et progressiste : faire caca verbalement sur les petits copains parce qu'ils s'y prennent mal pour mener leur combat. Je caricature évidemment, mais je pense que vous y reconnaîtrez quelque chose que vous avez déjà vu.
Le problème, c'est moi !
Selon moi, voilà ce qui se passe, lisible ci-dessous sous forme très condensée, puis moins condensée, puis totalement expliquée :
- le problème, c'est moi ;
- le problème, c'est qu'on oublie que tous ceux qui marchent vers Rome ne prennent pas forcément le même chemin pour s'y rendre que nous ;
- le problème, c'est que la spécificité intrinsèque qui permet de dire de quelqu'un "lui, il est de gauche", c'est qu'il a totalement intégré dans son mécanisme d'analyse critique une étape préliminaire et inévitable : questionner la validité de toute forme d'autorité lui suggérant une façon de faire.
Je m'explique
Pour expliquer ce que c'est, la "pensée de gauche", pour peu qu'il y ait un sens à faire cet exercice, il y a selon moi deux façons possibles de s'y prendre (non exclusives l'une de l'autre). La première, c'est d'expliquer ce qu'est la gauche politique, parler des penseurs, des analystes, de tout le spectre des tendances et courants, pour dessiner avec de nombreuses nuances et estompes le nuage galactique de la gauche politique passée et actuelle. Extensif, efficace, mais long, et ouvrant sur des débats dans les débats qui sont certes intéressants mais vous garantissent aussi de saigner des oreilles à un moment ou un autre.
La deuxième, c'est la technique dite de "l'empreinte en creux" : parlons de ce que n'est pas la gauche, et une fois qu'on aura décrit tout ce qui est "en dehors", ce qui restera, c'est la gauche. Pas du tout extensif, relativement efficace, mais surtout diablement rapide. Essayons cette méthode.
L'empreinte en creux de la gauche... bin c'est la droite.
A quoi reconnaît-on la droite ? A ses valeurs.
Discutables, adoptables pour certaines (sous réserve), méprisables pour d'autres, mais elles existent, et chacun en pense ce qu'il veut.
Pour le sujet qui m'occupe aujourd'hui, je dirais que la valeur essentielle caractérisant un point de vue de droite, c'est le respect intrinsèque pour l'autorité.
Ceci ne signifie nullement qu'il n'y aura pas de combat ou de contestation de l'autorité dans un mouvement de droite, mais que, à l'instar de ce que l'on peut voir dans le règne animal chez bien des espèces fonctionnant par domination et soumission, celui qui remporte le combat des chefs gagne automatiquement le respect des non-chefs.
Le chef parle, on l'écoute, et on part du principe qu'il sait ce qu'il dit puisqu'il est le chef, donc que le groupe a reconnu sa compétence à présider aux choix du groupe. La confiance en sa parole est acquise par défaut, il faudra prouver qu'il a tort pour que cette confiance soit remise en question. L'a-priori de droite sur les décisions prises est positif.
Et à gauche, c'est l'inverse. A gauche, toute opinion professée par un porte-parole sera d'emblée soumise à la question : de quel droit ce mec me dit-il ce que je devrais penser ? Où essaie-t-on de me conduire ? Est-ce que ce gars ne serait pas encore un de ces fumiers qui me vend du rêve et prétend soutenir mon combat universel, juste pour se trouver une astuce qui, à terme, lui permettra de bronzer peinard en me laissant, moi avec tous les autres, au bord de la route et toujours dans la mouscaille ?
Et, peut-être par habitude d'appliquer cette analyse critique à tout ce qui sort de la bouche ou de la tête d'un leader (ou présenté comme tel) de la gauche politique française, on arrive à l'effet inverse de la droite : l'a-priori de gauche sur les décisions prises est négatif.
L'usage de la métonymie provoque une myopie de l'opinion
Il en résulte que, quelle que soit la parole prononcée ou l'option retenue par tout ou partie d'un groupe militant, d'un mouvement ou d'un parti de gauche, on commencera d'abord par une péroraison sur tout ce qu'il emporte de mauvais, avant de se pencher (s'il reste du temps) sur ce qu'il amène de bon.
Je vois dans la lettre de Jacques Cotta un exemple flagrant de cette tendance, d'autant plus chagrin de mon point de vue que je suis personnellement convaincu que ce type est très malin et tout à fait compétent dans ses analyses. Mais là, sur ce coup, je ne valide pas.
En premier lieu, l'analyse qu'il porte procède d'une forme de métonymie, c'est à dire prend une partie de quelque chose pour l'ensemble, que je trouve infondée. Supposer que, parce qu'un cortège de militants France Insoumise se place à l'arrière d'une manif internationale réclamant l'action politique pour faire face à l'urgence climatique, alors la totalité de la France Insoumise et de ses militants partagerait intégralement cette façon de faire et soutiendrait à 100% cette manière d'agir, c'est une métonymie. Et là aussi, je sais de source sûre que la réalité de terrain est tout autre.
La première raison à cela est que, si la totalité des militants insoumis avait manifesté avec Manon Aubry, le défilé des gilets jaunes eut été moins fourni : dans ma campagne comme dans les villes, un nombre tout à fait conséquent de militants FI sont des gilets jaunes. Ils choisissent leurs défilés et leurs actions comme des grands, et n'attendent pas les mots d'ordre, pas plus qu'ils ne les respectent aveuglément (d'ailleurs, les "tronches" de la France Insoumise sont assez intelligentes pour savoir que s'ils utilisent le terme "mot d'ordre", ça va gueuler un peu).
Avec cette métonymie, l'opinion qu'on se forme est frappée de myopie : certes on voit bien de près des insoumis dans un cortège et pas dans un autre, mais on voit mal de loin la mobilisation générale sur de multiples fronts qui caractérise mieux l'action des porteurs du mouvement.
Sur l'impossible ubiquité
Vu de l'intérieur du mouvement insoumis, sur lequel j'ai par ailleurs des critiques à formuler (n'oubliez pas : je suis de gauche, donc j'ai des choses à dire sur ce qui ne va pas chez mes potes), je constate que bien des observateurs plus ou moins partisans passent à côté d'une réalité bien triste et proverbiale : on ne peut pas être à la fois au four et au moulin.
On ne peut pas être à la fois dans un défilé gilet jaune et dans un défilé climat... sauf le jour où, volontairement, ces deux actions se rejoignent.
Ce fut le cas chez moi, à Ancenis, le week-end où se tint l'événement que Jacques Cotta déplore selon moi pour de mauvaises raisons.
Plus généralement, chaque jour pour les militants le questionnement revient : où agir pour être efficace à la transformation du monde que nous souhaitons ? Serait-ce mieux d'être avec les gilets jaunes, dont beaucoup sont des oubliés du système qui ne s'étaient jamais mobilisés politiquement et à qui apporter un soutien dans l'action peut faire du bien, donner de l'énergie pour continuer, aider à faire aboutir les revendications pour obtenir le futur qu'ils souhaitent et que je souhaite aussi ?
Au collectif des coquelicots, qui réclament l'interdiction des pesticides pour obtenir le futur qu'ils souhaitent et que je souhaite aussi ?
A la marche pour le climat, honteusement récupérée par des soutiens de Macron le jour même où le gouvernement se torchait à l'assemblée avec les pompeux engagements du petit roi quant au changement-c'est-maintenant climatique, dont la plupart des participants veulent qu'on transforme la société pour arrêter de défoncer le seul habitat connu compatible avec la vie humaine, pour obtenir le futur qu'ils souhaitent et que je souhaite aussi ?
Aux collectifs de soutien aux migrants ? Aux associations anti-corruption ? Aux groupes luttant pour l'égalité des droits des femmes, contre le travail des enfants, contre l'évasion fiscale des ultra-riches ? Autant de groupes de personnes pas forcément étanches les uns aux autres, luttant pour obtenir le futur qu'ils souhaitent et que, nom d'un chien, je souhaite aussi.
L'action politique est une navigation
Il est donc nécessaire selon moi de garder à l'esprit que notre instinct critique politique est susceptible de faire de nous, contre notre volonté première, des armes de démoralisation massive de gens qui veulent, au fond, la même chose que nous mais qui n'empruntent pas la même route pour y arriver.
Au fil des années passées à discuter, lire, débattre, battre le pavé, me faire critiquer et me prendre des claques idéologiques, je pense avoir cerné de la sorte une forme de précepte utile à garder par devers soi comme pense-bête pour aider à faire de nos actions des outils de construction de notre avenir qui ne détruisent pas le moral de nos copains : l'action politique est une navigation.
Chacun sur son bateau, ou plutôt sa galère, nous nous fixons un cap, et la plupart de nous partageons ce même cap, mais nous ne sommes pas placés sur les mêmes mers, nous ne partons pas des mêmes ports, nous ne voyagerons pas forcément sur les mêmes routes.
Nous n'avons pas les mêmes GPS, et s'il nous est permis d'alerter par radio nos camarades de transat sur le risque d'un récif qu'il leur faudrait contourner, il nous incombe d'apprendre à maîtriser notre colère critique pour la tourner là où elle sert notre objectif commun : contre les manœuvres dilatoires et destructrices de nos adversaires, éventuellement aussi contre les erreurs que nous commettons nous-même.
Mais pour ceux qui nous accompagnent, en idées tout du moins, sur la longue traversée vers le futur à construire tous ensemble une fois accostés sur la gauche de la carte, faisons d'abord provision de magnanimité, de mansuétude et de compréhension à leur intention.
Nous n'aurions peut être pas navigué comme eux, mais, absents que nous sommes du pont de leur navire, nous n'y tenons pas la barre et n'avons nul droit de démoraliser leur navigateur : pas plus que lui nous ne sommes sûrs de la meilleure route à suivre.
Corollaire
Les plus subversifs des lecteurs de ces mots souriront jaune en constatant que, dans un article où j'encourage à y aller mollo sur la critique des autres pour faire avancer nos idées, je pratique avec allégresse la critique des autres pour étayer mon propos.
Je suis bien conscient de cette mise en abîme et de l'ironie absurde qu'il y a à faire cet exercice consistant, d'une certaine façon, à taper sur la tête des gens qui sont occupés à se taper sur la tête en leur criant "non mais vous allez arrêter de vous taper sur la tête ?!".
A titre d'excuse, ou de justification, ou de point d'intérêt pour expliquer ma démarche, je dois souligner que, depuis que j'ai découvert ce que signifiait l'expression "pensée latérale" et l'écho qu'elle donnait à la notion mathématique et physique de "dimension" (et notamment de dimension supplémentaire ajoutant un degré de profondeur et de mouvement possible à quelque chose jusque là bloqué dans un "plan" plus restreint d'évolution et de transformation), je m'efforce de faire un pas de côté et d'observer les situations complexes de cette façon.
Il s'avère que, dans le domaine des relations sociales, où les défauts de communication et de compréhension représentent selon moi 95% des causes des problèmes auxquelles on s'attelle, une conclusion du genre "communiquez mieux" adressée à des gens qui s'efforcent de se faire entendre et qui, ce faisant, ont du mal à s'entendre, est quasi-inévitable.
D'où l'ironie.
Projectile
C'est une chose de le voir sur un écran, cadré,
Dans le lustre clinquant de la télévision
Omettant les odeurs, les bruits, la confusion
Et de le voir soi-même, dans la réalité
C'est une chose de le voir s'élancer dans le ciel,
Dessinant une cloche bien au dessus des têtes
Et se scindant soudain, parvenu à son faîte
En multiples capsules de gaz pestilentiel
Il faut le voir soi-même, au milieu de la foule
Certes très en colère, mais restant pacifique
Venant empoisonner de ses miasmes toxiques
Des gens sans armes sur qui la troupe se défoule
Ces légions automates de soldats encasqués
Dont la procédure dit qu'ils sont là pour défendre
Et qui sous vos yeux se mettent à vous pourfendre,
A semer la douleur en toute gratuité
C'est une chose de le voir, une autre de le vivre
L'obscène violence des gouvernants terrés
Déployant la matraque pour venir museler
Les miséreux qui n'en peuvent plus de survivre. --G4rF--
[Nous interrompons le flux normal et irrégulier de ce blog pour un commentaire politique doublé d'une idée à la con]
En ces temps renouvelés de soubresauts populaires, une question flotte, revient, insiste, et se pose régulièrement à mesure que la loi nationale s'alourdit régulièrement de mesures répressives et/ou dissuasives : sommes-nous, ou ne sommes-nous pas, sous un régime autoritaire ?
Il convient de prendre un instant pour préciser qu'un régime autoritaire est un régime concentrant l'essentiel du pouvoir dans les mains et les décisions d'un petit groupe humain ou d'un individu, exempt de facto rendre compte à qui que ce soit de son action et bénéficiant notamment pour ce faire de faveurs niées au plus grand nombre (immunité, privilège, etc).
Alors, sommes-nous en régime autoritaire ? Pour moi, ça ne fait pas le moindre doute. Mais pour expliquer et faire comprendre pourquoi, il faut du temps, des arguments, du débat, de la réflexion, de la prise de recul... autant de choses qui comptent moins aujourd'hui que le nombre de vues sur Insta d'un œuf ou d'un(e) quelconque hurluberlu(te*) auto-proclamé(e) "influenceur(euse)" par la grâce des clics et de l'asservissement intellectuel général à la gloire de son Instantanéité le divin Buzz-Le-Grand.
Il faut donc trouver une autre méthode, moins rationnelle, pour effectuer cette démonstration. Et puisque la raison recule tandis que l'émotion et l'affect règnent en maîtres, puisqu'il faut que tout soit blanc ou noir, ouvert ou fermé, mort ou vivant, macroniste ou humaniste, j'ai réfléchi (pas très longtemps) et je pense que j'ai trouvé comment.
Je vous présente donc, avec une joie non dissimulée, ma méthode vite-faite-mal-faite en mode MBMC** pour savoir si votre pays est gouverné de façon autoritaire ou non. Une méthode facile à appliquer à échelle internationale, car elle s'appuie sur la popularité mondiale d'un personnage connu qui ne fait pas beaucoup débat (sauf au Tibet et en Afrique noire) : Tintin.
Je me réfère ici au Tintin débarrassé de ses encombrants débuts colonialistes, bien sûr, à celui qui a risqué sa peau pour son ami Tchang et qui fit ainsi longuement souffrir Frédéric Molas et Sébastien Rassiat (sans l'avoir voulu, je le précise).
Foin de digression, venons-en au fait. J'ai appelé cette méthode "La preuve par Tintin".
Voici comment faire :
Prenez les titres de presse les plus vendus, ou à défaut, les plus exposés, du pays en question. Un tour rapide sur n'importe quel site web agrégateur de contenu devrait faire l'affaire : cherchez <nom du pays> news
Dans les titres de ces journaux :
remplacez le nom du pays concerné par "Syldavie",
remplacez le nom des gens par "pauvres" (s'ils sont pauvres, genre smicards ou assimilés) et par "riches" (s'ils sont riches)
Imaginez un instant Tintin au début d'une de ses histoires, prenant le train pour se rendre à Bruxelles avec son fidèle compagnon à quatre pattes. En bon reporter belge du "Petit vingtième", il parcourt les titres de la presse que vous venez de préparer.
Maintenant qu'il a fini sa lecture, que dit-il : "Les gens de Syldavie ont bien de la chance, n’est-ce pas mon brave Milou ?" ou bien "Les malheureux Syldaves, Milou, si tu savais !"
Et voilà ! Si les Syldaves sont heureux, votre pays n'est pas autoritaire. S'ils sont malheureux... enfin, vous avez compris.
Merci Tintin ! :)
--G4rF-- *Oui, hurluberlute. J'ignore le féminin d'hurluberlu, je n'ai aucune envie d'aller m'en quérir, et j'espère que s'il existe ce n'est pas "hurluberlue" car ce serait rater grossièrement le mot hurluberlute que je vous présente aujourd'hui en exclusivité mondiale car il est plus drôle, plus moqueur, légèrement plus acidulé et il sent la vanille. **Ma Bite et Mon Couteau
Si nous paraissons tous capables de comprendre, au sujet des réfugiés, qu’il faut à la fois faire preuve d’humanité pour accueillir ceux qui sont là et également faire preuve d’intelligence pour résoudre les crises qui les amènent à quitter leurs pays, afin de résoudre le problème à court et à long terme… pourquoi semblons-nous incapables de comprendre, au sujet des transports, qu’il faut à la fois faire preuve d’humanité pour aider ceux qui n’ont pas d’autre choix que d’utiliser leur voiture et également faire preuve d’intelligence pour remodeler la société en évacuant l’automobile individuelle, afin de résoudre le problème à court et à long terme ?
Le racket d’état sur la taxation du carburant n’est pas nouveau. Il n’est pas le fait de ceux qui protestent aujourd’hui, que l’on soit d’accord ou non avec leurs arguments.
La réalité est têtue : notre société est aujourd’hui dans cet état après des décennies de politiques de transport qui l’ont volontairement modelée autour de la sainte bagnole.
Cette nouvelle mesure fiscale oppressive, qui ne propose aucunement un mécanisme de compensation améliorant concrètement l’usage de transports plus écologiques ou permettant de se libérer de la voiture, provoque un appauvrissement forcé de tous ceux qui n’ont d’autre possibilité que d’utiliser leur voiture chaque jour. C’est une réalité incontestable, aussi incontestable que la fuite en avant imbécile de notre société consistant à rester focalisé sur le modèle de l’automobile individuelle alors que nous savons le péril dans lequel cela nous projette.
Dresser l’une contre l’autre ces deux faces d’une même pièce n’aboutit à aucune possibilité d’amélioration.
Il nous incombe de traiter ce problème dans sa globalité, à court et à long terme, et de mettre à bon usage la colère collective pour provoquer le changement de modèle que nous appelons tous de nos voeux, sans négliger personne, même ceux qui protestent pour ce que nous pensons être de mauvaises raisons.
J'aurais aimé être surpris à l'évocation de la récente prise de bec intervenue (apparemment hors antenne) entre Eric Zemmour et Hapsatou Sy lors du tournage d'une émission d'Ardisson.
J'aurais aimé être surpris, mais je ne le suis pas, et je pense qu'au fond personne ne l'est vraiment.
Le concert des indignations suivant la délivrance du "c'est votre prénom qui est une insulte à la France" est même assez divertissant dans sa triste prévisibilité.
Nul doute qu'en ces temps binaires se forment assez rapidement deux fronts : ceux qui disent qu'il est complètement ahurissant qu'une personne se sente dans son bon droit en affirmant haut et fort une ineptie de ce calibre, et ceux qui disent que oui mais quand même il a sa liberté d'expression et puis y'a des gens qui pensent pareil alors ce point de vue doit aussi être entendu.
Et en voyant le cirque causé par cette énième polémique sur le thème du "racisme à peine voilé Vs. on peut plus rien dire", je fais un pas de côté et je regarde le tableau. Et je me dis qu'on n'a plus affaire à des "polémistes" au sens où le mot est employé actuellement, mais qu'on est passé à quelque chose d'autre.
Je m'explique.
Commençons par demander à notre ami le dictionnaire ce qu'est un polémiste.
Allons donc un peu plus loin et demandons-nous ce qu'est la polémique.
Larousse, tant que vous y êtes, poursuivez donc, mon bon :
polémique (nom féminin) : débat plus ou moins violent, vif et agressif, le plus souvent par écrit : Une polémique politique qui s'envenime.
Ah, on commence à s'approcher du but.
Monsieur Littré, un commentaire ?
polémique (po-lé-mi-k') adj.
1 Qui appartient à la dispute par écrit. Un écrivain polémique.
Le genre polémique n'est que trop de mon goût ; j'y avais renoncé pourtant, Rousseau, à M. Moultou, Corresp. t. V, p. 253, dans POUGENS.
Une théologie qui prenait et qui méritait le nom de polémique, de contentieuse, pouvait elle-même être un danger, Le Clerc, Hist. litt. de la France, t. XXIV, p. 340.
Ouvrages polémiques, ceux qui se font dans les disputes littéraires, pour soutenir une opinion contre une autre.
Les livres qu'on a appelés polémiques par excellence, c'est-à-dire ceux dans lesquels on dit des injures à son prochain pour gagner de l'argent, Voltaire, Mél. hist. Mensonges impr. 17.
2 S. f. La polémique, dispute par écrit. Une polémique ardente.
Il s'est dit dans le même sens au masculin qui n'est plus usité.
Mon goût pour le polémique, Morellet, Mém. t. I, p. 196, éd. 1822.
Le court polémique qui va suivre étant de pure précaution…, Mirabeau, Collection, t. V, p. 193.
ÉTYMOLOGIE
Πολεμιϰὸς, de πόλεμος, guerre.
Voilàààà ! Merci, monsieur Littré, comme toujours, vous avez mis le doigt dessus : "[...] qui appartient à la dispute par écrit. |...] Étymologie : guerre."
L'ami Littré a ceci d'intéressant qu'il a un contenu plus ancien et donnant souvent des indications précieuses quant à leur usage quelques décennies plus tôt... on en apprend pas mal, dans les vieilles feuilles.
Mais qu'en est-il aujourd'hui, du sens du mot "polémiste" ? Dans l'acception commune, on donnerait plutôt au mot "polémiste" le sens de "débatteur", "interpellateur", "analyste iconoclaste". En passant sous silence l'attachement étymologique du mot à la dispute et à la guerre, qui permettait de mettre en évidence que c'est un combat armé et pas très civil dont il est question. Et en omettant qu'au départ, il s'agissait plutôt de personnes présentant leur argumentaire par écrit, et ne pouvant donc s'appuyer sur des tactiques verbales pour appuyer leur propos en soufflant la parole à leurs interlocuteurs/contradicteurs/adversaires.
Sur cet aspect des tactiques verbales, il me vient le souvenir d'un Marc-Olivier Fogiel et de son "style" bien personnel consistant (pour le souvenir que j'en ai) à glisser joyeusement sur la limite entre une insolence à peu près tolérable et l'usage joyeux d'argument d'invective, d'autant plus joyeux qu'il est le fait de celui disposant du pouvoir de couper le micro (et la parole) de sa victime à tout moment, ce qu'il ne manque pas de faire.
Et à la suite du personnage MOF, le souvenir me vient de la cohorte de tous ces évèques de l'église cathodique, ces nobliaux interchangeables que la télé aime tant mettre en exergue quand elle se regarde le nombril comme elle sait si bien le faire pour occuper l'antenne. Tous ces personnages hauts en couleur mais fades en contenu qui auraient bien aimé faire du Michel Polac de la grande heure mais, dépourvus qu'ils étaient de l'indispensable colonne vertébrale culturelle qui leur eut permis de faire tenir debout leurs argumentaires, prirent le parti d'adopter, comme solution de secours, le style du roquet perpétuellement outragé, jappant à la face des gens, à vous en faire péter les tympans, sur tous les airs de l'offense au "bon sens" (LEUR bon sens), bâtissant à la hâte de leurs mots trop souvent déplacés des cathédrales d'invective ne résistant malheureusement pas plus de quelques secondes à la première analyse critique faite dans la sérénité.
Je les revois empilant argument merdique sur phrase incriminante, vite, vite, vite, pour empêcher le contradicteur d'en placer une, pour empêcher surtout qu'on revienne aux premières pierres du discours dont on pourrait alors voir que l'apparence de marbre clinquant n'est qu'un placage fait à la hâte sur la craie friable des idées mal ficelées. Des Carlier, des Apathie, des Benguigui, des Benichou, des Zemmour, des Naulleau, des Moix, des Angot... tous ont tenté l'exercice, avec plus ou moins de talent et de facilité, tous ont cédé à la pression spécifique de l'exercice polémique télévisé : faire de l'audience à tout prix, faire parler de soi même en mal, justifier son existence dans le petit rectangle lumineux de la tévé, pour pouvoir revenir et cachetonner encore. Qu'importent ceux qui passent, qu'importent les sujets traités : le seul indicateur de réussite, c'est d'être là encore la semaine prochaine. Tant que je gagne, je joue.
Si encore on était face à des gens qui posent les questions mettant en lumière d'apparentes ou réelles contradictions dans les postures des interrogés. Si encore on avait affaire à des personnes assumant le rôle parfois peu enviable de procureur des anges comme d'autres sont avocats du diable. Si encore, en somme, ils arrivaient parfois à faire du Michel Polac... mais non. Médiocre, médiocre, médiocre encore, pas de sortie par le haut, pas d'ouverture vers du meilleur, on persiste et on signe, on reste dans la circulation en boucle fermée de ce cocktail indigeste d'invective fécale qui revient s'étaler semaine après semaine, encore, encore, encore...
Car tel est au fond l'axe suivi, telle est la trajectoire empruntée par le trollage télévisé qui encombre souvent, et aujourd'hui en particulier, les unes de nos fils d'actualité : au lieu d'opposer des idées et des points de vue, laissant au spectateur attentif l'opportunité de construire son intime conviction en bon juré de débat contradictoire, après un moment potentiellement pénible d'adversité intellectuelle, on assiste à un tournoi de démolition en série digne des plus splendides heures des productions Endemol.
Résumé de l'épisode : le champion est sur le ring, comme la semaine passée, et "here comes a new challenger". Pas de souci, le champion est maître rhéteur, toujours prêt, toujours chaud. D'un coup de peinture dorée il vous habille un étron mental en brillant contrepoint et en badigeonne avec fougue et panache le visage stupéfait de l'amateur qui lui fait face, interdit par la vitesse où s'abat sur lui l'avalanche d'outrecuidance, l'averse de bassesse, la cataracte d'inepte supercherie. Le champion est déclaré vainqueur par K.O. du concours d'éloquence car ça y est, au bord du ring la cloche a fait "buzz" et on parlera du champion toute la semaine qui vient. Retour au vestiaire, les diptères coprophages de toutes les rédactions se jettent sur la merde et dissertent sur son goût, le champion déclare que son high kick final, dont plusieurs spectateurs affirment qu'il ressemblait beaucoup à un coup de genou dans les couilles, n'est pas en infraction avec le fair-play, que ce n'était en fait pas un coup de genou mais que son adversaire a précipité ses testicules sur plus fort que lui et ne peut s'en prendre qu'à lui-même...
Toute ressemblance avec un débat actuellement en cours serait, vous en conviendrez, tout sauf fortuite.
Voilà le niveau où nous en sommes rendus. Voilà de quoi est faite l'info-divertissement qui fédère, à mon grand désespoir, tant et tant de mes concitoyens venus devant le poste un peu pour s'informer mais surtout pour satisfaire une curiosité morbide et malsaine.
"Qui est-ce qu'ils vont défoncer ce soir ? Y aura-t-il du sang, des dents qui volent, des côtes cassées ? Peut-être une belle commotion cérébrale..." espèrent-ils, sans se rendre compte malheureusement que pendant qu'on amuse leur tête avec ce hochet peu ragoûtant et ce combat minable à l'orchestration attendue, d'autres saloperies méritant leur intérêt sont sagement tues par leur écran chéri.
Ils le découvriront plus tard, sans même un étonnement : tiens, l'essence est super chère, tiens, on va encore se faire rançonner sur la facture de gaz, d'électricité, tiens, la retraite de mamie va dérouiller, tiens, on va encore perdre un peu d'alloc, tiens, on va pouvoir se faire virer de son boulot par SMS, tiens, le président de la république nous a traité d'arriérés lors d'un voyage officiel... Mais bon, parlons plutôt de Zemmour et de la honte de ne pas s'appeler Corinne.
Un humoriste au talent méconnu de ce côté-ci de l'Atlantique, nommé Andy Richter, a résumé en une phrase qui m'a particulièrement marqué le problème des trolls : "argumenter avec un troll, c'est comme vouloir tuer un vampire en le noyant avec votre sang". Ceci explique le sens profond de l'expression "ne nourrissez pas les trolls" qui flotte sur les forums et autres lieux d'échange du net depuis déjà bien des années.
Si vous voulez un monde dans lequel les médiocrates comme Zemmour et ses contempteurs ne viennent plus vous faire perdre votre temps, faites un geste simple : ne les invitez pas, ne les écoutez pas, ne les commentez pas. Quand vous les voyez défourailler leur cimeterre, ne cédez pas à la tentation du spectateur des arènes romaines, ne restez pas pour le sang : barrez-vous faire autre chose de votre vie, le temps que ça se passe. Car aucun comédien ne joue pour une salle vide : ils ne servent le texte que si quelqu'un est là pour les admirer.
Quelques secondes d'écoute attentive seulement suffisent pour détecter un troll, des gestes simples suffisent pour les tenir hors de votre tête et ainsi, les éradiquer. Nous vivons à l'ère des trolls, et pour commencer à les dégager, appelons-les déjà par leur nom.
Au sujet de la compète au perchoir de l'hémicycle, il y a 2 jours j'écrivais ça dans un post intitulé "Les mainates au perchoir" :
Les candidats sont légion. Enfin, pour l'instant. Si le choix des candidatures internes au parti macroniste fonctionne à l'identique de l'élection de son ex-rocardien de délégué général, il devrait très vite y avoir un consensus --comprendre : Manu va choisir son courtisan favori--pour que tout le monde ferme sa gueule et que le (ou la) plus servile l'emporte en forçant tous les autres à tourner casaque au lieu de déposer officiellement plusieurs candidatures, ce qui fait désordre car trop démocratique, sans doute.
Je pense qu'on sera tous d'accord pour dire que je ne suis pas spécialement un Sherlock Holmes de la politique.
C'est pas pour me la péter, mais juste pour démontrer qu'en plus d'être bourrins, les macronistes sont prévisibles. Même par un gars qui ne lit pas le Figaro et ne regarde pas TF1.
La révolution, avec Macron, c'est comme en astrophysique : on fait un grand tour et on revient au point de départ.
Décidément, cette rentrée n'en finit pas de monter en épingle des non-événements qui occupent apparemment pas mal les pisse-copies des salles de rédaction.
Je dis non-événement parce que, si on est à peu près certains d'une chose dans la situation actuelle, c'est que remplacer un partant adoubé par Macron par un arrivant adoubé par Macron ne donne aucune garantie que le dernier arrivé fasse en quoi que ce soit mieux que son prédécesseur.
Être adoubé par Macron c'est accepter de faire les quatre volontés de Manu. Comme le mec d'avant, en somme. D'aucuns appelleraient cela le changement dans la continuité... vieux relent pompidolien, en tout cas signe incontestable d'une gouvernance préférant travailler l'image du changement que donner à celui-ci une chance d'exister et de faire bouger les lignes. Sors de ce corps, VGE !
Il y a eu un seul vrai événement, mais c'était avant l'été : l'affaire Benalla. Celle qui a mis en évidence l'usage normalisé d'une violence systématique, armée et démesurée par les dépositaires de l'autorité publique à l'encontre de civils non armés et ne présentant pas de risque manifeste de trouble à l'ordre public autre que celui consistant à faire du bruit parce qu'ils ne sont pas contents. Oui, certes, en plus des CRS normaux, y'en avait un faux. Mais en attendant, ça tabassait des impuissants, peu importe qui, et ça n'est pas vraiment le signe d'un pays ayant trouvé le juste équilibre entre répression des troubles et liberté d'expression des opposants politiques, n'est-ce pas ? Imaginez ce qu'on en dirait si un truc comme ça se passait à Cuba, au Venezuela... Vous l'entendez, le PPDA qui sommeille en vous, vous soufflant à l'oreille "police politique", "répression des contestataires", tout ça ? Hmm ?
Bin oui, aujourd'hui en France, tout le monde a l'air de trouver normal qu'on puisse balancer des engins explosifs dans les pieds de manifestants pacifiques, qu'on puisse les asperger de gaz irritants et incapacitants (donc les asthmatiques sont de facto interdits de manifs, ce qui n'est pas très constitutionnel), qu'on puisse les nasser et les empiler en cellule ou dans des bus pendant des plombes sans bouffe ni pause pipi, et tout ça SANS AUCUN PUTAIN DE BESOIN DE PRESENTER LA PREMIERE TRACE DE PREUVE DE MALVEILLANCE DES GENS.
Mais, hélas, ami·e lecteur·trice, je dois le rappeler : c'est pas normal d'envoyer des soldats (parce qu'avec des matraques, des bombes de gaz, des grenades, des casques et des boucliers, des canons à eau et des fusils à flash ball, c'est plus vraiment les gardes-champêtre de mon enfance) contre des civils qui manifestent. Souvenez-vous en. Et lisez ça pour vous aider à vous en souvenir.
Mais revenons à aujourd'hui et sa non-actualité que je vais tenter de mettre en évidence.
Au départ, déjà, Hulot a donné sa dem', j'en ai parlé en omettant quand même un détail que je trouve savoureux et qui est passé sous les radars : l'aveu fait par Macron, au détour d'une phrase où il commentait cette démission, de son interventionnisme assumé dans l'équipe gouvernementale.
Car Manu a dit en évoquant le recrutement de Hulot comme ministre : "[...] lorsque je l'ai choisi [...]". Va te coucher, Edouard Philippe, toi qui est le nouveau Manuel Valls qui était le nouveau François Fillon : toi aussi, chef du gouvernement, tu n'es même pas celui qui compose ton équipe.
Mais bon, tout le monde le savait déjà : même si ça va mieux en le disant, passons.
Le premier non-événement du jour, c'est la course à l'échec l'échalote pour trouver son remplaçant au plus fameux hélicologiste de France.
Ca a fini par aboutir sur le Jean-Kévin Von Karayan de l'hémicycle, De Rugy himself. L'homme --qui a fait voter sur le glyphosate en loucedé en rallongeant la séance parlementaire d'1h en pleine nuit sans prévenir l'opposition-- va donner des leçons d'écologie à la France et, pourquoi pas, à la planète. Make our greenwashing great again.
Avec une constance dans le retournement de veste qui force le respect, l'homme qui promettait par écrit fidélité au vainqueur de la primaire socialiste et qui n'a pas laissé à l'encre le temps de sécher avant d'enfiler ses bobottes de marcheur, l'homme qui se disait écologiste et disait (il y a longtemps) de Macron qu'il n'avait pas d'écologie dans le programme, cet homme donc va s'occuper de la transition écologique pour la plus grande gloire de Manu. Je lolle, tu lolles, nous lollons, vous lollez.
Mais où sont les Guignols quand on a besoin d'eux ?...ah oui, merde, Bolloré les a tué. Meeerde...
Le deuxième non-événement du jour, induit par le premier, est la chasse au portefeuille confortable candidat le plus à même de remplacer De Rugy en tant que président de l'assemblée.
Ca devrait pas être trop dur, hein, dans la mesure où sous sa haute présidence :
les commissions refusaient les débats de fond,
l'agenda était bordélique, ultra chargé et inmodifiable,
l'opposition n'avait que le droit de l'ouvrir de temps en temps mais pas d'être écoutée,
et enfin dans la mesure où, on s'en souviendra, celui qui laisse aujourd'hui son fauteuil se sera surtout illustré par des manœuvres pleines de filsdeputerie pour tordre le bras à l'agenda parlementaire et faire fonctionner l'assemblée à marche forcée, mais aussi illustré par la prise en charge prioritaire de problèmes d'une importance vitale pour les français.
Je veux bien sûr parler ici de l'interdiction pour les gens qui parlent dans l'hémicycle d'avoir la chemise qui dépasse du froc ou de mettre un maillot à la tribune pour alerter visuellement la ministre des sports --démissionnaire elle aussi, pour cause fiscale semble-t-il, c'est fou ce qu'on est exemplaire à la république en marche-- de la nécessité de reverser, par la grâce de son projet de loi, quelques piécettes du trésor du sport de haut niveau pour alimenter le sport amateur où éclosent tous les futurs champions qui gagnent des coupes du monde et tout ça tout ça pour nous les gueux.
Superquiz : qui donc remplacera la carpette préférée de Manu d'Amiens au perchoir ?
Les candidats sont légion. Enfin, pour l'instant. Si le choix des candidatures internes au parti macroniste fonctionne à l'identique de l'élection de son ex-rocardien de délégué général, il devrait très vite y avoir un consensus --comprendre : Manu va choisir son courtisan favori-- pour que tout le monde ferme sa gueule et que le (ou la) plus servile l'emporte en forçant tous les autres à tourner casaque au lieu de déposer officiellement plusieurs candidatures, ce qui fait désordre car trop démocratique, sans doute.
Mais bon, admettons un instant l'hypothèse que la jurisprudence Castaner ne s'applique point ici.
Les candidats pour occuper ce poste, président de l'assemblée nationale, un job où la prise en compte de la nécessaire expression des diversités d'opinion, de la pondération dans la fixation du calendrier des travaux et du respect du rôle de représentation populaire des députés priment, sont :
Barbara Pompili, ex-EELV alliée du PS, secrétaire d'état pour Hollande dans le gouvernement Valls
Yael Braun-Pivet, avocate, qui dirigea avec le talent que nous connaissons tous les travaux admirables de la commission d'enquête arrachée par l'opposition sur l'affaire Benalla, concluant après un nombre ridiculement bas d'auditions et un enterrement de première classe de ces très nécessaires travaux que tout va bien, y'a rien à dire, circulez (attendons un peu que le Sénat, qui n'est pas sous domination complète En Marche, finisse le boulot de sa commission d'enquête, il faudra s'attendre à un peu de sport)
Cendra Motin, ex-gérante d'une boîte de RH, qui est selon moi la moins inintéressante du lot parce que non entachée d'un passé politique trouble et, paraît-il, une des plus assidue aux sessions parlementaires de tout le paquet du fan-club de Manu (elle a voté toutes les lois les plus dégueulasses, donc faut quand même pas oublier de qui on parle, mais quand même, elle fait acte de présence, peut être bien pour se rapprocher du siège d'ailleurs).
Voilà pour la short-list. D'après moi, Manu va hésiter entre Pompili pour faire jeune, féministe et pseudo-écolo --mais elle a une tâche de PS sur le CV, c'est pas propre-- et Braun-Pivet pour lui dire merci d'avoir torpillé la commission d'enquête parlementaire sur son copain Alex-la-cogne, avant de se rabattre sur l'ami Ferrand qui sauvera ainsi plus facilement son cul et lui sera redevable en cas de pépin ultérieur.
On peut aussi citer, venue d'un bord qui ne lui laisse aucune chance d'être élue, mais peut être une chance de dire ce qu'elle pense du cirque abominable que cette assemblée est devenu depuis que Macron a été couronné : Mathilde Panot, LFI, diplômée en relations internationales et qui a bossé comme militante associative dans les quartiers craignos de la couronne parisienne. Genre, elle pense que les gens pauvres, si ils votaient, pourraient élire des gens qui s'occupent vraiment d'eux. La pauvre... pas du tout Manu-compatible. Ca passera jamais.
Mercredi 12 septembre prochain, l'élection aura lieu, et sans surprise, un nouveau fan-boy ou fan-girl de Macron récupérera les bagnoles de fonction, le paquet de collaborateurs et le petit marteau de président de séance, ainsi que l'obligation professionnelle de faire et dire tout ce que réclame Jupiter. Tout pareil qu'avant, quoi.
Un mainate au perchoir. Ou une.
Des non-événements, je vous dis.
En attendant, aux USA, l'étau légal se resserre autour de Trump. Ses premiers soutiens du parti républicain ont les juges aux fesses, ses responsables de campagne plaident coupable de tout un tas de fraudes, un des journalistes qui avait révélé l'affaire du Watergate sort un énième bouquin sur Trump révélant le foutoir intégral qu'est son administration...
C'est pas chez nous que ça aurait lieu, un truc pareil : le mec qui se déclare "responsable de tout" est juridiquement irresponsable. Bé oui, renseignez-vous si vous me croyez pas : pour coller un Manu en cabane, faudrait le destituer d'abord, et ça c'est le taff d'un truc qui s'appelle la Haute Cour de Justice de la république, qui est une des formes de rassemblement du Parlement, présidée par... le président de l'assemblée nationale (LOL), composée de 22 membres choisis par... le bureau de l'assemblée et du sénat (re-LOL), dans un volume supposé représenter les effectifs des forces politiques présentes (hyper-LOL).
Pour l'égalité des citoyens devant la loi et devant leurs pairs, et la façon admirable dont les institutions actuelles la concrétisent, on dit tous "merci la Vème république".
Le Nico on le préfère vraiment quand il n'a pas de boulot.
(merci à Jacques Tati pour le titre)
Hé bin j'avoue, j'y croyais pas. Et pourtant c'est bien vrai : un membre du gouvernement Macron a tenu une promesse de campagne et a fait preuve, du même coup, de probité comme d'intégrité intellectuelle.
J'avoue que le cas Hulot me laisse partagé.
Bien que ne le vouant pas aux gémonies avec la même intransigeance que les féroces plumitifs de La Décroissance --lesquels ont des arguments qui, tout acerbe qu'ils soient, font mouche--, j'ai un problème avec Nicolas Hulot depuis qu'il a accepté la main tendue, non par le premier ministre qui est supposé être celui qui compose le gouvernement, mais par le président, lequel est supposé nommer le premier ministre et le laisser ensuite faire son shopping.
J'ai un problème parce que le personnage est traversé d'ambivalence depuis le début.
Plongé dans le sport mécanique à ses débuts (donc pas très éco-friendly), il s'est révélé au public comme l'animateur remarquable d'une émission de télévision très bien ficelée axée sur la découverte par le grand public français de trésors naturels (donc très éco-friendly) qui passait sur la chaîne de la famille Bouygues (donc pas très éco friendly) avec un gros logo "Rhone-Poulenc" incrusté partout (donc pas très éco friendly), mais il a aussi fait savoir depuis longtemps qu'il jugeait nécessaire une action d'ampleur au niveau étatique pour faire face à l'urgence du réchauffement de la planète (donc très éco friendly) tout en laissant dans le même temps la marque Ushuaïa user de son aura verte pour orner des produits cosmétiques vendus fort cher et gagner plein de sousous sans franchement protéger la planète (donc pas très éco friendly).
On pourrait aller très loin dans le jeu de la balance pour ou contre. Et ce serait intéressant.
Toutefois on aboutirait probablement à une confirmation factuelle d'une opinion pifométrique qu'on est d'ores et déjà capable de se faire avec ce qui vient d'être dit.
En l'occurrence : Nicolas Hulot apparaît être un exemple vivant démontrant qu'il existe effectivement chez des personnages publics français une évolution des consciences concernant la place primordiale à accorder à l'environnement dans toutes les décisions publiques, mais qu'il reste encore à lui comme à beaucoup d'autres (moi compris) pas mal de chemin à faire pour agir soi-même en adéquation complète avec ce principe d'action générale.
Beaucoup de gens s'inquiètent de ce qu'il va arriver maintenant que le ministre de l'écologie a jeté l'éponge, comme auraient dû le faire, selon moi, ses prédécesseurs dans leur totalité, tant eux aussi furent en butte à l'impossibilité effective d'agir plus qu'en façade au service de la cause environnementale, étant englués dans des gouvernements axés prioritairement sur la triade croissance-compétitivité-libéralisme qui nous sauvera tous.
Moi pas, je ne m'en inquiète pas. Et si vous vous en inquiétez, je pense que c'est parce qu'il vous échappe un point du problème méritant votre intérêt. Car Nicolas Hulot, dans son message de ciao bye bye, a mis très efficacement le doigt sur le nœud pas gordien du problème : dans les conditions prévalant actuellement pour l'exercice du pouvoir en France, un ministre de l'écologie n'a absolument aucun pouvoir.
Qui que soit son remplaçant, il ne fera donc rien de mieux.
On enfouira toujours à Bures, on gendarme-mobilisera toujours à NDDL, on repoussera toujours plus loin l'interdiction des saloperies BayerMonsantosiennes, on laissera crever les boîtes innovantes du secteur des énergies renouvelables, on jettera des compteurs qui marchent pour les remplacer par des Linky qui puent et flambent... bref, à l'Ouest, rien de nouveau.
La raison de cette fatalité éco-catastrophique est assez claire : c'est la chaîne politique de l'Europe, dont Macron est le maillon saillant en France, qui l'impose.
Exemple : BayerMonsanto, entreprise allemande, obtient que la représentation européenne de l'Allemagne rejette l'interdiction de cette saloperie roundupoïde, et tous les leaders jetables à brushing agitant la queue en rythme avec les décisions de la Commission Européenne où la domination écrasante de l'économie allemande n'est un secret pour personne répercutent à domicile le diktat, sans écouter la population ni la science ni la raison, qui clament tous haut et fort : LE GLYPHOSATE C'EST DE LA MERDE, ET REPANDRE VOLONTAIREMENT DE LA MERDE SUR LA BOUFFE DES GENS C'EST PAS MALIN ET TRES MALSAIN.
Nicolas Hulot n'a pas pu être l'homme providentiel qu'on nous avait vendu partout, et s'est ainsi retrouvé immobilisé parce que ne devant pas déplaire à la FNSEA, Avril-Sofiprotéol, BayerMonsanto et le lobby des "écologistes de terrain"*.
Plus simplement dit, la vitrine médiatique de l'écologie n'a rien pu faire pour l'écologie, alors même que nous sommes dans une ère où c'est la présence médiatique qui fait et défait les maîtres.
Corollaire : si Hulot n'a pas pu agir, alors qu'il était ministre d'état à la demande expresse du président qui a à sa botte le gouvernement et le parlement, c'est à dire tous les pouvoirs pour faire, alors personne d'autre ne le pourra.
Car le problème de l'écologie politique en France aujourd'hui, ce n'est pas Nicolas Hulot.
Le problème, c'est qu'il n'y a pas une once de sincérité dans le discours écologique de la République En Marche (je vous renvoie d'ailleurs à l'interview hallucinante de Macron par le responsable français du WWF pendant la campagne des présidentielles).
Parce que le leader des marcheurs se fout de l'environnement.
Parce que l'environnement, c'est de là qu'on tire la richesse, et donc si on commence à remettre dedans pour le sauver le fric qu'on en retire en l'exploitant, bah on gagne plus rien, voyez ?
Parce qu'il ne faut pas attendre de cette pompeuse baderne, exigeant de voir votre cravate avant de vous considérer comme sérieux, qu'elle se mette d'un coup à se soucier de ce qui se passe chez les orangs-outangs, et de ce que ça peut bien signifier pour nous tous de les laisser mourir pour planter des palmiers à huile pour avoir du gras pas cher parce qu'on paie pas l'empreinte carbone à son vrai prix.
Et il en va de même pour tous les autres pays dits développés dont les chefs d'état, et parfois aussi la population, se donnent des airs conscientisés mais ne s'intéressent à la verdure que pour y agiter un putter.
Une civilisation effectivement consciente du péril environnemental pesant sur son destin et qui choisit malgré tout de laisser la conduite des affaires à des représentants qui se torchent avec l'écologie n'en a plus pour très longtemps.
A nous de choisir, dès lors : on change la civilisation, ou on crève avec elle ?
Je vous laisse réfléchir là-dessus.
--G4rF--
*paraît que les chasseurs veulent qu'on les appelle comme ça, maintenant, est-ce un clin d'oeil à 1984 ?
...tirée d'un tweet d'un dénommé Adam Kotsko datant de novembre 2013.
Nous demandons à des jeunes de 18 ans de prendre des décisions cruciales sur leur avenir professionnel et financier, alors qu'un mois avant ils devaient encore lever le doigt pour aller aux toilettes.
Je vous propose de réfléchir là-dessus un petit moment : la solution du problème des jeunes en sortira peut-être...
Contrition forcée ? Très peu pour moi. J'en ai à peu près rien
à cirer de Johnny Halliday, mais je ne conchie pas Jean-Philippe
Smet non plus, parce qu'il faut distinguer le personnage fantasmé du
mec qui l'interprète.
Sur ses chansons ? Il en a composé une seule, je crois,
c'était "cheveux longs et idées courtes", chanson dans
laquelle il tentait (maladroitement il faut le dire) de faire le
clash avec Antoine. Oui, LE Antoine d'Atoll-les-opticiens, qui, dans
ses élucubrations, avait dit en évoquant le futur interprète du
concurrent Optic 2000 : "tout devrait changer tout le temps / le
monde serait bien plus amusant / on verrait des avions dans les
couloirs du métro / et Johnny Halliday en cage à Médrano".
Sur l'affaire, ce que j'en dis, c'est qu'Halliday était un bon
interprète, il a très bien chanté de très beaux morceaux, il en a
aussi massacré des horribles sur scène, et il a su très bien
s'entourer du point de vue professionnel, mais sans doute moins bien
du côté personnel.
Après, pour ce qui me concerne, le culte de la personnalité et
du mythe américain de notre chanteur franco-belgo-suisse national
m'a toujours gonflé : pour lui comme pour d'innombrables stars de la
chanson, leur succès est dû à leur travail, certes, mais aussi à
celui considérablement plus énorme de milliers de bosseurs de
l'ombre, des compositeurs aux paroliers en passant par les roadies,
les tourneurs et les ingés sons qui, eux, crèveront dans
l'indifférence générale alors qu'ils étaient des rouages
indispensables pour qu'un mec comme Johnny existe en pleine lumière.
Et je n'ai pas connaissance que le sieur Halliday invitait ses
techniciens et ses équipes en vacances sur un yacht à Saint Trop'.
Donc oui, Jean-Philippe Smet est décédé, oui, il ne jouera plus
Johnny Halliday, oui les proches sont effondrés, oui les fans sont
tristes, oui, qu'on les tous laisse chialer puis s'en remettre comme
ils pourront.
Mais oui aussi, tous ceux qui n'en avaient rien à foutre de la
surmarketée idole des jeunes ont aussi le droit de se plaindre.
Parce qu'on va de force leur bourrer le mou, les yeux et les
oreilles toute la semaine avec du Johnny par-ci et du Johnny par-là,
quel grand homme, quel symbole national, violons et tremolos sur
toutes les antennes.
Et ça, dans le même pays et la même semaine où par hasard on
inhume aussi Jean d'Ormesson, un mec dont l'oeuvre est elle aussi du
genre valable (même si je n'aimais pas ses points de vue et ses
tendances politiques), mais bon, l'oeuvre de d'Ormesson est moins
télégénique, alors on en cause 5 minutes et on retourne à ses
petites affaires, vas-y remets moi "Tennessee".
A l'instant, je n'imagine rien de pire que cet exercice d'hommage imposé, ça vous pousse à
détester à titre posthume quelqu'un qui ne méritait peut être que
votre dédain de son vivant.
Réveillez-moi pour la mort de Damien Saez , de Björk ou de Trent
Reznor, là, ça me fera sans doute quelque chose.
Étrange pays que le nôtre.
Étrange terre, qui a vu se dérouler le pire et le meilleur dans une histoire maintenant connue et accessible à tous, qui a vu pousser des idées formidables et des infamies sans non, une terre qui devrait donc apprendre à ses enfants que rien n'est jamais tout blanc ou tout noir et que la simplicité des discours cache souvent le manque de profondeur des débats.
Et pourtant, dans le discours médiatique dominant, on nous demande toujours de choisir entre deux camps, de prendre parti pour les uns contre les autres, quand bien même ces camps, composés de citoyens partageant le même problème (en résumé : "PAS CONTENT !") gagneraient à additionner leurs forces plutôt que les soustraire.
Illustration à ma façon.
~ Où l'on applaudit des flics ~
Il y a quelques temps, souviens-toi, dans notre riante capitale, des journalistes et dessinateurs d'un hebdo satirique se faisaient dessouder au nom d'Allah (qui n'avait a priori rien demandé de tel et se porte très bien même quand on le moque).
Consternation mondialisée, peine orchestrée, récupération organisée au plus haut niveau, et 4 millions de personnes défilaient dans Paris, précédés par des chefs d'état qui n'étaient, au mieux, que des suiveurs.
Population unie dans un élan de solidarité non feinte (pour la plupart), on a vu se produire une curiosité exceptionnelle, car des policiers ont été applaudis par les manifestants. Il faut dire que les flics ont payé un très lourd tribut à l'occasion de ces attentats, et que (comme souvent) ceux qui sont tombés et ont perdu la vie ont eu une attitude nettement plus honorable que leurs divers chefs et représentants qui les encensèrent à l'heure du tombeau.
Donc, je résume façon TF1 : 4 millions de personnes et des flics qu'on aime.
~ Où l'on maudit des flics ~
Aujourd'hui, comme cela a lieu chaque jour depuis la fin du mois de Mars 2016, des manifestants et des protestataires de toutes chapelles s'insurgent en public contre la loi travail du gouvernement Hollande (soyons clair : Valls est un pion, tout comme Fillon l'était à son tour, dans cette nouvelle mouture de monarchie républicaine. Donc, c'est le gouvernement Hollande).
En marge de ces manifestations, des "casseurs". Je mets les guillemets parce que, quand j'étais môme, on parlait de vandale, et c'est toujours sous ce terme que leurs actes sont sanctionnés en justice.
Car il existe une catégorie bien particulière de français de rue : des gens qui profitent de la grogne populaire et de sa manifestation publique pour aller, visage masqué et bien planqués au coeur des défilés, balancer des caillasses dans les vitrines, faire des rapines, jeter des trucs sur les CRS, bref, foutre le bordel avec un mépris profond pour la cause des manifestants et pour ceux dont la mission est, entre autres, de les protéger, j'ai nommé les CRS.
La castagne s'installe à un tel point que de nombreuses personnes, aspirant noblement à faire valoir le droit républicain à la manifestation, hésitent, car elles ont peur de se retrouver prises dans la nasse comme au pont d'Austerlitz, entre vandales surchauffés et escouades en armure à bouts d'énergie et de nerfs, tous prêts à en découdre. Avec les inévitables dérapages dont cette image n'est qu'une illustration : bataillon de soldat casqué en armure équipé pour la baston d'un côté, quidams désarmés et bordéliques de l'autre.
Donc, je résume façon BFMTV : quelques centaines de milliers de manifestants (en cumul), et des flics qu'on déteste.
~ Pour ou contre, pas de nuance ? ~
"T'as de beaux yeux, tu sais."
Que l'on se tourne d'un côté ou de l'autre, on ne pourrait donc se ranger qu'au sein de deux réactions standardisées possibles : on est soit avec les manifestants et contre la police, soit avec la police et contre les manifestants.
C'est d'une stupidité infinie, et comme toujours le diable est dans les détails.
En effet, la réalité ayant le goût douteux d'être un peu plus complexe qu'une mise à jour de statut Facebook disant, au pif, "le gouvernement envoie les flics tabasser les manifestants" pour les uns, ou "partage si tu aimes la police" pour les autres, rappelons ces quelques faits.
Pour ce qui concerne l'actualité :
la loi travail pose un problème de société d'une échelle nettement plus large que la tragédie de Charlie Hebdo, et la remise en cause totale des fondements même du code du travail qu'elle engage devrait légitimement mettre TOUS les français dans la rue, car elle menace leur emploi actuel et leur possibilité d'en avoir un meilleur dans le futur. En ces temps de repli sur soi et de frilosité citoyenne, bien explicable de la part de gens qui veulent revenir à la maison le soir avec tous leurs morceaux en place, qui ont peur de perdre leur travail en usant de leurs droits citoyens, et à qui les gouvernements successifs mentent effrontément et de plus en plus fort depuis bientôt 40 ans (je parle de ce que je connais) ce qui les dégoûte fatalement de toute idée de s'impliquer, c'est pas étonnant que peu de personnes se bougent.
Il serait toutefois gravement crétin de sous-estimer le problème en réduisant les opposants à la loi travail aux seuls manifestants. Une lecture attentive des termes du projet de loi, qui provoque des levées de bouclier de tous les côtés de l'hémicycle, amène immédiatement à comprendre que le gouvernement espère (sincèrement ?) entraver la hausse du chômage en... facilitant la fabrication des chômeurs. Soit une mesure au mieux inefficace, mais en tout cas inadaptée, puisque le problème des employeurs n'est au fond pas d'avoir des salariés en trop, mais d'avoir du boulot à leur donner et les moyens de les payer.
Si on considère les risques encourus, en temps de crise, par un salarié du privé, avec la précarité qui lui pend au nez s'il fait valoir ses droits citoyens en posant problème à son employeur par sa participation à une grève pour dénoncer la stupidité du procédé et la reddition du code de travail devant les revendications du MEDEF, on comprend vite que tous ceux qui n'aiment pas cette loi ne peuvent s'offrir le luxe d'aller dans la rue avec les autres. Seuls certains "privilégiés", dont moi actuellement, peuvent y aller et tenter de leur mieux de représenter cette majorité forcée au silence.
la loi travail n'est que la partie émergée de l'iceberg. Une brève consultation de la définition du concept d'ordo-libéralisme suffira à quiconque me lit à se rendre compte que les politiques menées sous les 2 derniers présidents (pour ne parler que de ceux-là) marquent une sujétion totale à la politique européenne majoritaire, politique ordo-libérale à 100%, qui nie fondamentalement la capacité d'un citoyen à s'emparer d'un sujet de fond s'il ne fait pas préalablement partie d'une élite réputée qualifiée pour le faire.
Parenthèse intellectuelle et partisane : c'est pas parce que je ne suis pas boulanger que je ne sais pas reconnaître un croissant dégueulasse quand je le mange, c'est pas parce que je ne suis pas musicien que ça m'empêche d'apprécier la richesse d'un compositeur et la pauvreté d'un autre. Par le même principe, je suis autant qualifié que n'importe qui, en tant que citoyen non élitoïde, pour dire que mon pays va mal quand il va mal.
C'est donc la totalité de la pratique politique qui a court en ces jours de fin de la Vème république qui est remise en cause par les manifestants, dont le mouvement "Nuit debout" me semble constituer un exemple très pertinent de tentative d'autonomie politique citoyenne.
~ Les français et le(ur)s forces de l'ordre ~
Pour ce qui relève d'un ordre plus général, je relève que les français ne détestent pas vraiment les flics, mais ils détestent vraiment les sales boulots qu'on leur fait faire, et ils détestent encore plus les abus de pouvoir qu'ils peuvent commettre sans être sérieusement inquiétés :
quiconque a déjà été victime d'un vol, d'un cambriolage, d'une agression, peut témoigner du fait qu'on a, dans ces moments-là, les plus hautes attentes et le plus vif besoin des forces de l'ordre.
quiconque a déjà été victime d'un zèle forcené de la part d'un képi, lors d'un contrôle au péage ou au bord de la route, a déjà eu le déplaisir d'être fouillé 5 ou 6 fois dans la même journée parce qu'il a une sale tête de non-caucasien, a, dans ces moments-là, les plus basses pensées et le plus vif dégoût des forces de l'ordre.
Dans les deux cas, ça se justifie. Ce n'est donc pas la police, en soi, le problème, mais le contexte qui amène à la rencontrer.
Bien qu'étant fondamentalement de mauvaise foi, le français moyen sait faire la différence entre le policier d'il y a trente ou quarante ans, avec qui il semblait généralement possible de discuter même quand on était en infraction évidente, et celui d'aujourd'hui, avec qui même si on est en règle, on est en flippe parce qu'avant même de le croiser, il fait peur.
Traduction bisounours : dans un pays normal, ce sont les méchants qui doivent avoir peur du flic.
Moi qui n'ai à peu près aucune saloperie à me reprocher, je ne dois pas avoir peur des forces de l'ordre, et pourtant elles me foutent la pétoche parce que je suis plutôt bien informé et je sais quelles bassesses elles peuvent se permettre sans être inquiétées, ce qui est totalement anormal.
Petit rappel : la répression des manifs,
ça existe, et ça fait des morts.
Mon ancien stagiaire Guillaume, avec sa face de métis qu'il n'avait pas choisi, m'a raconté par le menu ses rencontres déplaisantes avec les douaniers, les policiers, les gendarmes, la brigade du rail... contrôle au faciès, harcèlement, questions déplacées, comportement irrespectueux et familiarités dégradantes, il a eu droit à tout.
Or, c'était un étudiant en informatique parfaitement banal, habillé comme moi, qui comme moi se tapait les trajets depuis sa banlieue pourrie pour venir bosser tous les jours, à l'heure. Ni pire ni meilleur que ses concitoyens, il n'avait qu'un seul défaut : une peau pas blanche, qui le faisait catégoriser rapidement comme BDM (accrochez vous pour l'acronyme gerbant, ça veut dire "bougnoule de merde", et y'a vraiment des gens dans les forces de l'ordre qui utilisent ce terme et ne se mettent pas à vomir de suite). A sa place, j'aurais pété les plombs plus d'une fois, et j'aurai fini avec des dents en moins au fond d'une cellule, c'est évident.
La cause première de ce qu'il a subi est la nécessité pour les agents du maintien de l'ordre de remplir leurs stats d'un max d'infractions constatées. Or, dans un système comme le nôtre, pas mal de flics fonctionnent en mode "il y a plus de délits chez les non-blancs, donc je contrôle les non-blancs", et si je trouve des délits en contrôlant surtout des non-blancs, ça prouve mon postulat de départ, du coup je contrôle encore plus les non-blancs... Vous voyez où ça coince ? Ce système qui s'alimente lui-même ?
On appelle ça un biais statistique, chez ceux qui s'intéressent aux chiffres et à l'art de leur faire dire tout et n'importe quoi. Et c'est là, selon moi, la cause d'une peur du flic légitimement ancrée chez ceux qui se sentent obligés d'avoir leurs papiers sur eux en permanence pour pas finir au comico à cause du besoin de chiffres des gradés.
Soyons précis, je ne veux pas dire qu'il faut nier la sur- ou sous-représentation d'une partie de la population dans tel ou tel type de délinquance ou de criminalité, et faire preuve d'un angélisme imbécile au bénéfice des "pauvres jeunes des banlieues" ou je ne sais quel concept prémâché pour feignasse qui ne veut pas s'embarrasser des détails et de la complexité de la situation de chacun.
Mais je veux dire que le boulot de la police est de coincer les délinquants, d'où qu'ils viennent, riches ou pauvres, blancs ou pas, et de les amener devant la justice, sans préjugé. Or, dans "préjugé", il y a "jugé", et ça, c'est pas le job du flic.
On pourrait poursuivre avec intérêt le débat sur la difficulté à faire rendre la justice, dont les moyens sont aussi risibles, mais ce n'est pas mon sujet du jour.
~ Je t'aime, moi non plus ~
Bref.
La maréchaussée, la police nationale, la maison poulaga, la gendarmerie, les flics, les képis, les schmits, les bleus, les poulets... on les appelle comme on veut, mais il reste qu'on a autant besoin d'eux qu'on déteste les avoir en face.
Pourquoi ?
Parce qu'au delà des considérations particulières vues ci-dessus, le français moyen n'est pas en situation d'équilibre face aux représentants de l'ordre.
Pourquoi cette corruption de la mission première du maintien de l'ordre ?
Parce que la France ne donne pas au policier la possibilité de refuser l'obéissance à un ordre contraire au sens de sa mission première.
Parce que la France ne donne aucun espoir au citoyen lambda de faire valoir ses droits face à un abus des forces de l'ordre (comment dénoncer l'excès de pouvoir d'un flic quand le premier pas pour porter plainte, c'est d'aller au comico ?).
Parce que la France, aujourd'hui, place le policier judiciairement au dessus des citoyens, professionnellement au dessous des citoyens (car le flic mécontent de ses conditions de travail n'a même pas le droit d'ouvrir sa gueule, d'où notamment un taux de suicide énorme), alors que dans un cas comme dans l'autre, et par définition même, la place du policier est au milieu des citoyens.
~ Le prix du pouvoir : l'exemplarité ~
Voilà un point crucial du problème.
Pour citer du Audiard, "la justice, c'est comme la Sainte Vierge. Si on la voit pas de temps en temps, le doute s'installe.".
Or il semble que la justice soit partie en congé maladie longue durée dans notre riante contrée aux 400 fromages et aux dizaines de procédures rejetées contre des violences policières, même filmées, même avec témoins. Cela doit cesser si l'on veut espérer rendre son honneur et sa capacité d'action à la profession du maintien de l'ordre dans son entièreté. C'est, fort heureusement, dans ce sens que l'ONU tance la France, pour son abus de cette force dont, il n'y a pas si longtemps, une ancienne ministre des affaires étrangères vantait le potentiel pour mater la rébellion de l'autre côté de la méditerranée, marquant de nouveau la manipulation politicienne qui est au cœur aujourd'hui du schisme entre police et citoyens.
~ Le dilemme d'être flic ~
Toutefois, il serait über crétin de résumer la problématique à l'aspect intouchable du flic. C'est bien plus profond que cela.
Grattez un peu autour de vous, parlez-en à ceux qui sont dans la profession, et vous obtiendrez le même son de cloche. Être policier, gendarme, CRS ou autre, aujourd'hui, en France, c'est être écartelé entre :
une vocation personnelle et/ou une nécessité alimentaire, pour nourrir la famille et les petits ;
des exigences de rentabilité professionnelle totalement stupides (quotas d'infraction et primes de performance) et en opposition complète avec la mission du maintien de l'ordre, qui n'a pas besoin qu'on multiplie les délits mais que ceux-ci soient, au moins, maintenus sous un seuil jugé tolérable par la société civile ;
un déficit absolu de matériel de travail permettant de bosser normalement. Là je pense à mon cousin gendarme qui a raté son départ pour notre réunion de famille parce que sa bagnole de fonction, à l'agonie à force de mauvais entretien et d'usage excessif, est tombée en rade sur l'autoroute alors qu'il emmenait un détenu à une audience. Je pense à mon petit cousin qui est en train d'entrer dans la profession et qui déchantera assez vite en constatant à quel point les décideurs politiques se foutent de la gueule du terrain, y compris chez ceux qui les défendent. Je pense au fils d'une de mes collègues, dans la gendarmerie mobile, trimballé de gauche et de droite à longueur d'année, saturé d'heures supp' qui ne seront pas payées, obligé récemment de dormir dans des gourbis sordides avec trente collègues et deux douches (dont deux en panne) pour couvrir le trajet des vrombissants diesels des chefs d'Etat venus faire semblant de sauver le monde à la COP21 sous l'œil des caméras. Je pense à ces dossiers régulièrement sortis par le Canard Enchaîné, sur la souricière du Palais de Justice à Paris aux murs couverts de merde et envahie par les rats faute de budget et de personnel pour nettoyer, à ces commissariats de banlieue logés dans des Algeco miteux depuis 20 ans parce que les travaux des bâtiments, confiés à un prestataire à bas prix, ne sont jamais terminés... Je pense à ce gendarme, qui tapait mon dépôt de plainte avec un seul doigt de chaque main, et dont j'ai fini par prendre le clavier pour en finir plus vite, et qui m'a expliqué tout simplement devant mon air mi-moqueur mi-désespéré qu'on lui avait collé l'outil informatique dans les pattes un jour sans jamais le former à son emploi. Je pense à tous ces agents qui doivent s'acheter leurs gants, leurs bottes, leurs casques, leurs gilets pare-balles parfois, parce que la dotation en équipement est misérable et les enverrai à poil sur le terrain si ça pouvait donner l'illusion d'une bonne maîtrise budgétaire quand on présente les chiffres au ministère.
le respect dû à la hiérarchie qui est une composante centrale, depuis des millénaires, de toute organisation militaire ou paramilitaire, et qui est à la fois un atout organisationnel pour la productivité et un défaut criant pour la correction des dérives venues du haut ;
le mépris évident, constaté aujourd'hui, de ladite hiérarchie pour les agents de terrain et leurs revendications légitimes ;
la prise de risque personnel ;
la rémunération largement insuffisante pour compenser la difficulté du travail et cette prise de risque, d'où frustration, déprime, séparations, tentation de croquer pour arrondir les fins de mois...
Mon opinion sur la police, c'est que dans un monde comme le nôtre, avec une population comme la nôtre, elle est un mal nécessaire. On aimerait tous ne pas avoir besoin de police, mais nous savons tous que le revers du libre-arbitre (qui permet de faire ce qu'on veut) est le pouvoir de nuire aux autres.
Donc, tant que les humains seront des connards, il faudra des flics (en espérant que ceux-ci comptent dans leurs rangs aussi peu de connards que possible, mais dans ce métier comme ailleurs, c'est pas gagné).
~ Ils valent mieux que ça, eux aussi ~
Le dernier billet radio de Nicole Ferroni à ce sujet en dit long, et je suis bien d'accord avec elle.
Être flic, aujourd'hui, que l'on y soit pour le plaisir d'être du bon côté de la matraque ou parce qu'on a foi en la nécessité d'une force maintenant l'ordre républicain dans la société française, c'est donc faire le grand écart sur deux orteils, au dessus d'une fosse de lave pleine d'alligators mutants, et sous une pluie de clous et de bris de verre.
Alors que faire, quand dans un pays, deux tranches distinctes de population sont mises, par la force du discours médiatique dominant, face à face, en position d'ennemis, alors qu'elles sont en faites soumises toutes deux malgré elles à des impératifs et des pressions insoutenables ?
~ Tous ensemble, ouais ? Ça s'envisage... ~
Il n'y a selon moi que deux manières dont les choses peuvent évoluer : soit on explose, soit on compose.
L'explosion, c'est ce qui arrangerait bien les politiques irresponsables qui, à l'abri de la fureur de la rue et des rigueurs des lendemains qui déchantent, persistent à jouer à qui perd gagne avec l'argent du contribuable et avec l'avenir de nos enfants, au bénéfice unique d'une poignée d'hypernantis qui n'ont, définitivement, pas besoin de plus d'argent mais en réclament quand même, alors que la population autour d'eux patauge dans une merde qui monte de plus en plus haut et en a déjà noyé plus d'un.
Suivant le principe décrit dans un cahier sorti tout droit de l'OCDE, et que nous citions à l'époque des Gilets Jaunes, le rouleau compresseur des réformes dégueulasses poursuit en France son travail de sape en rajoutant une nouvelle saloperie austéritaire de plus sur le chemin du peuple pour faire oublier la précédente, aidé en cela par des télés et radios gluantes d'indigence et d'une déférence fécale pour le pouvoir en place.
L'idée poursuivie ? Une "relance économique" structurellement impossible à créer, car le traité de Lisbonne a retiré aux pays d'Europe leur capacité à se sauver eux-même de la mouise en les inféodant aux banques privées (qui, elles, n'ont aucun scrupule à nous la mettre profond, quelques années à peine après avoir pleuré pour être sauvées sur des deniers publics).
Ce chemin, c'est celui de l'explosion.
C'est celui que dénonce, entre autres, Nuit Debout.
La composition, c'est ce qui arrangerait bien la république, la vraie, celle du peuple, celle qui est la somme de tous ses concitoyens, depuis la plus vile sous-merde profitant d'une manif pour envoyer des pavés dans la gueule d'un flic jusqu'à ses plus brillants esprits qui, depuis le début, ne martèlent qu'un seul mot : rassemblement.
J'aimerais, aux prochaines manifestations, voir de ci de là des gens aller faire coucou aux agents des forces de l'ordre. Non pas par obéissance ou déférence, mais par simple respect pour le boulot de merde qu'ils se tapent, car ils n'ont pas voulu être là non plus.
J'aimerais, aux prochaines manifestations, que la police n'attende pas de ses supérieurs des ordres qui ne viendront jamais et aille pincer les vandales dès qu'ils sont ciblés.
J'aimerais, aux prochaines manifestations, voir quelques détachement de CRS marcher au milieu des manifestants, au lieu de flics en civil qui donnent l'impression d'infiltrer (alors qu'ils surveillent pour cibler avant que ça pète).
J'aimerais ne plus voir des gens désarmés, aussi énervés soient-ils, se prendre des coups de godasse dans le dos par des agents épuisés.
J'aimerais ne plus voir des manifestants confondre les flics qui font la sécurité avec les politiques contre lesquels ils défilent.
Bref, j'aimerai que de l'intelligence perfuse dans tout ce merdier.
C'est pas gagné.
Mais encore plus que tout ça, j'aimerais que les blaireaux qui font semblant de représenter le peuple dans les assemblées parlementaires assument leurs fonctions représentatives et envoient chier les appareils de parti, pour qu'enfin les votes reflètent le rejet massif par les français des saloperies façon loi travail.
Et alors là, mes amis, nous le savons tous, c'est de la pure utopie.
D'où je conclus qu'on n'en a pas fini avec les manifs, et qu'il est à craindre qu'il nous faille assumer, nous, simples citoyens, notre rôle entier tel que défini par l'article 35 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1793 : Article 35. - Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.
Un indice, chez vous : la police fait partie du peuple.
--G4rF--
PS : pour ceux qui veulent savoir d'où vient le titre de cet article, regardez-moi donc ça :