lundi 26 septembre 2005

Poème instantané

Fond sonore : Tété - Le magicien

Pourquoi crier dans mon errance
Pour que ma voix puisse traverser
Les vides absurdes et immenses
Les frontières floues des yeux cernés

J'aimerais sentir de l'indulgence
Vivre et pas devoir affronter
Le froid des éclairs que tu lances
Vers moi qui ne fait que passer

Le monde en petits cubes s'empile
Sur ton iris en un reflet
Si je trébuches tu vas tomber
Je marche, tu marches sur un fil

C'est le silence de ta colère
Dans ces bulles qu'on ne peut percer
Qui s'entrechoquent sans éclater
Qui roulent au loin et puis qu'on perd

Le blanc, le bleu, serrés, tassés,
Sertis entre ces doigts de verre
Qui les retiennent prisonniers
Rigides et droits barreaux de fer

Le terrain de jeu est si long
Plus d'équipes qu'on n'en peut compter
Chaque partie de la même façon
Finit sans avoir commencé.
-G4rF-

mercredi 21 septembre 2005

Du son pour les âmes

Fond sonore : Frédéric Chopin - Nocturne opus 9 n°1, n°2, n°3

       Ecoutez le fond sonore du jour. C'est... juste... beau. Des fois, il faut se laisser balader. Et pour ça, Chopin est un as.
-G4rF-


mardi 20 septembre 2005

Heavy, heavy news

Fond sonore : Noir Désir - Le grand incendie

       Pour nombre d'entre nous, la vie quotidienne a recommencé en ce frileux mois de Septembre par des nouvelles plus ou moins heureuses.
              La rentrée des classes. Le dernier tiers d'impôts. Le tout petit chiffre qui reste sur le compte en banque après les vacances. L'éloignement des plages, de la montagne, des copains d'un jour, de la famille. Bref, le retour au turbin.
              En ce qui me concerne, ça a été délicat, mais plusieurs choses se sont produites entre la mi-juillet et aujourd'hui qui m'amènent à sourire plus que de coutume.

       D'abord, j'ai fini d'écrire mon livre. Ca n'a l'air de rien, mais quand, comme moi, on se casse les testiboules à sortir des méandres glauques de son esprit tordu une fiction qui se veut crédible, et cela pendant quatre longues années, mettre le point final est un acte libérateur. Maintenant que mes proches ont pu lire mes gribouillis et me dire ce qu'ils en pensaient, je cherche un éditeur. Espérons que ma S-F/Fantasy trouvera preneur, et bientôt je ferai une pub encore plus éhontée pour ma pomme que je ne le fais jusqu'ici.

       Ensuite, les trois premiers mois fatidiques étant passés, je peux annoncer à la face de ce monde en furie qu'au milieu du bruit ambiant résonnera bientôt la voix ténue de mon premier enfant. La maman morfle un peu. Moi, je suis partagé entre, d'un côté, une décontraction flegmatique qui me permet de dissimuler commodément ma pétoche, mon ravissement, mon angoisse et mon bonheur, et de l'autre côté, un ébahissement qui n'est pas ridicule pour soi-même quand mon petit d'homme à naître me laboure la face à coups de pied depuis le ventre tendu de sa mère.

       Watcha. Ca devrait être une fille. Ou peut-être un garçon. En tout cas, j'espère ne pas être un père trop con, ni trop acariâtre, ni trop emmerdant, ni trop lourd. Bon. Je sais que j'échouerai lamentablement à être quelqu'un d'idéal (ça fait bientôt 30 ans que je vis avec moi, je me connais assez). Mais avec un peu de pot, la gamine dira un jour que son vieux est un chic type. J'espère....

       Enfin, parmi les choses qui (paradoxalement) m'amènent à sourire, il y a les départs successifs de trois musiciens de mon groupe. Un bassiste qui fait schboing (c'était dans l'air du temps), suivi à la rentrée par l'envol de notre batteur de l'année (comme tous les ans, on perd un batteur - ça commence à être lourd) et de notre accordéoniste. Je leur souhaite de faire de la bonne zique ailleurs. Ca me fait sourire, parce que ça crève l'abcès pour pas mal d'entre nous, et que même si le groupe s'est un peu retrouvé avec plus du tout de peau sur les os après ça pendant un temps, ça va donner l'occasion aux HaggiS d'être de nouveau une bande de pure potes à la ville qui font la teuf et se fréquentent ailleurs que dans les studios. Il ne peut en ressortir que du mieux. Faut juste se retrousser les manches.
              En ce qui me concerne, ça veut encore dire "il faut que tu sortes tes appendices digitaux de ton orifice rectal, que tu en ôtes la crotte et que tu t'en serves sur un manche de gratte et sur un clavier de piano". Même pas peur ! Rock'n'roll dans la tête, casque sur nos oreilles, le Haggis Power n'est pas près de s'éteindre.

       Tiens, au fait, vous vous souvenez que je m'étais laissé aller à exprimer mon effarement lorsque le bovin de Vélizy avait gagné au tribunal des hommes contre la petite couturière de Valence ? Hé bin oui, Madame Budimir fait appel. Et j'espère franchement qu'elle va gagner. Parce que si c'était pour nous pondre une merde pareille, y'avait vraiment pas de quoi faire tout ce bordel, Monsieur Kraft.

       Alors que l'essence est au plus haut à la pompe (à tel point que certains pompistes anglais ont été pris de court et n'avaient pas assez de chiffres sur leurs afficheurs pour étaler les prix dans toute leur énormité), je rappelle à tous que les bio-carburants existent, que les techniques de production sont prêtes (et les bagnoles aussi), et que seule la puissance d'une grosse machine comme Total les empêche de déferler dès demain dans nos stations-service. Presque tous les diesels peuvent rouler à l'huile végétale, moyennant quelques bidouilles techniques qui restent encore chères aujourd'hui (parce qu'aucune économie d'échelle ne s'y applique encore).

       Gardez-vous bien de brûler trop de pétrole. Gardez-vous bien de laisser l'Etat phagocyter d'avance le bol d'oxygène que nous apporterons les carburants renouvelables au nom de la taxe sur les produits pétroliers (TIPP) alors que moins pétrolier que l'huile de colza, tu meurs.
              Gardez-vous de la pression de la réclame qui vous pousse à acheter plus, à consommer plus, et au final à crâmer plus.
              Alors que le pétrole s'épuise, que Dubaï dépense des trillions de dollars de recettes pétrolières pour devenir la future super station du tourisme de luxe mondial et faire la culbute sans y laisser trop de plumes lorsque ses nappes seront à plat, alors que l'équilibre économique mondial va bientôt faire de pays comme le Kazakhstan les nouvelles super-puissances de l'énergie et ramener les émirats au rang de tiers-mondiste, souvenez-vous que quand la bagnole est en rade, qu'il n'y a plus de batterie dans votre portable et que la tondeuse à gazon n'a plus de jus pour tourner, vous avez encore deux pieds pour marcher, une tête pour causer et deux mains pour bosser. Ce n'est pas la fin du monde, mais la fin d'un monde qui approche.

       Faites en sorte d'être assez intelligent et ouvert que le monde suivant soit plus sympa que celui-ci.

-G4rF-

jeudi 7 juillet 2005

Ca recommence

Fond sonore : Georges Brassens - Mourir pour des idées

       Ceux d'entre vous qui ne les ont pas encore lues sont invités à lire les news. Vous y découvrirez comme moi qu'à défaut d'arriver à se mettre d'accord sur une politique budgétaire, agricole et environnementale cohérente, les Européens manifestent en front commun quand les attentats reviennent.
              C'est malheureux d'en passer par là pour se serrer enfin les coudes. Mais n'allez pas croire que je fais usage d'une quelconque ironie. J'ai deux amis qui bossent et vivent à Londres, je n'arrive pas à les joindre au téléphone, et je croise tous les doigts qu'il me reste pour qu'ils n'y soient pas resté.
              Pensez aux familles, aux blessés, pensez à ceux qui y restent et à ceux qui craindront à jamais d'y retourner. Soyez humbles et solidaires.
              Et, à nouveau, et en toute occasion, gardez vos distances avec tous les extrêmismes.

       Rappelez-vous enfin que la terreur et la haine naissent dans la fange où nous laissons pourrir les laissés-pour-compte de la planète, et que si la répression est nécessaire, la prévention est indispensable.
              Notre monde change, il s'échauffe, Londres brûle, il est de notre devoir de tout faire pour empêcher à tout jamais que des désoeuvrés en pleine dèch abreuvés de rêves de gloire, de richesse et de satisfaction par nos écrans trompeurs ne deviennent les jouets des meurtriers de Dieu.

       Et pour finir, je citerai Brassens :
              "Les singes en bouche d'or qui prêchent le martyr,
                     le plus souvent d'ailleurs, s'attardent ici-bas.
              Mourir pour des idées, c'est le cas de le dire,
                     c'est leur raison de vivre, ils ne s'en privent pas.
              Dans presque tous les camps, on en voit qui supplantent
                     bientôt Mathusalem dans la longévité !
              J'en conclus qu'ils doivent se dire, en aparté :
                     mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente,
                     d'accord, mais de mort lente"
.

mercredi 6 juillet 2005

Je suis une feignasse

Fond sonore : Debout sur le Zinc - Elle

       Voilà un titre qui veut tout dire. J'ai un mal de chien à me bouger les fesses en ce moment, et j'ai peut-être encore plus de mal à vous raconter des trucs, parce que je suis crevé par mon taff. En ce moment, c'est debout 06h25, bagnole à 07h00, boulot de 08h00 à 20h00, bagnole jusqu'à 20h45 min (21h30 maxi, record récent), et après... bah plus rien ! Qui trouverait la force de faire encore quelque chose après ça, hein ?
       C'est pourquoi ma dernière fantaisie, je l'ai démarrée au boulot. Je sais gré à mes employeurs et clients de me donner ces derniers temps un travail tellement inintéressant que je pense qu'un autiste profond le ferait en 3 clics, ce qui me permet de bouger sur le plan littéraire.
       Bah oui. Cette fois-ci, c'est pas une chanson que j'écris (quoi que des idées de texte, j'en ai des caisses), mais je démarre un nouveau bouquin. Poussé en ce sens par ma chère et tendre, j'ai décidé de me mettre à écrire un livre d'histoires, pour un public trop souvent ignoré : les adultes. Ou les grands enfants. Comme j'aime pas le mot "adulescent", j'emploierai la terminologie des Robins des Bois : les enfultes.
       Ca va s'appeler "On ne sait pas" et j'espère arriver à le finir plus vite que mon roman, lequel est à la peine en ce moment tellement j'ai pas la force de m'y consacrer.
       Pour tout dire, j'ai pris une semaine de vacances, pendant laquelle je me suis beaucoup démené, mais une semaine ne suffit pas à faire descendre le stress (ce à quoi l'activité manuelle m'aide pas mal), à prendre 2 ou 3 jours où tu te fais vraiment chier, après quoi tu te secoues et tes neurones se remettent au travail au top de leur capacité.
       En clair, mon foutu roman n'est toujours pas fini. Je suis à un tout petit rien de la fin, et je ne l'ai toujours pas fini. Putain, je suis con.
       Bon, je m'y remets.

       Souhaitez-moi bonne chance, les gars z'et les filles, si vous êtes sages vous en aurez la primeur.
              Tchôôô !

mercredi 22 juin 2005

Sgggrkkkrrmmmmppfff ?

Fond sonore : Bloodhound Gang - Three point one four

       Euuuuuuh... fête de la Musique hier soir... un peu déchiré... n'a pas trop mal joué... fatigué soulever les n'amplis, les machins et les... euh... bidules... ce soir, concert au Zénith... plus de voix... pas facile travailler... mange des noix de cajou, ça absorbe bien la binouze.
              Grrrrmmmmschzzthtzz... dormir...

mercredi 15 juin 2005

Carton, Fontaine et les autres


Fond sonore : The Killers - Somebody told me



       Vous n'allez pas le croire. Mais quand même. Le 7 Juin, j'avais commencé un article qui parlait des otages. Pas seulement Aubenas et Hannoun. Mais les autres. Voilà ce que j'avais déjà fait :
       "153. Ce n'est pas la réponse à la grande question de la vie, l'univers et le reste. C'est un nombre de jours, qui indique depuis combien de temps deux personnes ont disparu. Inutile de rappeler leurs noms. N'oublions pas non plus qu'ils ne sont pas les seuls, et que c'est un peu dommage que personne ne parle non plus de Fred Nérac ou de Guy-André Kieffer, disparus depuis encore plus longtemps. Ou bien parlons d'Ingrid Betancourt, qui n'a pas vu ses enfants depuis plus de 3 ans.
              Faire en sorte que l'arrivée des beaux jours et des vacances en France n'efface pas toute trace de compassion face aux épreuves que vivent nos contemporains, c'est la raison première de l'écriture de cet article.
              Et pour ceux chez qui le titre même de cet article n'évoque rien, il s'agit des noms de famille des otages français du Liban, qui à l'époque faisaient la une des journaux télévisés. J'entends encore les "aujourd'hui, trois cent vingt et unième jour de détention pour Jean-Paul Kauffman, Michel Seurat, Marcel Carton et Marcel Fontaine". Ca date de 1985. Michel Seurat, lui, n'en est pas revenu vivant. C'est pas pour plomber le moral, c'est juste pour rappeler que ce n'est pas juste une info qui passe, et qu'il ne faut pas se laisser abuser par le côté répétitif.
              En nous tabassant les oreilles chaque jour avec des sujets sans intérêts et des marronniers de mon cul façon Starlouze Aca de mes miches, la presse conso nous endort l'esprit, mais nous devons rester éveillés. Pas parce qu'ils sont français. Pas parce que ce sont des journalistes. Mais parce que ça a déjà eu lieu, et ça recommencera, et qu'il nous appartient de guider notre monde là où ce genre de saloperie n'aura plus lieu d'être."

       Voilà. Depuis, Florence Aubenas fait la une des presses nationales. Je ne suis pas sûr que ce soit ce qu'elle souhaite. Ca doit lui faire l'effet "Gérard d'Abboville", vous savez, le gonzo qui avait traversé l'Atlantique à la rame le premier, et qui avait à moitié défailli lorsqu'il était arrivé après des mois de solitude sur une plage plus bondée qu'une piscine japonaise...
              Foutons-lui la paix. Et gardons à l'esprit les proches de Nérac, Kieffer, et les autres.

       Je me suis refait "Farhenheit 9/11" hier soir. C'est la deuxième fois que je vois ce film, et je n'en reviens toujours pas que Bush ait surclassé Kerry, avec une ardoise aussi longue que celle qui lui traine aux basques. Mais bon. Peut-on reprocher à des millions de gens endormis par des heures de télé quotidienne et de propagande sécuritaire flippante de donner leur voix au gars qui a l'air d'être brave plutôt qu'au gars qui a l'air préoccupé ? Oui. S'agirait de pas oublier que si l'avènement d'un processus démocratique est une étape utile pour l'épanouissement de la majorité (j'ai pas dit "de tous", j'ai dit "la majorité"), cela ne marque pas la fin de l'implication du pékin moyen dans la vie de son pays.
              En plus clair, c'est pas parce qu'on te dit "ok, c'est bon, tu vis dans un pays libre" que tu dois te désintéresser de tout et attendre le bec grand ouvert qu'on te nourrisse avec, entre autres, de bonnes paroles. Non. C'est même précisément le contraire. Quand le malheur s'affiche, quand la crise est visible, la vie n'est pas franchement géniale. Mais quand on te balance du "youpi les petites fleurs" à tous les coins de rue, c'est pas nécessairement Byzance non plus. Et les jolis vêtements, le beau brushing, les souliers vernis et les voitures rutilantes qu'on t'étale sous les yeux ne sont pas forcément le but à poursuivre ni un gage de confiance en la société où tu cohabites (pour reprendre le cri d'amour du crapeau)(désolé les gars, c'était plus fort que moi).

       Aujourd'hui, le bilan officiel des morts américains au combat en Irak est arrivé à 1693. Selon l'association Iraq Body Count, côté civil, on est entre 22248 et 25229 . Le premier qui dit guerre propre, je le... non, je le tue pas, je ne saurai pas de quel côté le compter.

       Maaaaais sinon, il se passe aussi des choses chouettes dans le monde ! Par exemple, avez-vous entendu parler de cette proposition de réfaurme de l'horrtaugraffe ? Je vous suggère de lire ça. Moi, ça m'a fait marrer.

       Et attendez ! Y'a plein d'autres trucs drôles ! Y'a ça, sur lequel j'ai perdu pas mal de temps (bon, faut connaître le guide du routard galactique, et en british de préférence, mais c'est marrant). Et pis y'a ça, qui des fois plante un peu, mais la plupart du temps ça reste marrant. Bon, c'est encore en anglais... qu'est-ce que j'aurais d'autre... euh... Ah, ça c'est pas spécialement drôle, mais j'aime bien le concept. Y'a ça, aussi, qui n'est pas du tout, mais pas du tout prise de tête ! Du même gars, y'a ça, qui est plutôt simple mais cool. Et pis ça, qu'est carrément ouf ! Et enfin ça, avec une pure zique !

       Bon. Je crois que je commence à déconner ferme, là. Allez, marrez-vous un coup, profitez un peu de votre mercredi soir, et prenez des forces pour la semaine prochaine, parce que le grand rendez-vous de la Fête de la Musique est lancé, ça se passera boulevard Saint Germain à Paris, près du métro Mabillon, avec La Gouache, les Sannom, Ton Ami Vinz et les HaggiS, et ça va tabasser des génisses à vibreur intégré et sonneries polyphoniques. Ramenez vos gueules, bande de gens !

mardi 31 mai 2005

Wééééééyyyy !!!!

Fond sonore : Nine Inch Nails - Only

       Une ligne comme ça : d'accord, ça fait 2 fois de suite que le fond sonore est de Nine Inch Nails, mais le dernier album est sorti, il déchire les petits suisses de sa grand-tante, alors hein, bon, d'accord.

       Ok, je le ferai plus.

              Mais c'est pasque j'aime bien, tu comprends ?

              Non ?

              Bon, d'accord.

              Même pas un 'ti pô ?

              Oh là là...

lundi 30 mai 2005

Gueule de bois ? Quelle gueule de bois ?

Fond sonore : Nine Inch Nails - The hand that feeds

       Mon intervention d'aujourd'hui, au lendemain du référendum français sur le traité constitutionnel européen, n'aura rien de triomphaliste. Ce n'est pas un succès qui a eu lieu hier soir, ce n'est pas la victoire des uns sur des autres. Hier, avec un taux de participation qu'on aimerait voir aux prochaines présidentielles, une légère majorité de Français a retoqué le traité.

       Mais on n'a pas retoqué l'Europe. Et je n'aime pas voir tout le monde s'emballer, le gouvernement se dissoudre (pour mieux se ressembler, par ailleurs), et les politiciens de gauche, de droite et du milieu nous lancer tous leur même discours "à partir de maintenant, c'est le bordel, et pour tenir le coup dans ce bordel, ralliez-vous à moi", parce que ça, c'est national, et pas européen. Ne mélangeons pas les oeufs et les boules de pétanque.
              J'aurais voulu voter "oui". Mais en lisant ce texte, j'ai vu que seul un juriste qualifié pouvait espérer en comprendre quelque chose, et s'il faut changer de métier juste pour comprendre à quelle sauce je vais être bouffé, moi... bof.

       Quand j'ai lu qu'il avait été un temps question que le chapitre III, c'est à dire en ce qui me concerne le point d'achoppement essentiel qui justifiait qu'on remette ce traité en cause, soit séparé de la constitution, je me suis dit que c'était la seule chose logique à faire. Et ça ne l'a pas été. Dommage. Est-il trop tard pour le faire ? Non.
              Refaites voter les français sur le traité, chapitre I et II seulement. Et le oui l'emporte direct. Sans effort. Parce que ces parties-là, même si elles sont perfectibles à mon sens, vont essentiellement dans l'intérêt des peuples, parce qu'elles s'inscrivent dans la durée.

       Je pense que cela va se passer comme ça. Ca simplifierait les choses pour tout le monde. Après tout, ceux qui ont ratifié I, II et III, ne feront pas la gueule. Ils seront déjà d'accord avec I et II. Quand à III, ben, vu qu'il s'agit plus d'un plan d'action que d'une déclaration de principe, hé ben ça fera une belle loi cadre, sur laquelle on pourra débattre sans avoir besoin de l'unanimité parfaite pour en changer la moindre virgule.
              Le monde ne va pas cesser de tourner aujourd'hui. L'Europe ne va pas s'effondrer. Faut pas se gourer sur le message qui a été transmis. On n'a pas dit "ranafout, nationalisme, immigrés, chômage, rhâââ !" (et s'il y en a qui ont voté non pour ça, je les trouve aussi cons que ceux qui ont voté "oui" sans même essayer de lire le texte, l'air de dire "maaaaais forcément, ça vient d'en haut, c'est forcément beau !")(mon opinion est qu'entre ces deux tendances, y'a environ 50% de chaque côté).
              On a dit : pas ce traité. Pas comme ça.

       Alors oui, c'est la merde, et il faut se retrousser les manches. Mais bon, c'était déjà la merde hier. Merde pour merde, moi je préfère aujourd'hui, au moins il ne pleut pas.
              Et puis regardons les choses en face, c'est la démocratie qui travaille, là. La bonne. La cool. Celle qu'on aime bien. Celle qui crée des soupapes pour respirer au lieu de laisser s'empiler les couvercles sur la marmite jusqu'à ce qu'elle explose au lieu de bouillonner.
              Alors, pas de défaitisme, pas de "on va tous crever" (ou alors, la version Didier Super, parce qu'elle est rigolote), pas de tronche de six pieds de long. J'espère que ceux dont ce n'est pas le métier qui ont commencé à s'intéresser à la politique européenne ces derniers jours ne vont pas la perdre complètement de vue dans les mois qui viennent. C'est maintenant qu'on la fait.

       Sinon, dans d'autres nouvelles, il paraît que Michael Jackson... non, finalement, c'est pas une nouvelle, ça. Je veux juste faire un petit coucou à tous ceux de mes potes qui ont voté "oui", voté "non" ou voté blanc ce week-end, et à ceux qui auraient bien aimé voter si les procédures n'étaient pas tellement casse-couilles et si les bureaux de vote avec des queues de vingt mètres ne les rebutaient pas. Exprimer sa volonté, c'est le premier pas, et c'est le plus important. Moi, je suis pas content parce que le "non" est sorti, je suis content parce que ce qui est sorti, pour une fois, j'ai l'impression qu'on peut affirmer que ça ressemble réellement à ce que pensent les Français. Ca, c'est cool.

       Bon.

       Allez...

       Je vais quand même parler d'autre chose que de politique. Aujourd'hui, j'ai encore claqué du pognon pour m'acheter du matos de musique. Une carte son spéciale, en l'occurrence. C'est cher. Mais c'est beau. Avec ça, mon synthé arrêtera de couiner comme un char chinois sur un étudiant de la place Tien An Men, et j'atteindrai bientôt les harmonies des limbes... à supposer, bien entendu, que j'apprenne d'abord à ne pas en jouer comme un manchot.
              HaggiS Power dans le XIIIème !

jeudi 26 mai 2005

Référendons

Fond sonore : Indochine - Un singe en hiver

       Distrayons-nous quelques instants des propos de nos chers tronches publiques (je vous recommande de regarder le spot télé de Pasqua, c'est du plus haut comique, genre troupier de base), et prenons quelques instants pour considérer sans passion le lendemain du référendum, sur la seule base des infos minimales qu'on arrive à en comprendre en faisant le tri parmi les élucubrations des publics susnommés.
              Si le oui passe, qu'est-ce qu'il se passe ? Il paraît que le traité reprend le traité de Nice, en y rajoutant une couche (les deux premiers chapitres) qui donnent à ce tas d'articles indigeste un air de constitution. Donc, pour la vie de tous les jours de Monsieur Tout-Le-Monde, qu'est-ce qui va changer ?
              Rien. Nous serons toujours aussi peu satisfaits de notre condition, il y aura toujours autant de miséreux dans nos parages, toujours autant de bagnoles puantes sur nos autoroutes, l'essence continuera à être de plus en plus chère et les énergies alternatives seront toujours aussi peu soutenues. On aura toujours l'impression de se faire enculer quand on paie la CSG sur notre salaire, puis une deuxième fois dans nos impôts sur le revenu (pour ceux d'entre nous qui peuvent se payer le luxe d'être imposables).
              Les vacances sembleront toujours aussi loin, le chômage sera toujours aussi humiliant, le service public continuera à perdre son "r" pour se confirmer en tant que sévice public. Le baron Seillière continuera à braire comme un âne et à jouer les épouvantails de pacotille pendant qu'on discute ferme et qu'on nique sèchement les moins bien servis dans les hautes sphères de la finance et de l'entreprenariat mondialiste.
              Il y aura toujours aussi peu de HLM à Neuilly. Et toujours autant de flics pour virer les musiciens à minuit le jour de la fête de la musique. Les navires continueront à dégazer au large de Brest, quelques pétroliers viendront faire un nappage au mazout lourd sur les côtes abruptes du littoral Atlantique. Les flics seront trop occupés à nous sarkozer des lycéens qui manifestent contre la destruction de leur avenir pour aller s'occuper d'attraper des bateaux de 400 m de long.

       La Star Academy continuera à faire miroiter un rêve de gloire facile et de faire prendre aux ados mal dans leur peau la condition de star pour un métier réel. La télé-réalité continuera à vider ses poubelles dans les salles à manger. Martin Winckler n'aura toujours pas d'explication honnête sur le motif de la censure de sa chronique radiophonique. Les labos pharmaceutiques continueront à ne rendre de compte à personne et à pisser avec volupté sur le serment d'Hippocrate tandis que l'Afrique continue à mourir de ses excès de chaleur.
              Patrick Sébastien continuera d'aller bouffer des culs dans les backrooms tendues de velour carmin des clubs privés pour riches oisifs de la capitale. Pierre Desproges nous manquera toujours. Florence Aubenas ne sera pas libérée tout de suite. Il y aura toujours aussi peu de noirs sur les prospectus de la BNP et du Crédit Agricole, ou sur les notices d'explication des déclarations d'impôt, ou dans les banques d'image des boîtes de comm'.
              Il sera toujours plus dur de faire comprendre aux gens que faire des blagues de cul, des blagues sur les mères feujs, sur les belges, sur les blondes et sur les belles-mères, c'est pas nécessairement un acte de haine politiquement incorrecte, mais la manifestation désinvolte d'une connerie libératrice, qui reste une connerie, et qui est sans conséquence.

       La politique intérieure française continuera sur le même mode que depuis une trentaine d'années, avec ses millions gâchés en travaux historiques très vite oubliés, en pots de vin, et ses vastes brassages d'air de droite, de gauche et du milieu, juste pour distraire l'attention du prolo de base afin qu'il ne se rende pas compte que si la politique ne s'exerce pas dans un mode constructif, elle ne sert qu'à se préserver elle-même.
              En terme de démocratie, nous aurons toujours autant,tous autant que nous sommes, la sensation qu'entre l'électeur européen et son représentant final, le cordon est coupé, quelque part, sans doute intentionnellement, par quelque groupe de pression malintentionné qui préserve ses intérêts au détriment de la mission de l'Europe : faire que "ça aille mieux", demain, pour tout le monde.

       Pessimiste, comme vision ? Possible. Mais drôlement plus crédible que les envolées panégyriques de tous les adeptes de ce traité, pour qui la vie va peut-être changer de couleur après le référendum, mais certainement pas pour nous.

       Et si le non l'emporte ? En partant encore une fois du peu d'info potable qu'on puisse extraire du babillage futil de nos brailleurs d'opinion, tous les pays qui ont choisi de faire ratifier le traité par voie parlementaire vont le ratifier. La France sera-t-elle seule pour autant ? Sera-t-elle exclue des mécanismes européens qu'elle a elle-même contribué à mettre en place ?
              Non. Puisque le traité, on nous l'a dit et répété, reprend les bases de l'existant.
              Alors si on dit non, tout ce qu'on a dit pour le oui restera valable. Toute cette merde nous restera dans les pompes. Mais il y a un "mais".

       Un "mais" de taille. C'est qu'au lieu d'accepter docilement et passivement le sort qu'on nous réserve et auquel je ne prétends pas qu'on puisse échapper sans renverser la boule à neige gouvernementale et secouer tous ses (flo)cons, nous aurons manifesté, par la seule voie légale qu'il nous reste, notre mécontentement du chemin qu'on nous impose.
              Que Chirac, l'homme des essais nucléaires à Mururoa, nous parle de paix et de préservation d'environnement après le "oui", ça me faire rire.
              Que Hollande, l'homme qui dit qu'on ne peut pas rejeter le traité européen parce que c'est nous qui l'avons fait, l'appuie et affirme que l'Europe sociale passe par le oui, ça me fait encore plus rire (parce que si le traité est merdique, on fait comme dit le dicton : "cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage"). Et puis, qui a demandé à ce qu'un traité européen soit fait ? Les citoyens ? Ou est-ce que ce ne serait pas une initiative unilatérale, genre "ouais, chais pas quoi faire, on se fait un tarot ? Ou alors un traité ?"...
              Que Jospin nous la joue "j'ai pris ma retraite mais je donne encore mon avis", contredisant le peu de crédibilité qui lui restait, à lui et à son parti, et vienne défendre pied à pied un tas de papier strictement anti-constitutionnel puisqu'il impose une politique gravée dans le marbre au lieu de laisser la liberté de choix aux citoyens, ça me fait également pas mal rire.
              Que Fabius, monsieur sang contaminé, responsable mais pas coupable avec Cresson et toute leur clique, joue les leaders respectables et vienne nous faire la leçon sur les lourdes conséquences du "oui", ça me fait rire. Et je pense que les familles des victimes seront heureuses de rire avec moi.

       La seule chose positive qui ressortira à coup sûr de la situation présente, c'est le fait que le débat ait lieu. Non pas entre représentants des tendances politiques minoritaires de France (je rappelle qu'en terme d'adhérents aux partis politiques, les "grands" partis sont terriblement petits et très très très peu représentatifs du peuple), mais entre français et français, entre français et allemands, français et belges, français et anglais, français et n'importe qui passant par là et vaguement intéressé par le sujet. Ca cause vraiment, ça discute vraiment, et des opinions se forment, des opinions fortes, pas nécessairement étayées solidement parce que l'information, l'authentique, la vraie, non déformée par le prisme télévisuel et politique, on la trouve difficilement, mais des opinions quand même.

       J'ai déjà dit précédemment pourquoi je souhaite que le non l'emporte. J'ai même proposé une alternative à la constitution. Là, je ne cherche pas à convaincre, mais à expliquer simplement que la vraie bonne chose, celle qui fait avancer, c'est certainement pas qu'on pousse les gens à voter sans prendre le temps de parler avec eux du sujet du débat, de détailler tranquillement et sans hausser le ton tous les tenants et aboutissants de ce traité. Ce qui va servir, ce sur quoi je fonde un certain espoir, c'est que les gens se parlent, entre eux. J'ai personnellement eu l'occasion de parler avec des gens que je ne connaissais pas, simplement parce qu'ils causaient du traité.
              De cette façon, oui, le traité nous rapproche, ce qui est plutôt curieux à lire ici quand on connaît mon opinion dessus. Mais je vois surtout là se manifester au mieux de sa forme le principe même de la république : la discussion, l'ouverture au dialogue.
              C'est comme ça qu'on peut empêcher des guerres.
              C'est comme ça qu'on apprend l'empathie, la compassion, l'entraide, la solidarité.
              C'est comme ça qu'on fait la différence entre "réussir dans la vie" et "réussir sa vie". En causant. Alors, même si vous ne votez pas, causez ! Même pour le plus insignifiant des sujets, ce ne sera jamais du temps perdu.
              Et apprenez la langue des signes, qu'on ne laisse personne sur le bord du chemin !