vendredi 31 août 2018

Poème express [51/365] - L'imposteur

L'imposteur
Celui que l'on devient en approchant la scène
Celui qui ne sait pas vraiment ce qu'il doit dire
Celui qui s'interroge, que le doute malmène
Celui qui se demande s'il pourra réussir

Celle qui repasse dans sa tête tous les mots
Celle que le temps mort, le silence terrifie
Celle qui n'est pas sûre d'être celle qu'il faut
Celle dont l'échec est le plus grand ennemi

Lui et elle, c'est nous devant les vraies épreuves
Quand le confort vacille dans la mise en question
De nos talents réels, nos qualifications
Dont face aux inconnus il nous faut faire la preuve.

--G4rF--

Poème express [50/365] - Des boîtes

Des boîtes
Il y a dans ma grande boîte
Des monceaux de petites boîtes
Que je mets dans l'autre boîte
Garée devant ma grande boîte
Et je conduis l'autre boîte
Pour aller jeter ces boîtes
Dans une très très grande boîte
Au cimetière des p'tites boîtes

--G4rF--

Poème express [49/365] - Au fond

Au fond
Je remonte le fil du temps que j'ai usé
À coincer mon regard sur un écran rusé
D'où rayonnent des lignes, des chemins  de pensée
Qui m'entraînent, m'éloignent sans aboutir jamais.

J'enroule ce nylon aimant tant s'emmêler
Reprenant chaque fourche et brin effiloché
En cherchant dans les noeuds, les fibres imbriquées
Un indice, une trace de celui que j'étais.

Alors que l'eau se calme car tout a émergé,
Je garde les mains vides, fatiguées et blessées.
Devant moi, au fond, est ce qu'en vain je cherchais.
Trop de chant de sirènes m'ont mené à sombrer.

--G4rF--

jeudi 30 août 2018

Les vacances de M. Hulot

Le Nico on le préfère vraiment quand il n'a pas de boulot.
(merci à Jacques Tati pour le titre)


Hé bin j'avoue, j'y croyais pas. Et pourtant c'est bien vrai : un membre du gouvernement Macron a tenu une promesse de campagne et a fait preuve, du même coup, de probité comme d'intégrité intellectuelle.


J'avoue que le cas Hulot me laisse partagé.
Bien que ne le vouant pas aux gémonies avec la même intransigeance que les féroces plumitifs de La Décroissance --lesquels ont des arguments qui, tout acerbe qu'ils soient, font mouche--, j'ai un problème avec Nicolas Hulot depuis qu'il a accepté la main tendue, non par le premier ministre qui est supposé être celui qui compose le gouvernement, mais par le président, lequel est supposé nommer le premier ministre et le laisser ensuite faire son shopping.

J'ai un problème parce que le personnage est traversé d'ambivalence depuis le début.
Plongé dans le sport mécanique à ses débuts (donc pas très éco-friendly),  il s'est révélé au public comme l'animateur remarquable d'une émission de télévision très bien ficelée axée sur la découverte par le grand public français de trésors naturels (donc très éco-friendly) qui passait sur la chaîne de la famille Bouygues (donc pas très éco friendly) avec un gros logo "Rhone-Poulenc" incrusté partout (donc pas très éco friendly), mais il a aussi fait savoir depuis longtemps qu'il jugeait nécessaire une action d'ampleur au niveau étatique pour faire face à l'urgence du réchauffement de la planète (donc très éco friendly) tout en laissant dans le même temps la marque Ushuaïa user de son aura verte pour orner des produits cosmétiques vendus fort cher et gagner plein de sousous sans franchement protéger la planète (donc pas très éco friendly).

On pourrait aller très loin dans le jeu de la balance pour ou contre. Et ce serait intéressant.
Toutefois on aboutirait probablement à une confirmation factuelle d'une opinion pifométrique qu'on est d'ores et déjà capable de se faire avec ce qui vient d'être dit.
En l'occurrence :  Nicolas Hulot apparaît être un exemple vivant démontrant qu'il existe effectivement chez des personnages publics français une évolution des consciences concernant la place primordiale à accorder à l'environnement dans toutes les décisions publiques, mais qu'il reste encore à lui comme à beaucoup d'autres (moi compris) pas mal de chemin à faire pour agir soi-même en adéquation complète avec ce principe d'action générale.

Beaucoup de gens s'inquiètent de ce qu'il va arriver maintenant que le ministre de l'écologie a jeté l'éponge, comme auraient dû le faire, selon moi, ses prédécesseurs dans leur totalité, tant eux aussi furent en butte à l'impossibilité effective d'agir plus qu'en façade au service de la cause environnementale, étant englués dans des gouvernements axés prioritairement sur la triade croissance-compétitivité-libéralisme qui nous sauvera tous.
Moi pas, je ne m'en inquiète pas. Et si vous vous en inquiétez, je pense que c'est parce qu'il vous échappe un point du problème méritant votre intérêt. Car Nicolas Hulot, dans son message de ciao bye bye, a mis très efficacement le doigt sur le nœud pas gordien du problème : dans les conditions prévalant actuellement pour l'exercice du pouvoir en France, un ministre de l'écologie n'a absolument aucun pouvoir.
Qui que soit son remplaçant, il ne fera donc rien de mieux.
On enfouira toujours à Bures, on gendarme-mobilisera toujours à NDDL, on repoussera toujours plus loin l'interdiction des saloperies BayerMonsantosiennes, on laissera crever les boîtes innovantes du secteur des énergies renouvelables, on jettera des compteurs qui marchent pour les remplacer par des Linky qui puent et flambent... bref, à l'Ouest, rien de nouveau.

La raison de cette fatalité éco-catastrophique est assez claire : c'est la chaîne politique de l'Europe, dont Macron est le maillon saillant en France, qui l'impose.
Exemple : BayerMonsanto, entreprise allemande, obtient que la représentation européenne de l'Allemagne rejette l'interdiction de cette saloperie roundupoïde, et tous les leaders jetables à brushing agitant la queue en rythme avec les décisions de la Commission Européenne où la domination écrasante de l'économie allemande n'est un secret pour personne répercutent à domicile le diktat, sans écouter la population ni la science ni la raison, qui clament tous haut et fort : LE GLYPHOSATE C'EST DE LA MERDE, ET REPANDRE VOLONTAIREMENT DE LA MERDE SUR LA BOUFFE DES GENS C'EST PAS MALIN ET TRES MALSAIN.

Nicolas Hulot n'a pas pu être l'homme providentiel qu'on nous avait vendu partout, et s'est ainsi retrouvé immobilisé parce que ne devant pas déplaire à la FNSEA, Avril-Sofiprotéol, BayerMonsanto et le lobby des "écologistes de terrain"*.
Plus simplement dit, la vitrine médiatique de l'écologie n'a rien pu faire pour l'écologie, alors même que nous sommes dans une ère où c'est la présence médiatique qui fait et défait les maîtres.
Corollaire : si Hulot n'a pas pu agir, alors qu'il était ministre d'état à la demande expresse du président qui a à sa botte le gouvernement et le parlement, c'est à dire tous les pouvoirs pour faire, alors personne d'autre ne le pourra.

Car le problème de l'écologie politique en France aujourd'hui, ce n'est pas Nicolas Hulot.
Le problème, c'est qu'il n'y a pas une once de sincérité dans le discours écologique de la République En Marche (je vous renvoie d'ailleurs à l'interview hallucinante de Macron par le responsable français du WWF pendant la campagne des présidentielles).
Parce que le leader des marcheurs se fout de l'environnement.
Parce que l'environnement, c'est de là qu'on tire la richesse, et donc si on commence à remettre dedans pour le sauver le fric qu'on en retire en l'exploitant, bah on gagne plus rien, voyez ?
Parce qu'il ne faut pas attendre de cette pompeuse baderne, exigeant de voir votre cravate avant de vous considérer comme sérieux, qu'elle se mette d'un coup à se soucier de ce qui se passe chez les orangs-outangs, et de ce que ça peut bien signifier pour nous tous de les laisser mourir pour planter des palmiers à huile pour avoir du gras pas cher parce qu'on paie pas l'empreinte carbone à son vrai prix.

Et il en va de même pour tous les autres pays dits développés dont les chefs d'état, et parfois aussi la population, se donnent des airs conscientisés mais ne s'intéressent à la verdure que pour y agiter un putter.

Une civilisation effectivement consciente du péril environnemental pesant sur son destin et qui choisit malgré tout de laisser la conduite des affaires à des représentants qui se torchent avec l'écologie n'en a plus pour très longtemps.

A nous de choisir, dès lors : on change la civilisation, ou on crève avec elle ?

Je vous laisse réfléchir là-dessus.
--G4rF--

*paraît que les chasseurs veulent qu'on les appelle comme ça, maintenant, est-ce un clin d'oeil à 1984 ?

mercredi 29 août 2018

Poème express [48/365] - L'attendre

L'attendre
Je pourrais m'abuser, oui, je pourrais prétendre
Que mes pensées sont claires et sans aucun méandre
Qu'il n'y a aucun trouble, nul lieu de s'étendre
Sur celle-là pour qui je sens mon coeur se fendre.

Quel confort ce serait que de nier s'éprendre
Cependant que, vraiment, je m'y suis laissé prendre
Tant sous la carapace dressée pour me défendre
Son regard met à nu un recoin d'âme tendre.

Lors, je reste muet, pour éviter l'esclandre
En faisant de mon mieux pour ne pas me répandre
Et refroidir mon sang qui bouillonne à attendre
L'intime plaisir de la revoir et l'entendre.

--G4rF--

dimanche 26 août 2018

Poème express [47/365] - Des abusés

Des abusés
"Prends ce que tu peux
Couvre tes arrières
C'est chacun sa gueule
Ne compte sur personne

Seulement sur toi-même
Plante-les le premier
C'est pas tes amis
Prends l'fric et tire-toi

Serre les dents et fonce
Subis sans broncher
Ne fais pas de vague
Te fais pas r'marquer

Garde profil bas
Pense à ta famille
Ne te retourne pas
Vise le résultat

Encaisse et dégage
C'est jamais qu'un job
Ça change pour changer
Mais ça foire pareil"

Sonne à mes oreilles
Le choeur des clameurs
Du labeur sans cœur
Des désabusés
--G4rF--

Poème express [46/365] - Life lag

Life lag
À vivre si longtemps en heures déplacées
Hors du circuit comme tous ceux qu'on met de côté
Je reviens avec un malus supplémentaire
Subissant de plein fouet ce décalage horaire

C'est tout mon quotidien qui change de fuseau
Tout un rythme de vie à remettre à zéro
Sortir du garage et revenir sur les rails
Et retrouver sans joie ce monde du travail

Qui casse, broie, détruit tant de proches, tant de gens
Pourtant tous instruits, qualifiés et compétents,
Négociant la sueur de leur front à la baisse
Et, les rides venues, usant de leur vieillesse

Pour les mettre dehors sans façon ni merci
Rejoignant les précaires en cohorte infinie.
Ce monde n'est pas celui que l'on nous promettait
Terminés, la carrière, la fierté, le respect

Les maîtres du labeur sont les seuls responsables
De la mise en péril du présent des capables
Comprenez donc que ce décalage de vie
Auquel je suis contraint ne me fasse pas envie.
--G4rF--

samedi 25 août 2018

Mais au fait, c'est quoi un poème express ?

...me demande-t-on dans l'oreillette.

Puisqu'il semble que je sois à l'origine de l'idée, ou au moins que j'ai une forme de primauté dans l'usage régulier de cette expression et de la forme d'écriture qu'elle recouvre, peut-être est-il effectivement pertinent d'expliquer ce que j'entends exactement par là.

Définition :
Une poésie express est un texte :
  • écrit d'une traite, c'est-à-dire sans s'interrompre pour contribuer entre temps à une quelconque autre œuvre de l'esprit. Il est donc permis de poser le crayon au milieu de l'écriture d'un poème express pour aller aux toilettes ou ouvrir la porte au livreur ou au plombier, mais en dehors de ça, la continuité du processus d'écriture est nécessaire pour mériter le titre d'express. Si je commence une poésie, que je m'arrête pour finir ma déclaration d'impôt, et que je reviens ensuite à mon texte pour le finir, ce n'est plus une poésie express ;
  • original, mais pas nécessairement sans référence ni clin d'œil à une autre œuvre ;
  • respectant autant que possible la forme poétique (métrique, scansion) mais des fois non. Si l'auteur pense sincèrement que son texte est poétique et a produit un effort significatif en ce sens lors de l'écriture, alors c'est suffisant pour mériter le titre de poème ;
  • laissé en l'état après avoir été écrit. Seules des rectifications de forme superficielles peuvent être apportées, comme rectifier une faute d'accord ou d'orthographe, modifier une ponctuation insignifiante, etc.
Exceptionnellement, un poème express peut être illustré, notamment si l'illustration est à l'origine de l'écriture du texte et permet d'en simplifier l'approche et la compréhension. Toutefois, ceci n'est en rien obligatoire. 
L'objet d'une poésie express est :
  • en premier lieu, de stimuler l'aptitude de l'auteur à concevoir, produire et achever des œuvres finies et satisfaisant a minima les règles ci-dessus tout en présentant un intérêt littéraire, créatif et narratif, si faible soit-il. C'est une séance d'entraînement du "muscle d'écriture" et de facilitation à adopter la disposition d'esprit présidant à l'acte d'écriture ;
  • en second lieu, de produire un texte présentant un intérêt particulier ou une qualité remarquable. Il s'agit d'un objectif secondaire qu'il est souhaitable d'atteindre mais qui reste facultatif et ne doit pas contraindre l'auteur à se restreindre d'écrire ou placer trop haut la barre de ses exigences.
Voilà, je pense que ça fait le tour de la question.

Vous trouverez sur ce blog un bon paquet de poèmes express, et si vous avez envie d'en produire à votre sauce, parce que vous voulez devenir bien musclé de la créativité littéraire et que vous avez la conviction que ce type d'exercice peut vous y aider, bah... y'a plus qu'à.

Allez, au boulot feignasse !
Ca me va bien, de dire ça, tiens... 😃

--G4rF--

Poème express [45/365] - Sainte bagnole

Sainte bagnole
A l'infini s'étalent les mailles d'un filet.
Tenant la terre serrée à la gorge, ce rets
S'en va oblitérant la verdure et les pierres
Sous un ruban bleu-gris qui seulement tolère

Le va-et-vient des machines aux moteurs lancés
Vers le prochain nœud du réseau embolisé.
Pour l'heure elles s'accumulent, crachant dans l'atmosphère
Des vapeurs grises de mécanique en colère

Laissant là, sur les murs, imprégnée dans la suie,
La phéromone acide de millions de fourmis
Parcourant le filet, avec leurs cavaliers,
Dévorant l'asphalte pour plus vite arriver

Au point B où aucun d'entre eux ne restera
Puisque le soir venu, ils reviennent au point A.
Et ce ballet curieux, qui n'a même pas cent ans
Chaque soir s'arrête et chaque matin reprend.

Et nul n'imagine ce que ça pourrait être
De reprendre le rythme de vie des ancêtres
Dont les montures parfois leur refusaient d'aller
En sixième vitesse du point A au point B.

Mais un jour prochain les machines n'auront plus
De quoi faire fumer injecteur et carbu.
S'amoncelant en piles inutiles et informes
Elles mourront bêtement, immobiles et énormes.

Tranquillement le filet sera dévoré
Par les racines, l'herbe, les fleurs ou les navets
Et si nos successeurs retrouvent la raison
Qu'avec tant de panache, nous nous efforçons

D'oublier, debout sur nos accélérateurs
Vers la grande panne sèche dont sonne bientôt l'heure,
Ils iront à pied, à cheval ou en vélo
Et pour les grands trajets, redeviendront sociaux

Et partageront leurs transports en commun
Pour aller partout sans plus dépenser rien
En vignette, assurance, péage et carburant
Et du voyage enfin, ils reprendront le temps.

--G4rF--

Poème express [44/365] - Blanc

Blanc
Le blanc sur un fond blanc
S'étirant pesamment
Confinant au néant
Courant contaminant
Jusqu'au plus bref instant
Jusqu'au plus beau moment
Figeant éternellement
Derrière lui ne laissant
Que l'éther transparent
Le souvenir d'un temps
Lentement se diluant
Et puis se dispersant
Et puis disparaissant
En blanc sur un fond blanc.
--G4rF--