jeudi 7 juillet 2005

Ca recommence

Fond sonore : Georges Brassens - Mourir pour des idées

       Ceux d'entre vous qui ne les ont pas encore lues sont invités à lire les news. Vous y découvrirez comme moi qu'à défaut d'arriver à se mettre d'accord sur une politique budgétaire, agricole et environnementale cohérente, les Européens manifestent en front commun quand les attentats reviennent.
              C'est malheureux d'en passer par là pour se serrer enfin les coudes. Mais n'allez pas croire que je fais usage d'une quelconque ironie. J'ai deux amis qui bossent et vivent à Londres, je n'arrive pas à les joindre au téléphone, et je croise tous les doigts qu'il me reste pour qu'ils n'y soient pas resté.
              Pensez aux familles, aux blessés, pensez à ceux qui y restent et à ceux qui craindront à jamais d'y retourner. Soyez humbles et solidaires.
              Et, à nouveau, et en toute occasion, gardez vos distances avec tous les extrêmismes.

       Rappelez-vous enfin que la terreur et la haine naissent dans la fange où nous laissons pourrir les laissés-pour-compte de la planète, et que si la répression est nécessaire, la prévention est indispensable.
              Notre monde change, il s'échauffe, Londres brûle, il est de notre devoir de tout faire pour empêcher à tout jamais que des désoeuvrés en pleine dèch abreuvés de rêves de gloire, de richesse et de satisfaction par nos écrans trompeurs ne deviennent les jouets des meurtriers de Dieu.

       Et pour finir, je citerai Brassens :
              "Les singes en bouche d'or qui prêchent le martyr,
                     le plus souvent d'ailleurs, s'attardent ici-bas.
              Mourir pour des idées, c'est le cas de le dire,
                     c'est leur raison de vivre, ils ne s'en privent pas.
              Dans presque tous les camps, on en voit qui supplantent
                     bientôt Mathusalem dans la longévité !
              J'en conclus qu'ils doivent se dire, en aparté :
                     mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente,
                     d'accord, mais de mort lente"
.

mercredi 6 juillet 2005

Je suis une feignasse

Fond sonore : Debout sur le Zinc - Elle

       Voilà un titre qui veut tout dire. J'ai un mal de chien à me bouger les fesses en ce moment, et j'ai peut-être encore plus de mal à vous raconter des trucs, parce que je suis crevé par mon taff. En ce moment, c'est debout 06h25, bagnole à 07h00, boulot de 08h00 à 20h00, bagnole jusqu'à 20h45 min (21h30 maxi, record récent), et après... bah plus rien ! Qui trouverait la force de faire encore quelque chose après ça, hein ?
       C'est pourquoi ma dernière fantaisie, je l'ai démarrée au boulot. Je sais gré à mes employeurs et clients de me donner ces derniers temps un travail tellement inintéressant que je pense qu'un autiste profond le ferait en 3 clics, ce qui me permet de bouger sur le plan littéraire.
       Bah oui. Cette fois-ci, c'est pas une chanson que j'écris (quoi que des idées de texte, j'en ai des caisses), mais je démarre un nouveau bouquin. Poussé en ce sens par ma chère et tendre, j'ai décidé de me mettre à écrire un livre d'histoires, pour un public trop souvent ignoré : les adultes. Ou les grands enfants. Comme j'aime pas le mot "adulescent", j'emploierai la terminologie des Robins des Bois : les enfultes.
       Ca va s'appeler "On ne sait pas" et j'espère arriver à le finir plus vite que mon roman, lequel est à la peine en ce moment tellement j'ai pas la force de m'y consacrer.
       Pour tout dire, j'ai pris une semaine de vacances, pendant laquelle je me suis beaucoup démené, mais une semaine ne suffit pas à faire descendre le stress (ce à quoi l'activité manuelle m'aide pas mal), à prendre 2 ou 3 jours où tu te fais vraiment chier, après quoi tu te secoues et tes neurones se remettent au travail au top de leur capacité.
       En clair, mon foutu roman n'est toujours pas fini. Je suis à un tout petit rien de la fin, et je ne l'ai toujours pas fini. Putain, je suis con.
       Bon, je m'y remets.

       Souhaitez-moi bonne chance, les gars z'et les filles, si vous êtes sages vous en aurez la primeur.
              Tchôôô !

mercredi 22 juin 2005

Sgggrkkkrrmmmmppfff ?

Fond sonore : Bloodhound Gang - Three point one four

       Euuuuuuh... fête de la Musique hier soir... un peu déchiré... n'a pas trop mal joué... fatigué soulever les n'amplis, les machins et les... euh... bidules... ce soir, concert au Zénith... plus de voix... pas facile travailler... mange des noix de cajou, ça absorbe bien la binouze.
              Grrrrmmmmschzzthtzz... dormir...

mercredi 15 juin 2005

Carton, Fontaine et les autres


Fond sonore : The Killers - Somebody told me



       Vous n'allez pas le croire. Mais quand même. Le 7 Juin, j'avais commencé un article qui parlait des otages. Pas seulement Aubenas et Hannoun. Mais les autres. Voilà ce que j'avais déjà fait :
       "153. Ce n'est pas la réponse à la grande question de la vie, l'univers et le reste. C'est un nombre de jours, qui indique depuis combien de temps deux personnes ont disparu. Inutile de rappeler leurs noms. N'oublions pas non plus qu'ils ne sont pas les seuls, et que c'est un peu dommage que personne ne parle non plus de Fred Nérac ou de Guy-André Kieffer, disparus depuis encore plus longtemps. Ou bien parlons d'Ingrid Betancourt, qui n'a pas vu ses enfants depuis plus de 3 ans.
              Faire en sorte que l'arrivée des beaux jours et des vacances en France n'efface pas toute trace de compassion face aux épreuves que vivent nos contemporains, c'est la raison première de l'écriture de cet article.
              Et pour ceux chez qui le titre même de cet article n'évoque rien, il s'agit des noms de famille des otages français du Liban, qui à l'époque faisaient la une des journaux télévisés. J'entends encore les "aujourd'hui, trois cent vingt et unième jour de détention pour Jean-Paul Kauffman, Michel Seurat, Marcel Carton et Marcel Fontaine". Ca date de 1985. Michel Seurat, lui, n'en est pas revenu vivant. C'est pas pour plomber le moral, c'est juste pour rappeler que ce n'est pas juste une info qui passe, et qu'il ne faut pas se laisser abuser par le côté répétitif.
              En nous tabassant les oreilles chaque jour avec des sujets sans intérêts et des marronniers de mon cul façon Starlouze Aca de mes miches, la presse conso nous endort l'esprit, mais nous devons rester éveillés. Pas parce qu'ils sont français. Pas parce que ce sont des journalistes. Mais parce que ça a déjà eu lieu, et ça recommencera, et qu'il nous appartient de guider notre monde là où ce genre de saloperie n'aura plus lieu d'être."

       Voilà. Depuis, Florence Aubenas fait la une des presses nationales. Je ne suis pas sûr que ce soit ce qu'elle souhaite. Ca doit lui faire l'effet "Gérard d'Abboville", vous savez, le gonzo qui avait traversé l'Atlantique à la rame le premier, et qui avait à moitié défailli lorsqu'il était arrivé après des mois de solitude sur une plage plus bondée qu'une piscine japonaise...
              Foutons-lui la paix. Et gardons à l'esprit les proches de Nérac, Kieffer, et les autres.

       Je me suis refait "Farhenheit 9/11" hier soir. C'est la deuxième fois que je vois ce film, et je n'en reviens toujours pas que Bush ait surclassé Kerry, avec une ardoise aussi longue que celle qui lui traine aux basques. Mais bon. Peut-on reprocher à des millions de gens endormis par des heures de télé quotidienne et de propagande sécuritaire flippante de donner leur voix au gars qui a l'air d'être brave plutôt qu'au gars qui a l'air préoccupé ? Oui. S'agirait de pas oublier que si l'avènement d'un processus démocratique est une étape utile pour l'épanouissement de la majorité (j'ai pas dit "de tous", j'ai dit "la majorité"), cela ne marque pas la fin de l'implication du pékin moyen dans la vie de son pays.
              En plus clair, c'est pas parce qu'on te dit "ok, c'est bon, tu vis dans un pays libre" que tu dois te désintéresser de tout et attendre le bec grand ouvert qu'on te nourrisse avec, entre autres, de bonnes paroles. Non. C'est même précisément le contraire. Quand le malheur s'affiche, quand la crise est visible, la vie n'est pas franchement géniale. Mais quand on te balance du "youpi les petites fleurs" à tous les coins de rue, c'est pas nécessairement Byzance non plus. Et les jolis vêtements, le beau brushing, les souliers vernis et les voitures rutilantes qu'on t'étale sous les yeux ne sont pas forcément le but à poursuivre ni un gage de confiance en la société où tu cohabites (pour reprendre le cri d'amour du crapeau)(désolé les gars, c'était plus fort que moi).

       Aujourd'hui, le bilan officiel des morts américains au combat en Irak est arrivé à 1693. Selon l'association Iraq Body Count, côté civil, on est entre 22248 et 25229 . Le premier qui dit guerre propre, je le... non, je le tue pas, je ne saurai pas de quel côté le compter.

       Maaaaais sinon, il se passe aussi des choses chouettes dans le monde ! Par exemple, avez-vous entendu parler de cette proposition de réfaurme de l'horrtaugraffe ? Je vous suggère de lire ça. Moi, ça m'a fait marrer.

       Et attendez ! Y'a plein d'autres trucs drôles ! Y'a ça, sur lequel j'ai perdu pas mal de temps (bon, faut connaître le guide du routard galactique, et en british de préférence, mais c'est marrant). Et pis y'a ça, qui des fois plante un peu, mais la plupart du temps ça reste marrant. Bon, c'est encore en anglais... qu'est-ce que j'aurais d'autre... euh... Ah, ça c'est pas spécialement drôle, mais j'aime bien le concept. Y'a ça, aussi, qui n'est pas du tout, mais pas du tout prise de tête ! Du même gars, y'a ça, qui est plutôt simple mais cool. Et pis ça, qu'est carrément ouf ! Et enfin ça, avec une pure zique !

       Bon. Je crois que je commence à déconner ferme, là. Allez, marrez-vous un coup, profitez un peu de votre mercredi soir, et prenez des forces pour la semaine prochaine, parce que le grand rendez-vous de la Fête de la Musique est lancé, ça se passera boulevard Saint Germain à Paris, près du métro Mabillon, avec La Gouache, les Sannom, Ton Ami Vinz et les HaggiS, et ça va tabasser des génisses à vibreur intégré et sonneries polyphoniques. Ramenez vos gueules, bande de gens !

mardi 31 mai 2005

Wééééééyyyy !!!!

Fond sonore : Nine Inch Nails - Only

       Une ligne comme ça : d'accord, ça fait 2 fois de suite que le fond sonore est de Nine Inch Nails, mais le dernier album est sorti, il déchire les petits suisses de sa grand-tante, alors hein, bon, d'accord.

       Ok, je le ferai plus.

              Mais c'est pasque j'aime bien, tu comprends ?

              Non ?

              Bon, d'accord.

              Même pas un 'ti pô ?

              Oh là là...

lundi 30 mai 2005

Gueule de bois ? Quelle gueule de bois ?

Fond sonore : Nine Inch Nails - The hand that feeds

       Mon intervention d'aujourd'hui, au lendemain du référendum français sur le traité constitutionnel européen, n'aura rien de triomphaliste. Ce n'est pas un succès qui a eu lieu hier soir, ce n'est pas la victoire des uns sur des autres. Hier, avec un taux de participation qu'on aimerait voir aux prochaines présidentielles, une légère majorité de Français a retoqué le traité.

       Mais on n'a pas retoqué l'Europe. Et je n'aime pas voir tout le monde s'emballer, le gouvernement se dissoudre (pour mieux se ressembler, par ailleurs), et les politiciens de gauche, de droite et du milieu nous lancer tous leur même discours "à partir de maintenant, c'est le bordel, et pour tenir le coup dans ce bordel, ralliez-vous à moi", parce que ça, c'est national, et pas européen. Ne mélangeons pas les oeufs et les boules de pétanque.
              J'aurais voulu voter "oui". Mais en lisant ce texte, j'ai vu que seul un juriste qualifié pouvait espérer en comprendre quelque chose, et s'il faut changer de métier juste pour comprendre à quelle sauce je vais être bouffé, moi... bof.

       Quand j'ai lu qu'il avait été un temps question que le chapitre III, c'est à dire en ce qui me concerne le point d'achoppement essentiel qui justifiait qu'on remette ce traité en cause, soit séparé de la constitution, je me suis dit que c'était la seule chose logique à faire. Et ça ne l'a pas été. Dommage. Est-il trop tard pour le faire ? Non.
              Refaites voter les français sur le traité, chapitre I et II seulement. Et le oui l'emporte direct. Sans effort. Parce que ces parties-là, même si elles sont perfectibles à mon sens, vont essentiellement dans l'intérêt des peuples, parce qu'elles s'inscrivent dans la durée.

       Je pense que cela va se passer comme ça. Ca simplifierait les choses pour tout le monde. Après tout, ceux qui ont ratifié I, II et III, ne feront pas la gueule. Ils seront déjà d'accord avec I et II. Quand à III, ben, vu qu'il s'agit plus d'un plan d'action que d'une déclaration de principe, hé ben ça fera une belle loi cadre, sur laquelle on pourra débattre sans avoir besoin de l'unanimité parfaite pour en changer la moindre virgule.
              Le monde ne va pas cesser de tourner aujourd'hui. L'Europe ne va pas s'effondrer. Faut pas se gourer sur le message qui a été transmis. On n'a pas dit "ranafout, nationalisme, immigrés, chômage, rhâââ !" (et s'il y en a qui ont voté non pour ça, je les trouve aussi cons que ceux qui ont voté "oui" sans même essayer de lire le texte, l'air de dire "maaaaais forcément, ça vient d'en haut, c'est forcément beau !")(mon opinion est qu'entre ces deux tendances, y'a environ 50% de chaque côté).
              On a dit : pas ce traité. Pas comme ça.

       Alors oui, c'est la merde, et il faut se retrousser les manches. Mais bon, c'était déjà la merde hier. Merde pour merde, moi je préfère aujourd'hui, au moins il ne pleut pas.
              Et puis regardons les choses en face, c'est la démocratie qui travaille, là. La bonne. La cool. Celle qu'on aime bien. Celle qui crée des soupapes pour respirer au lieu de laisser s'empiler les couvercles sur la marmite jusqu'à ce qu'elle explose au lieu de bouillonner.
              Alors, pas de défaitisme, pas de "on va tous crever" (ou alors, la version Didier Super, parce qu'elle est rigolote), pas de tronche de six pieds de long. J'espère que ceux dont ce n'est pas le métier qui ont commencé à s'intéresser à la politique européenne ces derniers jours ne vont pas la perdre complètement de vue dans les mois qui viennent. C'est maintenant qu'on la fait.

       Sinon, dans d'autres nouvelles, il paraît que Michael Jackson... non, finalement, c'est pas une nouvelle, ça. Je veux juste faire un petit coucou à tous ceux de mes potes qui ont voté "oui", voté "non" ou voté blanc ce week-end, et à ceux qui auraient bien aimé voter si les procédures n'étaient pas tellement casse-couilles et si les bureaux de vote avec des queues de vingt mètres ne les rebutaient pas. Exprimer sa volonté, c'est le premier pas, et c'est le plus important. Moi, je suis pas content parce que le "non" est sorti, je suis content parce que ce qui est sorti, pour une fois, j'ai l'impression qu'on peut affirmer que ça ressemble réellement à ce que pensent les Français. Ca, c'est cool.

       Bon.

       Allez...

       Je vais quand même parler d'autre chose que de politique. Aujourd'hui, j'ai encore claqué du pognon pour m'acheter du matos de musique. Une carte son spéciale, en l'occurrence. C'est cher. Mais c'est beau. Avec ça, mon synthé arrêtera de couiner comme un char chinois sur un étudiant de la place Tien An Men, et j'atteindrai bientôt les harmonies des limbes... à supposer, bien entendu, que j'apprenne d'abord à ne pas en jouer comme un manchot.
              HaggiS Power dans le XIIIème !

jeudi 26 mai 2005

Référendons

Fond sonore : Indochine - Un singe en hiver

       Distrayons-nous quelques instants des propos de nos chers tronches publiques (je vous recommande de regarder le spot télé de Pasqua, c'est du plus haut comique, genre troupier de base), et prenons quelques instants pour considérer sans passion le lendemain du référendum, sur la seule base des infos minimales qu'on arrive à en comprendre en faisant le tri parmi les élucubrations des publics susnommés.
              Si le oui passe, qu'est-ce qu'il se passe ? Il paraît que le traité reprend le traité de Nice, en y rajoutant une couche (les deux premiers chapitres) qui donnent à ce tas d'articles indigeste un air de constitution. Donc, pour la vie de tous les jours de Monsieur Tout-Le-Monde, qu'est-ce qui va changer ?
              Rien. Nous serons toujours aussi peu satisfaits de notre condition, il y aura toujours autant de miséreux dans nos parages, toujours autant de bagnoles puantes sur nos autoroutes, l'essence continuera à être de plus en plus chère et les énergies alternatives seront toujours aussi peu soutenues. On aura toujours l'impression de se faire enculer quand on paie la CSG sur notre salaire, puis une deuxième fois dans nos impôts sur le revenu (pour ceux d'entre nous qui peuvent se payer le luxe d'être imposables).
              Les vacances sembleront toujours aussi loin, le chômage sera toujours aussi humiliant, le service public continuera à perdre son "r" pour se confirmer en tant que sévice public. Le baron Seillière continuera à braire comme un âne et à jouer les épouvantails de pacotille pendant qu'on discute ferme et qu'on nique sèchement les moins bien servis dans les hautes sphères de la finance et de l'entreprenariat mondialiste.
              Il y aura toujours aussi peu de HLM à Neuilly. Et toujours autant de flics pour virer les musiciens à minuit le jour de la fête de la musique. Les navires continueront à dégazer au large de Brest, quelques pétroliers viendront faire un nappage au mazout lourd sur les côtes abruptes du littoral Atlantique. Les flics seront trop occupés à nous sarkozer des lycéens qui manifestent contre la destruction de leur avenir pour aller s'occuper d'attraper des bateaux de 400 m de long.

       La Star Academy continuera à faire miroiter un rêve de gloire facile et de faire prendre aux ados mal dans leur peau la condition de star pour un métier réel. La télé-réalité continuera à vider ses poubelles dans les salles à manger. Martin Winckler n'aura toujours pas d'explication honnête sur le motif de la censure de sa chronique radiophonique. Les labos pharmaceutiques continueront à ne rendre de compte à personne et à pisser avec volupté sur le serment d'Hippocrate tandis que l'Afrique continue à mourir de ses excès de chaleur.
              Patrick Sébastien continuera d'aller bouffer des culs dans les backrooms tendues de velour carmin des clubs privés pour riches oisifs de la capitale. Pierre Desproges nous manquera toujours. Florence Aubenas ne sera pas libérée tout de suite. Il y aura toujours aussi peu de noirs sur les prospectus de la BNP et du Crédit Agricole, ou sur les notices d'explication des déclarations d'impôt, ou dans les banques d'image des boîtes de comm'.
              Il sera toujours plus dur de faire comprendre aux gens que faire des blagues de cul, des blagues sur les mères feujs, sur les belges, sur les blondes et sur les belles-mères, c'est pas nécessairement un acte de haine politiquement incorrecte, mais la manifestation désinvolte d'une connerie libératrice, qui reste une connerie, et qui est sans conséquence.

       La politique intérieure française continuera sur le même mode que depuis une trentaine d'années, avec ses millions gâchés en travaux historiques très vite oubliés, en pots de vin, et ses vastes brassages d'air de droite, de gauche et du milieu, juste pour distraire l'attention du prolo de base afin qu'il ne se rende pas compte que si la politique ne s'exerce pas dans un mode constructif, elle ne sert qu'à se préserver elle-même.
              En terme de démocratie, nous aurons toujours autant,tous autant que nous sommes, la sensation qu'entre l'électeur européen et son représentant final, le cordon est coupé, quelque part, sans doute intentionnellement, par quelque groupe de pression malintentionné qui préserve ses intérêts au détriment de la mission de l'Europe : faire que "ça aille mieux", demain, pour tout le monde.

       Pessimiste, comme vision ? Possible. Mais drôlement plus crédible que les envolées panégyriques de tous les adeptes de ce traité, pour qui la vie va peut-être changer de couleur après le référendum, mais certainement pas pour nous.

       Et si le non l'emporte ? En partant encore une fois du peu d'info potable qu'on puisse extraire du babillage futil de nos brailleurs d'opinion, tous les pays qui ont choisi de faire ratifier le traité par voie parlementaire vont le ratifier. La France sera-t-elle seule pour autant ? Sera-t-elle exclue des mécanismes européens qu'elle a elle-même contribué à mettre en place ?
              Non. Puisque le traité, on nous l'a dit et répété, reprend les bases de l'existant.
              Alors si on dit non, tout ce qu'on a dit pour le oui restera valable. Toute cette merde nous restera dans les pompes. Mais il y a un "mais".

       Un "mais" de taille. C'est qu'au lieu d'accepter docilement et passivement le sort qu'on nous réserve et auquel je ne prétends pas qu'on puisse échapper sans renverser la boule à neige gouvernementale et secouer tous ses (flo)cons, nous aurons manifesté, par la seule voie légale qu'il nous reste, notre mécontentement du chemin qu'on nous impose.
              Que Chirac, l'homme des essais nucléaires à Mururoa, nous parle de paix et de préservation d'environnement après le "oui", ça me faire rire.
              Que Hollande, l'homme qui dit qu'on ne peut pas rejeter le traité européen parce que c'est nous qui l'avons fait, l'appuie et affirme que l'Europe sociale passe par le oui, ça me fait encore plus rire (parce que si le traité est merdique, on fait comme dit le dicton : "cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage"). Et puis, qui a demandé à ce qu'un traité européen soit fait ? Les citoyens ? Ou est-ce que ce ne serait pas une initiative unilatérale, genre "ouais, chais pas quoi faire, on se fait un tarot ? Ou alors un traité ?"...
              Que Jospin nous la joue "j'ai pris ma retraite mais je donne encore mon avis", contredisant le peu de crédibilité qui lui restait, à lui et à son parti, et vienne défendre pied à pied un tas de papier strictement anti-constitutionnel puisqu'il impose une politique gravée dans le marbre au lieu de laisser la liberté de choix aux citoyens, ça me fait également pas mal rire.
              Que Fabius, monsieur sang contaminé, responsable mais pas coupable avec Cresson et toute leur clique, joue les leaders respectables et vienne nous faire la leçon sur les lourdes conséquences du "oui", ça me fait rire. Et je pense que les familles des victimes seront heureuses de rire avec moi.

       La seule chose positive qui ressortira à coup sûr de la situation présente, c'est le fait que le débat ait lieu. Non pas entre représentants des tendances politiques minoritaires de France (je rappelle qu'en terme d'adhérents aux partis politiques, les "grands" partis sont terriblement petits et très très très peu représentatifs du peuple), mais entre français et français, entre français et allemands, français et belges, français et anglais, français et n'importe qui passant par là et vaguement intéressé par le sujet. Ca cause vraiment, ça discute vraiment, et des opinions se forment, des opinions fortes, pas nécessairement étayées solidement parce que l'information, l'authentique, la vraie, non déformée par le prisme télévisuel et politique, on la trouve difficilement, mais des opinions quand même.

       J'ai déjà dit précédemment pourquoi je souhaite que le non l'emporte. J'ai même proposé une alternative à la constitution. Là, je ne cherche pas à convaincre, mais à expliquer simplement que la vraie bonne chose, celle qui fait avancer, c'est certainement pas qu'on pousse les gens à voter sans prendre le temps de parler avec eux du sujet du débat, de détailler tranquillement et sans hausser le ton tous les tenants et aboutissants de ce traité. Ce qui va servir, ce sur quoi je fonde un certain espoir, c'est que les gens se parlent, entre eux. J'ai personnellement eu l'occasion de parler avec des gens que je ne connaissais pas, simplement parce qu'ils causaient du traité.
              De cette façon, oui, le traité nous rapproche, ce qui est plutôt curieux à lire ici quand on connaît mon opinion dessus. Mais je vois surtout là se manifester au mieux de sa forme le principe même de la république : la discussion, l'ouverture au dialogue.
              C'est comme ça qu'on peut empêcher des guerres.
              C'est comme ça qu'on apprend l'empathie, la compassion, l'entraide, la solidarité.
              C'est comme ça qu'on fait la différence entre "réussir dans la vie" et "réussir sa vie". En causant. Alors, même si vous ne votez pas, causez ! Même pour le plus insignifiant des sujets, ce ne sera jamais du temps perdu.
              Et apprenez la langue des signes, qu'on ne laisse personne sur le bord du chemin !

vendredi 29 avril 2005

Traité de tous les "non" ! (attention, contient une nouvelle constitution)

Fond sonore : Björk - Hunter

     Suite à la réponse de Gab à mon post d'avant-hier, je voudrais inviter ceux qui me lisent à lire ce que ce site raconte. Il s'agit d'un prof de droit d'un lycée marseillais, et son analyse, quoique parfois touffue, ne manque ni de finesse ni de réalisme. Je ne connais pas le bonhomme, mais je salue son travail sur ce sujet. Bien vu, bien dit.

     Pêché il y a quelques instants sur Yahoo : Jean-Claude Juncker, premier ministre du Luxembourg et président actuel du conseil européen, affirme clairement qu'on ne renégociera pas le traité parce que la France dit non.
     Autrement dit, ce traité censé être valable une fois accepté à l'unanimité (c'est une Constitution, ou pas ?) va déjà être bancal au départ. Je n'ai pas la prétention d'apprendre à un politicien à faire de la politique, mais s'il y a une chose dont je suis sûr, c'est que personne ne peut se permettre de qualifier quelque chose de "projet" s'il oblitère totalement le caractère aléatoire de la réussite que souligne justement l'usage du mot projet. Et en politique, le traité constitutionnel est un projet. Donc il peut tomber à l'eau. C'est dans sa nature de projet. C'est comme en voiture, tu pars pas faire le tour du monde et découvrir des paysages inconnus sans emmener au moins une roue de secours, des fois que. L'homme sage est prévoyant.
     Alors maintenant, que ce pauvre nigaud traite les gens de naïf lorsqu'ils comptent que le traité soit renégocié quand il sera jeté aux orties par 60 millions d'Européens (c'est nous), avec la mention "peut mieux faire", et cela simplement parce qu'ils parlent le français et comprennent le sens des mots "simples" (je cite avec des pincettes) qu'on leur postillonne du haut des chaires précieuses où nos "représentants" (je guillemette avec mépris) tiennent leurs os frileux au chaud, cela me paraît la quintessence de la suffisance et de la condescendance des beau-parleurs en costume trois pièces et cravate assortie par les think-tankers de la com' politicarde que nous ne voyons jamais chez nous mais pour qui nous votons quand même. A défaut de mieux. Et ça, ils feraient bien de s'en souvenir. Tous.

     Vivement que ça se secoue, putain ! Que parviennent au pouvoir des gens qui ne fuient pas leurs responsabilités ! Qui comprennent que la parole du peuple, même si ça fait simplet dit comme ça, est le proverbial "dernier mot". Que le peuple décide, depuis la Révolution. Et que quand le peuple décide de son avenir, tant qu'il ne s'agit pas de porter au pouvoir un fumier de dictateur à mèche brune et petite moustache, président ou pas, élu ou pas, énarque ou pas, riche ou pas, ON FERME SA GUEULE ET ON OBEIT !
     Autant Chirac me sort par les yeux, autant la décision qu'il a prise de faire ratifier le traité par les électeurs et pas par le parlement est, à mes yeux, la seule décision démocratique et logique qu'un chef d'Etat digne de ce nom pouvait prendre. Ca n'efface pas son ardoise, encore moins si on pense que c'est sans doute pour faire chier Giscard qu'il a décidé d'exposer au risque de refus le traité du ptit vieux dans son propre pays. Mais pour une fois que le grand guignol décide de laisser parler le peuple, je pense qu'il faut le souligner. L'espoir est perdu de voir le grand échalas de Corrèze changer réellement le cours des choses et donner ne serait-ce qu'une seule minute dans le social, mais ça fait quand même plaisir.
     En attendant que finisse prochainement le ballet des petits roquets de gauche et de droite qui retournent leurs vestes une fois par semaine, un coup oui, un coup non, un coup peut-être, pour récupérer l'électorat qu'ils sentent en train de leur glisser des mains et sur la vague desquels ils surfent alors que la république (la vraie, c'est-à-dire nous, les p'tits gars d'en bas, comme ils disent) se réveille enfin, j'aimerais que le prochain référendum soit l'occasion que les français attendaient lors du 21 Avril 2002 pour en mettre une bonne dans la gueule, par vote interposé, de nos gouvernants de l'époque et d'aujourd'hui, lesquels (c'est curieux, hein ?) s'opposaient en tout hier et sont aujourd'hui unanimes à défendre le oui à ce traité inique (sa mère), cul et chemise autrefois fâchés et aujourd'hui fraternellement réconciliés (j'espère qu'un connard du FN ne lira pas ce truc et ne reprendra pas mes propos, ça me ferait mal). Attention toutefois, pas de collusion, je n'encourage pas à sanctionner à tour de bras avec son bulletin dès qu'une urne se présente. Mais, alors qu'en 2002, le grand marché aux voix faisait salle comble et foutait le bordel en France parce qu'une mère n'y aurait pas retrouvé ses petits entre les diverses tendances de tous les bords même les plus crades, là, là, la baffe dans la gueule sera implicite. Quelle que soit votre couleur politique.
     Enterrons une bonne fois pour toutes, si ce n'est en Europe, au moins en France, la couronne de lauriers, le costume sur mesure payé en "frais de représentation", les chaussures à 30 000 balles et les dessous de table, ces oripeaux trop usés pour abuser encore quiconque et qui forment la parure de cette pute qui se travestit et se fait appeler "gouvernance" en haut-lieu au lieu d'assumer son identité, la vraie, la seule, celle qui sent notre sueur et la douleur des misérables : le culte du pognon-roi.
     Et comme il est facile de dire non sans proposer d'alternative même si cela est le travail des politiques, pas le nôtre, car après c'est pour ça que ces tas de feignasses sont payés, je suggère une voie pour concilier l'inconciliable. Je suggère l'Initiative Populaire Européenne de Rédaction Constitutionnelle. Ca veut dire que tous ceux qui disent non au projet actuel décident de remonter leurs manches et de prendre leurs stylos pour écrire une constitution, une vraie, une simple, universelle et lisible. Par exemple, ça pourrait commencer comme ça, avec des chiffres romains en début de ligne pour faire comme les autres gars, là :

- Exemple de constitution européenne -


I- L'Europe adopte comme principe fondamental le respect des droits de l'homme à l'intérieur et à l'extérieur des frontières de l'Europe, tels qu'inscrits de façon irrévocable dans la convention internationale des droits de l'homme.
II- L'Europe adopte comme principe fondamental le respect du droit international et des décisions votées par ses représentants.
III- L'Europe reconnaît et s'engage à appliquer et faire appliquer le droit de chacun à vivre libre, à travailler pour assurer sa subsistance, à disposer d'un logement salubre et sûr et à suivre les préceptes et traditions de son choix, dans le respect d'autrui, le respect du milieu naturel et le respect de la loi.
IV- L'Europe reconnaît la nécessité de préserver le milieu naturel et s'engage à lutter par tous les moyens adéquats contre toute dégradation passée, présente et à venir de ce milieu et de sa richesse, de quelque nature qu'elle soit, à l'intérieur et à l'extérieur des frontières de l'Europe.
V- L'Europe s'engage à lutter contre la misère et la pauvreté en appliquant les principes d'équité dans ses relations économiques et politiques avec tous ses interlocuteurs internationaux et avec tous ses adhérents.
VI- L'Europe reconnaît l'utilité et approuve la nécessité de tendre vers un monde sans guerre et sans violence, et pour cela s'engage à participer par tout moyen économique et militaire européen aux actions nécessaires votées par les représentants du droit international, à l'intérieur et à l'extérieur de ses frontières.
VII- L'Europe reconnaît la diversité de ses origines et la multiplicité des peuples et ethnies qui la composent, et s'engage à préserver leur droit à exister, à s'exprimer et à agir dans leur intérêt dans le respect d'autrui et le respect de la loi, et s'engage à leur apporter son assistance lorsque ces droits sont menacés.
VIII- L'Europe reconnaît le danger d'abus qui naît de la concentration des pouvoirs, qu'il s'agisse de pouvoir économique, médiatique, politique, législatif, exécutif ou militaire, et s'engage à maintenir en permanence un équilibre de chacun de ces pouvoirs dans les institutions qui la dirigent et ont la charge de sa gestion.
IX- L'Europe reconnaît la nécessité d'une répartition raisonnable des richesses afin de maintenir une société unie et ouverte à autrui, et à garantir l'égalité des chances de chacun et chacune dans sa vie et ses projets. Pour cela, elle s'engage à adapter régulièrement ses lois et sa politique économique pour prélever et utiliser dans le respect d'autrui les fonds nécessaires à l'amélioration et au maintien du bien-être de tous ses concitoyens, notamment les plus démunis. L'Europe se réserve le droit d'appliquer une imposition raisonnable sur tous les types de flux économiques établis avec ses institutions et entre ses institutions, par toute personne physique ou morale de quelque nationalité qu'elle soit, à l'exception absolue des fonds humanitaires.
X- L'Europe reconnaît la souveraineté et la légitimité de tous les états démocratiques représentés en son sein et dans les instances garantes du droit international, et reconnaît le droit de chacun des peuples représentés en son sein à légiférer et à exécuter ses propres décisions, dans la mesure où cela ne s'oppose pas aux objectifs déclarés dans la présente constitution et aux lois européennes en vigueur.

     Voilà mes dix premiers articles. Si quelqu'un se sent d'attaque pour y mettre son grain de sel (attention les gars, ne pensez pas français, pensez européen, pensez mondial !), il est libre de poursuivre. Si vous suggérez des corrections, laissez-moi un message ci-dessous. Bon courage, et bonne constitution !


jeudi 28 avril 2005

Un énorme petit rien en passant

Fond sonore : Georges Brassens - La ballade des gens qui sont nés quelque part

     C'était juste pour vous suggérer d'aller choper et d'écouter attentivement le fond sonore du jour. Juste comme ça. On n'écoutera jamais trop Brassens.

mercredi 27 avril 2005

We're all living in America$h

Fond sonore : Massive Attack - Teardrop

     Il y avait bien longtemps que je n'avais pas laissé traîner mes idées en public. Il est temps pour moi aujourd'hui d'arrêter d'être une feignasse et de faire l'effort d'utiliser ce blog pour ce qu'il est : un haut-parleur.
Comme tous les jours, je me balade dans les news, où j'ai ma petite sélection de thèmes qui me ramènent régulièrement quelques trucs plus ou moins rigolos, qui seront au journal télé le soir même. Ces jours-ci, les gros titres portent sur l'Airbus A380, le procès du tunnel du Mont Blanc, le procès de Michael Jackson, le référendum sur le traité européen de constitution, et les trains qui font boum. Ca va être un peu décousu, mais quelle importance ?

     Personnellement, l'A380, j'en ai à peu près rien à foutre. Certes, j'ai du mal à réfréner mes pulsions masculines devant tous les nouveaux bidules qui sont plus gros, font plus de bruit, coûtent plus cher et vont plus loin que ce qu'il y avait déjà. Cela dit, je suis personnellement plus ébahi par ceci (le même en train de servir à quelque chose), à cause de sa tronche tordue, et par ça, parce que ça a volé, que par un nouveau superlatif qui vole.

     Le tunnel du Mont-Blanc, maintenant. Où l'on réalise à quel point faire transiter 5000 poids lourd chaque jour dans un tunnel pas franchement jeune et pas vraiment taillé pour ce style de service, géré par un pôle à deux têtes par des gens parfois infoutus de comprendre la langue de celui d'en face, comporte peut-être une part de risque. A vrai dire, c'est un putain de miracle qu'on ait pu faire usage de ce tunnel pendant tant d'années sans qu'une telle déferlante de morts ne s'abatte sur les usagers. Maintenant, savoir à qui la faute... Voilà un truc qui m'emmerde. Il est clairement établi que le camion a pris feu. Et que les conditions ont été telles qu'à la suite de nombreuses maladresses et diverses conneries, s'en est suivie l'hécatombe que chacun a pu voir s'étaler dans les journaux imprimés ou télédiffusés. Mais est-ce que ce n'est pas pousser trop loin le principe simple de justice que d'aller jusqu'à assigner un procès au constructeur du camion pour savoir si par hasard il ne serait pas responsable, à lui tout seul, de tout ce foutu bordel ?
     Vouloir connaître les causes de la disparition de ses proches est une revendication on ne peut plus légitime, et dans la mesure de mes moyens j'essaie de me mettre à la place de ceux pour qui la vie n'a plus de saveur depuis le 24 Mars 1999. Mais la vie est là aussi pour nous rappeler tous les jours que les concours de circonstances sont malheureusement la plupart du temps responsable du décès de ceux qui nous sont proches.
     Pourquoi le camion a-t-il pris feu ? Une histoire de mégot ? Pourquoi le chauffeur fumait-il ? Doit-on interdire de fumer au volant ? Doit-on interdire la clope tout court ? Pourquoi le camion a-t-il brûlé ? Doit-on rendre les camions résistants au feu ? Doit-on interdire le transport de matériau combustible ? Doit-on interdire les camions ? Pourquoi ce camion se trouvait-il là à ce moment ?
     La seule réponse à apporter à la problématique des catastrophes techniques est que chaque couche d'intervention humaine menant à une situation donnée est une source potentielle de risque. Quand on fait un tunnel sous une montagne, il faut l'entretenir et le surveiller attentivement. Mais ça ne l'empêchera pas de s'écrouler sur ma gueule si la nature l'exige. Quand on roule en camion sous une montagne, il faut faire très attention parce qu'un véhicule, c'est fait par un humain, et c'est conduit par un humain. Du coup, des fois, ça pète, ça brûle, ça se prend un mur. C'est la faute à quelqu'un ? Oui, assurément. Mais le savoir ne change pas grand-chose, parce que les morts restent morts. Et ils meurent toujours pour rien.
     On pourrait comme ça faire remonter la chaîne des responsabilités très haut. Ca fait des années que les habitants de la vallée en ont plein le cul du ballet incessant des 38 tonnes sous leurs fenêtres. Ca fait des années qu'on n'a pas investi les crédits suffisant pour donner au transport ferré une chance de remplir sa mission. Du coup, c'est la faute à l'état, qui n'a pas fait son travail en délestant des routes les gros camions, ce qui ferait du bien à la nature par la même occasion ? Oui. C'est aussi sa faute.
     Mais la première faute, c'est de s'imaginer qu'on peut trouver un coupable tout le temps, pour tout. Il y a une bonne raison pour laquelle un accident s'appelle un accident. C'est toujours un concours de circonstances défavorables, systématiquement émaillé de conneries et d'irresponsabilités humaines, qui mène l'un ou plusieurs d'entre nous au casse-pipe. Sans raison. Et on meurt connement. Sans raison. Comme tous ceux qui meurent chaque jour, dans leur lit ou derrière leur volant. Sans raison.
Le risque zéro n'existe pas. Le savoir, et agir en conséquence, c'est déjà s'en rapprocher un peu, de ce putain de risque zéro.

     Allez donc voir sur le Net les images des trains empilés au Japon ou au Sri Lanka. Au Japon, le train avait du retard, le conducteur n'était pas net et pas franchement expérimenté, il a pris un virage à 100 km/h au lieu des 70 maxi officiels. Une centaine de gens y sont restés, qui étaient persuadés comme tout le monde que le chemin de fer japonais est sûr, fiable et ponctuel. Sans doute cette impression aussi a-t-elle joué un rôle lorsque le conducteur a poussé la manette de l'accélérateur un peu trop loin. S'il vivait au Sri Lanka, sans doute n'aurait-il pas laissé son jugement s'obscurcir par des données se contentant de rapporter la situation à un instant précis, et n'ayant pas force de loi pour les instants suivants...
     Au Sri Lanka, après la mer qui rentre dans les terres, c'est le train qui rentre dans un bus. Passage à niveau. Le coup classique. J'imagine sans peine que la signalisation ferroviaire est plus vieille que moi, qu'elle est encore moins nette et moins en état de fonctionner, que le conducteur de train intrépide traçait comme un âne avec trois fois plus de passagers à bord qu'il n'aurait dû, et que le bus tout pourri qui a dû tomber en panne en plein milieu du passage à niveau était tellement bondé que personne n'a eu le temps de se décoincer et de sortir.
     Encore des morts sans autre raison que l'intervention humaine dans le processus. Paix à leurs âmes et à ceux qui restent seuls derrière.

     Quelques nouvelles de l'Amérique : le procès de Michael Jackson se passe très bien. Rien à branler de ce mec, rien à branler de ses accusateurs. Coupable ou non : je m'en cogne. Mais je pense que si la justice bosse aussi bien dans ce cas, avec toutes ces caméras pointées sur la tronche, que pour ce sacré vieux couillon d'O.J. Simpson, le verdict est déjà connu. Impartialité, quand tu nous tiens... Pouvoir médiatique, quand tu ne nous lâches plus...

     Parlons quelques instants du référendum sur l'Europe, histoire de finir en beauté. Vous faites ce que vous voulez. Moi, je vais voter non. J'ai suivi, même de loin, la débâcle américaine du secteur de l'énergie. La faillite d'Enron. Les black-outs électriques en Californie. L'explosion du prix de l'électricité.
     Je ne sais plus quel type assez intelligent faisait remarquer que pour qu'on puisse qualifier un produit de "marchand", il fallait être au moins capable d'en faire des stocks. Le premier mec qui arrivera à stocker 40 MW de jus dans une petite boîte gagnera le droit de m'affirmer haut et fort qu'on a tout à fait le droit de privatiser l'énergie. En attendant, je le dis haut et fort (c'est-à-dire très faiblement, vu l'audience de mon blog) : c'est une connerie. Et pas une petite, en plus. C'est une gigantesque connerie. Pensée par les technocrates avides de rentrées financières pour sauver la trésorerie des pays occidentaux des effets désastreux de leur incompétence. Pas du tout pensée pour fournir un service de meilleure qualité aux citoyens lambda. Allez donc faire voter un décret anti-coupure d'électricité si vous n'avez plus la mainmise sur ceux qui la distribuent...
     Car aujourd'hui, l'argument général, c'est de dire que la concurrence capitaliste tire la qualité des produits et services vers le haut, et les prix vers le bas. Ok. Jolie phrase. Une belle profession de foi. Mais quelque chose me dit que si j'habite en montagne, à 10 km du premier village, je continuerai à payer les mêmes impôts et à acheter ma Panda 4x4 le même prix que mon voisin, alors que ma facture d'électricité fera un joli "fois 10" par rapport à mes concitoyens plus "accessibles" et moins "difficiles à servir".
     Concurrence mon cul : le service public, c'est le service dû au public. Dû. Ca vient du verbe "devoir". Un mot qu'on oublie trop souvent, à mon goût. Tout le monde le confond avec "servitude". Mais "devoir", c'est le pendant de "droit". L'un ne va pas sans l'autre. Et je souhaite à ceux qui ne s'en rendent pas compte aujourd'hui de se prendre un putain de retour de bâton dans les dents quand ils verront leurs factures EDF dans 5 ans.
     Mais j'ai d'autres arguments pour dire niet à ce traité. D'abord, je vois pas pourquoi on vient nous bourrer le mou à dire que la France sera un mouton noir si elle dit non. La France aura donné son opinion, comme la loi l'exige, comme le projet de traité l'exige. Elle aura dit son intime conviction, et cette conviction sera qu'il faut revoir la copie. Pas plus. Pas moins. Je refuse de plier mon libre arbitre au consensus général. Comme le disait avec justesse Belmondo dans "L'as des as" : "c'est pas parce que 30 millions de personnes font la même connerie que c'est pas une connerie". Alors, libre à moi de dire que je rejette le traité dans son état actuel, parce qu'il est un ramassis illisible de plus de 500 pages de bla-bla politicard alors qu'il se vante d'être une constitution. Moi je dis, si le projet dépasse 30 pages, c'est qu'on a laissé un politicien s'en approcher de trop près. Une constitution pose des briques, instaure des fondations. Là, on commence à poser les tuiles avant même que les murs ne soient debout ! Ca donne pas envie d'habiter dedans, forcément.
     Moi, je rejette l'idée de laisser les intérêts privés (comprendre : les gens qui ont les moyens de créer des boîtes et la thune pour les faire tenir) s'occuper de la culture, de la santé, de la vie, du travail, et surtout de gérer la misère et les miséreux. Il faut avoir été au contact réel de la vraie pauvreté pour comprendre ce que c'est. C'est pour ça que l'Abbé Pierre est populaire auprès des français (60 millions de fans, tu pètes les scores de la Star Ac' ! En ces temps de crétinisme en prime time, c'est pas rien !) et que Bernard Arnault est populaire auprès des pétés de thune (60 millions d'euros de droit d'entrée au club - ils sont pas très nombreux, les fric-men, mais au moins le Nanard est sûr d'avoir des beaux cadeaux à son anniv').
     Le jour où Balladur a pris le métro est pour moi un symbole des lacunes criantes dans la connaissance de la vraie vie de nos joyeux z'élus démocratiquement élus de mille ans, car il est resté un seul et unique jour. Il ne l'a jamais repris depuis. Et faut déjà avoir des ronds pour prendre le métro. C'est le genre d'exemple qui parle, non ? Parce que nos élus, c'est ça. Pour un ou deux qui se cassent le cul à tenter de faire bouger les choses, il y en a trente amorphes et immobiles qui s'avachissent mollement dans le confort des ors de la République. Trente qui ne sauraient pas plus comment s'en sortir si on leur supprimait leurs logements de fonctions, leurs voitures de fonctions, leurs chauffeurs de fonctions, leurs frais de représentations, leurs indemnités et leurs costumes sur mesure, que les ouvriers que Michelin a bercé d'illusions sur une longue et fructueuse collaboration réciproque pendant 30 ans avant de les foutre à la porte parce que "ana de la thune, mais ana veut encore plus, alors dehors les pauvres !".
     Alors pour ça, je rejette la politique actuelle, et l'idée qu'elle est suffisamment viable pour qu'on l'inscrive en lettres d'or au fronton de l'Europe. Mon monde n'est pas une marchandise. Dans mon monde, le capital est au service de l'homme, en tout lieu et toute circonstance. Demandez-vous si c'est le cas aujourd'hui. Avec ce traité, vous serez sûr que rien ne changera. Et certainement pas la place du pognon dans la société.
     Un dernier petit mot pour convaincre les indécis : notre fringant septième ou huitième sinistre des Finances national de ce gouvernement, le jovial Thierry Breton, ex-pédégé de France Télécom et grand pourvoyeur de dettes devant l'éternel (bah oui, acheter Orange, ça coûte des sous - rigole pas, camarade, ses dettes, c'est nos impôts qui les paieront), le gai haut fonctionnaire cité plus haut a donc récemment déclaré dans le petit cube noir de ma télé "ce que je vois, c'est l'Europe, un marché de 450 millions de personnes".
     T'as tout faux, pépère. Je sais que ça te chagrine, mais non, franchement, là tu te plantes comme un orignal bourré au cidre. Tu mérites même pas de t'appeler breton, d'ailleurs, à dire des conneries pareilles. Parce que, découverte des découvertes, on n'est pas un marché. Personne va faire les emplettes des âmes ici-bas, ça c'est le boulot de Satan, dont le business marche à mort en ce moment. On n'est pas un marché. On est des peuples. Des gens. Des veaux, diront certains, mais des veaux qui sont des millions. Et tu ne feras jamais marcher un état comme une entreprise tant que les mots "res publica" auront une signification. Parce que dans une entreprise, tu dégraisses, tu épures, tu élimines, tu licencies, tu vires, tu éjectes qui tu veux. Tu peux utiliser tous les termes de vocabulaire que les dictateurs emploient quand ils décident de zigouiller de l'humain au million. Mais tu ne peux pas licencier un homme de son pays. Tu ne peux pas lui dire d'aller se faire habiter ailleurs. La thune, mon gros, la thune, elle est un moyen, et pas une fin. Quand tu l'auras compris, que tu viendras acheter ton prochain canapé chez Emmaüs plutôt que de le piquer au Mobilier National, tu comprendras de quoi je parle.
     Votez oui, votez non, rien à foutre de votre choix : votez en votre âme et conscience. Mais votez, foutredieu ! Et pas n'importe comment !
     Et si l'avenir me sourit, si le monde continue sa course, alors les jours de l'argent-roi sont comptés, et la révolution contre le fossoyeur du tiers-monde approche. A l'heure du choix, chacun est libre. Mais tout le monde est concerné.