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dimanche 31 mars 2024

Théophane (nouvelle)

Théophane

Nouvelle


Je n’ai pas vraiment souhaité ce qui s’est passé.

Enfin… si, je l’ai souhaité.

Mais pas « souhaité, souhaité ». Pas à ce point-là.

Appelle ça un pétage de câble, un moment d’égarement, comme tu voudras. Pour ce que ça changerait, de toutes façons…


Bref.


C’est arrivé comme ça, comme n’importe quelle idée qui apparaît, pouf dans ta tête, ni rationnelle, ni désirée. Seulement là, sortie du néant, et prête à y retourner si ça n’avait tenu qu’à moi.

Remarque que, maintenant, je sais que ça ne tient qu’à moi. A ce moment-là, je l’ignorais… les voies de Dieu sont impénétrables, non ? Ha ha…

J’en étais où ? Ah oui .


Donc j’en étais à finir ma deuxième tartine, assis tranquillos à la table du petit dèj.

Le chat était sous ma chaise, je lui grattais vaguement le dos sans y penser tout en faisant tremper mon dernier morceau de tartine dans mon mug de thé.

Et là, BZZZ ! Le portable sur la table qui s’énerve d’un coup. La vibration a fait peur au chat, qui s’est barré subitement. J’en ai lâché mon morceau de pain, tellement ça m’a surpris.

Il faut dire que, normalement, à cette heure-là, jamais les notifications ne passent. J’ai activé le mode silence programmé, tu vois.

Et là, le gros buzz. Pas normal.


Je retourne le téléphone, et là je vois le SMS du chef, qui se fout de ma gueule comme toujours, ce gros con. Enfin, je devrais pas dire ça, il est mort, depuis. Mais il se foutait quand même toujours de ma gueule.

Et le message dit : « Alors, l’as des as, t’as encore oublié de mettre de l’essence dans ton réveil ? Qu’est-ce que tu fous ? Le bull va pas se conduire tout seul ! Ramène tes miches ou ça va mal aller pour toi ».

Là j’ai compris : c’était le jour de l’heure d’hiver. J’avais pas reprogrammé la bonne heure sur le radio-réveil. Le smartphone se règle tout seul, lui. Enfin, j'étais à la bourre d'une heure.


Bref.


C’est à ce moment-là que ça a commencé. C’est là que j’ai pensé, très clairement : « non mais qu’il crève la gueule ouverte, ce blaireau ! ». Voilà, je le reconnais, je l’ai pensé.

Faut me comprendre : j’avais pas super bien dormi, le chantier s’éternisait depuis des semaines à bosser dans la glaise, le chef m’avait pété les couilles parce que le bulldozer était tombé en panne sèche, mais c’était lui qui l’avait fait siphonner pour biberonner la pelleteuse en attendant que la citerne arrive – et d’ailleurs elle n’est jamais arrivée, vu l’état des routes et la grève des camionneurs…


Bref.


L’idée m’est venue comme ça, et puis elle est repartie.

J’ai pêché mon bout de tartine en lambeaux du bout de la cuillère, j’ai fini mon petit dèj rapidos et j’ai pris les clefs de la Polo sans aller me laver les dents.

Vingt minutes après j’étais sur le chantier, et c’est là que les gars m’ont appris que le chef venait de mourir.

C’était l’architecte qui l’avait trouvé là, affalé en arrière sur sa chaise devant les derniers plans, de la gadoue plein les bottes vu que ce gros con ne les enlevait jamais avant d’entrer dans le bureau, et tous les jours il y avait un arpète qui devait se taper le nettoyage de ses empreintes… gros con, tiens.


Bref.


L’architecte n’était pas formée aux premiers secours, mais elle a fait de son mieux. Quand les pompiers sont arrivés, ils l’ont félicitée. Elle était dans tous ses états, pauvre fille, elle lui avait fait la stimulation cardiaque, la ventilation artificielle, fait appeler les secours évidemment, mais rien. Raide mort, comme ça.

Il était encore chaud, ça venait d’arriver.


Quand j’ai vu l’attroupement après m’être garé, je suis allé voir et les gars m’ont expliqué. Nouria était sur les nerfs, c’est elle qui avait appelé les pompiers, mais comme le chantier était pas mal enclavé, elle avait dû courir dans la bouillasse pour trouver du signal réseau et les joindre. Elle était persuadée que si elle avait couru plus vite, ça aurait changé quelque chose.

Mais non. Le chef était mort, là par terre, étalé torse poil sur les dalles de moquette grise pleines de tâches de café et de boue, avec ses grosses bottes crades et sa sale gueule grande ouverte.


Au bout d’une heure environ, les pompiers sont repartis, les gendarmes aussi auprès avoir pris des dépositions, des photos de l’endroit et récupéré les images des caméras de sécu, et une ambulance a embarqué le corps.

On ne savait pas trop s’il y aurait une enquête, tu vois, alors on a verrouillé l’algeco après avoir récupéré la cafetière et un peu de paperasse, puis on a établi le bureau dans le bâtiment C, au 1er étage, vu que la construction ne serait pas trop gênée. On y a bouché les ouvertures de fenêtres avec du plastique, double couche pour pas cailler, et on a fait un genre de rideau aussi pour stopper les courants d’air dans la cage d’escalier. On a rebranché la cafetière et l’imprimante pour les plans.


Bref.


Plus de chef. Mais le bull n’allait pas se conduire tout seul.

Alors j’ai repris le taff. On a tous repris le taff.

Depuis, il y a une nouvelle cheffe. Pas mal. Elle gueule, mais au moins elle ne nous prend pas pour des cons, elle.



La fois suivante, c’était le jeudi 23, quand le petit Kader a payé son coup pour fêter ses fiançailles. On a fait ça au relais de presse, là où ils ont mis un bar à l’arrière.

La journée n’avait pas été trop pourrie, pas de panne, pas de casse, pas d’accident, juste assez de soleil pour réchauffer mais pas assez pour cuire dans la cabine des engins. Bien, quoi.


Comme je ne suis pas un crevard, j’ai payé ma tournée à l’équipe, je suis quand même un des mieux payés. Et en allant régler, j’ai eu envie de me payer un Dédé. Tu sais, le truc à gratter, avec le cochon et tout.

Je sais bien que c’est de l’arnaque, mais j’étais de bonne humeur, je pouvais bien me payer ça, et puis la paye allait tomber bientôt de toutes façons.

C’était l’associée de Christopher qui tenait la caisse. Je connais pas son prénom.

Elle pris le ticket au bout de la bobine et elle me l’a tendu.


A ce moment-là j’ai pensé bien fort et bien clair : « Tiens, si pour une fois je pouvais gagner 500 ou 1000 balles, ça ferait du bien par où ça passe. ». Et comme d’habitude, j’ai gratté la moitié du ticket et je l’ai mis dans ma poche pour le finir à la maison.

On a bu notre coup, on a trinqué à la santé de Kader et Sabrina – c’est sa fiancée, Sabrina – avec pas trop de blagues de cul dégueulasses, parce que bon je veux bien qu'on déconne mais faut croire, on sait se tenir. Puis on est tous repartis, chacun chez soi.


Le soir, je me suis bricolé une petite lasagne avec ce que j’avais au frigo. J’ai mis la télé, mais il n’y avait que des pubs de merde ou cette grosse merde d’Hanouna, du coup je me suis mis un épisode de The Expanse que la voisine du dessous m’a mis sur un disque dur.

Et là j’ai fini de gratter mon ticket de jeu.


Quand j’ai vu que j’avais gagné 2 500 balles, j’ai bloqué.

Je savais que j’en aurais fastoche pour 800 pour l’entretien de la bagnole si je voulais me faire les Pyrénées cet été, et qu’au lieu d’une pauvre tente je voulais me prendre un bungalow mais bon, vu les tarifs et vu mon salaire, ça voulait dire pâtes et patates pendant toutes les vacances.

Et là : 2500. D’un coup. Première fois de ma vie. Pas croyable, le truc.


J’avais toujours pas réalisé, à ce moment.


Mais il y a eu quelques autres trucs bizarres. Enfin… bizarres, façon de parler. Inhabituels, en vrai.


Il y a eu l’histoire avec les joints de vérins du bull, qui me sciaient les oreilles à couiner depuis des semaines et qui s’étaient arrêtés de grincer subitement.

Je savais qu’à la maintenance, il allait falloir les changer, peut être même remplacer les vérins entiers, parce qu’un joint qui couine, c’est un vérin qui crève.

Et puis non, le technicien m’a dit qu’ils étaient comme neufs, et que c’était pas la peine de les changer, même qu’il m’a demandé si j’étais sûr que c’était bien sur ce bull-là que ça couinait. Genre, l’autre... je sais bien qu'il ne faisait que son boulot, mais je sais reconnaître ma machine, quand même !


Bref.


Il y a aussi eu Patty. Enfin… je l’appelais pas encore Patty à ce moment-là.

Je l’avais déjà vue sur AdopteUnMec, il y a deux ans à peu près. Elle m’avait tapé dans l’oeil mais elle n’avait pas répondu à mes messages, même si j’avais payé le premium – et tu peux y aller, ça coûte la peau du cul le premium – pour pouvoir la contacter.

Son profil avait disparu plutôt vite. Ca m’avait travaillé, j’avoue qu’il y avait quelque chose dans ses photos, ça m’avait donné envie de plus que juste baiser, tu vois. Enfin, tu comprends ce que je veux dire, y'a des fois où tu as l'impression d'avoir un genre de connexion avec la fille. La plupart du temps, c'est des conneries, mais de temps en temps, c'est vraiment vrai, y'a un truc, le courant qui passe, même si tu lui as jamais dit un mot t'as cette impression de se connaître... Enfin t'as compris, elle m'avait marqué, et je pensais souvent à elle.

Et là, bim ! Le mardi, elle réactive son profil. J’y croyais pas. Même pseudo, même bio, juste 2 ans de plus sur l’âge, et puis deux trois photos. La même. Probable qu'elle avait dû se mettre en couple, et que ça venait de se finir. Du moins, c'est ce que j'ai imaginé. Putain qu'elle était belle, c'était incroyable. Peut être encore plus que deux ans avant.

Alors moi, direct, le mardi soir, je la contacte en priant pour qu’elle réponde, ce coup-ci.

Et mercredi matin, le message : « Salut Théo, moi c’est Patricia, ton message m’a fait plaisir. C’est quoi un conducteur de bull, t’es cowboy ou un truc dans le genre ? ». Et avec un smiley qui fait un clin d’oeil, tu sais.


Je rentre pas dans les détails, c’est pas tes oignons, mais je suis passé de célibataire à en couple en même pas deux semaines, c’était incroyable. Première fois de ma vie, ça aussi.

Et je te jure que j'ai rien changé de spécial, j'ai rien forcé. Le courant est passé tout de suite, et il est passé à fond. Un vrai miracle, j'te promets.


Et puis il y a encore eu des petits trucs. Et puis aussi, faut reconnaître, des trucs un peu plus gros.


Dans les petits trucs, c’était juste des petites choses de la vie, tu vois, rien d’énorme.

Par exemple, j’ai eu le résultat du contrôle technique de la Polo, le gars a dit que le bas de caisse était rouillé et d’après lui c’était limite pas réparable. J’ai pensé très fort que je voulais vraiment que la caisse soit nickel pour pouvoir partir avec Patty dans les Pyrénées, et que je voulais zéro défaut à la contre-visite.

Le garageot a monté la caisse sur le pont quand je lui ai amené, et il m’a appelé dans la journée pour me dire que le mec du contrôle technique devait avoir des vappes, parce que le bas de caisse était impeccable, pas un pet de rouille, et qu’il n’avait trouvé que deux ampoules à changer, à part ça tout était tip-top.


Y’a eu aussi la voisine du dessous, avec son vieux matou et sa grosseur dégueu qui lui pendait de la patte arrière. C’était une tumeur, le véto lui avait dit, et y’avait rien à faire, c’était à peu près sûr que son chat en avait encore pour un mois ou deux maxi.

Quand elle m’en a parlé, elle en chialait, elle en avait le nez qui coulait, elle qui était toujours à être bien jolie et bien mise, c’était trop triste.

Et je me souviens d’avoir pensé bien clairement : « si ce putain de cancer pouvait lui sortir du corps une bonne fois, elle mérite pas ça la voisine. ».

Et deux ou trois jours après, je revois passer le vieux matou, toujours pépère, mais avec juste un trou dans les poils là où sa tumeur pendouillait avant. C’était clair qu’il allait mieux, mais y’avait pas une trace d’opération, pas une cicatrice, rien. Comme si le cancer lui était littéralement tombé de la peau.


Là j’ai compris.

Et du coup j’ai testé des trucs un peu plus gros.

Pour voir si ça marchait.


Genre, quand il y a eu l’histoire avec la prise d’otages dans la mosquée de Sarcelles, là.

J’ai vraiment pensé très fort qu’il suffirait que le preneur d’otage ait une bonne grosse chiasse pour que ça s’arrête net.

Et tout le monde a vu ce que ça a donné, c'était en direct à la télé quand ce connard de nazi avec sa tenue de soldat à la con s'est mis à se pleir en deux d'un coup et se recroqueviller par terre, avec la merde qui lui sortait du pantalon de treillis.

J’étais mort de rire devant ma télé, Patty ne comprenait pas pourquoi, elle était tendue à mort la pauvre, et quand elle me regardait en se demandant pourquoi j'étais éclaté par terre, ça me faisait rire encore plus.


Et puis j’ai testé sur d’autres trucs.

Par exemple, j’ai pensé très fort qu’il fallait que le ministre de l’intérieur ferme sa gueule quand il était en train raconter ses conneries à propos de la meuf qu’il a obligé à le sucer pour lui trouver un appart’. Et hop, mâchoire bloquée en pleine interview ! C’était du bonheur, ce truc-là !

Rien que de voir Patty si contente et de l’entendre balancer « bien fait pour sa gueule à ce fumier », ça m’a fait un bien... Je te raconte pas la nuit qu’on a passé après, elle était à fond et j’avais l’impression d’être une putain de star. Mémorable, le truc.


Mais bon, évidemment, il faut rester discret. Le secret des voies de Dieu, c’est de rester impénétrable, sinon tu sens bien qu’il y a forcément un enfoiré qui va essayer de te coincer, qui va foutre la merde, et alors t’es obligé d’intervenir tout le temps, sans arrêt, t’as plus de vie. Et moi je veux pas ça.

Moi j’ai mon taff, j’ai Patty, j’ai pas envie de devenir Superman.


Alors bon, des fois, faut reconnaître que ça se commande pas, ça s’impose.

Et c’est pour ça que je me retrouve ici aujourd’hui. Forcément, la bagnole de flics en civil qui arrive pleine balle sans gyrophare et qui va faucher un petit vieux qui finit de traverser appuyé sur sa canne, moi j’ai pas réfléchi.

C’était peut-être son heure, au vieux, j’en sais rien. En tout cas, j’ai pensé qu’il fallait que la voiture s’arrête. Et elle s’est arrêtée. Mais pas les mecs qui étaient dedans.

Et moi, vu que ça s’est passé sous mes yeux, à deux mètres de moi, je me suis pas contenté de penser : j’ai fait comme tout le monde quand il voit arriver le danger devant lui, j’ai tendu les mains, genre, en geste de protection, tu vois.


Et je sais ce que tu as dans ton dossier, là, sur ton ordi. Même pas la peine de me montrer.

Y’a les images de la caméra de surveillance.

On me voit tendre les mains.

On voit la voiture qui se plante sur un mur invisible, et les trois mecs dedans qui planent à travers le pare-brise, avant de finir en pâtée pour chat sur le kiosque en face de la rue.

On voit le petit vieux tombé par terre qui se pisse dessus devant la voiture qui fume encore.

Et on me voit moi, en train de partir à courir comme un dingue, à flipper qu’on m’ait vu, et je fonce jusqu’à la bouche de métro où je m’arrête pour voir si je suis poursuivi, tout juste devant la deuxième caméra qui filme ma tête en gros plan et qui vous a permis de me retrouver.


J’avoue, j’ai pas réfléchi.

Mais ça, c’était avant.


Là, je vais penser plusieurs choses.

Je vais penser que cette voiture de flics a allumé son gyro et son deux-tons, et comme ça le petit vieux n’a pas traversé, et la voiture n’a pas eu besoin de s’arrêter.

Je vais penser que la vidéo surveillance n’a vu aucun accident.

Je vais penser que ni vous, ni vos supérieurs, ni les caméras de ce bâtiment, ni les caméras des alentours ne m’ont jamais vu venir ici.

Je vais penser que je n’ai jamais reçu la visite de vos collègues, qu’ils ne savent pas qui je suis, qu’il n’y a jamais eu de dossier sur moi ni sur cette affaire et que je n’apparais en aucune façon sur aucun fichier, aucun papier, aucun dossier, aucun enregistrement d’aucune sorte. Qu’il n’y aucune trace d’un quelconque événement qui me concerne.

Je vais penser que je ne suis pas ici.


Je vais penser…

Je vais penser à Patty et à mon bungalow dans les Pyrénées.


Bref.


Ca m’a fait du bien de te parler.

Allez salut.


--G4rF--

jeudi 24 août 2017

Nouvelle

INTOX

Il relut l’ensemble de l’article. Les photos étaient bien choisies, légendées clairement. La vidéo qui accompagnait l’article était plutôt bien ficelée : percutante, avec une bonne musique, elle faisait bien passer le message.
Comme à son habitude, il signa l'article de ses initiales. Ça mettait le lecteur dans l'ambiance.

Il sourit en cliquant sur le bouton « Publier », et attendit quelques instants que l’ordinateur lui indique que son article avait été intégralement transmis.
Après une poignée de secondes, l’article apparut en tête du tableau de bord de son gestionnaire de sites internet : publié à 09h27 sur « cequonvouscache.com ».
Il s’étira, abandonna son ordinateur en cours d'extinction et s’en fut vers l’autre côté de la pièce, où son lit l’attendait, près du réveil dont l’afficheur indiquait 3h41 du matin.

Les signes de fatigue se lisaient clairement sur son visage quand il passa le hall d’entrée. Benoît, qui était à la réception ce matin, lui dit même qu’il faisait peur lorsqu’il le salua tout en tendant son badge devant le lecteur sans contact du premier portique de sécurité.
Après un passage obligé à la machine à café qui délivrait sans discontinuer depuis plusieurs semaines la même lavasse imbuvable qu’il avala tout de même pour satisfaire sa dépendance à la caféine, il s’installa à son poste de travail en posant dans le tiroir sécurisé son téléphone portable, son trousseau de clés et sa montre connectée.
La lumière du tiroir passa du rouge au vert, et l’ordinateur put démarrer.

Et allez, encore un changement de mot de passe… ça ne faisait jamais que cinq fois depuis le début du mois, et ça n’irait sans doute pas en s’améliorant. Connaissant son employeur, le contraire eut été surprenant. Ce que l’absence d’enseigne en façade de l’immeuble tristement normal du XVIIème arrondissement parisien où il se trouvait ne proclamait pas, c’est qu’il travaillait à l’ACSI, l’Agence Centrale de Surveillance de l’Information.
Dans ce poste avancé du renseignement dépendant directement du ministre de l’intérieur, on ne rigolait pas beaucoup quant à la sécurité informatique, même quant on était comme lui rédacteur hors classe et qu’on était une des têtes les plus connues de la boutique, faisant quasiment partie des murs.
Mais cela ne l’empêchait pas de prendre certaines libertés qui jusque là avaient apparemment échappé à la vigilance des cerbères du troisième étage. Tout allait bien...

Il prit quelques instants pour voir discrètement où en était son article publié pendant la nuit : 7800 vues, et ça progressait constamment. Un léger sourire sur le visage, il referma la fenêtre affichant les statistiques et ouvrit sa messagerie interne.
Il sauvegardait sur son poste un dossier proposé par Jérémie, le nouvel arrivant dont il assurait la formation et le contrôle qualité, lorsqu’un message s’afficha en travers de son écran, barrant toutes les autres fenêtres ouvertes.
« Information de service : vous êtes attendu au Bureau de la Supervision (salle 501) ».
Ça, c’était anormal.

Préoccupé, il se dirigea vers l’ascenseur, appela la cabine puis entra en appuyant sur le bouton du cinquième étage. Une collègue qui s’apprêtait à partager le trajet vit le témoin lumineux de l’étage sélectionné, lui fit un sourire contrit et compassé, puis fit demi-tour avec hâte.
Les portes se refermèrent sur lui, seul.

Il n’y avait qu’un unique bureau au cinquième, celui de la patronne, pudiquement habillée d’un titre ronflant de « superviseur » alors qu’elle faisait la pluie et le beau temps dans toute l’agence, y compris ses succursales de métropole et d’outre-mer.
Il la connaissait plutôt bien et n’avait jamais eu de problème avec elle, mais la fatigue de la veille et le stress de cette soudaine convocation se combinaient en une forme de malaise assez angoissant. Se pouvait-il qu’elle sache ? Et si oui, comment ?

« Savez-vous pourquoi je vous ai fait monter ?
- Euh… à dire vrai, je comptais sur vous pour me le dire. »
Elle le dévisagea un instant, un instant juste un petit peu trop long.
Quelque chose n’allait pas.
Elle chassa sèchement une quelconque poussière de la surface de son bureau, saisit son stylo et le pointa dans sa direction :
« - Je sais tout.
- Pardon ? laissa-t-il échapper, son visage déjà blafard blanchissant désormais à vue d'œil.
- Tout. Je sais que vous avez publié cette nuit, depuis votre appartement, depuis un poste non déclaré, un article rempli de balivernes séditieuses sur un site complotiste de premier plan. Je sais que, pour cela, vous avez utilisé des informations dont l’usage est strictement limité aux seuls bureaux de l’agence. Et je sais enfin que vous avez trouvé une façon, assez grossière d'ailleurs si je me fie aux conclusions du Bureau de la Sécurité, de trafiquer l'heure de publication. »

Elle se leva et vint s’asseoir au coin de son bureau, face à lui qui restait silencieux. Plus que de la colère, son visage exprimait étonnamment de la contrariété.
« - Je ne vous apprends rien si je vous dis que ce que vous avez fait là est absolument contraire au règlement, n’est-ce pas ?
- Euh… finit-il par bredouiller.
- Vous savez à quel genre de sanction vos actions dissimulées vous exposent ? »
Il sourit faiblement.
« - Vous… vous allez me virer ?
- Vous virer ? Faites moi rire ! » s’emporta-t-elle en se relevant d’un coup, avant de retourner vers son siège où elle se réinstalla comme un roi sur son trône.

« Il y a quelque chose qui vous échappe, expliqua-t-elle posément après un instant de silence.
« Vous êtes un agent efficace, un très bon agent. Vous faites bien votre boulot, vous prenez de bonnes initiatives, vous avez manifestement le sens et l’intuition qui conviennent à ce job, et si vous vous avaliez autant d’entretiens d’embauche que moi vous sauriez que ce n’est pas donné à tout le monde.
« Mais quelque chose vous échappe. Cela fait quelques années que vous et moi travaillons ensemble ici. Et dès le jour où j'ai pris mes fonctions à la tête de l'agence, je vous ai dit, à vous comme à vos collègues, quel était notre objectif, quelle était aussi notre éthique.
« Or cette éthique à laquelle nous sommes --à laquelle JE SUIS-- attachée, vous ne l'avez pas respectée.
« Mais je vous comprends, vous savez, fit-elle d'un air entendu. Je vous assure que je vous comprends. Comme chacun et chacune de vos collègues à un moment ou un autre de leur carrière, vous avez eu cet élan, un élan sincère, qui vous a fait penser : cette information, ce dossier, je dois les écrire, je dois les faire sortir dès maintenant, le public doit le savoir dès que possible. Et c’est là, votre erreur. »

Elle se pencha en avant vers lui, et reprit d’une voix douce :
« Parce que, voyez-vous, même si je vous comprends, la règle de notre agence est limpide : il est absolument interdit de monter un dossier de désinformation hors de nos bureaux.
Alors considérez ça comme un dernier avertissement avant la commission disciplinaire : cessez définitivement de travailler depuis chez vous.. »


* * *
--G4rF--

vendredi 5 septembre 2014

Fich(tr)e de lecture - "Flashback" de Dan Simmons

J'ai lu ça, et c'était bof.

Quelle étrangeté, mes amis.
Dan Simmons, pour moi, ce n'est pas n'importe qui.
C'est d'abord l'auteur de "L'échiquier du mal", première de ses œuvres à laquelle je me suis attaqué il y a maintenant un bon paquet d'années.
C'est ensuite l'auteur de l'époustouflante série des Cantos d'Hypérion, riche, belle, puissante saga tirant vers la poésie, l'introspection philosophique, le space opera, l'épouvante (le gritche, mes amis, le gritche ! La vache, quelle trouvaille, ce croque-mitaine qui tue à rebrousse-temps !).
Viennent ensuite Ilium et Olympos, relectures épastrouillantes des écrits d'Homère dans une perspective futuriste tout bonnement incroyable, fulgurante de créativité, paraissant partir dans 20 directions divergentes qui finissent par se réunir en une unité qui fait sens.

C'est caca beurk, mais j'aime bien !
Enfin, Terreur, sur un autre rythme, un autre temps, plus proche de nous et cette fois bien plus mâtiné de fantastique que de cette science-fiction dans laquelle il excelle (selon moi).

Jusque là, rien à dire, pas un reproche à faire qui ne puisse être empreint d'une subjectivité sur l'écriture, le déroulé du récit, la manière de faire ci ou ça... donc rien de bien méchant.

Et pis, boum, début de l'été, plus rien à lire, je me paie "Flashback". Et là, je ne comprends plus très bien.



Je ne vais pas te spoiler l'histoire, mon z'ami, la quat' de couv' le fait déjà suffisamment, et vers le milieu du bouquin on comprend à peu près vers quoi va tendre la fin.
C'est une enquête policière dans un genre d'USA post-ap' (ça veut dire post-apocalyptique pour les prétentieux dans mon genre qui aiment les apocopes sanglantes).

Ce qui me chagrine un peu, dans ce bouquin, au delà du fait que la fin n'est pas excessivement dure à anticiper (a contrario des bouquins de S-F précités), c'est le discours politique.
OK, je prends note, sur la couverture, y'a écrit "Roman", ce qui signifie dans tous les cas de figure que tout ce qui suit ces 5 lettres est à verser au crédit de la fiction.

Pour vous la faire courte, le gars nous explique que les affreux musulmans --ouh là là môman j'ai peur envoie moi une bonne goulée d'eau bénite dans mon pastaga pour me purifier avant la sainte côte de porc au barbeuk-- ont bombardé Israël, formé un machin désigné comme le "Califat Global", et que le système occidental s'est effondré sous le poids lancinant des aides sociales distribuées gratos à tout le monde (et certainement pas à cause des hedge funds, sociétés écran et autres paradis fiscaux façon Delaware qui font des Etats-Unis l'autre pays de l'arnaque).

Danny, mon petit Danny, sans vouloir faire ma Madame Moisie : c'est pas brillant.

J'ai peine à croire qu'un garçon de ton âge, Danny-boy, soit suffisamment benêt pour donner foi aux cris d'orfraie des néo-libéraux ultra conservateurs façon Rick Perry ou Donald Trump qui annoncent le cataclysme/la fin du monde/la banqueroute (biffez la mention inutile) à l'occasion des récents débats américains sur la loi imposant une couverture de santé minimale à tout le monde.
J'y crois à mort !
Alors okay, à Mickey-sur-Capital-Land, ça fait bizarre, y'en a même qui disent que c'est une mesure socialiste (ils connaissent pas les nôtres, de socialistes, sinon ça leur ferait sûrement moins peur). Mais bon, des aides sociales qui mettent à terre le pays le plus riche de la planète ? Des méchants musulmans qui veulent dominer le monde et qui arriveraient à se mettre d'accord pour y régner sur une bonne moitié, alors que c'est l'Islam est la plus jeune des 3 religions du livre et qu'elle a déjà connu un paquet de schismes comme tout dogme qui se respecte, avec tous les conflits fratricides qui viennent avec ? Des japonais qui prennent le pouvoir aux U.S.A. et qui parviennent à reconquérir la Chine pour imposer un nouveau shogunat ? Le tout, en quoi, en 2035, ou en 2055, je sais même plus ?

A qui veux-tu faire croire ça, mon Danonino ? T'es pas sérieux, mec, ça tient pas debout et t'es décevant à agiter des éventails fétides et faciles que des populistes irrités du bulbe ont frénétiquement branlotté avant toi. Et pour couronner le tout, le dernier espace de liberté est (j'invente rien) la République du Texas ! Daaaaa-llaaaaas, ton accueil-euh si agréééaaaaaaableuuuuh... mais bien sûr. T'as déjà entendu parler de marmotte et de papier d'alu ?

Non mais j'vous jure, ça paraît excessif, tel que je viens de l'écrire, mais je l'ai ressenti avec cette force-là, le "non mais il s'fout d'ma gueule, çui-là !".

Objectivement, et sans vouloir se la péter, ta S-F est de haut niveau (8ème Dan ? Warf !) et c'est pas tout le monde qui va avoir le courage de s'accrocher sur tes pavés de 800 pages par tome pour aller au bout de ces histoires, bien qu'une fois arrivé ça en vaille la peine.
"Ludiquement parlant, ça me désoblige"

Or en proposant ce virage hors de ton domaine habituel avec un argumentaire faiblard et bien peu construit, que tu le veuilles ou non, ton lecteur a l'impression tenace d'être pris pour un con, et jusqu'à la fin du bouquin ce sentiment ne m'a pas lâché.

C'est de la fiction, mais de la fiction au goût de flotte, et ça agace tellement qu'on en zapperait presque l'histoire pour protester contre le chapelet d'énormités de ce genre qui s'égrène paresseusement dans les espaces de blanc que tu as laissés autour de ton histoire.
Sérieux, pour moi, t'avais sûrement des factures à honorer, ou la charpente à refaire, enfin un truc à la con qui coûte du fric, et ça aboutit à ce machin qui me déçoit profondément, je crois que ça se sent.
Toi aussi, cale tes pieds de table
avec un ouvrage de qualité !
RMA, de G4rF, en vente partout
où on peut l'acheter !

Mais ne nous refait plus ce coup-là, s'te plaît, j'ai déjà assez de cales pour mes tables bancales. ;)


--G4rF--

jeudi 26 mai 2011

Barbeuk, Australie, Fête de la musique

Yo ! A tous les amigos qui m'ont lu lundi et qui n'ont pas reçu l'invit' pour la Barbeuk Zone, c'est "normal" : j'l'ai pô envoyée.

Je viens en effet d'apprendre que l'ami DenisFX, longuement exilé en Australie pour cause de "j'y bosse et j'aime bien" revient faire un tour à Paris et se rend disponible ce même jour... Donc, ça coince pour manger de la viandaille grillée ce jour-là, vu que le pépère n'est pas sur le plancher des vaches aussi souvent qu'on le souhaiterait.

Le barbeuk est donc re-re-reporté, a priori au 19 Juin, ce qui serait bien cool.

Parlons musique : j'ai enfin trouvé un commerçant assez sympa pour bien vouloir nous prêter du jus le temps de donner notre concert du 21 Juin prochain. Je le rappelle, la Fête de la Musique c'est un mardi que ça a lieu, nous serons sis au 170 boulevard Saint Germain devant la vitrine de Hugo Boss, et nous jouerons en électrique si La Croissanterie veut toujours bien de nous, ou en acoustique si y'a une coupure de jus.

Je vais faire une jolie affiche dès que j'aurai le temps de sortir la tête de l'eau... en ce moment, c'est pas facile.

Bon, je vous laisse, j'ai des pages à écrire... le challenge continue, jour 3 sur 365, je tiens (vaguement) la route !

--G4rF--

mercredi 23 mars 2011

Un peu d'Histoire (et sa résonance contemporaine)

Je viens de finir de lire "Eichmann à Jérusalem", d'Hannah Arendt, gentiment prêté par ma collègue Catherine.

C'est elle aussi qui m'avait passé le bouquin de Jean-Claude Michéa, "L'empire du moindre mal", que j'avais promis de chroniquer (sans tenir ma promesse, une fois de plus, mais je finirai par le faire un jour parce qu'il y en a, des choses à dire sur ce très bon bouquin).

Pour vous faire un topo très court, c'est un livre à lire en le replaçant dans le contexte de sa sortie. On est en 1963, un peu moins de vingt ans après la fin de la IIème, et un an après l'exécution d'Eichmann. C'est un livre extrêmement polémique, par la controverse qu'il a suscité en décrivant l'accusé beaucoup plus comme un rat de bibliothèque falot, amoureux du travail bien fait et obsédé par son avancement et ses signes extérieurs de réussite sociale, que comme un monstre sanguinaire prêt à massacrer ses victimes à la main s'il venait à manquer d'outils.

C'est un livre qui a un mérite, à mon sens, celui de poser à plat les critères moraux et juridiques sur lesquels juger un crime de guerre et un crime contre l'humanité, sur l'inévitable poids des circonstances et de la volonté politique évidente de Ben Gourion d'appuyer à fond sur l'axe de l'accusation. Ça permet de se faire une idée du principe amenant à créer un tribunal international. Ça permet de se faire une idée de la difficulté à rendre la justice quand on est du côté des victimes et qu'on juge l'un de ses bourreaux, bien qu'il n'ait techniquement sur les mains que du sang qu'il n'a pas lui-même versé.

Ca permet aussi de voir, préfigurant le Rwanda, la Bosnie, et toutes les autres "purges" ethniques intervenues depuis, de quelle manière une société entière peut devenir partie prenante d'une mécanique de destruction déshumanisée au point que le respect de la loi nationale prend le pas sur le respect de la vie d'autrui (qui transcende toute loi). L'expression "banalité du mal", la banalisation des actes jusqu'à noyer toute trace de leur obscénité primitive sous la masse des formulaires, actes administratifs, "éléments de langage" et autres faux-nez, voilà qui résonne en une sinistre harmonie avec notre époque, avec les pratiques de notre pays où on entend des voix proposer de "remettre des émigrants dans leur bateau", où l'on met en place des "centres de rétention administrative"...

Lisez-moi ce bouquin. Moi, j'y vois un argumentaire très convaincant pour inciter à prendre du recul sur les conséquences de nos actes, surtout ceux que l'on fait en appliquant des consignes et des lois. Encore un truc pour vivre moins cons !

--G4rF--

mardi 17 août 2010

Rigolage

Yo, un p'tit mot vite fait pour les désespérés qui attendent de moi une parole riche et poignante : je suis occupé à faire avancer mes travaux et à bouquiner en ce moment (je lis "La zone du Dehors" d'Alain Damasio, après avoir lu et apprécié cette oeuvre étonnante et riche qu'est "La horde du contrevent", pas mal, j'en suis aux 5/6èmes), ergo je suis assez modeste en ce qui concerne le temps passé à produire une expression écrite pondérée et digeste. Et ayant un quelconque sens pour quiconque en ce bas monde, à commencer par moi.

Comme je n'assume absolument pas cet état de vacuité qui caractérise ma verve quand je suis occupé à autre chose qu'à m'énerver, je vous propose quelques instants de rigolade (ine inegliche) avec Eddie Izzard, enfin un morceau de son spectacle. Pour ceux que ça intéresse, le texte a été transcrit et est lisible ici et là.

A bientôt avec des trucs mieux.

--G4rF--

PS : il va sans dire que je vous recommande de vous rapprocher de SolLire, la boîte à LN, pour trouver tous ces p'tits bouquins que je vous recommande régulièrement. Tous ne seront pas nécessairement disponibles, mais c'est toujours plus cool de tenter de faire tourner l'alternative et d'avoir ses bouquins à prix décent, que d'enrichir Amazon & co.

lundi 12 juillet 2010

Chauds, les projets, chauds !

Fait trop chaud dans ma piaule, en ce dimanche très tard/lundi trop tôt. Insomnies, décalage horaire, canicule de sa mère, qu'est-ce que j'ai pu faire au mois de Juillet pour qu'il m'en veuille autant ?

Je voulais parler projet, au fait. Enfin, projets, au pluriel.

J'ai repris l'écriture de Nitta, la suite de RMA, au cours de ma dernière insomnie. Je pense avoir résolu un écueil majeur du scénario, et j'espère que tout va couler de source à partir de maintenant, parce que ça fait 4 ans que le premier tome est sorti et c'est honteux de n'avoir pas encore achevé d'écrire le suivant. J'ai aussi entrepris parallèlement l'écriture de "No friend band", roman musical, qui je l'espère naîtra en même temps.

J'ai aussi découvert l'embarras du choix, qui va me contraindre à me démultiplier, puisque, mon projet de BD avec l'ami BleZzZ étant tombé dans les limbes de l'oubli, je me retrouve avec 3 compères avec lesquels j'ai des projets de BD à concrétiser : j'ai un projet à peaufiner avant de présenter l'idée à Aki, j'ai un autre projet à peaufiner avant de le présenter à Guillaume Labrude, et j'ai des tas d'idées de comics à trouver en plus pour les filer à LN, parce que merde, Fantasy, ça me fait marrer, et j'aimerais bien qu'on arrive à trouver un petit rythme, genre 1 par semaine, même si c'est pas gagné. Hein, LN, hein ? Au fait, sympa la nouvelle présentation. Et il était temps de changer de bannière ! :-)

J'ai le projet d'aménager, d'ici au mois d'Octobre de l'année, 2 chambres, 1 terrasse et 1 bureau dans ma zonmé, en prévision de l'arrivée de Sa Majesté Schtroumpfette n°2. Pour l'instant, elle n'a pas de prénom, et avec tous ces projets à mener de front, en plus évidemment de mon quotidien professionnel, je ne sais pas quand je vais arriver à lui en trouver un. Devrais-je déléguer cette tâche à la seule opinion de Madame ? Elle a certes ma confiance, mais nos goûts divergent (ce qui est énorme pour un seul homme) et donc le débat doit avoir lieu coûte que coûte. En plus, la bougresse serait en mesure de tenir les mêmes critiques vis à vis de moi. Je vois pas pourquoi : Madoka, c'est un joli prénom pour une fille, non ?

J'ai parlé de projets musicaux ? Parce que, si tout va bien, les HaggiS sont supposés (enfin !) enregistrer (enfin !) pour de vrai (enfin !) d'ici le mois de Novembre 2010.

Bien évidemment, certains projets sont déjà lancés, et parmi eux certains sont inarrêtables, comme la fabrication de Juniorette 2010. Et aussi, mon projet au taff. Il existe dans mon job de contractuel du service public un devoir de réserve m'interdisant de prononcer des opinions dans une certaine mesure. Je me demande si j'ai le droit de dire que, avec 10 ans d'expériences diverses et de fortunes variées dans la fabrication de logiciels du plus simple au plus complexe, j'ai maintenant acquis la conviction qu'on ne peut pas espérer bâtir la maison de ses rêves en donnant à un architecte une liste de trucs que votre baraque devra faire (genre, la porte s'ouvrira sur le couloir, vers l'intérieur et la gauche, en moins de 10 secondes), un paquet de pognon pour faire faire, et carte blanche pour la réaliser dans des délais de ouf. Y'aura forcément des couilles. Et quand bien même vous auriez (forcément pour plus cher que prévu) la maison dont vous rêviez au départ, vous savez bien qu'il vaudra mieux pour vous refaire vous-même les papiers peints, planter les rosiers et tailler la haie si vous voulez garder un peu de blé pour vos autres projets : on ne vit pas pour sa maison, mais DANS sa maison.

Car on connaît tous quelqu'un qui a économisé un pognon monstre et obtenu le petit truc en plus qui fait que chez lui, c'est génial, parce qu'il est du métier, qu'il savait comment faire, et qu'il a appelé son copain qui connaît le boulot et lui a ramené le gars qui fait très très bien le petit truc qui tue, là, là. Si un jour des gens sont mécontents du retour sur investissement du projet auquel je collabore, ils auront à mon avis raison parce que, persuadés d'être dans cette seconde configuration par la (dis)grâce d'une organisation appliquant selon moi un credo managérial invérifiable digne d'une grosse boiboite à consultants façon ex-Andersen et spécifiquement taillé pour rapporter des brouzoufs à ces seules compagnies, bah les mécontents s'apercevront qu'ils étaient dans la première config (mode chèque en blanc et on espère ne pas se bouffer le mur en route). Et en plus, chaque fois qu'une charnière commencera à couiner, qu'un robinet fuira du col ou qu'une ampoule claquera dans le lustre du salon, il faudra payer, payer et payer encore, pour des trucs que même un crétin saurait faire tout seul.

Dans mon immeuble à Saint-Denis, l'ancien syndic de copropriété facturait 50 Euros un remplacement d'ampoule. Escabeau, dévisse, revisse, fini. 50 Euros. Mon 6ème sens de Spiderman me hurle à l'oreille que mon projet prend le même chemin. On a failli payer 30 jours pour que du code MSDos renvoie un pauvre exit code. Et on peut pas modifier le texte d'une boîte de dialogue parce que les messages sont en dur. Dans le monde réel, une boîte normale te dirait "bon, ben on va lister tous les messages pas clairs, et à la fin on vous fait une petite évol à pas cher pour payer leur mise à jour, genre 0,5 jour de taff". Là, c'est 2 jours le message. Direct. D'où le 6ème sens au bord de l'infarctus.

C'est pas pour faire mon "c'était mieux avant", mais je pense que quand on a quelque chose de très précis en tête, qu'on commande à un spécialiste parce qu'il vend mieux sa tambouille que les 2-3 autres et qu'on reçoit en retard sa commande qui ressemble pas à ce qu'on voulait, qui marchouille et qui sent la poussière, genre "décongelé puis réchauffé aux micro-ondes", avec la promesse "juré-craché-croix de bois-croix de fer" qu'il n'y aura plus du tout de retard et que tout va bien youpi les p'tites fleurs, on a des raisons légitimes de s'inquiéter. Du coup, auxiliaire du service public et fournisseur en deniers d'icelui chaque année depuis le début de ma vie professionnelle, bah je m'inquiète pour mon pognon, enfin là pour celui des Parisiens qui sont plus gros fournisseurs que moi sur la dotation de mon projet, car je reste persuadé que, sur un projet informatique, on n'arrive pas à faire un bon outil sans que ses propres troupes en examinent chaque centimètre et en fabriquent les morceaux les plus cruciaux. Maîtriser l'outil, ça s'appelle. Et comme disait une pauv' pub de pneumatique de ma jeunesse, "sans maîtrise, la pouissance n'est rien".

Ouais, j'suis trop un rebelle, I spit in the soup, mort aux cons, tout ça ! Vélorution !

--G4rF--

PS : c'qu'il fait chaud, putain ! On se croirait sur un train de la ligne J entre Asnières et Colombes, quand il fait 8000 degrés dehors et qu'on est cuit à la vapeur à l'intérieur, en roulant à 2 à l'heure à cause de la signalisation foirasse ou du rapide de Pontoise qui tarde à arriver, tassés derrière les foutues baies vitrées où il y a écrit "espace climatisé". Fallait pas oublier de préciser que c'est climatisé pour les habitants de Jupiter et pas les humains. Chaud. Chaud. Chaud...