mercredi 17 octobre 2018

Poème express [83/365] - Panser

Panser
C'est le premier des gestes, c'est le soin évident
Généreux, altruiste, et sans contrepartie
L'objection faite au mal, le cadeau au souffrant,
Pour faire taire la douleur par un peu d'empathie.

Ce bien est fait à l'autre, mais aussi à soi-même
Car témoin de sa peine, on la ressent pour soi
Et soudain on chérit, on protège et on aime
Pour soulager les maux, on donne et on reçoit.

Ainsi je me découvre attendri, attentif
A la vue du bandage qui protège tes doigts
Laissant là toute force, je deviens délicat
Offrant d'un doux contact mon soutien affectif.

--G4rF--

mardi 16 octobre 2018

Poème express [82/365] - La maison du poète

La maison du poète
De toutes les bicoques c'est la plus biscornue
Elle n'est vraiment semblable à nulle autre qu'elle-même
Son enveloppe défie les principes et les schèmes
Elle est dedans-dehors, pleine d'inattendu.

Si vous voulez entrer, enjambez la fenêtre
Elle mène à la cuisine, qui sert de vestibule.
Pour aller au salon, faites sans préambule
Un tour par la baignoire où s'entassent les lettres.

La maison du poète est un capharnaum
Où tout jonche le sol, où tout est dérangé
Non pas pour le plaisir du bazar installé
Juste pour ne jamais devenir muséum

Ici les idées vivent, déambulent, s'égaillent
Dans le cours des saisons on peut les voir migrer
Et un jour, forcément, se coucher sur papier
Où la plume joaillère les sertit et les taille.

--G4rF--

lundi 15 octobre 2018

Poème express [81/365] - Ruelle des Trois Marchands

Ruelle des Trois Marchands
Une virgule de noir
Soudain dans la lumière jaune
Vol de chauve souris
--G4rF--

Poème express [80/365] - L'interdit

L'interdit
A l'idée d'approcher de ce que je convoite
A l'idée de risquer de créer le contact
A l'idée de sortir un instant de ma boîte
A l'idée de risquer de ne plus être intact

Je reste muet et roide comme devant Méduse
Je reste sans piper le mot que je veux dire
Je reste là niais, ballot, sans une excuse,
Je reste silencieux, ne pouvant que subir.

Car il m'est défendu d'applaudir la grâce
Car il m'est illicite de saluer l'esprit
Car il m'est prohibé de sortir de la glace
Car je me détruirais en bravant l'interdit.

--G4rF--

Poème express [79/365] - Huit

Huit

Le temps est venu de souffler ta bougie
En ce jour que depuis si longtemps tu attends
Même si les temps sont durs, tu es là qui sourit
Le monde est un défi quand on n'a que huit ans.

--G4rF--

samedi 13 octobre 2018

Poème express [78/365] - Pause

Pause
Je m'accorde un instant pour ne penser à rien
Je vide mes oreilles du bruit des alentours
Je lâche mon clavier, mon écran je l'éteins
Je pose le crayon pour le temps du détour.

--G4rF--

vendredi 12 octobre 2018

Poème express [77/365] - La pince

La pince
J'aimerais t'emmener, bras dessus bras dessous,
Ou juste à mes côtés, ou en fait, on s'en fout,
A la fête foraine.

Dans le tumulte sourd et les cris suraigus,
Près des pommes d'amour collantes comme la glu,
Tu me prendras la main.

A quelques pas de là, dans la lumière floue
Des ampoules à éclat, près des tirettes à sous
Tu m'attireras à toi.

Je sortirai des pièces d'une poche trop mince.
Au cœur de la liesse, à la machine à pince
Je tenterai ma chance.

D'un grappin hésitant je viserai une babiole
Et je ferai chou blanc juste pour qu'on rigole
Accrochés l'un à l'autre.

Qui sait si nous serons bénis par la fortune ?
Nous repartirons sûrement sans une thune
Des étoiles dans les yeux.

Et te raccompagnant, je te dirai bonsoir
Appauvri mais content de ce tour à la foire
Et je t'embrasserai.

--G4rF--

Poème express [76/365] - La mesure de soi

La mesure de soi
Quand j'ai touché le fond, quand j'ai connu l'abîme,
Quand mes pieds ont foulé le cratère des abysses
Je me pensais quelconque, nul, illégitime,
Et me sentais cloué par le poids du factice

J'avançais sous un masque et mes mots sonnaient faux,
J'étais un imposteur, toujours en prétention,
Comme si sous le casque lourd de mes défauts
Il n'y avait que fadeur, mensonge et négation

Le salut est venu d'un miroir opportun
Non celui que j'avais, celui qu'on me tendit.
L'image inattendue me fit voir de plus loin
Tout ce que j'avais fait, tout ce que j'avais dit.

Bien sûr il y avait là quantité de bêtises,
Je perdis compte bien vite des billevesées.
Mais aussi, parfois, dans le flot de sottises
Se trouvaient des pépites jusque là inhumées.

Quelle magie infernale s'était donc emparée
Des ressorts de ma tête pour y substituer
A chaque bien, un mal, un échec par succès
Pour me faire sentir bête et ainsi m'enfoncer ?

Le coupable n'était ni sorcier ni diable
Je le portais en moi, chaque heure de chaque jour :
Mon miroir, en effet, me faisait pitoyable,
Son reflet tout gauchi déformant mes contours,

Traître à la vérité de mes seules fiertés,
Thermomètre faussé, inapte et mensonger.
Une fois corrigé l'appareil erroné
Grâce à l'aide apportée par un œil étranger,

J'ai pu quitter le fond et saluer l'abîme
La trace de mes pas restant seule dans l'abysse :
Calée sur l'étalon de proches et d'intimes,
Ma mesure de soi me rend enfin justice.

--G4rF--

Poème express [75/365] - Wink

Wink
Par les interstices du feuillage
Délavé de blanc blafard par l'éclairage des rues
On peut distinguer au loin
Par delà la muraille de vieilles pierres du château
Par delà les lacets enroulés du cours du grand fleuve
Par delà les clochers lointains des villages en demi sommeil
L'œil jaune du matin qui s'entrouvre en splendeur
Et vient faire un clin d'œil à ce matin d'octobre.

--G4rF--

jeudi 4 octobre 2018

Poème express [74/365] - Jaune

Jaune
Lorsque les luttes s'éternisent
Que leurs issues sont incertaines
Lorsque l'espoir s'amenuise
Qu'on croit la résistance vaine

Elle est puissante, la tentation
De lâcher prise, faire demi-tour
D'abandonner son ambition
De faire venir de plus beaux jours

Pouvoir enfin poser les armes
Panser ses membres endoloris
Rester sourd aux signaux d'alarme
Capituler devant l'ennemi

Dire tant pis, on n'y peut rien
C'est même pas à nous de lutter
C'est leur problème, c'est pas le mien
Si ça les gêne, qu'ils aillent gueuler

Devenir un jaune, se trahir,
Juste pour s'éloigner du front
Mais toujours, toujours, revenir
Malgré la terreur du canon.

--G4rF--