vendredi 15 juin 2007

Zik

Fond sonore : Les Fatals Picards - Partenaire particulier


 

       Nous y rev'là ! C'est la bonne époque où les HaggiS sortent de leur trou pour monter au front, à l'occasion de la Fête de la Musique (et qu'on cesse de créditer Jack Lang de la paternité de cette idée : tout ce qu'il a fait, lui, c'est donner les moyens de la faire à son créateur, Maurice Fleuret.)
              Et comme cette année a vu un renouveau important des HaggiS puisqu'on est rentrés violemment en phase de compo (avec les pertes et fracas inévitables qui accompagnent ce genre de virage), on va avoir des morceaux à nous à montrer (et à faire applaudir, on y croit).
       J'espère ensuite pouvoir amorcer une nouvelle phase de croissance du groupe, afin d'avoir une section guitare solide (une bonne rythmique qui sache dialoguer avec le solo de MiKaChu sans trop contraindre ses délires, c'est ça qu'il nous faudrait) et inévitablement un clavier parce que je le constate de plus en plus, c'est vraiment pas là où je suis le plus efficace, et je crois que ça ferait l'affaire sur tout ce qu'on a de funk, de reggae (mon royaume pour des effets de cuivre !).
       En attendant, les HaggiS sont désormais visibles ici : The Haggis on Virb.com.
              Quant au concert, ça se passera là :

       Rendez-vous à 19h sur place pour les copains (on en sera à faire la balance, avec 2-3 morceaux de chauffe) et début du concert vers 20h (on prévoit de 2h30 à 3h de musique), avec ensuite des copains en électro-acoustique.
       Viendez nombreux avec de la petite monnaie pour remplir notre "Fût à budget bière 2008", afin qu'on ait de quoi étancher notre soif après les répèts en trinquant à la santé du public ! :-)

-G4rF-

lundi 4 juin 2007

No limit

Fond sonore : Niagara - Soleil d'hiver

       Flippant. Je ne sais pas comment qualifier différemment ce qui est en train de se produire dans notre joyeux pays. Reprenons.

       Ministre d'Etat, n°2 du gouvernement, dédié à l'environnement : Alain Juppé. Monsieur Casserolles. La liste de ses faits d'armes est trop longue pour être reprise ici, alors allez voir ça.
              Premier ministre, François Fillon. Allez voir ça. Et aussi ça.
              Santé, Jeunesse et Sport : Roselyne Bachelot. Petit rappel : ça.
              Et tant que j'y suis, le dernier des sujets dont les candidats à la Présidentielle aient parlé : la culture. Représentée par Christine Albanel. Lisez-moi ça. Et ça.

       La liste est longue des têtes en bois choisis par le Petit Empereur pour lui cirer les pompes et venir occuper l'espace médiatique.

       Mais il y a mieux. Il y a ça : l'affaire Police versus 9-3.
              Pour une fois, personne ne pourra m'accuser de dire des conneries sur ce sujet, parce que, comme on dit, j'habite dedans. Rappelons les faits.

              93, le 9-3, ou le neuf-cube comme disent les faiseurs de tendance à 20 centimes, un département qui fait peur, tout rempli de drogués terroristes islamistes qui n'aiment pas les Volkswagen ni les poubelles (et c'est pour ça qu'ils les brûlent). 1 500 000 habitants (à peu près autant que dans les Hauts-De-Seine de Devedjian).
              Budget 2007 du 9-3 : 1 686 Millions d'Euros.
              Budget 2007 du 9-2 : 1 663 Millions d'Euros.
              Mais alors, d'où vient le problème ? C'est quasiment du kif, ces 2 départements.

       Et pourtant. Combien de logements sociaux dans le 93 ? Et dans le 92 ? C'est pas trop dur de comprendre de quel côté il y a vraiment du pognon, et où il n'y en a pas des masses : suffit de regarder le prix moyen du mètre-carré par département. 4 115 €/m2 dans le 92. 2 716 €/m2 dans le 93.
              D'où l'on déduit : c'est beaucoup plus facile, quand on est sans un rond, de trouver à se loger dans le 93 que dans le 92. En clair, qu'il y a plus de pauvres dans le 93 que dans le 92.
              Alors, quand Patrick Devedjian, qui eu ce passé (à modérer, c'est un site pro-turc), commence à gloser sur la gestion hasardeuse de la sécurité dans le 93 par les communistes, ça fait doucement rigoler. Des flics en sous-effectifs permanents, inexpérimentés, qu'on balance dans le panier de crabe et qui en ressortent pourris (quand ils en sortent)(pour la pourriture, je pense à ces keufs de Saint-Denis condamnés pour avoir racketté des putes il y a pas si longtemps). Des bataillons de CRS en camping au pied des cités, censés contenir la rage des caïds locaux. Mais quand tu vas déposer plainte pour aggression au commissariat, on te fait clairement comprendre qu'il vaudrait mieux faire une main courante, voire oublier tout ça.
              Et dans le même temps, les réseaux de trafiquants qui prolifèrent au vu et au su de chacun, comme par exemple en bas de chez moi, où les dealers pratiquent leur business en vue directe d'un poste de police toujours fermé.

       Le boulot de flic est déjà un boulot de merde. Mais là, comment veux-tu qu'ils le fassent ? Au résultat ? Quand tu vois combien ils sont pour gérer des situations qui découlent directement d'une insuffisance d'implication sociale des autres départements, qui laissent s'entasser là les pauvres pour pas les avoir sous les fenêtres, tu t'interroges.
              Et d'abord c'est quoi, un bon boulot de keuf dans le 93, sinon être présent, dialoguer et décourager les petits frères de glander dehors à boire de la 8-6 la nuit pour faire comme les grands ? Si c'est pas traquer les marchands de sommeil ? Si c'est pas mettre en garde à vue les promoteurs véreux qui s'engraissent en surfacturant les contrats de construction de HLM ? Si c'est pas coller des prunes aux commerçants qui laissent traîner leurs saloperies dans la rue le soir en fermant boutique ? Si c'est pas dégager les crétins qui stationnent leurs bagnoles n'importe comment en pleine rue piétonne et causent des embouteillages monstrueux parce que les trams ne passent plus ?
              Et si, pour rétablir la confiance entre les habitants et les flics, on pouvait espérer enregistrer une plainte en moins de 30 minutes ? Et si on avait autant droit aux contrôles d'identité quand on est blanc que pas blanc ? Et si y'avait de temps en temps un ou deux flics dans les bus de nuit ? Et si on était informé de temps à autre par la police du devenir des dossiers qu'on a ouvert chez elle ?

       Oui, la police dans le 93, c'est vraiment pas le pied. Mais je pense qu'en l'occurrence, l'origine du problème tient peut-être plus à la tendance show-biz de l'ancien ministre de l'Intérieur à officier sur les plateaux de télé, aux meetings du Parti Unique et dans son appart à pas cher, que dans son bureau place Beauvau. Certes, ça occupe, la quête de la présidence. Et puis, marcher dans les pas de Pasqua (présidence du 92, Intérieur) sans faire les mêmes faux pas tout en partageant ses passions (les feignasses au boulot, les délinquants en taule, les étrangers dehors), c'est pas facile...

       Nul doute que Devedjian rêve de la même carrière. Après tout, il est avocat de formation aussi. Président du 92 aussi. Réac aussi. Conservateur aussi. Et il voulait être garde des sceaux. Mais qu'il patiente un peu, et on verra où ça le mène. Même si c'est très probablement plus près de l'Elysée que du Stade de France, ce qui fait qu'il y a moins de surprise.
              Mais de toutes façons, avec les élus du 92, il est rare que la surprise soit bonne.

-G4rF-

mardi 15 mai 2007

Chanson d'amûûûr

Fond sonore : White Stripes - Fell in love with a girl

       Du bonheur en boîte de douze : enfin une vraie chanson romantique comme on n'en fait plus. Si vous ne connaissez pas, allez donc écouter "Ce soir", de Max Boublil, jusqu'au bout pour voir les 2-3 copains... hé hé ! Et matez les extraits du spectacle (à mon sens, "Les flics" c'est pas le meilleur, j'aime bien "La fille de Meetic").
-G4rF-

mardi 8 mai 2007

Néo-résistance ?

Fond sonore : rien (pas le temps)

       Bien triste fin que la nôtre. Certes, tous ceux qui, de Bigard à Faudel en passant (putain que ça fait mal) par Dominique Farrugia, s'imaginent qu'on peut faire confiance à Sarkozy pour tenir ses promesses, le savent : on ne va pas m'empêcher de blogger demain.
              Non.
              Mais un débat d'entre-deux tours viré d'une grande chaîne pour atterrir sur l'improbable TNT (franchement, BFM TV commence à avoir de la classe en ce qui me concerne, mais je parle peut-être trop vite), c'est suspect.
              Tout comme il est suspect que 53 % de Français décident de croire en la rupture d'un type qui a déjà eu des années de présence dans les hautes sphères pour changer les choses. Et il ne l'a pas fait.
       Bigard, encore lui, évoquait dans un sketch la mémoire phénoménalement courte du poisson rouge. Et en sortait une situation plutôt marrante. Aujourd'hui, bien que viscéralement écoeuré par le résultat de ce suffrage, je ne peux pas en vouloir à ceux qui ont voté Sarko. Plus les années passent, et plus je suis convaincu que nous sommes tous éduqués pour devenir des poissons rouges. Je vous refais le sketch :
       Monsieur Normal apprend que Sarkozy a bidonné ses chiffres : "c'est dégueulasse !". Un tour d'aquarium plus tard, il a oublié.
              Monsieur Normal apprend que Sarkozy n'hésite pas à encourager les flics à faire du chiffre plutôt qu'à faire leur boulot, qui est de lutter contre toutes les délinquances, et particulièrement celle qui coûte le plus de sous : la délinquance en col blanc. "C'est honteux !". Un tour d'aquarium plus tard, il a oublié.
              Monsieur Normal apprend que Sarko a bénéficié des largesses d'un promoteur très amical. "C'est immoral !". Tour d'aquarium, plus rien.
              Monsieur Normal apprend que 90% (grosso modo) des media du pays sont entre les mains de très proches de Sarko, et que parler de liberté de la presse quand 9 rédac'chefs sur 10 risquent leur place s'ils déplaisent à NaboLéon, ça fait doucement rigoler. "C'est de la dictature !". Tour d'aquarium. Nada.
       Monsieur Normal constate que Sarko a fait campagne aux frais du peuple français du début à la fin, qu'il ne se déplace courageusement dans les banlieues où le pékin moyen est obligé de survivre avec son RMI et son chômage d'entre-deux Contrat Nouvelle Embauche qu'avec un bataillon de flics autour de lui, qu'il vante la rupture avec la politique d'avant mai 2007, c'est-à-dire avant lui-même, et puis qu'il se pose en victime de diabolisation entre les deux tours pour faire pleurer dans les chaumières. "C'est de la démagogie !". Tour d'aquarium. Exit.
              Monsieur Normal, c'est le portrait de l'électeur standard. Pas seulement de Sarko. De tous. On a beaucoup parlé politique, mais combien de personnes ont travaillé politique ? Combien savent ce qu'est la réalité de la mécanique hasardeuse qui régit notre économie ? Combien savent le pourcentage de Français qui adhèrent effectivement à un des partis majeurs et paient leur cotisation ? Combien connaissent la différence entre le nombre de syndiqués allemands et le nombre de syndiqués français ? Bref, combien sont dans l'action, et combien sont dans l'expectative ?
       Monsieur Normal, c'est vous, c'est lui, c'est moi. Philippe Val affirmait qu'on était naturellement de droite, et qu'il fallait faire une réflexion sur soi-même, les autres, et la place de la politique dans ce monde pour devenir de gauche. Je suis d'accord à 200%. A la question "Ségolène est-elle de gauche ?", je ne sais quoi répondre. A la question "Sarkozy est-il dangereux ?" je réponds oui sans hésiter.
              Pour l'anecdote, dans la ville de Colombey-les-deux-églises, où vécut et mourut De Gaulle (de plus en plus sanctifié à mesure que les victimes du passage de l'armée à la politique du grand Charles se dispersent dans le néant), Sarko a fait 51% dès le premier tour. Nombre de visites de Sarko à Colombey : 1. Chirac, qui y va religieusement tous les ans, à Colombey, pour fleurir la tombe de celui dont il se réclame (à défaut d'en être digne), n'y a jamais dépassé 35%. Monsieur Normal est partout. Y compris à Colombey.
       Sarkozy est un néo-conservateur. Un libéral sans frein. J'ai peur de lui, et je sais parce que je me suis documenté que j'ai raison d'avoir peur de lui. "Si la peur fait bouger, elle fait rarement avancer", chante-t-on. C'est vrai. Mais avec un peu de chance, il y a moyen d'aller de l'avant en luttant contre cette peur. Dans ce nouvel état Français entièrement à droite (assemblée à droite, sénat à droite, conseil constit' à droite, conseil supérieur de la magistrature à droite, CSA à droite, Canal+ à droite, TF1 à droite, M6 à droite, Arnault-Bouygues-Lagardère à droite), la lutte contre le néo-conservatisme ne peut s'appeler que la néo-résistance. Pas une résistance destructive, non. Mais il faut forcer Monsieur Normal à se prendre en main, à mettre sa télé sur "Pause" et à refaire lui-même sa propre éducation. Acheter des journaux payants. Apprendre à se frotter à l'opinion contradictoire, et à chercher le fait dans le vacarme de la rumeur.
              En attendant, comme se disent en ce moment quelques millions de nos compatriotes, et quelques millions de ceux qui enragent de n'avoir pas le droit de voter dans le pays où ils vivent, on est mal. On est très mal.
       Fin de transmission.

-G4rF-

vendredi 27 avril 2007

Haïku instantané

Fond sonore : rien

       Goutte inattendue
              Un petit éclair glacial
              Sur ta peau brûlante

-G4rF-

lundi 23 avril 2007

Enterrement de bulletin (urne funéraire ?)

 
       C'est avec une totale absence de surprise et d'entrain que les résultats du premier tour de dimanche se sont affichés sur l'écran de télé des potes chez qui nous avons descendu 2-3 bières en désespérant. Ben oui. Ségo et Sarko, comme dirait Karl Zéro, sont dans un bateau.
J'ai voté pour l'une, j'ai essuyé mes fesses avec le bulletin de l'autre. Pourquoi suis-je déçu ?
       Ce post explique pourquoi.
       D'abord, parce que ce que j'aurais voulu, c'est croire en Bayrou. Mais je crains fort que les deux semaines à venir nous montrent un Bayrou protégeant ses intérêts en ne donnant aucune suggestion de vote (je préfère "suggestion" à "consigne", on n'est pas des veaux quand même). De peur d'un deuxième tour opposant Bayrou à Sarko, voire d'un deuxième tour opposant Le Pen à Sarko (si l'électorat de gauche était trop dispersé et Bayrou trop faiblard), j'ai voté Ségolène. Du bout des doigts.
       Ensuite, parce que j'aurais bien aimé pouvoir voter pour un duo Voynet-Buffet. Parce que :
- quelles que soient les conneries que Voynet a pu faire lorsqu'elle était ministre,
- et que Buffet refuse d'admettre en se réclamant toujours d'un communisme qui n'a pas plus de raison d'être qu'un parti ne l'aurait de s'appeler "Parti Capitaliste Français",
...j'approuve :
- le courage et la profondeur politique de la première qui n'a pas peur d'aller se frotter aux hordes de chasseurs avides de dégommer des palombes et des canettes (même si, je le précise, je refuse de jeter aux ordures la chasse, parce que la réalité est triste, mais il faut contrôler la prolifération de certains animaux sauvages, et c'est à ça que les chasseurs servent), ainsi que son ambition écologique réelle pour notre petit pays,
- et j'approuve le programme de la seconde en terme de société, parce qu'il est bien plus consistant que tout ce qu'un connard de néo-conservateur peut bien pondre en façade tout en chiant dans les assiettes en coulisses.
       Enfin, parce que ça m'emmerde de voir débarquer Ségolène, Jack Lang, François Hollande et toute la clique du PS qui, Séguéla l'a bien dit ce matin et pour une fois je l'approuve, n'ont toujours pas compris qu'ils ne pouvaient espérer gouverner seul le pays. Pourtant, ils font campagne sur le rassemblement, non ?
 
       Légitime question que peut se poser mon lecteur d'un jour : et d'où tu la tires, ta certitude que Sarkozy nous mène au mieux dans le mur, au pire à la révolte ?
       Très simple, mon ami. Vois-tu, j'ai deux lectures en cours actuellement. La première, c'est un bouquin de l'Oncle Bernard de Charlie Hebdo, Mr Bernard Maris, qui est prof d'éco en fac à Paris. Ca s'appelle "Lettre ouverte aux gourous de l'économie qui nous prennent pour des imbéciles", 6 € environ à la keuFNA.
                Un livre très intéressant qui m'apprend, éléments factuels (démontrés de façon irréfutable par des prix Nobel de la discipline) à l'appui :
- que la loi de l'offre et la demande est une connerie qui est basée sur une hypothèse bienheureuse : "la somme de tous les petits déséquilibres de tous les marchés de tout ce qui s'échange donne un grand équilibre global". C'est faux, c'est prouvé ;
- que la concurrence à tout crin, qui est l'épine dorsale de la doctrine libérale et néo-conservatrice, ne profite pas, n'a jamais profité, et ne profitera jamais au plus grand nombre car elle est incapable de produire un équilibre à la fois stable et profitable ;
- qu'il y autant d'espoir de trouver une logique mécanique vertueuse dans les pages éco de n'importe quel canard que dans l'almanach d'Elizabeth Teissier. Il est donc illusoire et stupide de se fier à ceux des économistes qui se parent des atours de la science et arrivent à trouver des cons pour les payer à justifier que demain, il se passe l'inverse de ce qu'ils prévoyaient aujourd'hui.
- enfin, un point crucial : rien n'empêche que, si 30% du marché est dérégulé et 70% encadré et contrôlé par l'Etat, on n'ait pas de meilleures chances d'avoir une situation globalement meilleure que si on dérégule plus et que l'Etat se désengage du commerce et des marchés. En clair, il est prouvé que le fait de tendre vers 100% de concurrence totalement libérée n'a pas plus de chance d'améliorer la situation que de tendre vers l'inverse.
                Edifiant, quand on sait à quel point la droite (dont fait partie Sarkozy, je le rappelle à toutes fins utiles) a historiquement appuyé le libéralisme économique depuis qu'il existe, lequel libéralisme --c'est quand même évident quand on voit Ernest Antoine-Seillière d'un côté et le premier RMIste venu de l'autre-- profite plus aux très riches qu'aux nombreux pauvres car il accentue la différence dans le mauvais sens. Alors que les grands penseurs de l'économie politique que furent Keynes et Marx ont quand même plutôt théorisé dans le sens que prennent les politiques de gauche : l'économie, d'accord, mais po-li-ti-que.
 
       Deuxième lecture en cours, ami lecteur, qui sera bien plus vite finie. Il s'agit du supplément "Ensemble, tout devient Sarkozyble" de Charlie-Hebdo de la semaine passée. A acheter d'urgence, tant qu'il y en a en kiosque. Un document rappelant tous les faits que tout électeur de Sarkozy ferait bien de relire avant de glisser le bulletin portant son nom dans l'urne. C'est un rappel factuel des errements de Sarko, de sa pitoyable gestion de la sécurité, de ses bidonnages de chiffre, de ses provocations/appel du pied aux fachos du FN (qui, comme tous les racistes, sont justes des gens effrayés qui se trompent de colère), de son culte de la personnalité, de sa main-mise sur les principaux groupes privés de media français.
                 Edifiant. Le pedigree de roquet hargneux de ce petit monsieur est effarant. Je ne peux m'empêcher, en l'entendant proférer l'"apaisement" et la "solidarité" dans son discours d'admission au 2ème tour, de me rappeler que :
- Sarkozy a été maire de Neuilly pendant des années
- il a toujours refusé d'appliquer la loi SRU (20% de logements à prix contrôlés, pour permettre aux plus pauvres d'avoir un toit et de pas vivre comme des merdes dans des cités-dortoirs à 80 bornes de leur lieu de travail)
- il a fait des faveurs à un entrepreneur, lequel lui a renvoyé l'ascenseur en prenant en charge des centaines de milliers d'euros de travaux dans son bel appart tout beau tout neuf (prouvé par le "Canard enchaîné", jamais formellement démenti par l'intéressé) ;
- il a dépouillé les banlieues chaudes de leurs flics pour les balancer dans la capitale, en espérant faire baisser les chiffres (ça n'a même pas marché) ;
- il a supprimé la police de proximité, cette "connerie" issue de la gauche plurielle, et constatant comme toujours tardivement qu'il était en train de saborder son propre navire sécuritaire, a inscrit à son programme de campagne "police de quartier". Même pas la honte, le Nicolas ;
- il encourage les keufs à faire du chiffre à grands coups de primes. Du coup, seuls les petits délinquants et les cochons de payeurs que nous sommes sont éreintés par la police. Le grand banditisme et la délinquance en col blanc, c'est long, c'est difficile, du coup ça rapporte moins au planton : on s'en occupe plus. Dommage, ce sont eux qui tirent les ficelles du vrai gros crime organisé...
- il insulte un ministre de son propre gouvernement et menace de lui casser la gueule ;
- en visite de campagne à Meaux, un fief de l'UMP, il vient pour "rencontrer cent jeunes des quartiers difficiles". Arrivé un paquet de temps à la bourre, il est accompagné de plus de 300 agents des forces de l'ordre, soit 3 keufs par jeune. Waoh la rencontre ;
- il a promis de revenir toutes les semaines dans les banlieues chaudes : il n'a jamais tenu cette promesse ;
- il a menacé devant témoins de virer la direction et les journalistes gauchisants de France 3 parce qu'il avait été forcé d'attendre pour être maquillé avant une émission avec Ockrent ;
- l'essentiel de ses déplacements de campagne présidentiels ont été pris en charge par les Français au titre de son ministère. Et les frais qui restent vont être remboursés aussi par les Français. Dépensez sans compter, les gars, on s'en fout c'est avec leur pognon ;
- il a fait voter, avec ses lois sécuritaires, l'inscription au fichier national des délinquants sexuels élargi de tous les gens soupçonnés (c'est-à-dire même pas condamnés par un juge, juste sur décision d'un flicaillon de base, comme ça) d'un quelconque délit, même petit. En gros, tous fichés, tous coupables, flippez dans votre caleçon, les gars, on sait qui vous êtes. Et si vous êtes dans le fichier, c'est que vous avez des choses à vous reprocher, non ? Puisque c'est un fichier de suspects...
- contre la réalité factuelle et avérée, il a accusé les magistrats du Tribunal de Bobigny de ne pas faire leur boulot et d'être laxistes avec les délinquants en terme de peines de prison et de punitions. En même temps, je le vois pas trop voter d'enveloppe budgétaire pour améliorer le suivi psy et la réinsertion des détenus. Et hop, retour à la case départ...
- il a fait fermer le centre de Sangatte. Depuis, les candidats au Royaume-Uni sont toujours là, dans la rue, dans les villes alentour, et régulièrement les flics viennent foutre le feu à leurs tentes et les tabasser (ça sent le Malik Oussékine) pour les décourager. Les journalistes télé, courageux, n'en parlent jamais. Vive la Star Academy, c'est tellement plus intéressant.
 
       Avec tout ça, dans ces pays anglo-saxons qu'il affectionne tant et auquel il voudrait tant faire ressembler la France (ouais, vite, je veux devenir les USA, construire des murs autour de chez moi pour empêcher les immigrants de venir, faire péter ma dette publique, faire tenir mon pays par la peur et la guerre aux étrangers où j'envoie mes minorités crever au combat, et faire exploser mon quota de citoyens au-dessous du seuil de pauvreté), avec toutes ces casseroles, il aurait déjà été crucifié. Par la presse, par le peuple, par ses pairs.
               Mais ici c'est la France, et la France abreuvée de conneries télévisuelles et de servilité cloportoïde des journaleux à 3 euros qui refusent de demander à Sarko, en pleine campagne électorale, ce qu'il en est réellement de son appartement à pas cher et comment il justifie ça, cette France se laisse enculer sans même prendre la peine de dire ouille. Limite, elle sourit, la France, quand elle se fait entuber. J'en ai mal à la démocratie.
 
       Mais moi, je veux pas qu'on crucifie Nicolas Sarkozy. Je veux juste qu'on l'empêche de nuire.
                C'est simple, si simple que même un adorateur de Nicolas Sarkozy peut le comprendre :
Moi, j'ai rien à me reprocher.
Je n'ai tué personne.
Je n'ai violé personne.
Je n'ai volé personne.
Je ne suis ni un terroriste, ni un délinquant, ni un toxicomane, ni un proxénète, ni un nazillon, ni un fasciste.
Je paie mes impôts.
Je paie mes amendes.
Je suis blanc.
Avec tout ça, je devrais être à l'abri de Sa(r)Kolère. Et pourtant il me fait peur.
 
       Parce qu'un type énervé comme ça, qui a un avis sur tout, qui ne revient jamais sur sa décision, qui ne s'excuse jamais, s'il décide un jour que je suis coupable de quelque chose, il trouvera le moyen de fabriquer des preuves contre moi.
                Pour un Sarko, je suis coupable d'avance. Mais je ne sais pas encore de quoi. Et je devrais vivre avec cette peur ? Et ma femme ? Et ma fille, aussi, devraient subir cette peur ?
                Et si moi, qui suis pour l'instant à l'abri, j'en fais dans mon froc à ce point, que doivent ressentir en ce moment les gens un peu "limite" ? Hmmm ? La maman sénégalaise d'une de mes amies, 20 ans passés à bosser en France et à payer ses impôts sans avoir le droit de vote, elle doit pas se sentir rassurée de voir qu'on confie à un menteur mégalomane les clés de son immeuble.
                Et mon copain Ali, qui vit de petits boulots dans le bâtiment parce qu'en France il n'y a pas assez d'ouvriers, et qui n'a pas de papiers, qu'est-ce qu'il en pense ? Lui, il demande que ça, à vivre normalement. Il l'aime ce pays, il aime les gens qui sont là. Mais pour lui, c'est aller-simple en charter dès qu'il croisera les uniformes Sarkophiles.
                Et mes voisins du dessous, qui sont aussi gentils qu'ils sont Noirs, et qui souffrent comme nous d'habiter avec leurs enfants un quartier pourri et totalement dégueulasse car saturé de la misère que Neuilly et consorts refusent de prendre en charge pour la soulager, et qui souffrent plus que nous avec leurs têtes de Noirs dans un monde régi par les blancs des regards fuyants, de la discrimination et du racisme latent. Quelque chose me dit qu'avec ses clins d'oeil au FN, ses allusions eugénistes et ses propos plus minables que ceux d'un Pascal Sevran au meilleur de sa forme, Sarkozy leur colle les foies.
       Tous ces gens ont peur, peur d'une seule chose : que Sarkozy décide en les regardant de travers qu'ils sont coupables. Sarkozy te juge d'avance. Même si tu lui souris.
       Sarkozy, c'est comme le Tony Montana que tous les imbéciles d'idolâtres banlieusards déifient comme un modèle de vie à suivre sans comprendre que ce "héros" fictif a tout fait pour mourir en ne laissant derrière lui que cadavres, souffrance et tâches de sang : avec Sarkozy, un jour tu es son ami, le lendemain il n'est pas content car tu l'as regardé de travers ou tu as avalé ta salive ou tu as mangé de l'ail ou tu n'as pas rabaissé la cuvette des chiottes, et paf t'es mort.
                Sarkozy, c'est clairement pas quelqu'un qui a choisi de se mettre au service du peuple par conviction. C'est quelqu'un qui a choisi de s'appuyer sur le peuple pour être au dessus. Sarkozy ne sert que lui-même. Compassion, rédemption, prévention : connais pas. Petit, brun, droit dans ses bottes, qui n'écoute personne et impose son discours en promettant un avenir meilleur dont lui seul aurait le secret... ça me rappelle mes cours d'Histoire sur l'Allemagne des années 30, cette montée en puissance des populistes façons "je vais te protéger de tes peurs". Sauf que, au top ten de mes peurs, le premier, c'est toi, le petit homme toxique.
       Pour ces raisons, et aussi parce que le Président de la République est aussi le chef des armées et le titulaire du code de l'arme nucléaire en France, je ne veux pas que Sarkozy devienne président.
               C'est plus une question de tout sauf Sarko, ou tout sauf Ségo. Le débat est le même qu'en 2002, à la virgule près. Il s'agit de savoir si on vote pour quelqu'un qui nous agace, ou pour quelqu'un qui nous menace.
               J'ai voté Ségolène, en voulant voter pour d'autres. J'aurais voulu un candidat avec la patate et la franchise de Besancenot, la pondération et l'esprit de conciliation (réel, je l'espère) de Bayrou, avec les pieds sur Terre comme Buffet, avec la conscience de l'urgence écologique de Voynet, avec... euh, rien de Villiers, de Schivardi, de Le Pen, de Nihous, avec l'expérience et la puissance stratégique du PS. C'était un vote par défaut. De nouveau.
               Je crois encore en des lendemains meilleurs, mais il vaudrait plutôt mieux que Bayrou et Ségolène se mettent d'accord pour bosser ensemble. Il vaut mieux un gouvernement à deux têtes de centre-gauche qu'une autocratie de droite ("mes références : De Gaulle et Jean-Paul II" - que les Algériens et les sidéens que cela consterne se manifestent, je crois qu'il faut qu'on les écoute).
-G4rF-

vendredi 20 avril 2007

Pieds dans le plat

Fond sonore : rien (pas le temps)

       Vu aujourd'hui sur Yahoo! Questions & Réponses. Ca m'a fait crever de rire. Les réponses, par contre, ne sont pas toutes au niveau de l'humour du monsieur.

-G4rF-

Edit : merde, ces cons-là ont supprimé la question ! C'était "J'ai tâché ma baignoire en égorgean un mouton. Comment faire pour la nettoyer ?". Tous les bons petits soldats du bien-pensant se sont jetés dans la brèche au lieu de comprendre la blague. Manifestement, les gars de Yahoo! n'ont pas compris non plus.

mardi 10 avril 2007

Haïku instantané (encore !)


       Reflet paresseux
              Des nuages promenés
              Par le vent léger
 
(oui, je sais, ça commence à faire beaucoup de haïkus)
(mais il est pas mal, celui-là, non ?)
-G4rF-

samedi 31 mars 2007

Haïku instantané

Fond sonore :Pink Martini - Sympathique

       Vive éclaboussure
       Le dormeur s'éveille, s'ébroue
       Et salue le jour.
-G4rF-

vendredi 30 mars 2007

J'ai la liberté d'expression qui me gratte un peu

Fond sonore : Wax Tailor - Que sera (je change pas, c'est toujours aussi bon !)

       Ca fait déjà quelques jours que je me tâte quant à un post récent de mon ami HaTcH . Lisez-le, lisez les commentaires et revenez ici.
       Voilà. Ca fait un paquet de temps que ce post a été publié, et bien que voulant commenter, je n'en ai encore rien fait. Surprenant de ma part, ces atermoiements, me suis-je dit, après que ces quelques jours se soient écoulés. Je veux dire : moi je suis plutôt impulsif, et ne pas rajouter immédiatement mon grain de sel, ça ne me ressemble pas.
       Introspection nécessaire : pourquoi est-ce que j'hésite ? Parce que j'ai peur de dire une connerie ? Non, ça m'a jamais effrayé, j'en ai raconté de belles sur ce blog, je suis encore vivant (le ridicule ne tue plus). Alors quoi ? Une émasculation furtive m'aurait privé de mes grelots et m'empêcherait de m'exprimer soudainement ? J'ai chopé la lèpre, j'ai plus de doigts pour taper ? Non plus.
       Non. La vraie raison, la voilà : je me suis laissé contaminer par l'atmosphère de flippe qui touche au sujet de son poste : laïcité et prosélytisme musulman.
       Ayé, j'ai dit le mot qui fâche. Non, pas musulman, andouille ! J'ai dit le mot : prosélytisme. Car là est le problème. Pourquoi est-ce qu'un bonhomme comme HaTcH exprime son ras-le-bol du capharnaüm accompagnant immanquablement toute évocation des irruptions de contraintes religieuses dans la société laïque, et en l'occurrence de l'islam radical ? Parce qu'il a raison, tiens. Les religieux de toutes les chapelles en font trop : plus un mec a l'air de croire fort à son Dieu, plus il faut se méfier de ses exigences et de ses prises de position. Si on laisse faire, ça donne toutes les absurdités que détaille HaTcH.

       Avant d'aller plus loin, une précision utile pour définir ma position personnelle dans le débat. Je l'assume totalement, je n'ai pas actuellement dans mes proches amis de personne de confession musulmane. Je le précise, parce que c'est souvent le paravent défensif avancé par les fumiers de racistes hystériques qui veulent donner de l'aplomb à leurs diatribes diarrhéiques. Non, j'ai bien fréquenté des enfants d'immigrés, j'ai eu des potes qui s'appelaient Brahim, Lamine, j'ai des gens plein mon immeuble que, quand tu les regardes avec ton oeil tu dis "tiens, des reubeus !" et quand tu les regardes avec TF1 tu dis "tiens, des terroristes !", mais la vérité m'oblige à le dire : JE N'AI PAS D'AMI MUSULMAN.
       Cela dit, curieusement, et je vais le dire en capitales aussi : JE N'AI PAS D'AMI BOUDDHISTE. NI D'AMI CHRETIEN. NI D'AMI SCIENTOLOGUE. NI D'AMI JUIF. PAS DE CHIITE, PAS DE SUNNITE, PAS D'ASHKENAZE, PAS DE SEPHARADE.

       - Ok, on a bien compris, G4rF, t'énerves pas. En gros, t'as pas d'ami, quoi.
       - Mais non, sale con !

       J 'ai des tonnes d'amis, j'en ai plus qu'il n'en faut à toute personne sensée (et je m'en porte plutôt bien, merci, partez pas les gars !) mais s'il y a bien une chose dont je me branle, c'est de savoir en quoi ils croient. Je précise ma pensée : tant qu'ils viennent pas essayer de me vendre leur croyance, et qu'ils ne me font pas changer ma vie ni mon monde pour le plaisir supérieur de leur Dieu que personne n'a jamais pris en photo (et pourtant, on est au XXIème siècle, si c'est pas malheureux), on peut en parler et ça reste des potes. Fin de la parenthèse.
       On constate un problème dans une société républicaine et démocratique quand il devient risqué de s'exprimer sur un sujet. Par exemple, si au lieu de blogger désespérément dans le désert, j'étais en train d'écrire l'édito du prochain numéro du Monde, j'aurais des raisons d'avoir peur pour ma gueule, car je serais certain d'une chose : même si on les encense, même si on fait leur éloge, les gens qui ont décidé que vous ne les aimez pas refuseront toujours d'en démordre. Par conséquent, et plus encore si vous critiquez leurs positions radicales qui ne font plaisir qu'à eux, il est illusoire d'espérer entretenir un débat équilibré et un dialogue raisonné avec des personnes qui ne souhaitent de toute façon pas vous écouter.
       C'est pour ça que, forcément, un post comme celui de HaTcH, ça fait réagir. Surtout dans le contexte actuel, qui nous dicte à tous une "prudente réserve" alors qu'on devrait s'indigner en masse devant le degré de connerie intense atteint par les promoteurs de la burqua dans un pays où les femmes en ont chié pour avoir le droit d'avorter, avoir de le droit de voter et avoir le droit de porter des pantalons. Moi le premier, je me suis dit en mon for intérieur : "ouhlà, mais il est fou, il va se faire trucider à parler d'islam comme ça, il devrait pas parler de ce sujet, c'est trop risqué".
       Rien que pour avoir pensé ça, ne serait-ce qu'une seconde, je mérite des claques.
       Bien sûr que si, il a raison d'en parler ! Et il en a le droit. Et moi aussi. Et même le devoir. Oui, moi, cadre moyen en informatique, 30 ans, une gosse, blanc, habitant près de la gare de Saint Denis où on entend plus parler l'arabe et le wolof que le françaoui. On pourrait très facilement retourner ces quelques indices contre moi pour me passer contre mon gré l'habit du raciste de base : "français de souche, qui gagne de la thune et qui méprise ces salauds d'étrangers qui viennent jusque dans nos baignoires égorger nos filles et nos moutons". Sauf que c'est faux du début à la fin. La seule chose que je n'aime pas, c'est les cons. Mais une fois bien ancré le préjugé du "tous pourris, tous racistes", c'est difficile de revenir en arrière, et si commode de se laisser aller à la facilité, et d'assimiler immédiatement le ras-le-bol exprimé par mon pote sur les conséquences désastreuses (et en plus de ça, plutôt lourdes à se traîner au jour le jour) du prosélytisme des religieux radicaux, à un prétendu racisme qui suffirait à le définir, lui, en tant que personne.
       C'est faux.
       HaTcH a exprimé un point de vue. Une opinion, pour être précis. Et c'est pas parce qu'il parle de la métamorphose d'un courant religieux en mouvement prosélyte destructeur de démocratie qu'il n'a pas le droit de s'exprimer. Aussi sûrement que les libéraux radicaux de ce pays font en sorte de rogner petit à petit les fondations d'un droit social patiemment élaboré au fil des ans et des conflits de l'humain contre le pognon-roi, les radicaux religieux rognent petit à petit les fondations de la laïcité qui, paradoxalement, leur offre sur un plateau la liberté d'expression et des médias indépendants dont ils abusent pour lui niquer la gueule.
       Et tous, là, on se chie dessus, parce que c'est religieux, et la religion faut pas y toucher, faut respecter de peur de passer pour un intolérant à l'esprit étroit, alors chut. Sauf que le problème n'est pas tellement religieux, mais plutôt à chercher dans la radicalisation du discours. Sans la moindre espèce d'hésitation, je ressens le même niveau de danger quand un De Villiers ou un Le Pen parle d'immigration zéro et quand une magistrate allemande oublie son code pénal et innocente un mari qui tabasse sa femme parce que (je cite avec des pincettes pour pas me salir les doigts) "le Coran autorise le mari à punir sa femme".
       Parce que Le Pen et De Villiers s'arrogent le droit de juger eux-mêmes des personnes sans les connaître et de les déclarer nocives pour "notre pays" sans même les avoir écoutées. Parce que cette conne de juge a décidé que le Coran autorise un homme à être juge et bourreau de sa femme, au mépris des propres lois du pays qui interdisent formellement toute forme de violence quel que soit le contexte sous peine de séjour à l'ombre prolongé.

       Tous ces gens, tous ces radicaux veulent à la fois dicter les lois et juger de leur application. Avec quelle mesure ? Quel contrôle pour éviter les dérapages ? Euh... sait pô. Et c'est le fondement même du droit démocratique que de séparer en entités distinctes :
- celui qui rédige la loi
- celui qui juge de son application
- celui qui exécute la sentence
       Oui, disons-le clairement, la laïcité est incompatible avec toute forme de publicité confessionnelle. Non seulement on n'en a rien à foutre que des gamines à qui on a bourré le mou à la maison nous affirment sous le nez en portant le voile à 8 ans qu'elles suivent la religion musulmane, mais en plus elles ne devraient pas avoir le droit de le faire. Car en le faisant elles affirment une appartenance à une communauté, ce qui nie le principe d'indivisibilité de la nation démocratique. Pareil quand leurs barbus de maris, totalement dépassés par le concept même d'une femme libre de ses choix, cassent les couilles aux gens pour les séparer dans les piscines, à l'hosto, etc.
       Personne n'oblige les musulmans pratiquant à manger le jambon que leur sert la cantine. Mais dans la mesure où c'est pour leur propre confort qu'ils réclament autre chose et qu'en faisant ça ils emmerdent tous ceux qui s'en branlent de juger de la pureté du cochon en tant que produit comestible par un être humain, qu'ils paient pour cette autre chose ou bien qu'ils ferment leur gueule. Leur religion ? Leurs interdits ? Leurs problèmes.
       Personne n'oblige les musulmans à fêter Noël, mais je ne pense pas qu'un type quelconque, quelle que soit sa religion, soit assez crétin pour venir au boulot exprès le 25 Décembre pour bien affirmer que, malgré le congé national qui tombe ce jour-là, hé ben il veut bosser parce qu'il est pas chrétien, tu comprends ?
       Tout cela est d'une stupidité sans borne. L'essentiel des pays européns tels qu'ils sont actuellement sont issus d'une culture judéo-chrétienne qui a certes, apporté certains bons morceaux, mais dont les mauvais éléments (bien plus nombreux) ont coûté à travers l'histoire la vie à des millions d'êtres humains. C'est bien pratique : tout morts qu'ils sont, ils ne peuvent plus se plaindre du manque de concession et de discernement des ayatollahs de l'époque qui ont décidé, comme ça, eux tous seuls, sans que Dieu leur signifie expressément (même avec un petit billet, une simple parole, même un petit pet lâché discrètement dans le confessionnal), qu'ils devaient mourir.
       Aujourd'hui, grâce en soit rendue à la Révolution, on sait qu'on est capables de vivre en société et de fonctionner sans devoir se colleter des connards de religieux qui prétendent vous apprendre à vivre alors qu'ils ne savent strictement rien de vous (et qu'ils ne veulent rien en savoir, par-dessus le marché)(je pense au célibat des prêtres, là, entre autres). C'est précisément ce qui fait peur aux fanatiques et aux promoteurs de Dieu-lave-plus-blanc : les démocraties n'ont nullement besoin d'un quelconque Dieu pour fonctionner, parce que Dieu ne ramasse pas les poubelles, ne bouche pas les nids-de-poule sur l'A6 et ne construit pas de gare de RER, même si vous le priez très très fort. Les hommes, oui, sans forcément avoir à se mettre à genoux devant : on fait un contrat, on donne de la thune, et les poubelles sont ramassées, les nids-de-poule bouchés, et pour le RER on verra l'an prochain.
       Il nous appartient de montrer que nous tenons à cette indépendance précieuse vis-à-vis de la divine tambouille des radicaux de tout poil. Et d'envoyer se faire foutre tous ceux qui espèrent faire intervenir (à leur plus grand profit personnel, cela va sans dire) Dieu, Bouddha, Allah ou le Monstre Spaghetti Volant dans les cercles du pouvoir et de décision de nos pays. Il y a déjà bien assez de pays religieux, et franchement leurs bilans en terme de mortalité, de protection sociale, de santé et de recherche scientifique font peine à voir tellement ils sont médiocres.
       Le pire d'entre eux reste le Vatican, à mon sens, parce qu'il est là depuis si longtemps et qu'il ne sert tellement à rien. A part comme piège à touristes et aimant à Léon Zitrone (à l'époque) quand Jeannot-Paulo number two se caillait les miches au balcon pendant 3 heures à bénir urbi, orbi et toubifri.
       Quand Ratzinger décidera d'accepter l'idée qu'une femme violée a peut-être besoin d'avorter pour se reconstruire un mental et ne plus se sentir souillée, quand le mollah Omar décidera de se livrer à la justice des hommes pour répondre de ses crimes en Afghanistan, quand toutes les factions en présence dans le conflit du proche-Orient décideront de poser les armes parce que tuer, c'est pas bien (même si c'est quelqu'un qu'on n'est pô d'accord avec), alors un progrès réel aura été franchi et on pourra espérer quelque chose de Dieu.
       En attendant, tant qu'il n'est pas venu pour nous montrer sa gueule et nous prouver, lui-même et pas ses prétendus représentants, qu'il peut faire mieux, qu'il aille se faire foutre et qu'il nous laisse vivre.
       Le pire étant de se dire que, dans l'hypothèse toujours pas vérifiée où une entité supérieure existerait effectivement, qu'elle décidait (on se demande bien pourquoi) d'intervenir dans nos vies pour les rendre meilleures et châtiait divinement les méchants, les premiers à se faire atomiser l'âme seraient sans nul doute ceux qui conspuent les caricatures danoises, applaudissent à la chute du World Trade Center, poussent les femmes à se cacher pour ne pas imposer la tentation de leur corps impur aux mâles alpha et flinguent en souriant tous ceux qui ne pensent pas comme eux. Car si Dieu existe, le seul cadeau qu'il nous ait fait s'appelle le libre arbitre, c'est un cadeau vraiment divin, et s'en servir pour nuire à celui de son voisin, souvent jusqu'à l'extermination pure et simple, c'est un authentique crime contre Dieu.
       TU NE TUERAS POINT, disaient tous les prophètes. Faut-il vraiment apporter d'autres précisions ? Ou bien ta religion t'interdit-elle aussi de lire ?

-G4rF-