vendredi 31 août 2018
Poème express [51/365] - L'imposteur
Celui que l'on devient en approchant la scène
Celui qui ne sait pas vraiment ce qu'il doit dire
Celui qui s'interroge, que le doute malmène
Celui qui se demande s'il pourra réussir
Celle qui repasse dans sa tête tous les mots
Celle que le temps mort, le silence terrifie
Celle qui n'est pas sûre d'être celle qu'il faut
Celle dont l'échec est le plus grand ennemi
Lui et elle, c'est nous devant les vraies épreuves
Quand le confort vacille dans la mise en question
De nos talents réels, nos qualifications
Dont face aux inconnus il nous faut faire la preuve.
--G4rF--
Poème express [50/365] - Des boîtes
Des boîtes
Il y a dans ma grande boîte
Des monceaux de petites boîtes
Que je mets dans l'autre boîte
Garée devant ma grande boîte
Et je conduis l'autre boîte
Pour aller jeter ces boîtes
Dans une très très grande boîte
Au cimetière des p'tites boîtes
--G4rF--
Poème express [49/365] - Au fond
Au fond
Je remonte le fil du temps que j'ai usé
À coincer mon regard sur un écran rusé
D'où rayonnent des lignes, des chemins de pensée
Qui m'entraînent, m'éloignent sans aboutir jamais.
J'enroule ce nylon aimant tant s'emmêler
Reprenant chaque fourche et brin effiloché
En cherchant dans les noeuds, les fibres imbriquées
Un indice, une trace de celui que j'étais.
Alors que l'eau se calme car tout a émergé,
Je garde les mains vides, fatiguées et blessées.
Devant moi, au fond, est ce qu'en vain je cherchais.
Trop de chant de sirènes m'ont mené à sombrer.
--G4rF--
jeudi 30 août 2018
Les vacances de M. Hulot
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| Le Nico on le préfère vraiment quand il n'a pas de boulot. |
mercredi 29 août 2018
Poème express [48/365] - L'attendre
L'attendre
Je pourrais m'abuser, oui, je pourrais prétendre
Que mes pensées sont claires et sans aucun méandre
Qu'il n'y a aucun trouble, nul lieu de s'étendre
Sur celle-là pour qui je sens mon coeur se fendre.
Quel confort ce serait que de nier s'éprendre
Cependant que, vraiment, je m'y suis laissé prendre
Tant sous la carapace dressée pour me défendre
Son regard met à nu un recoin d'âme tendre.
Lors, je reste muet, pour éviter l'esclandre
En faisant de mon mieux pour ne pas me répandre
Et refroidir mon sang qui bouillonne à attendre
L'intime plaisir de la revoir et l'entendre.
--G4rF--
dimanche 26 août 2018
Poème express [47/365] - Des abusés
Des abusés
"Prends ce que tu peux
Couvre tes arrières
C'est chacun sa gueule
Ne compte sur personne
Seulement sur toi-même
Plante-les le premier
C'est pas tes amis
Prends l'fric et tire-toi
Serre les dents et fonce
Subis sans broncher
Ne fais pas de vague
Te fais pas r'marquer
Garde profil bas
Pense à ta famille
Ne te retourne pas
Vise le résultat
Encaisse et dégage
C'est jamais qu'un job
Ça change pour changer
Mais ça foire pareil"
Sonne à mes oreilles
Le choeur des clameurs
Du labeur sans cœur
Des désabusés
--G4rF--
Poème express [46/365] - Life lag
Life lag
À vivre si longtemps en heures déplacées
Hors du circuit comme tous ceux qu'on met de côté
Je reviens avec un malus supplémentaire
Subissant de plein fouet ce décalage horaire
C'est tout mon quotidien qui change de fuseau
Tout un rythme de vie à remettre à zéro
Sortir du garage et revenir sur les rails
Et retrouver sans joie ce monde du travail
Qui casse, broie, détruit tant de proches, tant de gens
Pourtant tous instruits, qualifiés et compétents,
Négociant la sueur de leur front à la baisse
Et, les rides venues, usant de leur vieillesse
Pour les mettre dehors sans façon ni merci
Rejoignant les précaires en cohorte infinie.
Ce monde n'est pas celui que l'on nous promettait
Terminés, la carrière, la fierté, le respect
Les maîtres du labeur sont les seuls responsables
De la mise en péril du présent des capables
Comprenez donc que ce décalage de vie
Auquel je suis contraint ne me fasse pas envie.
--G4rF--
samedi 25 août 2018
Mais au fait, c'est quoi un poème express ?
Puisqu'il semble que je sois à l'origine de l'idée, ou au moins que j'ai une forme de primauté dans l'usage régulier de cette expression et de la forme d'écriture qu'elle recouvre, peut-être est-il effectivement pertinent d'expliquer ce que j'entends exactement par là.
Définition :
Une poésie express est un texte :
- écrit d'une traite, c'est-à-dire sans s'interrompre pour contribuer entre temps à une quelconque autre œuvre de l'esprit. Il est donc permis de poser le crayon au milieu de l'écriture d'un poème express pour aller aux toilettes ou ouvrir la porte au livreur ou au plombier, mais en dehors de ça, la continuité du processus d'écriture est nécessaire pour mériter le titre d'express. Si je commence une poésie, que je m'arrête pour finir ma déclaration d'impôt, et que je reviens ensuite à mon texte pour le finir, ce n'est plus une poésie express ;
- original, mais pas nécessairement sans référence ni clin d'œil à une autre œuvre ;
- respectant autant que possible la forme poétique (métrique, scansion) mais des fois non. Si l'auteur pense sincèrement que son texte est poétique et a produit un effort significatif en ce sens lors de l'écriture, alors c'est suffisant pour mériter le titre de poème ;
Exceptionnellement, un poème express peut être illustré, notamment si l'illustration est à l'origine de l'écriture du texte et permet d'en simplifier l'approche et la compréhension. Toutefois, ceci n'est en rien obligatoire.
- laissé en l'état après avoir été écrit. Seules des rectifications de forme superficielles peuvent être apportées, comme rectifier une faute d'accord ou d'orthographe, modifier une ponctuation insignifiante, etc.
L'objet d'une poésie express est :
- en premier lieu, de stimuler l'aptitude de l'auteur à concevoir, produire et achever des œuvres finies et satisfaisant a minima les règles ci-dessus tout en présentant un intérêt littéraire, créatif et narratif, si faible soit-il. C'est une séance d'entraînement du "muscle d'écriture" et de facilitation à adopter la disposition d'esprit présidant à l'acte d'écriture ;
- en second lieu, de produire un texte présentant un intérêt particulier ou une qualité remarquable. Il s'agit d'un objectif secondaire qu'il est souhaitable d'atteindre mais qui reste facultatif et ne doit pas contraindre l'auteur à se restreindre d'écrire ou placer trop haut la barre de ses exigences.
Poème express [45/365] - Sainte bagnole
A l'infini s'étalent les mailles d'un filet.
Tenant la terre serrée à la gorge, ce rets
S'en va oblitérant la verdure et les pierres
Sous un ruban bleu-gris qui seulement tolère
Le va-et-vient des machines aux moteurs lancés
Vers le prochain nœud du réseau embolisé.
Pour l'heure elles s'accumulent, crachant dans l'atmosphère
Des vapeurs grises de mécanique en colère
Laissant là, sur les murs, imprégnée dans la suie,
La phéromone acide de millions de fourmis
Parcourant le filet, avec leurs cavaliers,
Dévorant l'asphalte pour plus vite arriver
Au point B où aucun d'entre eux ne restera
Puisque le soir venu, ils reviennent au point A.
Et ce ballet curieux, qui n'a même pas cent ans
Chaque soir s'arrête et chaque matin reprend.
Et nul n'imagine ce que ça pourrait être
De reprendre le rythme de vie des ancêtres
Dont les montures parfois leur refusaient d'aller
En sixième vitesse du point A au point B.
Mais un jour prochain les machines n'auront plus
De quoi faire fumer injecteur et carbu.
S'amoncelant en piles inutiles et informes
Elles mourront bêtement, immobiles et énormes.
Tranquillement le filet sera dévoré
Par les racines, l'herbe, les fleurs ou les navets
Et si nos successeurs retrouvent la raison
Qu'avec tant de panache, nous nous efforçons
D'oublier, debout sur nos accélérateurs
Vers la grande panne sèche dont sonne bientôt l'heure,
Ils iront à pied, à cheval ou en vélo
Et pour les grands trajets, redeviendront sociaux
Et partageront leurs transports en commun
Pour aller partout sans plus dépenser rien
En vignette, assurance, péage et carburant
Et du voyage enfin, ils reprendront le temps.
--G4rF--
Poème express [44/365] - Blanc
Blanc
Le blanc sur un fond blanc
S'étirant pesamment
Confinant au néant
Courant contaminant
Jusqu'au plus bref instant
Jusqu'au plus beau moment
Figeant éternellement
Derrière lui ne laissant
Que l'éther transparent
Le souvenir d'un temps
Lentement se diluant
Et puis se dispersant
Et puis disparaissant
En blanc sur un fond blanc.
--G4rF--
