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lundi 1 avril 2019

On n'a pas tous le même GPS

...ou "pourquoi la gauche se viande alors qu'elles a les bonnes idées et les bonnes personnes"

Au commencement du début

J'ai reçu comme chaque semaine un message issu du site "La sociale", dont je recommande d'une façon générale la lecture car le contenu critique qui y est développé me paraît qualitatif et instructif.
J'ai découvert ce site consécutivement au départ du Media de Jacques Cotta, qui y préparait et présentait l'émission "Dans la gueule du loup" (DLGL), émission elle aussi de haute qualité et dont la disparition m'a d'autant plus attristé que les raisons qui l'ont amenée sont médiocres.

Me promenant de lien en lien, je retombais sur la lettre de la semaine précédente signée par Jacques Cotta, dont le contenu m'a fait à la fois bondir et claquer ma main sur le front de désespoir (un exploit qui n'est pas accessible à tous... essayez, vous verrez).
La lettre en question est lisible ici.

Le problème, c'est les autres ?

Bondir parce que cette lettre part du principe qu'en soutenant la marche pour le climat le même jour qu'une manif de gilets jaunes, les militants insoumis ont choisi une urgence moins élevée que celle contre laquelle se battent les gilets jaunes. Etant moi-même militant insoumis et gilet jaune, je sais de source sûre que cette façon de voir n'est pas juste.
Claquer la main sur le front parce qu'une fois de plus, je vois la machine à perdre en plein travail, cette détestable habitude propre à tout ce que la France comporte comme personnes engagées et militant pour un projet humaniste et progressiste : faire caca verbalement sur les petits copains parce qu'ils s'y prennent mal pour mener leur combat. Je caricature évidemment, mais je pense que vous y reconnaîtrez quelque chose que vous avez déjà vu.

Le problème, c'est moi !

Selon moi, voilà ce qui se passe, lisible ci-dessous sous forme très condensée, puis moins condensée, puis totalement expliquée :
- le problème, c'est moi ;
- le problème, c'est qu'on oublie que tous ceux qui marchent vers Rome ne prennent pas forcément le même chemin pour s'y rendre que nous ;
- le problème, c'est que la spécificité intrinsèque qui permet de dire de quelqu'un "lui, il est de gauche", c'est qu'il a totalement intégré dans son mécanisme d'analyse critique une étape préliminaire et inévitable : questionner la validité de toute forme d'autorité lui suggérant une façon de faire.

Je m'explique

Pour expliquer ce que c'est, la "pensée de gauche", pour peu qu'il y ait un sens à faire cet exercice, il y a selon moi deux façons possibles de s'y prendre (non exclusives l'une de l'autre). La première, c'est d'expliquer ce qu'est la gauche politique, parler des penseurs, des analystes, de tout le spectre des tendances et courants, pour dessiner avec de nombreuses nuances et estompes le nuage galactique de la gauche politique passée et actuelle. Extensif, efficace, mais long, et ouvrant sur des débats dans les débats qui sont certes intéressants mais vous garantissent aussi de saigner des oreilles à un moment ou un autre.
La deuxième, c'est la technique dite de "l'empreinte en creux" : parlons de ce que n'est pas la gauche, et une fois qu'on aura décrit tout ce qui est "en dehors", ce qui restera, c'est la gauche. Pas du tout extensif, relativement efficace, mais surtout diablement rapide. Essayons cette méthode.

L'empreinte en creux de la gauche... bin c'est la droite.

A quoi reconnaît-on la droite ? A ses valeurs.
Discutables, adoptables pour certaines (sous réserve), méprisables pour d'autres, mais elles existent, et chacun en pense ce qu'il veut.
Pour le sujet qui m'occupe aujourd'hui, je dirais que la valeur essentielle caractérisant un point de vue de droite, c'est le respect intrinsèque pour l'autorité.
Ceci ne signifie nullement qu'il n'y aura pas de combat ou de contestation de l'autorité dans un mouvement de droite, mais que, à l'instar de ce que l'on peut voir dans le règne animal chez bien des espèces fonctionnant par domination et soumission, celui qui remporte le combat des chefs gagne automatiquement le respect des non-chefs.
Le chef parle, on l'écoute, et on part du principe qu'il sait ce qu'il dit puisqu'il est le chef, donc que le groupe a reconnu sa compétence à présider aux choix du groupe. La confiance en sa parole est acquise par défaut, il faudra prouver qu'il a tort pour que cette confiance soit remise en question.
L'a-priori de droite sur les décisions prises est positif.

Et à gauche, c'est l'inverse. A gauche, toute opinion professée par un porte-parole sera d'emblée soumise à la question : de quel droit ce mec me dit-il ce que je devrais penser ? Où essaie-t-on de me conduire ? Est-ce que ce gars ne serait pas encore un de ces fumiers qui me vend du rêve et prétend soutenir mon combat universel, juste pour se trouver une astuce qui, à terme, lui permettra de bronzer peinard en me laissant, moi avec tous les autres, au bord de la route et toujours dans la mouscaille ?

Et, peut-être par habitude d'appliquer cette analyse critique à tout ce qui sort de la bouche ou de la tête d'un leader (ou présenté comme tel) de la gauche politique française, on arrive à l'effet inverse de la droite : l'a-priori de gauche sur les décisions prises est négatif.

L'usage de la métonymie provoque une myopie de l'opinion

Il en résulte que, quelle que soit la parole prononcée ou l'option retenue par tout ou partie d'un groupe militant, d'un mouvement ou d'un parti de gauche, on commencera d'abord par une péroraison sur tout ce qu'il emporte de mauvais, avant de se pencher (s'il reste du temps) sur ce qu'il amène de bon.
Je vois dans la lettre de Jacques Cotta un exemple flagrant de cette tendance, d'autant plus chagrin de mon point de vue que je suis personnellement convaincu que ce type est très malin et tout à fait compétent dans ses analyses. Mais là, sur ce coup, je ne valide pas.
En premier lieu, l'analyse qu'il porte procède d'une forme de métonymie, c'est à dire prend une partie de quelque chose pour l'ensemble, que je trouve infondée. Supposer que, parce qu'un cortège de militants France Insoumise se place à l'arrière d'une manif internationale réclamant l'action politique pour faire face à l'urgence climatique, alors la totalité de la France Insoumise et de ses militants partagerait intégralement cette façon de faire et soutiendrait à 100% cette manière d'agir, c'est une métonymie. Et là aussi, je sais de source sûre que la réalité de terrain est tout autre.
La première raison à cela est que, si la totalité des militants insoumis avait manifesté avec Manon Aubry, le défilé des gilets jaunes eut été moins fourni : dans ma campagne comme dans les villes, un nombre tout à fait conséquent de militants FI sont des gilets jaunes. Ils choisissent leurs défilés et leurs actions comme des grands, et n'attendent pas les mots d'ordre, pas plus qu'ils ne les respectent aveuglément (d'ailleurs, les "tronches" de la France Insoumise sont assez intelligentes pour savoir que s'ils utilisent le terme "mot d'ordre", ça va gueuler un peu).
Avec cette métonymie, l'opinion qu'on se forme est frappée de myopie : certes on voit bien de près des insoumis dans un cortège et pas dans un autre, mais on voit mal de loin la mobilisation générale sur de multiples fronts qui caractérise mieux l'action des porteurs du mouvement.

Sur l'impossible ubiquité

Vu de l'intérieur du mouvement insoumis, sur lequel j'ai par ailleurs des critiques à formuler (n'oubliez pas : je suis de gauche, donc j'ai des choses à dire sur ce qui ne va pas chez mes potes), je constate que bien des observateurs plus ou moins partisans passent à côté d'une réalité bien triste et proverbiale : on ne peut pas être à la fois au four et au moulin.
On ne peut pas être à la fois dans un défilé gilet jaune et dans un défilé climat... sauf le jour où, volontairement, ces deux actions se rejoignent.
Ce fut le cas chez moi, à Ancenis, le week-end où se tint l'événement que Jacques Cotta déplore selon moi pour de mauvaises raisons.
Plus généralement, chaque jour pour les militants le questionnement revient : où agir pour être efficace à la transformation du monde que nous souhaitons ? Serait-ce mieux d'être avec les gilets jaunes, dont beaucoup sont des oubliés du système qui ne s'étaient jamais mobilisés politiquement et à qui apporter un soutien dans l'action peut faire du bien, donner de l'énergie pour continuer, aider à faire aboutir les revendications pour obtenir le futur qu'ils souhaitent et que je souhaite aussi ?
Au collectif des coquelicots, qui réclament l'interdiction des pesticides pour obtenir le futur qu'ils souhaitent et que je souhaite aussi ?
A la marche pour le climat, honteusement récupérée par des soutiens de Macron le jour même où le gouvernement se torchait à l'assemblée avec les pompeux engagements du petit roi quant au changement-c'est-maintenant climatique, dont la plupart des participants veulent qu'on transforme la société pour arrêter de défoncer le seul habitat connu compatible avec la vie humaine, pour obtenir le futur qu'ils souhaitent et que je souhaite aussi ?
Aux collectifs de soutien aux migrants ? Aux associations anti-corruption ? Aux groupes luttant pour l'égalité des droits des femmes, contre le travail des enfants, contre l'évasion fiscale des ultra-riches ? Autant de groupes de personnes pas forcément étanches les uns aux autres, luttant pour obtenir le futur qu'ils souhaitent et que, nom d'un chien, je souhaite aussi.

L'action politique est une navigation

Il est donc nécessaire selon moi de garder à l'esprit que notre instinct critique politique est susceptible de faire de nous, contre notre volonté première, des armes de démoralisation massive de gens qui veulent, au fond, la même chose que nous mais qui n'empruntent pas la même route pour y arriver.
Au fil des années passées à discuter, lire, débattre, battre le pavé, me faire critiquer et me prendre des claques idéologiques, je pense avoir cerné de la sorte une forme de précepte utile à garder par devers soi comme pense-bête pour aider à faire de nos actions des outils de construction de notre avenir qui ne détruisent pas le moral de nos copains : l'action politique est une navigation.
Chacun sur son bateau, ou plutôt sa galère, nous nous fixons un cap, et la plupart de nous partageons ce même cap, mais nous ne sommes pas placés sur les mêmes mers, nous ne partons pas des mêmes ports, nous ne voyagerons pas forcément sur les mêmes routes.
Nous n'avons pas les mêmes GPS, et s'il nous est permis d'alerter par radio nos camarades de transat sur le risque d'un récif qu'il leur faudrait contourner, il nous incombe d'apprendre à maîtriser notre colère critique pour la tourner là où elle sert notre objectif commun : contre les manœuvres dilatoires et destructrices de nos adversaires, éventuellement aussi contre les erreurs que nous commettons nous-même.
Mais pour ceux qui nous accompagnent, en idées tout du moins, sur la longue traversée vers le futur à construire tous ensemble une fois accostés sur la gauche de la carte, faisons d'abord provision de magnanimité, de mansuétude et de compréhension à leur intention.
Nous n'aurions peut être pas navigué comme eux, mais, absents que nous sommes du pont de leur navire, nous n'y tenons pas la barre et n'avons nul droit de démoraliser leur navigateur : pas plus que lui nous ne sommes sûrs de la meilleure route à suivre.

Corollaire

Les plus subversifs des lecteurs de ces mots souriront jaune en constatant que, dans un article où j'encourage à y aller mollo sur la critique des autres pour faire avancer nos idées, je pratique avec allégresse la critique des autres pour étayer mon propos.
Je suis bien conscient de cette mise en abîme et de l'ironie absurde qu'il y a à faire cet exercice consistant, d'une certaine façon, à taper sur la tête des gens qui sont occupés à se taper sur la tête en leur criant "non mais vous allez arrêter de vous taper sur la tête ?!".
A titre d'excuse, ou de justification, ou de point d'intérêt pour expliquer ma démarche, je dois souligner que, depuis que j'ai découvert ce que signifiait l'expression "pensée latérale" et l'écho qu'elle donnait à la notion mathématique et physique de "dimension" (et notamment de dimension supplémentaire ajoutant un degré de profondeur et de mouvement possible à quelque chose jusque là bloqué dans un "plan" plus restreint d'évolution et de transformation), je m'efforce de faire un pas de côté et d'observer les situations complexes de cette façon.
Il s'avère que, dans le domaine des relations sociales, où les défauts de communication et de compréhension représentent selon moi 95% des causes des problèmes auxquelles on s'attelle, une conclusion du genre "communiquez mieux" adressée à des gens qui s'efforcent de se faire entendre et qui, ce faisant, ont du mal à s'entendre, est quasi-inévitable.
D'où l'ironie.
--G4rF--

#politique #gauche #giletsjaunes #franceinsoumise #fi #lfi

vendredi 22 février 2019

Des stats-euh, des stats-euh...

...oui mais des stats z'amies !
Ce titre de blog a été approuvé par le CJMP (Club du Jeu de Mots Pourri).

Ça sert à rien, donc je le fais, voici un petit point chiffré d'avancement du projet "365 jours de poésie express" :

  • 228ème jour du projet - 62% du temps écoulé
  • 170 textes écrits aujourd'hui - 46% du total à fournir - 75% de ce qui devrait être fait si j'avais pas de retard (eh, la dernière fois j'avais fait que 2/3, là j'ai fait 3/4, ça progresse !)
  • il reste 137 jours de projet et 195 textes à produire
  • au rythme actuel d'environ 2 textes par jour, j'atteindrai 50 % du total à fournir (183 textes) le 01.03.2019, vendredi prochain, et j'aurai rattrapé mon retard le samedi 20.04.2019
Il y a donc du progrès. Ça saute pas aux yeux, mais y'en a.


--G4rF--

vendredi 8 février 2019

La preuve par Tintin

[Nous interrompons le flux normal et irrégulier de ce blog pour un commentaire politique doublé d'une idée à la con]
En ces temps renouvelés de soubresauts populaires, une question flotte, revient, insiste, et se pose régulièrement à mesure que la loi nationale s'alourdit régulièrement de mesures répressives et/ou dissuasives : sommes-nous, ou ne sommes-nous pas, sous un régime autoritaire ?

Il convient de prendre un instant pour préciser qu'un régime autoritaire est un régime concentrant l'essentiel du pouvoir dans les mains et les décisions d'un petit groupe humain ou d'un individu, exempt de facto rendre compte à qui que ce soit de son action et bénéficiant notamment pour ce faire de faveurs niées au plus grand nombre (immunité, privilège, etc).

Alors, sommes-nous en régime autoritaire ? Pour moi, ça ne fait pas le moindre doute. Mais pour expliquer et faire comprendre pourquoi, il faut du temps, des arguments, du débat, de la réflexion, de la prise de recul... autant de choses qui comptent moins aujourd'hui que le nombre de vues sur Insta d'un œuf ou d'un(e) quelconque hurluberlu(te*) auto-proclamé(e) "influenceur(euse)" par la grâce des clics et de l'asservissement intellectuel général à la gloire de son Instantanéité le divin Buzz-Le-Grand.

Il faut donc trouver une autre méthode, moins rationnelle, pour effectuer cette démonstration. Et puisque la raison recule tandis que l'émotion et l'affect règnent en maîtres, puisqu'il faut que tout soit blanc ou noir, ouvert ou fermé, mort ou vivant, macroniste ou humaniste, j'ai réfléchi (pas très longtemps) et je pense que j'ai trouvé comment.

Je vous présente donc, avec une joie non dissimulée, ma méthode vite-faite-mal-faite en mode MBMC** pour savoir si votre pays est gouverné de façon autoritaire ou non. Une méthode facile à appliquer à échelle internationale, car elle s'appuie sur la popularité mondiale d'un personnage connu qui ne fait pas beaucoup débat (sauf au Tibet et en Afrique noire) : Tintin.
Je me réfère ici au Tintin débarrassé de ses encombrants débuts colonialistes, bien sûr, à celui qui a risqué sa peau pour son ami Tchang et qui fit ainsi longuement souffrir Frédéric Molas et Sébastien Rassiat (sans l'avoir voulu, je le précise).

Foin de digression, venons-en au fait. J'ai appelé cette méthode "La preuve par Tintin".

Voici comment faire :

  1. Prenez les titres de presse les plus vendus, ou à défaut, les plus exposés, du pays en question. Un tour rapide sur n'importe quel site web agrégateur de contenu devrait faire l'affaire : cherchez <nom du pays> news
  2. Dans les titres de ces journaux :
    1. remplacez le nom du pays concerné par "Syldavie", 
    2. remplacez le nom des gens par "pauvres" (s'ils sont pauvres, genre smicards ou assimilés) et par "riches" (s'ils sont riches)
  3. Imaginez un instant Tintin au début d'une de ses histoires, prenant le train pour se rendre à Bruxelles avec son fidèle compagnon à quatre pattes. En bon reporter belge du "Petit vingtième", il parcourt les titres de la presse que vous venez de préparer.
  4. Maintenant qu'il a fini sa lecture, que dit-il : "Les gens de Syldavie ont bien de la chance, n’est-ce pas mon brave Milou ?" ou bien "Les malheureux Syldaves, Milou, si tu savais !"
Et voilà ! Si les Syldaves sont heureux, votre pays n'est pas autoritaire. S'ils sont malheureux... enfin, vous avez compris.

Merci Tintin ! :)

--G4rF--
*Oui, hurluberlute. J'ignore le féminin d'hurluberlu, je n'ai aucune envie d'aller m'en quérir, et j'espère que s'il existe ce n'est pas "hurluberlue" car ce serait rater grossièrement le mot hurluberlute que je vous présente aujourd'hui en exclusivité mondiale car il est plus drôle, plus moqueur, légèrement plus acidulé et il sent la vanille.
**Ma Bite et Mon Couteau

lundi 4 février 2019

365 jours de poésie express - bilan post début d'année, post hiatus

Bon bah tout ça n'est pas très glorieux.
Fin d'année, flemme, mouvements incontrôlés dans la laïfe de votre serviteur, j'ai comme toujours tout un tas d'explications pour dire pourquoi je n'ai pas réussi à atteindre mon but.

Après avoir passé un long moment à remettre au carré mon agenda dédié à l'écriture, je peux produire les chiffres suivants :

  • j'en suis au 210ème jour de mon projet ;
  • 57% du temps est écoulé ;
  • j'ai écrit 132 textes (waouh !) ;
  • ceci correspond à 36% du total des textes à produire durant le projet (euhlà...) ;
  • c'est à dire seulement les 2/3 de ce que j'aurais dû écrire à ce jour (seulement ?!) ;
  • il me reste 155 jours d'écriture (la vaaaache !) ;
  • pendant lesquels, pour tenir l'objectif final, je dois écrire 233 textes (sérieux ? Ouh putain...) ;
  • si j'écris désormais 2 textes par jour pour éponger le retard, j'aurai rattrapé celui-ci dans 78 jours, soit le mardi 23 avril (ah ouais... ah c'est quand même peut-être faisable...) ;
  • il me restera ensuite 77 jours à un texte par jour pour finir le défi dans les temps (des vacances, youpi !).
Le plus gros obstacle est l'inspiration.
Élément combinatoire de cet obstacle, l'exigence de ne pas écrire quelque chose que je trouve tellement inutile, fade ou vide de sens que j'aie l'impression de faire du remplissage. Je veux bien écrire des conneries, je ne veux pas écrire du rien du tout.

C'est dur, les amis. C'est vraiment dur.

Mais je pense que ça me fera du bien, une fois l'épreuve terminée, de m'être prouvé que j'ai assez de jus de cerveau pour parvenir à franchir mon infranchissable.

Et de temps en temps, je suis vraiment, vraiment content de ce que j'ai pondu ce jour-là. Et rien que pour ces moments là, ça vaut le coup de le faire, et ça vaut le coup de continuer.

Just keep on moving (nom d'une vache).

--G4rF--

vendredi 28 septembre 2018

365 jours de poésie express : bilan à 20%

Ah, l'écriture.
Quel plaisir.
Quelle tannée.
Qu'est-ce que j'aime ça, qu'est-ce que ça peut me faire chier.
Qu'est-ce que c'est bon, de se voir progresser, qu'est-ce que c'est dur d'y arriver.

J'ai publié cette nuit le 73ème poème de ma série. Ceci fait que j'ai atteint la barre symbolique des 20%.
C'est mieux que ce que j'espérais de ma part : il semblerait que je parvienne, peu ou prou, avec des relâchements regrettables dans ma régularité, à tenir à peu près le pari que j'ai fait avec moi-même d'arriver à écrire un texte original chaque jour. Youpi.

Je commence aussi à me prendre un peu au jeu : les opus 65, 71, 72 et 73, et le suivant sont des essais pour lesquels le mot-titre, autour duquel bâtir le texte, m'ont été fournis par une tierce personne. Ce n'est pas vraiment du "texte de commande", mais ça rajoute une contrainte (écrire sur un sujet que je n'ai pas choisi) tout en retirant une autre contrainte (trouver un sujet sur lequel écrire !).

Je tiens à jour un agenda spécifique pour mesurer l'amplitude de mes retards. En moyenne, je tourne autour de 2 jours de retard, avec quelques rares instants où tout est fait le jour J et de nombreux instants où, pour diverses raisons, je me prends 5-6 jours de retard dans la gueule, et après il faut ramer pour rattraper le coup. Il y a de la marge pour faire des progrès, mais c'est moins la cata que ce que je redoutais.
Peut-être que si j'atteins les 100% avec un retard du même ordre, je me sentirai en confiance pour relancer mon challenge "une page par jour" pour enfin arriver à pondre mon 2ème tome. Qui sait ?

J'envisage sérieusement de regrouper tous les poèmes express de cette série dans un bouquin, en autoédition de préférence, genre BooksOnDemand ou MonBeauLivre ou PublishRoom ou le Kindle Direct Publishing d'Amazon (même si je ferai tout ce que je peux pour ne pas enrichir Jeff Bezos).
J'éviterai absolument de m'embourber de nouveau dans une relation contractuelle grossièrement déséquilibrée avec un éditeur pour de faux comme celui chez qui mon premier roman est paru : dans la mesure où cette maison n'a pas respecté la loi qui l'oblige à me verser mes droits d'auteur au moins une fois par an, n'a objectivement rien fait de concret pour promouvoir mon oeuvre et n'a su qu'encaisser mon fric pour me livrer des livres imprimés (ce qu'un imprimeur eut tout aussi bien pu faire), le contrat qui nous liait est caduc et j'en suis bien heureux.

Mais bon, tout ça, c'est un peu prématuré. 20% ça fait 73 poèmes déjà écrits et 292 encore à écrire...
Souhaitez-moi bon courage les aminches !
--G4rF--

vendredi 21 septembre 2018

A l'ère des trolls

E. Zemmour (allégorie)
J'aurais aimé être surpris à l'évocation de la récente prise de bec intervenue (apparemment hors antenne) entre Eric Zemmour et Hapsatou Sy lors du tournage d'une émission d'Ardisson.
J'aurais aimé être surpris, mais je ne le suis pas, et je pense qu'au fond personne ne l'est vraiment.
Le concert des indignations suivant la délivrance du "c'est votre prénom qui est une insulte à la France" est même assez divertissant dans sa triste prévisibilité.
Nul doute qu'en ces temps binaires se forment assez rapidement deux fronts : ceux qui disent qu'il est complètement ahurissant qu'une personne se sente dans son bon droit en affirmant haut et fort une ineptie de ce calibre, et ceux qui disent que oui mais quand même il a sa liberté d'expression et puis y'a des gens qui pensent pareil alors ce point de vue doit aussi être entendu.

Et en voyant le cirque causé par cette énième polémique sur le thème du "racisme à peine voilé Vs. on peut plus rien dire", je fais un pas de côté et je regarde le tableau. Et je me dis qu'on n'a plus affaire à des "polémistes" au sens où le mot est employé actuellement, mais qu'on est passé à quelque chose d'autre.
Je m'explique.

Commençons par demander à notre ami le dictionnaire ce qu'est un polémiste.
Monsieur Larousse, vous avez la parole :
Polémiste (nom) : personne qui fait de la polémique.
...ooookaaaay. Un grand merci à vous, Capitaine Évidence©.

Allons donc un peu plus loin et demandons-nous ce qu'est la polémique.
Larousse, tant que vous y êtes, poursuivez donc, mon bon :
polémique (nom féminin) : débat plus ou moins violent, vif et agressif, le plus souvent par écrit : Une polémique politique qui s'envenime.
Ah, on commence à s'approcher du but.
Monsieur Littré, un commentaire ?
polémique (po-lé-mi-k') adj.
1 Qui appartient à la dispute par écrit. Un écrivain polémique.
Le genre polémique n'est que trop de mon goût ; j'y avais renoncé pourtant, Rousseau, à M. Moultou, Corresp. t. V, p. 253, dans POUGENS.
Une théologie qui prenait et qui méritait le nom de polémique, de contentieuse, pouvait elle-même être un danger, Le Clerc, Hist. litt. de la France, t. XXIV, p. 340.
Ouvrages polémiques, ceux qui se font dans les disputes littéraires, pour soutenir une opinion contre une autre.
Les livres qu'on a appelés polémiques par excellence, c'est-à-dire ceux dans lesquels on dit des injures à son prochain pour gagner de l'argent, Voltaire, Mél. hist. Mensonges impr. 17.
2 S. f. La polémique, dispute par écrit. Une polémique ardente.
Il s'est dit dans le même sens au masculin qui n'est plus usité.
Mon goût pour le polémique, Morellet, Mém. t. I, p. 196, éd. 1822.
Le court polémique qui va suivre étant de pure précaution…, Mirabeau, Collection, t. V, p. 193.
ÉTYMOLOGIE
Πολεμιϰὸς, de πόλεμος, guerre.
Voilàààà ! Merci, monsieur Littré, comme toujours, vous avez mis le doigt dessus : "[...] qui appartient à la dispute par écrit. |...] Étymologie : guerre."
L'ami Littré a ceci d'intéressant qu'il a un contenu plus ancien et donnant souvent des indications précieuses quant à leur usage quelques décennies plus tôt... on en apprend pas mal, dans les vieilles feuilles.

Mais qu'en est-il aujourd'hui, du sens du mot "polémiste" ? Dans l'acception commune, on donnerait plutôt au mot "polémiste" le sens de "débatteur", "interpellateur", "analyste iconoclaste". En passant sous silence l'attachement étymologique du mot à la dispute et à la guerre, qui permettait de mettre en évidence que c'est un combat armé et pas très civil dont il est question. Et en omettant qu'au départ, il s'agissait plutôt de personnes présentant leur argumentaire par écrit, et ne pouvant donc s'appuyer sur des tactiques verbales pour appuyer leur propos en soufflant la parole à leurs interlocuteurs/contradicteurs/adversaires.

Sur cet aspect des tactiques verbales, il me vient le souvenir d'un Marc-Olivier Fogiel et de son "style" bien personnel consistant (pour le souvenir que j'en ai) à glisser joyeusement sur la limite entre une insolence à peu près tolérable et l'usage joyeux d'argument d'invective, d'autant plus joyeux qu'il est le fait de celui disposant du pouvoir de couper le micro (et la parole) de sa victime à tout moment, ce qu'il ne manque pas de faire.
Et à la suite du personnage MOF, le souvenir me vient de la cohorte de tous ces évèques de l'église cathodique, ces nobliaux interchangeables que la télé aime tant mettre en exergue quand elle se regarde le nombril comme elle sait si bien le faire pour occuper l'antenne. Tous ces personnages hauts en couleur mais fades en contenu qui auraient bien aimé faire du Michel Polac de la grande heure mais, dépourvus qu'ils étaient de l'indispensable colonne vertébrale culturelle qui leur eut permis de faire tenir debout leurs argumentaires, prirent le parti d'adopter, comme solution de secours, le style du roquet perpétuellement outragé, jappant à la face des gens, à vous en faire péter les tympans, sur tous les airs de l'offense au "bon sens" (LEUR bon sens), bâtissant à la hâte de leurs mots trop souvent déplacés des cathédrales d'invective ne résistant malheureusement pas plus de quelques secondes à la première analyse critique faite dans la sérénité.
Je les revois empilant argument merdique sur phrase incriminante, vite, vite, vite, pour empêcher le contradicteur d'en placer une, pour empêcher surtout qu'on revienne aux premières pierres du discours dont on pourrait alors voir que l'apparence de marbre clinquant n'est qu'un placage fait à la hâte sur la craie friable des idées mal ficelées. Des Carlier, des Apathie, des Benguigui, des Benichou, des Zemmour, des Naulleau, des Moix, des Angot... tous ont tenté l'exercice, avec plus ou moins de talent et de facilité, tous ont cédé à la pression spécifique de l'exercice polémique télévisé : faire de l'audience à tout prix, faire parler de soi même en mal, justifier son existence dans le petit rectangle lumineux de la tévé, pour pouvoir revenir et cachetonner encore. Qu'importent ceux qui passent, qu'importent les sujets traités : le seul indicateur de réussite, c'est d'être là encore la semaine prochaine. Tant que je gagne, je joue.

Si encore on était face à des gens qui posent les questions mettant en lumière d'apparentes ou réelles contradictions dans les postures des interrogés. Si encore on avait affaire à des personnes assumant le rôle parfois peu enviable de procureur des anges comme d'autres sont avocats du diable. Si encore, en somme, ils arrivaient parfois à faire du Michel Polac... mais non. Médiocre, médiocre, médiocre encore, pas de sortie par le haut, pas d'ouverture vers du meilleur, on persiste et on signe, on reste dans la circulation en boucle fermée de ce cocktail indigeste d'invective fécale qui revient s'étaler semaine après semaine, encore, encore, encore...

Car tel est au fond l'axe suivi, telle est la trajectoire empruntée par le trollage télévisé qui encombre souvent, et aujourd'hui en particulier, les unes de nos fils d'actualité : au lieu d'opposer des idées et des points de vue, laissant au spectateur attentif l'opportunité de construire son intime conviction en bon juré de débat contradictoire, après un moment potentiellement pénible d'adversité intellectuelle, on assiste à un tournoi de démolition en série digne des plus splendides heures des productions Endemol.
Résumé de l'épisode : le champion est sur le ring, comme la semaine passée, et "here comes a new challenger". Pas de souci, le champion est maître rhéteur, toujours prêt, toujours chaud. D'un coup de peinture dorée il vous habille un étron mental en brillant contrepoint et en badigeonne avec fougue et panache le visage stupéfait de l'amateur qui lui fait face, interdit par la vitesse où s'abat sur lui l'avalanche d'outrecuidance, l'averse de bassesse, la cataracte d'inepte supercherie. Le champion est déclaré vainqueur par K.O. du concours d'éloquence car ça y est, au bord du ring la cloche a fait "buzz" et on parlera du champion toute la semaine qui vient. Retour au vestiaire, les diptères coprophages de toutes les rédactions se jettent sur la merde et dissertent sur son goût, le champion déclare que son high kick final, dont plusieurs spectateurs affirment qu'il ressemblait beaucoup à un coup de genou dans les couilles, n'est pas en infraction avec le fair-play, que ce n'était en fait pas un coup de genou mais que son adversaire a précipité ses testicules sur plus fort que lui et ne peut s'en prendre qu'à lui-même...
Toute ressemblance avec un débat actuellement en cours serait, vous en conviendrez, tout sauf fortuite.

Voilà le niveau où nous en sommes rendus. Voilà de quoi est faite l'info-divertissement qui fédère, à mon grand désespoir, tant et tant de mes concitoyens venus devant le poste un peu pour s'informer mais surtout pour satisfaire une curiosité morbide et malsaine.
"Qui est-ce qu'ils vont défoncer ce soir ? Y aura-t-il du sang, des dents qui volent, des côtes cassées ? Peut-être une belle commotion cérébrale..." espèrent-ils, sans se rendre compte malheureusement que pendant qu'on amuse leur tête avec ce hochet peu ragoûtant et ce combat minable à l'orchestration attendue, d'autres saloperies méritant leur intérêt sont sagement tues par leur écran chéri.
Ils le découvriront plus tard, sans même un étonnement : tiens, l'essence est super chère, tiens, on va encore se faire rançonner sur la facture de gaz, d'électricité, tiens, la retraite de mamie va dérouiller, tiens, on va encore perdre un peu d'alloc, tiens, on va pouvoir se faire virer de son boulot par SMS, tiens, le président de la république nous a traité d'arriérés lors d'un voyage officiel... Mais bon, parlons plutôt de Zemmour et de la honte de ne pas s'appeler Corinne.

Un humoriste au talent méconnu de ce côté-ci de l'Atlantique, nommé Andy Richter, a résumé en une phrase qui m'a particulièrement marqué le problème des trolls : "argumenter avec un troll, c'est comme vouloir tuer un vampire en le noyant avec votre sang". Ceci explique le sens profond de l'expression "ne nourrissez pas les trolls" qui flotte sur les forums et autres lieux d'échange du net depuis déjà bien des années.

Si vous voulez un monde dans lequel les médiocrates comme Zemmour et ses contempteurs ne viennent plus vous faire perdre votre temps, faites un geste simple : ne les invitez pas, ne les écoutez pas, ne les commentez pas. Quand vous les voyez défourailler leur cimeterre, ne cédez pas à la tentation du spectateur des arènes romaines, ne restez pas pour le sang : barrez-vous faire autre chose de votre vie, le temps que ça se passe. Car aucun comédien ne joue pour une salle vide : ils ne servent le texte que si quelqu'un est là pour les admirer.

Quelques secondes d'écoute attentive seulement suffisent pour détecter un troll, des gestes simples suffisent pour les tenir hors de votre tête et ainsi, les éradiquer. Nous vivons à l'ère des trolls, et pour commencer à les dégager, appelons-les déjà par leur nom.
--G4rF--

vendredi 7 septembre 2018

Les mainates au perchoir (mise à jour)

Au sujet de la compète au perchoir de l'hémicycle, il y a 2 jours j'écrivais ça dans un post intitulé "Les mainates au perchoir" :
Les candidats sont légion. Enfin, pour l'instant. Si le choix des candidatures internes au parti macroniste fonctionne à l'identique de l'élection de son ex-rocardien de délégué général, il devrait très vite y avoir un consensus --comprendre : Manu va choisir son courtisan favori--pour que tout le monde ferme sa gueule et que le (ou la) plus servile l'emporte en forçant tous les autres à tourner casaque au lieu de déposer officiellement plusieurs candidatures, ce qui fait désordre car trop démocratique, sans doute.
Et aujourd'hui j'apprends ça :

Je pense qu'on sera tous d'accord pour dire que je ne suis pas spécialement un Sherlock Holmes de la politique.
C'est pas pour me la péter, mais juste pour démontrer qu'en plus d'être bourrins, les macronistes sont prévisibles. Même par un gars qui ne lit pas le Figaro et ne regarde pas TF1.

La révolution, avec Macron, c'est comme en astrophysique : on fait un grand tour et on revient au point de départ.

--G4rF--

jeudi 30 août 2018

Les vacances de M. Hulot

Le Nico on le préfère vraiment quand il n'a pas de boulot.
(merci à Jacques Tati pour le titre)


Hé bin j'avoue, j'y croyais pas. Et pourtant c'est bien vrai : un membre du gouvernement Macron a tenu une promesse de campagne et a fait preuve, du même coup, de probité comme d'intégrité intellectuelle.


J'avoue que le cas Hulot me laisse partagé.
Bien que ne le vouant pas aux gémonies avec la même intransigeance que les féroces plumitifs de La Décroissance --lesquels ont des arguments qui, tout acerbe qu'ils soient, font mouche--, j'ai un problème avec Nicolas Hulot depuis qu'il a accepté la main tendue, non par le premier ministre qui est supposé être celui qui compose le gouvernement, mais par le président, lequel est supposé nommer le premier ministre et le laisser ensuite faire son shopping.

J'ai un problème parce que le personnage est traversé d'ambivalence depuis le début.
Plongé dans le sport mécanique à ses débuts (donc pas très éco-friendly),  il s'est révélé au public comme l'animateur remarquable d'une émission de télévision très bien ficelée axée sur la découverte par le grand public français de trésors naturels (donc très éco-friendly) qui passait sur la chaîne de la famille Bouygues (donc pas très éco friendly) avec un gros logo "Rhone-Poulenc" incrusté partout (donc pas très éco friendly), mais il a aussi fait savoir depuis longtemps qu'il jugeait nécessaire une action d'ampleur au niveau étatique pour faire face à l'urgence du réchauffement de la planète (donc très éco friendly) tout en laissant dans le même temps la marque Ushuaïa user de son aura verte pour orner des produits cosmétiques vendus fort cher et gagner plein de sousous sans franchement protéger la planète (donc pas très éco friendly).

On pourrait aller très loin dans le jeu de la balance pour ou contre. Et ce serait intéressant.
Toutefois on aboutirait probablement à une confirmation factuelle d'une opinion pifométrique qu'on est d'ores et déjà capable de se faire avec ce qui vient d'être dit.
En l'occurrence :  Nicolas Hulot apparaît être un exemple vivant démontrant qu'il existe effectivement chez des personnages publics français une évolution des consciences concernant la place primordiale à accorder à l'environnement dans toutes les décisions publiques, mais qu'il reste encore à lui comme à beaucoup d'autres (moi compris) pas mal de chemin à faire pour agir soi-même en adéquation complète avec ce principe d'action générale.

Beaucoup de gens s'inquiètent de ce qu'il va arriver maintenant que le ministre de l'écologie a jeté l'éponge, comme auraient dû le faire, selon moi, ses prédécesseurs dans leur totalité, tant eux aussi furent en butte à l'impossibilité effective d'agir plus qu'en façade au service de la cause environnementale, étant englués dans des gouvernements axés prioritairement sur la triade croissance-compétitivité-libéralisme qui nous sauvera tous.
Moi pas, je ne m'en inquiète pas. Et si vous vous en inquiétez, je pense que c'est parce qu'il vous échappe un point du problème méritant votre intérêt. Car Nicolas Hulot, dans son message de ciao bye bye, a mis très efficacement le doigt sur le nœud pas gordien du problème : dans les conditions prévalant actuellement pour l'exercice du pouvoir en France, un ministre de l'écologie n'a absolument aucun pouvoir.
Qui que soit son remplaçant, il ne fera donc rien de mieux.
On enfouira toujours à Bures, on gendarme-mobilisera toujours à NDDL, on repoussera toujours plus loin l'interdiction des saloperies BayerMonsantosiennes, on laissera crever les boîtes innovantes du secteur des énergies renouvelables, on jettera des compteurs qui marchent pour les remplacer par des Linky qui puent et flambent... bref, à l'Ouest, rien de nouveau.

La raison de cette fatalité éco-catastrophique est assez claire : c'est la chaîne politique de l'Europe, dont Macron est le maillon saillant en France, qui l'impose.
Exemple : BayerMonsanto, entreprise allemande, obtient que la représentation européenne de l'Allemagne rejette l'interdiction de cette saloperie roundupoïde, et tous les leaders jetables à brushing agitant la queue en rythme avec les décisions de la Commission Européenne où la domination écrasante de l'économie allemande n'est un secret pour personne répercutent à domicile le diktat, sans écouter la population ni la science ni la raison, qui clament tous haut et fort : LE GLYPHOSATE C'EST DE LA MERDE, ET REPANDRE VOLONTAIREMENT DE LA MERDE SUR LA BOUFFE DES GENS C'EST PAS MALIN ET TRES MALSAIN.

Nicolas Hulot n'a pas pu être l'homme providentiel qu'on nous avait vendu partout, et s'est ainsi retrouvé immobilisé parce que ne devant pas déplaire à la FNSEA, Avril-Sofiprotéol, BayerMonsanto et le lobby des "écologistes de terrain"*.
Plus simplement dit, la vitrine médiatique de l'écologie n'a rien pu faire pour l'écologie, alors même que nous sommes dans une ère où c'est la présence médiatique qui fait et défait les maîtres.
Corollaire : si Hulot n'a pas pu agir, alors qu'il était ministre d'état à la demande expresse du président qui a à sa botte le gouvernement et le parlement, c'est à dire tous les pouvoirs pour faire, alors personne d'autre ne le pourra.

Car le problème de l'écologie politique en France aujourd'hui, ce n'est pas Nicolas Hulot.
Le problème, c'est qu'il n'y a pas une once de sincérité dans le discours écologique de la République En Marche (je vous renvoie d'ailleurs à l'interview hallucinante de Macron par le responsable français du WWF pendant la campagne des présidentielles).
Parce que le leader des marcheurs se fout de l'environnement.
Parce que l'environnement, c'est de là qu'on tire la richesse, et donc si on commence à remettre dedans pour le sauver le fric qu'on en retire en l'exploitant, bah on gagne plus rien, voyez ?
Parce qu'il ne faut pas attendre de cette pompeuse baderne, exigeant de voir votre cravate avant de vous considérer comme sérieux, qu'elle se mette d'un coup à se soucier de ce qui se passe chez les orangs-outangs, et de ce que ça peut bien signifier pour nous tous de les laisser mourir pour planter des palmiers à huile pour avoir du gras pas cher parce qu'on paie pas l'empreinte carbone à son vrai prix.

Et il en va de même pour tous les autres pays dits développés dont les chefs d'état, et parfois aussi la population, se donnent des airs conscientisés mais ne s'intéressent à la verdure que pour y agiter un putter.

Une civilisation effectivement consciente du péril environnemental pesant sur son destin et qui choisit malgré tout de laisser la conduite des affaires à des représentants qui se torchent avec l'écologie n'en a plus pour très longtemps.

A nous de choisir, dès lors : on change la civilisation, ou on crève avec elle ?

Je vous laisse réfléchir là-dessus.
--G4rF--

*paraît que les chasseurs veulent qu'on les appelle comme ça, maintenant, est-ce un clin d'oeil à 1984 ?

vendredi 17 août 2018

Joyeux anniv à la bourre mon blog

Pris d'un accès de curiosité, je suis allé jeter un oeil sur l'historique de mes publications, et ça m'a permis de réaliser un truc con.
Ce 28 février 2018, donc il y a déjà presque 6 mois, mon blog a fêté ses 13 ans.
Eeeeeeh ouais.
13 ans à écrire des trucs, une fois de temps en temps, des fois de très longtemps en très longtemps.
Treiiiiize ans !
La vache.
Ceci ne nous rajeunit pas.

13 ans à bafouiller sur un clavier, avec l'hypothèse que quelqu'un, ami ou pas, curieux de passage ou pas, tombera dessus et n'aura pas trop l'impression d'avoir perdu son temps en ces lieux.

Un humoriste américain que j'aime beaucoup et qui s'appelle Lewis Black parlait dans un de ses spectacles de son soixantième anniversaire en termes peu élogieux, et rabrouait son public applaudissant la nouvelle en disant à peu de choses près : "il n'y a vraiment rien à célébrer, ni rien dont on peut être fier, quand on vieillit d'un an de plus. C'est juste un putain de coup de chance."
Mouais. Dit comme ça, évidemment...

Quoi que... à dire vrai, ça me fait quand même quelque chose de me dire que ce blog a 1 an de plus que ma grande fille. C'est sans doute le projet --je devrais dire, le méta-projet-- le plus long auquel j'aurai participé jusqu'à ce jour (en mettant de côté, bien sûr, mon concours permanent de "qui mangera le plus de saucisses au prochain barbecue")(je vous laisse deviner le vainqueur).

Ami·e·s de longue date qui lisez ces quelques mots, merci de votre étrange fidélité à mes pitreries scribouillardes.
J'espère être en mesure d'honorer votre patience envers moi encore un long moment. Poil aux dents.

--G4rF--

PS : au prochain message, l'année 2018 deviendra ma 2ème année la plus prolifique sur ce blog, ex-æquo avec 2005. Encore un petit effort et nous vaincrons le neumbeurre ouane, l'année 2011 et ses 52 posts jusqu'ici indépassables !

vendredi 5 janvier 2018

Lettre à moi

Il me semble que c'est dans une vidéo des vlogbrothers que j'ai découvert ce concept intéressant de lettre à soi-même, pour le soi qu'on sera 1 an plus tard.


Nouvel an, résolutions, tralala, on peut appeler ça de plein de manières différentes.
Pour ce qui vous concerne, ami·e·s lect·eur·rice·s, c'est peut être pas la même tambouille, mais pour moi c'est toujours pareil.

La nouvelle année arrive, j'ai plein de projets dans la tête, et parmi ces projets y'a tous ceux que je n'ai pas concrétisé l'année passée, et encore moins l'année d'avant, et ainsi de suite, et rien qu'à l'idée de me confronter à mes bonnes intentions passées et au bilan décevant qui en résulte, ça me déprime.

Note au passage : au fond, ça n'a pas vraiment de sens de raisonner en termes de séquences de temps d'une année, de découper et regrouper mes projets en cohérence avec une unité de temps qui est certes structurante pour l'ensemble des sociétés, mais qui est plutôt arbitraire.

Lorsque j'étais élève, mon temps était prédécoupé par le rythme de l'année scolaire et des vacances qui allaient avec.
Mais après ça, la relation avec le calendrier s'est distendue et a fini par perdre du sens.
Lorsque j'étais célibataire, c'était un peu au pif et désordonné. J'avais moins de stock mort de projet et plus de latitude d'organisation (même si je passais beaucoup plus de temps à assouvir mes divers loisirs, et donc moins à réaliser des trucs).
Lorsque j'ai été en couple, ça s'est structuré différemment et j'ai pu accorder un temps supplémentaire pour faire aboutir (ou progresser) des projets difficiles, tout en gérant des trucs de logistique différents.
Lorsque je suis devenu papa, l'ordre de priorité et de gestion du temps a été complètement chamboulé, la part du temps de loisir a été réduite au minimum (en clair : la musique et c'est tout), et l'essentiel du temps était consacré aux mômes et à l'habitat.
Plus aucune attache calendaire à mes projets, donc.


Je vais donc essayer de m'écrire à moi-même, et ce faisant, j'espère parvenir à mettre de l'ordre dans mes idées et former une espèce de plan de bataille ou d'action pour les choses que j'aimerais faire dans l'année qui vient, et qui sont susceptibles de générer une forme de satisfaction durable.


Note au passage : une bonne part de ce que vous lirez ici n'aura donc pas beaucoup de sens pour ceux qui ne sont pas moi. Mais comme je trouve l'idée intéressante, peut être y trouverez-vous l'inspiration pour vous parler franchement et vous aider à arriver, l'an prochain, là où vous voulez vraiment être au fond, que ça soit sur l'aspect géographique, psychologique, culturel, ou chaispasquoi qui compte pour vous.

"Cher vieux moi,

J'espère que tu te portes mieux en ce début d'année 2019 que début 2018. Rappelle-toi, tu as commencé l'année par une séance d'ostéo à cause de ton dos tout tordu qui te faisait mal ici et là (voir figure 1).

Il me semble qu'il était temps début 2018 que tu prennes un peu sérieusement en main ta forme physique, puisque tu as fini par admettre qu'il y avait une forme de vérité te concernant dans l'hypothèse nietzschéenne d'influence du corps sur l'esprit. Tu te sens mou, sans énergie depuis bien assez longtemps, et cela provoque chez toi une forte insatisfaction puisque tu es capable de voir les choses à faire, de savoir comment les faire, mais tu ne te mets à les faire qu'à reculons, par défaut d'énergie (et par putain de flemme aussi).
J'espère qu'en ce début 2019 tu as enfin un abonnement à la piscine et que tu as pu transformer une part de ton gras en muscle, et générer suffisamment d'endorphines au long cours pour te mettre dans de bonnes et pérennes dispositions mentales.

J'espère que tu n'as pas oublié que tu as maintenant 2 filleuls. Ce serait con que tu oublies, vu l'importance que cela avait pour toi et le dépit profond que tu ressentais quant au constat bien réel que personne de tes amis ou ta famille n'avait jusque là songé à toi pour remplir ce rôle de parrain qui signifie tellement pour toi. Donc, t'as 2 filleuls, je compte sur toi pour les pourrir et leur faire plaisir et essayer de leur transmettre un peu de ce que tu as reçu (n'oublie pas les anniversaires, imbécile !).
Cela aura été un des événements tout à fait inattendus de l'année 2017, et la preuve que même quand l'ensemble des indicateurs passent au rouge, y'a quand même moyen de trouver de quoi se réjouir (ne l'oublie pas non plus, imbécile aussi !).

Faisons le tour d'horizon des choses à faire et qui ne sont pas faites et qui t'empêchent d'être content de toi.

Le sport, on en a déjà parlé. Parlons des œuvres intellectuelles et des œuvres matérielles.
Fin 2017 tu as acheté de quoi peindre ta première toile depuis 25 ans. A l'heure où j'écris ces lignes, tu n'as encore aucune idée de ce que tu vas peindre. Rassure-moi et dis-moi que tu n'as pas trouvé de fausses excuses pour avoir laissé cette toile prendre la poussière pendant toute une année : je suis sûr que tu as passé quelques centaines d'heures à regarder des tutoriels improbables et des vidéos en anglais, alors trouver du temps pour agiter des pinceaux et peindre un truc, même moche, même raté, c'est pas la mer à boire. Vas au bout de ton idée, peins cette foutue toile, et si elle est moche, bah tant pis, repeins par dessus, qu'est-ce que ça peut bien te foutre ?

Tu as aussi évoqué, en discutant avec Aurel (de Aurel et Juliette), ton envie d'essayer de sculpter un caillou, histoire de voir. Je te rappelle que des cailloux, t'en as plein dans le secteur, y'a qu'à se baisser pour en trouver, donc si tu n'as pas déjà entrepris cet effort magistral consistant à localiser un petit morceau de tuffeau pour essayer d'en libérer la forme emprisonnée dedans, sache que je te regarde d'ici avec un air mi-attristé, mi-désappointé. Et que si tu as l'impression que je me fous de ta gueule, tu n'as pas tout à fait tort.
Cela dit, il se pourrait bien que peinture et sculpture ne soient en fait que des échappatoires pour ne pas te consacrer sérieusement à un travail qui te tient vraiment à coeur : écrire.
2017 n'a pas été une si mauvaise année, de ce point de vue. Tu as peu écrit, mais je trouve que la qualité de la poésie express change dans le bon sens. Tu réfléchissais à l'idée de te débarrasser de ton ancien contrat avec Le Manuscrit en éditant un recueil de poèmes express. Tu l'as fait ? Non ? Pourtant c'est bidon, mec ! Vas-y, fais-le, et passe à autre choses.

Et surtout, y'a Nitta. T'en es où, de Nitta ? Hmmm ? Ce fameux livre déjà scénarisé, à moitié écrit et réécrit, où les quelques vraies bonnes idées que tu as eu attendent depuis déjà quelques années que tu te pousses au cul pour les mettre en scène correctement ?
Je te connais, mon gars, je te connais très bien : si tu ne t'y consacres pas sincèrement, tu n'arriveras jamais à finir ce livre, et vu que tu es spécialiste dans la procrastination malgré un désir authentique de circonvenir ce trait fondamental de ton caractère, j'espère bien que ce mois de janvier 2019 me permettra de lire au moins une version alpha. Sinon, regard mi-attristé, mi-désappointé, me fous de ta gueule, lalala.

Et sur le plan intellectuel, t'as quand même un certain nombre d'ambitions qu'il serait intéressant de concrétiser :

  • on t'a offert il y a 5 ans les gros tomes de Game of Thrones, et t'as toujours pas dépassé la page 30. Fais-moi plaisir et dis-moi que tu as au moins fini le tome 1 ! Et tant que t'y es, j'espère que tu as sérieusement mis de l'ordre dans les bibliothèques. Quand j'écrivais ces lignes, ça me faisait mal à l'œil chaque fois que je passais devant.
  • début 2018, tu as des journaux à lire en retard, tu as du mal à blogger régulièrement, tu es en état de léthargie scripturale et lecturoïde. Ce me ferait plaisir qu'en 2019 ce soit de l'histoire ancienne, si tu vois ce que je veux dire. Nul doute, toutefois, que ton départ volontaire de Facebook en ce début d'année et ta bascule vers des outils moins chronophages t'aura aidé à atteindre ce but !
  • t'étais pas supposé aider les insoumis à sortir le numéro zéro du journal local ? Bé alors ? T'attends quoi, p'tit gars, une médaille ? Une sucette ? Tu sais comment ça se passe : tu veux quelque chose, fais-le toi-même. Zorg est dans le vrai, là-dessus, suis son conseil.

La lecture et l'écriture ont toujours été et resteront toujours des motifs d'intérêt et de fierté pour toi. T'es peut être pas Hugo, mais tu n'es pas non plus une brêle intégrale. Alors fais comme disait Hercule, et utilise tes petites cellules grises avant que les plaques amyloïdes ne les bouffent.

Bon, si t'as déjà réussi à mettre bon ordre dans tout ce foutoir, on pourra dire que tu as avancé dans la bonne direction d'une façon vraiment significative, et ça devrait me permettre, à moi de 2019, d'entamer l'année avec la certitude de ma capacité à me bouger l'arrière-train quand il le faut. Merci de ton aide, moi.

Mais on est encore loin d'avoir fait le tour, parce que là on a parlé culture et intellect, seulement.
En ce début 2019, j'aimerais pouvoir entamer l'année dans une maison correctement métrée et couchée sur plans de façon fidèle. 
Vu l'ampleur des coupes budgétaires, il me semble peu probable que tu aies pu régler la problématique de la VMC, du réseau informatique et de la mise aux normes électriques, mais si au moins on savait par où faire passer les tuyaux et gaines, ce serait pas un mal, tu crois pas ? Le boulot est commencé, j'espère que tu l'as terminé, ça m'aidera pour en faire le tour.
D'ailleurs, tant que tu y étais à faire les plans de la maison, j'espère que tu es allé faire un tour avec le laser, quelques lampes, un gros pull, du papier et un crayon dans le bâtiment d'à côté : je ne vois pas très bien comment tu peux espérer installer un studio de musique si tu ne fais même pas le relevé des cotes du bâtiment, mon p'tit bonhomme. Parce que bon, oui c'est chiant, oui c'est long, mais tu sais aussi bien que moi la profonde satisfaction que tu ressens quand tu as fini un travail pénible, non ? On y prend goût, à ça, au sentiment d'avoir fait ce qu'il fallait, et là, c'est à ta portée, sous tes yeux, y'a plus qu'à. Fais-le pour moi, si tu ne le fais pas pour toi.
Note au passage : s'autofoutre de sa gueule à un an d'intervalle, c'est une nouveauté pour moi. Mais voilà, je l'ai fait, youpi, what's next ?

Voici d'ailleurs une idée qui n'est pas mal.
Je me souviens que tu avais apprécié de voir le reportage vidéo qu'avaient fait deux amateurs (dont l'un avait clamsé avant la fin) sur la transformation d'une petite piaule en studio de musique.

Toi qui caresses depuis longtemps l'idée de faire ton Jimmy DiResta et de faire un vlog de tes réalisations bricolagesques, est-ce que l'idée de faire de même pour ton studio de musique ne te motive pas ? Début 2018, tu as des pseudo-GoPro, tu as fabriqué ton prompteur à 2 ronds, tu as de quoi t'éclairer et tu sais monter une vidéo de façon pas trop chiante, maintenant... alors, tu l'as fait ?
Peut-être que tu t'es fait la main au vlog de bricolage sur la fabrication des estrades pour la chorale, avec les tubes en ferraille donnés par Christian... moi ça me ferait plaisir que tu l'aies fait, je serai fier de toi (pour des raisons personnelles, j'évite d'être fier de moi-même, ça m'a posé trop de souci par le passé, mais si je peux être fier d'un autre moi, c'est ok, ça passe, je tolère).
Et j'espère qu'en passant tu as maintenant la sensation de mieux maîtriser la soudure. C'est un bon projet, pas trop simple, pas trop dur, qui as dû t'aider à être soigneux et appliqué pour produire plusieurs articles identiques à partir de matériau quasi-brut. Si tu y es arrivé, t'as le droit de te la péter un peu avec, je suis grand seigneur, fais-toi plèz.

Dans le domaine du "make something", de toutes façons, tu avais de quoi t'occuper pour l'année. Il fallait sauver la pergola du grignotage par la glycine, et reboucher les trous suffisamment proprement pour ne pas que tout ça se transforme en festival du bois pourri.
Il fallait finir de te ruiner le dos à descendre, une par jour au minimum, les dalles en béton du toit-terrasse pour les remplacer par les dalles en bois synthétique.
Il fallait finir d'installer les équipements de camping dans --et sous-- le camion (j'espère que tu l'as amené à la révision, que les foutus témoins du tableau de bord sont enfin éteints définitivement, et qu'il arrête de pleuvoir dans l'habitacle quand la caisse est garée nez vers le haut !).
Il fallait découper les poutres de récup' que tu as sauvé de la poubelle pour en faire un support de balançoire et des bordures pour ton potager (les branches du noisetier qu'il fallait dézinguer t'ont aidé à les faire, je suppose)(est-ce que tu en as profité pour installer le réseau électrique extérieur, histoire d'avoir une lumière pas trop pérave dans le jardin quand il est tard ?).

Et dans un registre un peu plus fun, tu étais supposé te mettre à l'œuvre sur des trucs un peu plus motivants :

  • bosser avec le FabLab pour fabriquer une découpeuse laser ;
  • assembler une borne d'arcade modulable à la maison, connectable sur la télé de la salle de jeux et celle du salon (quand j'écris ces lignes, tu attends la livraison des pièces : dis-moi qu'elle est montée !), suffisamment stylée pour ne pas faire d'esclandre stylistique ;
  • fixer les cimaises pour accrocher les photos et les tableaux des gosses ;
  • fabriquer des panneaux acoustiques pour défoncer sa gueule à la réverb insupportable dans le salon ;
  • fabriquer un power placard toute hauteur sur le mur du fond pour ranger les chaises en bonus, l'aspirateur et toutes les merdouilles dont on ne savait pas quoi foutre.

Bon évidemment, c'était du taff, mais je te fais confiance pour avoir fait le maximum pour améliorer le confort dans la maison et avoir mérité ainsi force ti'punch et moults vieux sky.

Tout ça a déjà dû pas mal t'occuper, et j'espère que tout ce que tu as pu faire t'a apporté suffisamment de satisfaction pour ne pas que tu te dises que tu n'as rien fait de l'année.
Tu le sais, l'idée n'est pas uniquement de bosser comme un gnou, parce que ça, c'est moyennement bon pour le moral, et en tant que feignasse de première catégorie, c'est pas ça qui va te donner du coeur à l'ouvrage.
C'est surtout de se dire que tu transformes ton domicile en quelque chose qui te ressemble, qui te plait vraiment, pour lequel tu puisses ressentir une forme de saine fierté. Pas tout à fait une man-cave, mais un truc du genre... enfin, tu vois ce que je veux dire. Ne te laisse pas freiner sur le chemin de ces projets, c'est des trucs chouettes auxquels tu tiens, ça vaut le coup de se battre un peu pour ça.


Cela dit, y'a encore des choses que tu t'es engagé à faire.
T'améliorer en cuisine serait un bon plus, même si je sais à quel point cet engagement quotidien et la pression que tu en ressens te pèsent. Le fait d'aller acheter des légumes au marché, d'essayer de faire une cuisine plus saine et de diminuer voire supprimer le recours aux surgelés, tout cela participe d'une démarche souhaitable dont j'ignore à ce jour si tu auras réussi à réunir les conditions pour les mettre en action de façon permanente.
Si tu n'y es pas arrivé, ce n'est pas bien grave : après tout, la qualité du contenu de l'assiette ne dépend pas que de toi, et tu n'es pas le seul à ressentir le besoin de monter en gamme sur ce sujet, donc laisse aussi aux autres l'occasion de montrer qu'ils progressent, mec.


Tu as entamé un truc sympa en faisant le blog vidéo du docteur Phi. Ca t'amuse, ça a du sens, tu essaies de faire ça bien, et si tu es parvenu à tenir ton objectif d'une consultation par moi, bah je pense que ce sera déjà une belle réussite compte tenu du contexte dans lequel tu le fais.
Et si en plus de ça tu es arrivé à diversifier un peu la chaîne, à ajouter quelques reportages et interviews de terrain, ce sera vraiment très bien. Ne te mets pas trop la pression, reste modeste dans tes objectifs, et ça le fait.

Un autre engagement sur lequel tu t'es amélioré en 2017 : dégager de Facebook. Évidemment c'était dur, puisque tu avais quand même une belle dose de potes avec qui tu dialoguais essentiellement par ce biais. Mais souviens-toi de ce sentiment de liberté, cette impression de retrouver la possibilité de choisir ce que tu vas faire de ton temps libre au lieu de te jeter comme un chien de Pavlov sur ton mobile pour voir la dernière actu. N'était-ce pas plus précieux d'être libéré de l'asservissement, que d'essayer d'en négocier les termes pour plus de confort ?
N'as-tu pas eu le sentiment d'être dans le vrai en optant pour des réseaux sociaux non saturés, où tu es maître du contenu que tu consultes, où tu vas quand tu en ressens l'envie, et non plus le besoin ?
Cela aura été un moment important de la reconquête de ton pouvoir d'initiative : fais-moi confiance pour en faire un bon usage.

Il reste encore deux choses à évoquer : les amis et le taff.

Pour ce qui est des amis, il me semble clair que tu n'as pas été vraiment à la hauteur de tes propres souhaits en 2017. Évidemment, le manque de fric a pesé lourd. Évidemment, le manque de temps a pénalisé assez lourdement tes tentatives de rester en contact.
Mais il faut rester honnête, surtout quand on se parle à soi : as-tu fait tout ce que tu avais annoncé pour recevoir tes copains, renouer contact avec tes vieilles relations sur place, prendre des nouvelles des amis, bref être pour tes proches le genre de pote que tu aimes qu'on soit pour toi ? Pas vraiment, hein...

Tout cela est lié à ta satanée tendance à la procrastination, et aussi je pense à un côté rochon-vieux con-ça m'emmerde-j'appellerai demain que tu as tendance à développer quand les choses ne tournent pas comme tu le souhaites. Mais comme tu n'es pas un imbécile, tu sais que ça joue contre toi. Mieux encore, tu sais qu'en voyant tes copains et en étant là pour eux tu te sens mieux, tu fais mieux les choses, bref, que la vie que tu souhaites avoir se rapproche à mesure que tu resserres tes liens d'amitié.


Aujourd'hui, un an après avoir écrit ces lignes, j'espère que tu auras été assez malin pour ne pas laisser tes relations prendre l'eau bêtement, pour montrer à tes amis que même sans les avoir vu depuis longtemps tu penses à eux et tu te soucies de leur vie. Et d'ailleurs, la même chose s'applique à ta famille : c'est quand, exactement, que tu t'es mis comme tu te l'étais promis à prendre la plume pour écrire des cartes postales ou des lettres quand tu pars en vacances ou quant tu as du temps libre ? Si tout se passe pour le mieux, ça t'est arrivé en 2018. C'est ce qu'il te faut, et que le courrier électronique ou le SMS ne peux pas te procurer : le courrier à l'ancienne, ce vieux snail mail, c'est un truc à part, un truc qui dit aussi à ceux à qui tu tiens que tu as vraiment pris du vrai temps pour eux, et comme c'est exactement ce que tu veux faire, il me semble inutile d'aller chercher des excuses ou des façons de faire différentes, n'est-ce pas ?


Dernier point, et non des moindres, le travail.
Moi qui te parle depuis 2019, c'est un terrain plutôt fragile sur lequel s'entretenir, puisque la situation début 2018 n'était ni franchement stable, ni franchement instable. Qu'est-il advenu de ta première affaire ? As-tu, comme je l'espère, réussi à prendre le pli d'une organisation stable de ton temps, pour démarcher correctement tes clients, prospecter efficacement, et faire en sorte de transformer ton micro-biz en affaire qui roule ? L'avenir du passé me le dira. Tu connaissais les enjeux, je pense donc que tu as agi en conséquence.

Voilà. Je pourrais conclure comme John Green, en te rappelant son "Don't Forget To Be Awesome", mais si tu es un peu réaliste, le fait d'arriver à faire toutes ces choses listées ici te placerait directement dans la catégorie awesome.

Je te dirai dans ma prochaine lettre si tu as des choses à changer.


Prends soin de toi et des tiens,

-- Toi"

--G4rF--

lundi 12 janvier 2015

Même pas (si) peur (que ça)

11 Janvier 2015. A la faveur d'une coupure dans ma petite journée, je m'aperçois de la nécessité de mettre au clair et en ordre de compréhension mes réflexions sur le tumulte de la semaine.
Je vais parler de ceci : ce qu'est Charlie Hebdo pour moi, ce qu'est la presse satirique pour moi, ce que représente l'attaque, ce que représentent les mobilisations, ce que je pense des réflexions pro ou anti manif, ce qu'il en est de la récupération politique, ce que m'inspire l'avenir.
  • Ce qu'est Charlie Hebdo pour moi

Charlie Hebdo, c'est un de ces ovnis de cette presse dont je suis aujourd'hui friand. Mais pour être parfaitement honnête, il y a un moment que je n'achetais plus Charlie Hebdo, alors que, dans un passé pas si lointain, j'étais dans la file de ceux qui l'achetaient au kiosque chaque semaine (parce que je suis pour le maintien des kiosquiers). Cela a duré grosso modo jusqu'à l'époque de l'affaire Siné.
A ce moment-là, Philippe Val était rédac'chef depuis un bon moment. Mes opinions sur ce bonhomme étaient mitigées : plein de choses qu'il écrivait étaient en accord avec mon ressenti, d'autres en flagrant désaccord.
L'affaire Siné --qui fut viré comme un malpropre pour un billet pas plus outrancier que les autres où il soulignait l'opportunisme du grand fils de Sarko qui à ce moment là se convertissait pour épouser religieusement sa fiancée, riche héritière-- a été le révélateur pour moi de la nature intrinsèquement bouillonnante d'un périodique satirique.
Le déchirement interne qui a eu lieu à ce moment, déchirement qui vit Siné partir fonder son propre canard --Siné Hebdo, qui devint plus tard ce qu'il est encore aujourd'hui, Siné Mensuel--, déchirement qui vit Cavanna écartelé entre le respect dû à l'intégrité morale de Siné --collaborateur de longue date-- et son impuissance à voir celui-ci écarté d'un journal que lui, Cavanna, une des plus magnifiques plumes qu'il m'ait été donné de lire, avait créé avec Choron, ce déchirement était beau.
Car il montrait de l'intérieur ce qui se passe quand un conflit interne dans un canard se produit sans qu'une issue puisse être trouvée, et ça, on ne le voit jamais au grand jour.

Depuis, j'ai potassé mon histoire. J'ai appris qui est Delfeil de Ton, qui est Rémi Malingrey, j'ai appris à comprendre et approuver la nécessaire férocité du ton de Siné, qui est ce que l'on fait encore aujourd'hui de plus proche d'une liberté d'expression employée à bon escient : quel que soit le cas, et particulièrement quand il voue aux gémonies tel ou tel individu ou organisation, c'est toujours et systématiquement en son nom propre qu'il s'exprime, usant d'ailleurs (c'est devenu très rare) de sa propre écriture manuscrite et de ses propres dessins pour le faire.

J'ai appris à comprendre ce qu'était Charlie Hebdo, et pourquoi il s'appelait comme ça. Ce qu'était la Grosse Bertha. J'ai appris qui était Georges Bernier, alias le professeur Choron, apparemment doté d'une ambivalence d'humaniste épicurien et de quasi-escroc grandiose et passionné, prêt à (presque) tous les excès pour faire quelque chose d'énorme à chaque nouveau numéro. Choron, le père de Michelle Bernier que je voyais faire l'andouille avec deux comparses dont Mimi Mathy au "Théâtre de Bouvard" sur la télé familiale, avec les Inconnus qui étaient alors 5, et tant d'autres.

J'ai découvert la face de Cabu qui était invisible pour moi jusque là, quand je voyais ce gentil bonhomme discret à coupe de Mireille Mathieu faire des crobards chez Dorothée. Du coup, je suis allé lire le Canard Enchaîné, et je n'ai plus jamais arrêté. Le grand Duduche, l'adjudant Kronenbourg, les nouveaux beaufs... Et du coup, je me suis ouvert sur les autres, Wozniak, Lefred-Thouron, et tant d'autres, et là j'ai vu que Lefred dessinait aussi dans Fluide Glacial, dans lequel on trouve aujourd'hui Bouzard, qui dessine dans le Canard aussi, et la galaxie du dessin de presse et de la caricature m'est donc apparue en partant de Charlie.

J'ai découvert le contexte politique de ces années-là. Les années post-gaulliennes, les années Giscard, les années Pasqua. Les affaires : les diamants, Urba Graco, les fausses factures... J'ai compris des faits politiques, j'ai compris la logique de l'ORTF, la voix de l'état toute-puissante dans laquelle quelques empêcheurs de penser en rond rigolards envoyaient des pavés à la gueule de la bien-pensance, parce qu'il faut toujours un bouffon pour rappeler au roi sa condition humaine.







Bal tragique à Colombey : 1 mort.

Un exemple brillantissime de mauvais goût utile.





  • Ce qu'est la presse satirique pour moi
Tu l'auras compris, patient lecteur ou patiente lectrice, j'ai d'abord (et comme tout le monde) découvert la presse satirique par les couleurs criardes d'un canard qui s'appelait Charlie Hebdo, qui faisait rigoler mon tonton Jean-Luc et qui, au début comme tout le monde, m'a choqué par son irrévérence, puis m'a amusé par son contre-pied systématique de la pensée dominante.
En ouvrant ce journal, j'ai aussi découvert des articles bien écrits, bien léchés, des coups de gueule argumentés, et un esprit ouvert : on pouvait lire Charlie et ne pas être d'accord, mais force était de reconnaître que Charlie avait des arguments à faire valoir.

Dans la presse satirique, personne n'est irréprochable, pas même le journal lui-même qui est capable de s'auto-foutre de sa gueule. Seule règle : il faut que le contenu soit bon, sinon, ça ne se vend pas et le journal capote.

C'est arrivé à bien des titres de cette presse.

A la notable exception du Canard Enchaîné, qui affiche une bonne santé insolente, presque tous les titres irrévérencieux et décalés ont fini par admettre la présence de pub dans leurs colonnes, ce qui les a privés de leur liberté éditoriale et les a précipité vers un consensus pourri, direction le rayon des magazines, coincés entre Closer et Le Chasseur Français.

Pour moi, encore aujourd'hui, à travers des titres comme le Canard Enchaîné, Siné Mensuel, CQFD, Bakchich et Charlie Hebdo, c'est une image juste du monde qui nous est restituée par le dessin en creux de tout ce qu'il dégueule.
Je connais peu d'exemples d'autres media capables du même degré de justesse, alliant le désespoir de l'humour noir au plaisir féroce ressenti en voyant des cuistres gonflés de leur importance remis à leur juste place (avec un taquet derrière la tête et un "p'tit con" pour faire bonne mesure). L'un d'eux est le "Daily Show" de Jon Stewart, que je rêverai d'avoir le privilège d'adapter à la France. Si vous ne connaissez pas, jetez vous dessus, c'est du grand art.

La presse satirique n'a de compte à rendre à personne d'autre que ses lecteurs. Elle se doit d'être juste et pertinente dans son propos, d'être amusante et d'informer, car de la fidélité de son seul lectorat dépend son avenir. Malheureusement pour nous, l'actualité locale ou internationale lui offrira du grain à moudre sous forme de saloperies et de bassesses justifiant de nouveaux numéros pendant de longues années encore.

La presse satirique relève ce défi chaque semaine. Je l'achète chaque semaine. Et si vous ne le faites pas, je vous tire la langue virtuellement. Na.

  • Ce que représente l'attaque
Le 7 janvier 2015, j'étais au boulot près de la gare de Lyon dans le XIIème, autant dire à peine à une borne de là où le carnage a eu lieu.
Quand mon pote Manu m'a parlé de ça, j'ai cru qu'il se foutait de ma gueule. Et, curieusement, ça a fait le même effet à tout le monde au fur et à mesure que l'on informait les collègues environnants.
"Naaan, tu déconnes ? Nan ? Oh meeeeeerde..."
Ceci résume assez justement l'état des réflexions de l'instant.
Ensuite, la machine à penser au delà du superficiel se met en route, et on essaie de comprendre. On suit l'actualité à travers la fenêtre de l'ordinateur et des news Internet. On parle de lance-roquette. De 4 morts, puis 5. Trois agresseurs. Des Allahou Akbar. Des "on a vengé le prophète".
Tandis que la journée progressait, j'ai échangé avec mon ami ToM quelques SMS, dans lesquels je lui faisais part de ma première pensée : "si avec ça on se bouffe pas 40% pour le FN dans les prochains scrutins, ça sera un putain de miracle".

Dire ce que représente l'abattage systématique à l'arme de guerre de plumitifs, de journalistes, de dessinateurs, d'un agent d'entretien, d'un correcteur et de deux flics, bah...
C'est un putain de meurtre de masse. Doublé d'une tentative vouée à l'échec dès le début de faire taire ceux qui s'autorisent à blasphémer parce que la loi le permet (et devrait le permettre partout, si vous voulez mon avis).
Mélenchon a déclaré que c'était un assassinat politique : effectivement, c'est une tentative grotesque et démesurée de foutre la pétoche et de faire fermer leur gueule à des incroyants --donc un geste politique-- qui a été effectuée par le biais de meurtres délibérés --donc c'est un assassinat.

Manque de pot, les mecs qui l'ont commis --et dans l'actualité d'autres pays que la France, c'est bien plus fréquent que d'aucun le pensent-- n'ont pas bien mesuré que l'immense majorité de la population mondiale ne respecte que très vaguement les lois de leurs religions respectives (quand ils en ont une), ceci pour des raisons assez simples à expliquer : quand tu écris un code de vie qui dépasse les 10 pages, ça devient vite très très difficile d'écrire une chose sans se contredire dessus plus ou moins largement quelques pages ensuite. D'où interprétation. D'où divergence de points de vues. D'où conflits. D'où pain dans la tronche, et tout ce qui s'ensuit.

C'est le grand problème des religions dites "du livre", qui prennent un tel plaisir à se scinder, se défier, s'auto ou s'intermassacrer depuis tant de temps, pour une virgule mal placée, un verset "satanique" ou que sais-je encore, entre textes apocryphes et retouches contestables, chacun étant susceptible de passer en un instant du statut d'inconnu au statut d'infidèle éliminable à l'envie, sans qu'un seul geste ou une seule parole de sa part ne puisse expliquer le basculement. Mauvais endroit, mauvais moment, mauvaise foi ? Oui, mauvaise foi, très certainement. Mais laquelle, au fait ?
Faut dire aussi qu'il y a une telle différence entre la religion hébraïque, qui ne connaît qu'un dieu, la religion catholique, avec sa divinité unique, et la religion musulmane, définitivement monothéiste... Je rigole à peine.

Cette attaque pose un problème aussi parce qu'il faut bien se rendre compte que l'influence d'un titre de presse comme Charlie Hebdo sur la politique française, notamment à l'extérieur, notamment en ce qui concerne les relations avec les pays à dominante arabe, notamment avec les organisations plus ou moins extrêmistes dans leur interprétation des commandements coraniques et leurs visées politiques, hé ben cette influence est quasi-nulle.

C'est triste à dire, car Charlie Hebdo pratique peu la langue de bois et sert souvent des vérités (crues), mais entre le poids et l'influence globale d'un Charlie Hebdo ou d'un Figaro, ben y'a pas photo.

En visant délibérément ce journal, faisant de la provocation un élément de son vocabulaire journalistique autant qu'un argument de vente auprès des passants devant le kiosque, les allumés qui ont fait leur massacre se sont totalement gourrés de cible : les apostats de la presse satirique sont un poil à gratter qui n'a jamais empêché vraiment les basses manoeuvres des gouvernements plus ou moins policiers qui se sont succédés à la barre de la France.
Tout au plus les révèlent-ils, en prévenant parfois certaines, ou amoindrissant leurs conséquences : pas vu, pas pris, mais si vu, on la joue profil bas.

"Je n'ai rien à voir avec ce blog ni cette blague"
"Je n'ai rien à voir avec
ce blog ni cette blague."
En clair, c'est une attaque stupide qui, j'en suis convaincu, va attiser le feu sous la marmite des connards qui voudraient nous faire croire que l'islam est particulièrement dangereux. Alors qu'il suffit de regarder Grand Corps Malade et on voit bien que c'est pas méchant. Bah oui, parce que Grand Corps Malade, y' slam.*
*Cette blague gratuite vous est livrée telle quelle et sans garantie de rigolade, mais moi je trouve que ça détend bien l'atmosphère qui devenait un tantinet pesante.
Non, décidément, à l'instar de toutes les religions --à l'exception du SubGenius-- l'islam est (à mon sens) dénué d'une valeur critique essentielle car il accepte qu'on puisse le rejoindre mais pas qu'on puisse le quitter. D'où prosélytisme.
Et le prosélytisme, c'est d'la merde, voilà ce que j'en pense, et voilà la faille de toutes les religions pour moi. Maintenant, si t'as envie de croire en Dieu, Allah, Jehovah ou au Monstre Spaghetti Volant, pas de problème tant que tu viens pas m'empêcher de vivre relax.
  • Ce que représentent les mobilisations
Je suis allé Place de la République avec mon pote Brice, où je suis resté un petit moment. J'avais peur, en m'y rendant, d'être un peu tout seul comme un con avec mon p'tit papier "Je suis Charlie". Coup de bol, y'avait du monde. Et quand je me suis barré pour rentrer chez moi gérer les mômes avec madame, il y avait de plus en plus de monde. J'étais content. Pourquoi ?
Parce qu'il est impossible de nier le caractère spontané du mouvement (ça c'est le premier point fort) et qu'il est extrêmement agréable de voir les réseaux sociaux jouer un rôle suffisamment positif pour voir des gens aller vraiment dans la rue.
Avec le mouvement des gilets jaunes, j'ai vécu plus d'une fois la déconfiture triste et sordide de la manif à laquelle tout le monde annonce participer et qui, une fois les comptes faits, s'avère pas si suivie que ça, peut être parce qu'il faisait pas beau et qu'en fait c'est plus facile de cliquer sur "Participer" dans un événement Facebook que de bouger son boule et aller manifester.
C'est ce que j'appelle l'effet "Révolution point com", dénoncé longtemps avant moi par No one is innocent, et je vous recommande de lire les paroles si vous ne les connaissez point.

Mais là, que nenni. Du monde, du monde, et encore du monde. Avec toutes les couleurs de peau (ça fait beaucoup) et tous les sexes possibles (ça fait moins mais c'est bien quand même). Et un air profondément sonné sur une grande part des visages.

A la première seconde où j'ai pesé la décision d'aller ou pas rendre hommage aux victimes, la question s'est imposée : "non mais attends, là, ducon... Charlie et les satiriques, les irrévérencieux, tu penses vraiment que ça va dans le sens de ce qu'ils promeuvent d'aller participer à une pleurnicherie collective pleine de bons sentiments ? Penses-tu vraiment rendre hommage à leur esprit, à leur défiance face à la menace maintes fois renouvelée des connards étroits du bulbe qui confondent un dessin de presse et une injure à leur foi ?".
A cet instant, je me suis dit que, quand même, mon dialogue intérieur était vachement classe, avec des expressions comme "maintes fois renouvelée". Waouh, quel homme. Quel charisme. Et quelles chevilles.
Et je me suis dit aussi que, malheureusement, ce n'était pas à Charlie Hebdo qu'il fallait rendre hommage, car du haut de ma considérable expertise dans le domaine de la presse satirique, je savais que Charlie survivrait et que sa prochaine couverture serait sûrement écoeurante d'outrage et à crever de rire. Non, c'est à la liberté de proférer son opinion qu'il fallait apporter son soutien.

Voilà ce que je comprends et que je déclare quand j'écris et affiche "Je suis Charlie". Je veux pouvoir donner mon opinion librement, et donc me prendre une volée de "tas gueule crétin" si mon opinion est stupide. Je veux pouvoir parler et argumenter sans avoir peur de me prendre une bastos parce qu'un quelconque décérébré a décrété pour l'ensemble du monde qui l'entoure que désormais, sans son autorisation en 3 exemplaires, bah on avait le droit de bien fermer sa mouille et pis c'est tout.

Alors, les mobilisations, oui, j'appuie, parce qu'elles sont citoyennes. Et si Charlie Hebdo titre mercredi "Veuillez nous excuser pour cette interruption momentanée de l'image et du son", et tire à boulets rouges dans ses colonnes sur tous ceux qui sont allés comme moi lever symboliquement leur majeur face à la connerie pour affirmer un "même pas peur" global, hé ben je rigolerai doucement parce que je sais lire entre les lignes, parce que Charlie fera du Charlie et que donc on peut encore compter sur lui pour faire rougir les suffisants.

Je vois ces manifs comme un hommage à l'idéal républicain de droit à l'ouvrir sans crainte. "Je suis Charlie", c'est le mot d'ordre. Rien de plus.

  • Ce que je pense des réflexions pro ou anti manif
Pour ce qui est des pro-manif, s'ils envisagent cela comme je pense que cela doit être fait, c'est à dire comme une expression citoyenne collective mais d'initiative individuelle, alors j'approuve. L'idée républicaine, et notamment les 2-3 lignes des textes fondateurs qui renvoient à la liberté d'expression, doit être de temps à autre publiquement appuyée par les citoyens eux-mêmes, et pas uniquement par les guignols variables qu'ils envoient pantoufler à l'Elysée ou ailleurs.

Pour les anti-manifs, je me tâte. C'est après tout un élément important de la liberté d'expression que la liberté de fermer sa gueule. Et je considère personnellement qu'un citoyen français a parfaitement le droit de conchier Charlie Hebdo par tout moyen légalement toléré à sa convenance et de regarder avec le plus vif mépris ceux qui ont la même démarche que moi. De même, on a aussi le droit de ne pas aller manifester et d'être en désaccord avec les arguments pro-manif, sans pour autant se torcher avec la liberté d'expression (puisque justement, on s'en sert, là).

Je réserve toutefois un peu de venin pour ceux qui déclarent ne pas vouloir participer aux marches ou autres regroupements plus ou moins organisés parce que, j'en cite certains, "[ils] ne [veulent] pas défiler à côté de Hortefeux, Hollande, Sarkozy ou Netanyahou". Certes, mes gaillards, vous êtes dans votre bon droit en affirmant ainsi votre choix. Mais si vous considérez les choses de la sorte, c'est sans doute que le message martelé par la belle harmonie de la machine médiatique vous a convaincu que la fameuse "union sacrée" était le fait de politicards et à l'initiative d'iceux. Or, c'est faux, cela ne peut être que faux, et cela DOIT être faux.

L'idée républicaine, et voltairienne pour l'occasion, est que la république permette à toutes les idées de s'exprimer. Pas plus de droit pour les fumiers de tel bord de s'exprimer que pour les bâtards de tel autre.
Et tel que je vois les choses, quand je marche avec de parfaits inconnus et que je respecte une minute de silence collective, je suis plutôt content de voir ce paquet de citoyens qui, en d'autres circonstances, se colleraient sans doute des pains dans la gueule parce que l'un vote FN et l'autre NPA, mais qui sont réunis là pour soutenir quelque chose de plus important que les querelles d'opinion : le droit à avoir des querelles d'opinion.
C'est un fait tellement banal de notre pays qu'on en oublie très vite qu'il est quasiment inatteignable dans tout un tas de pays moins friqués et bardés d'IPhone que le nôtre. Mais voilà, chez nous, on a ce droit. Pas de police religieuse. Pas de police politique.
Certes, on n'est pas à la fête, loin de là, et quand on met bout à bout les politiciens professionnels véreux et carriéristes, les législations scélérates et liberticides, les media lèche-boule et le culte du pognon et du cul, on a du mal à se retenir de vomir.
Maiiiiis... on a le droit de vomir, et d'écrire pourquoi, et c'est précisément ce droit que j'exerce en alignant des signes sur mon clavier pour que toi, gentil et très très très courageux lecteur (ou lectrice), tu t'en fasses ta propre opinion. Après, tu as le droit de m'écrire en commentaire que tu trouves ça génial ou à chier, que tu approuves tout ce que je dis ou que tu n'y vois qu'un tissu d'inepties ou, plus probablement, un truc qui flotte quelque part entre ces deux extrêmes.
Donc, aller manifester avec Sarkozy, Hollande ou Netanyahou, moi, personnellement, ça me foutrait des boutons (et si quelqu'un est intéressé à savoir pourquoi je me tiens à sa disposition pour en causer peinard). Mais là, c'est juste un citoyen français comme moi qui arpente le même pavé que moi, pour soutenir le droit à ouvrir sa gueule.
"Je ne partage pas les opinions de
Monsieur G4rF, et c'est pourquoi j'ai
décidé [... blablabla ...]"

Je n'y vois aucun problème, et je n'approuve pas le bonhomme pour autant. Que l'on se rassure, d'ailleurs : Sarkozy ne m'approuve probablement pas non plus. Je suis sûr qu'il n'a pas voté pour moi, le p'tit salaud. :)





  • Ce qu'il en est de la récupération politique
Avant dernier chapitre de ce fleuve logorrhéique : la récupération politique.
Je sais, je suis de parti pris, ou c'est en tout cas ce qu'une bonne moitié de mon lectorat va penser en lisant la phrase qui suis. Mais quand même, j'approuve de nouveau les propos tenus par Mélenchon dans sa conférence de presse (18 minutes, quand même, ça pique les yeux au bout d'un moment, sans parler de la prise de son à chier, mais c'est un autre débat).
Soyons clairs : je me méfie comme de la peste des figures politiques qui vont dans le sens de ma pensée. J'ai trop souvent été déçu par les virages pris ultérieurement par des gens auquel j'apportais mon crédit. Donc, prenez ces mots avec les précautions nécessaires : sur ce coup-là, dans ce contexte-là, j'approuve ses paroles.
Et par rebond, je désapprouve presque toutes les autres paroles de tous les autres représentants politiques.
En résumé (très très résumé), Méluche a dit "c'est un assassinat politique, l'organisation des hommages ne doit pas être le fait du pouvoir, c'est aux syndicats et associations de préparer les choses, et les organisations politiques doivent se mettre à leur disposition pour aider si on les sollicite".

Brochette d'officiels
(avant cuisson)
Bilan des courses, aujourd'hui : une brochette de proches endeuillés, suivis d'une brochette de chefs d'état et de figures politiques, suivis de tout un bordel de citoyens.

Pour les chefs d'état, mon opinion est mitigée : je pense que décréter le deuil national est une mesure valable, je pense que le chef de l'état français a sa place comme tout citoyen dans la marche de soutien à la valeur républicaine de libre expression, et je pense que s'il prend l'envie à d'autres chefs d'état de s'afficher là comme soutiens de cette libre expression, a fortiori quand il s'agit du meurtre de journalistes d'un canard satirique de première force qui leur a à peu près tous chié dessus dans un passé plus ou moins proche, tout n'est pas à jeter. Forcément, le geste est politique, et vu l'aspect péjoratif pris par l'adjectif "politique" ces dernières années, il y a dans cette attitude une évidente récupération pour se faire une belle image de défenseur de la liberté d'expression à peu de frais. Mais la prochaine fois qu'on verra l'un ou l'autre de ces bonshommes évoquer le fait de faire fermer sa gueule à un journal peu flatteur, on pourra leur coller les images de la marche sous le nez, et ça, ça servira à quelque chose.

Pour les responsables politiques sur place, bravo à ceux qui ont marché au milieu des quidams et sans déployer de drapeau aux couleurs de leur parti. Quant aux autres, que dire... marcher en groupe d'intérêt commun, c'est un contre-sens évident du principe d'acceptation de l'expression divergente des autres. Et faire péter les drapeaux et les fanions, c'est nul. Mais bon, ces nuls sont nos concitoyens, et ce jour-là ils ont été plus cons que citoyens. J'espère que ça leur passera.

Pour les responsables politiques qui n'ont pas fait le déplacement en prétextant la récupération par les autres ou le refus de se joindre à cette prétendue mascarade, j'espère que les prochains scrutins seront l'occasion pour tous les citoyens anonymes qui ont marché aujourd'hui de leur signifier aimablement à quel point ils apprécient d'être pris pour des moutons.

Enfin, pour les citoyens anonymes, justement, vous faites là chacun preuve de la seule récupération politique qui ait un sens à mes yeux : la récupération de votre pouvoir par vos pas dans la rue. Ça fait partie des droits des citoyens, et bordel j'estime que c'est aussi un devoir d'occuper le terrain, sinon une enflure l'occupera pour vous. Oui, je sais, c'est grandiloquent, mais je n'en démordrai pas : l'absolue totalité des véritables avancées républicaines ont été faites par le peuple en conquérant l'espace public. L'espace public est à tout le monde. Donc, vous y êtes chez vous : ne laissez personne tenter de vous convaincre du contraire.*
*toutefois, si vous essayez de faire un sit-in au milieu d'une autoroute, il est à craindre qu'un 35 tonnes ne réussisse définitivement à vous convaincre dans un délai très bref : soyez citoyen, pas con-citoyen.

  • Ce que m'inspire l'avenir.
De la pétoche. Clairement.
Ouhlà, je vous vois venir, avec vos gros sabots virtuels : "ouh l'autre, il a peur parce qu'il va y avoir des attentats, et ça va péter de partout dans toutes les rédactions, et on pourra plus rien dire". Hé bin non, perdu. D'ailleurs, si vous avez réussi à me lire jusque là et que c'est ça que vous pensez, je me demande ce que vous prenez comme drogue, parce que ça m'intéresse.
Si j'ai la pétoche, c'est parce que comme toute grande secousse, elle va être accompagnée de répliques de plus ou moins petit format, d'effets collatéraux, de dommages, et ça, ça me fait flipper. Je m'explique.
Il n'a pas fallu trois jours pour que des imbéciles de vengeurs du dimanche s'en prennent à des mosquées, accrochant aimablement tête et viscères de porc à la porte d'entrée, balançant des grenades à plâtre avec un courage formidable mais, quand même, de nuit (sans doute pour mieux voir le flash de la détonation, ah, ces esthètes du plastic...). Certains nazebroques ont poussé le vice jusqu'à plastiquer un kébab. Hé ouais. Vous avez bien lu.
Quelle connerie, la guerre de religion. Et en plus, je sais
plus où aller bouffer, ce midi, moi.
Alors, l'histoire ne dit pas s'il y avait un contentieux particulier entre Jean-Kévin Leboulet et Mohammed du kébab (sans doute ce misérable avait-il mis trop d'oignon et pas assez de sauce blanche dans la dernière commande de Jean-Kev), mais on en est là.
Je pourrai rappeler commodément le sketch de Pierre Desproges intitulé "Les rues de Paris ne sont plus sûres". Je pourrai citer des dizaines de personnes, hommes ou femmes, français ou étrangers, qui ont fait le même constat que l'immense majorité d'entre nous (la connerie est un virus contagieux) et nous ont mis en garde à leur façon.

Seulement voilà, je vois dans cette histoire et dans la suite potentielle la révélation à la face de toute la population française (et du reste du monde par extension) d'une réalité déjà ancienne : ça chie dans le ventilo chez nous. Et par définition, quand ça chie dans le ventilo, tout le monde est éclaboussé. Je me re-explique.

Je suis blanc. Je suis un homme. Je dépasse allégrement le mètre quatre-vingt-dix. Et j'ai une bonne grosse tête de français de souche (pas de bol, je suis d'ascendance hollandaise). Le nombre de contrôles policiers que j'ai vécu dans ma vie se compte sur les doigts d'une seule main. Dans bien des cas, lesdits contrôles ont eu lieu alors que j'étais en présence ou accompagné de personnes (connues ou inconnues) dont l'aspect gaulois n'était pas des plus prononcés.
J'ai grandi dans la ville nouvelle des Ulis, en Essonne, qui brille par une spécificité bien à elle : grâce à la proximité de la zone d'activités commerciales de Courtaboeuf, où l'on trouve les sièges sociaux français de petites boîtes discrètes comme Microsoft ou Hewlett-Packard, la ville des Ulis est une des rares villes nouvelles dont on n'entend quasiment jamais parler. Il y a des tours, des HLM, des dalles en béton, du trafic, du racket, mais l'essentiel de mes souvenirs de cet endroit et de ceux que je connais et qui y vivent encore, c'est qu'on y vit pas si mal.
Là-bas, mon père était inscrit au club de savate, et les trois-quarts des licenciés n'avaient pas franchement une tronche de françaoui de base. Et ils se tapaient dessus (forcément, c'était un club de savate, suivez, un peu). Et chaque année, pour l'aïd, mon père était invité par ses potes, et j'y allais aussi, et un jour j'ai vomi quand j'ai vu le mouton sur la broche mais bon, j'avais 5 ans, j'étais émotif. Aujourd'hui, j'irai sûrement m'en resservir une tranche.
Or, pourquoi je vous raconte tout ça ? Parce que plus je m'informe, et plus j'ai l'impression d'avoir eu la chance inouïe de passer ces moments de mon existence dans un cadre idyllique, où on en avait absolument rien à battre de prendre Mohammed ou Jean-Christian dans son équipe de foot (sauf que là, ça compte pas, Mohammed il jouait bien mais il était perso, et Jean-Christian était spécialisé dans les buts contre son camp). C'est peut-être parce que ça a trait à ma jeunesse et que j'embellis mes souvenirs, mais je m'en foutais complètement.

Puis-je objectivement dire aujourd'hui, quand j'allume la télé sur les chaînes gratos de la TNT et que je vois s'enquiller en début de soirée les reportages sur la drogue et la violence et les vilains pauvres profiteurs du système et les dealers, que le monde dans lequel j'élève mes gosses pratique un discours d'impartialité objective ? Quand j'entends, comme ce fut le cas le 8 janvier 2015 au matin, dans un café, à la télé, un mec de BFMTV décrire (et je cite avec des pincettes) le suspect du meurtre de la policière municipale comme "un homme de race noire", moi, je gerbe intérieurement. J'ai l'impression que tout est à refaire. Un homme de RACE noire ? Race ? Vous êtes sûrs, là ? Vous voulez pas appeler un ami, de préférence moins con ?

Je lisais il y a quelques temps une interview de Neil DeGrasse Tyson, physicien et vulgarisateur scientifique américain. Il disait à peu de choses près les mots suivants : "une société ne peut apporter à l'éducation de ses enfants que le meilleur de ce que les parents savent. Quand on s'interroge sur la faiblesse du niveau des enfants à l'école, c'est peut être qu'il faut commencer par améliorer le niveau des parents".
En écrivant ça, je pense à Jamel Debbouze, qui disait dans un sketch : "mais les jeunes de banlieue ils en ont marre des hommes politiques qui leur font des tas de promesses qu'ils tiennent jamais. Ils voient bien que l'ascenseur social il est coincé au 2ème sous-sol et qu'il pue la pisse". Bah c'est toujours vrai, et ça participe fortement du problème selon moi.
Il apparaît souhaitable dans tous les cas de pouvoir mesurer ce qui peut amener les glandus de France qui partent jouer à boum-boum la guerre (mais y'a aussi des glandues, qui s'imaginent sans doute en saintes soldates et ignorent que pour la plupart, elles se taperont la bouffe des barbus avant de leur servir de femme de réconfort, ce qui est plus délicat à prononcer que pute de campement).
C'est donc extrêmement dommage, en tout cas c'est mon opinion, que les frères Kouachi et Amedi Coulibaly aient été abattus et n'aient pu être traduits en justice.
EDIT : comme le précise l'ami Brice, ça fait d'ailleurs 3 morts à ajouter au body count final. Y'a eu 20 morts au total, donc, dans l'affaire.

Outre le fait que ça aurait évité de les faire passer pour martyrs auprès des dingos de tous les pays qui vont désormais élever des bourrins meurtriers au statut de bienfaiteurs de l'inhumanité, outre le fait que ça aurait donné aux proches des victimes l'occasion de très certainement voir les assassins payer de la totalité de leur liberté le prix de leur folie...
Figure de réussite sociale pour adolescent désoeuvré
(illustration)
ça aurait aussi permis de décortiquer finement l'empilement des causes sociales qui ont abouti à faire de paumés qui, si j'ai bien tout compris, n'aspiraient à une certaine époque qu'à grapiller un peu du swag malsain d'un Tony Montana en fumant et en faisant de la petite délinquance, des brutes sanguinaires faisant la guerre sainte à des dessinateurs, des flics en vélo et des clients d'épicerie.
Casher, certes, mais d'épicerie quand même.
Et si vous comprenez pas que, là, en mettant le casher à part, je blague, recommencez à me lire du début. Sans les voyelles, tiens, ça vous apprendra.

Je flippe de voir toute une bande de connards jouer les vengeurs. Je flippe de voir les fachos remporter des voix chez tous ceux que la tentation de la peine capitale fait mouiller (dommage qu'ils ne connaissent pas les statistiques d'erreurs judiciaires, ça les ferait peut être réfléchir). Je flippe de voir le respect du droit, qui est central dans tout ce qui constitue une société non barbare, céder le pas aux pulsions irréfléchies de bigots et d'anti-bigots aussi radicalement étroits du bulbe les uns que les autres.
Mais le côté positif, c'est que la plupart des connards en question ont fait leur coming-out sur twitter et facebook, invectivant et menaçant tant et si bien qu'il n'y a plus qu'à se baisser pour constituer la liste des blaireaux à installer devant quelques bouquins bien ardus ou bien tordus ("La république" de Platon, ou "Mein Kampf" de Gros Con). Je me demande s'ils verront le parallèle entre le djihad et le liebensraum... Ceci s'adressant bien sûr aux abrutis assassins autant qu'aux têtes pleines d'eau qui pensent que leur mort, assortie pourquoi pas de celles de tous ceux qui les approuvent, serait un pas en avant pour notre beau pays de France.

Et derrière tout ça, fatalement, la question de l'éducation citoyenne. Celle de la responsabilité des politiques face au traitement inégal des minorités, à la ghettoisation, à l'abandon en rase campagne des zones de non-droit et de leurs habitants. Celle du vacarme médiatique, diluant les vieilles recettes de la peur et de l'angoisse pour mieux vendre des tunnels de pub avec des bagnoles trop chères et des lessives qui lavent plus blanc. Celle des contrôles policiers au faciès, violemment stimulés par les amendements anti-terroristes et liberticides qui s'empilent depuis des années, qui font qu'aujourd'hui, même le mec qui n'a rien à se reprocher à peur de se faire pourrir par des policiers tout puissants.
Après le 11 Septembre, les Etats Unis ont passé le Patriot Act, qui a donné des pouvoirs étendus aux forces de l'ordre et aux armées, ce qui n'est jamais sans conséquence. On l'a vu avec Abou Ghraib, avec Guantanamo, on le voit avec de multiples affaires de Noirs abattus par des policiers ou des milices locales parce qu'ils avaient seulement l'air suspect. Tirez d'abord, discutez après, ça n'a pas toujours été le principe aux US, il faut que ça se sache : c'est récent.
La France espère-t-elle faire face avec succès au défi de l'intégrisme en empruntant un chemin qui a mené les Etats-Unis, superpuissance s'il en est, à l'échec en Afghanistan et en Irak, et sur son propre sol à une poussée inédite des communautarismes là où le mythe du "melting pot" était si fièrement présenté comme indissociable de la nature profonde de la nation ?

En clair, que fait-on dans ce pays pour donner une chance équitable à tous, et pour qu'un citoyen avec une tronche non-blanche ait l'impression d'être français avant d'être suspect ? Que fait-on pour que la France, vue de l'extérieur, ne soit plus un joli petit pays rempli de gros cons ?

Vous, je sais pas. Mais pour moi, le premier pas vers ça, c'est la marche. Et j'ai pas si peur que ça.

--G4rF--