jeudi 14 février 2019

Poème express [152/365] - Monosyllabe

Monosyllabe
Oui. Bon. Non. Ah.
Que me fais-tu donc payer là
Oui. Non. Bon. Ah.
Est-ce mon surplus de verbe qui te fait dire cela
Non. Bon. Oui. Ah
Fini l'épistolaire, tu ne me parles pas
Non. Oui. Bon. Ah.
C'est moins qu'une pensée que tu consens pour moi
Bon. Non. Oui. Ah.
Ma tendresse affamée n'y résistera pas.
Oui.
Non.
Ah.
--G4rF--

mercredi 13 février 2019

Poème express [151/365] - Petits cailloux

Petits cailloux
Un caillou plat, bien arrondi
Lancé sur l'eau d'une main sûre
Percute l'onde et rebondit
Sautant et sautant vers l'azur

Un dernier choc le freine enfin
Suffisamment pour qu'il s'enfonce
Et qu'il s'abîme corps et bien,
Qu'à son long envol il renonce.

Mais les vagues qu'il a semées
Restent longtemps après qu'il sombre
Comme les souvenirs prolongés
Des êtres passés dans les ombres.
--G4rF--

Poème express [150/365] - Les prises électriques

Les prises électriques
Leurs visages muets semblent parfois attendre
Qu'on les connecte enfin à quelque machinerie
Pour masquer leurs yeux creux, aveugles antichambres
De la plus commune des paréidolies

De tous les grands réseaux elles furent les premières
A s'imposer partout, toujours bien accueillies
Par l'idée de progrès, d'un âge de lumière,
Et depuis ces temps-là elles se sont établies

Sur chacun de nos murs, dans tous nos bâtiments
Déroulant jusqu'à elles un long réseau de cuivre,
Méduses domestiques aux si longs filaments
Étendant leur filet, promettant le mieux-vivre.
--G4rF--

mardi 12 février 2019

Poème express [149/365] - Déraison

Déraison
Je suis parfois étreint d'envies peu convenables
Que d'aucuns décriraient comme inqualifiables
Et que les modérés les plus imperturbables
Jugeraient assurément bien déraisonnables

Que sont donc ces envies, ces sentiments coupables ?
Agression ? Destruction ? Rien de si peu louable.
Subversion et désordre sont plus honorables
Et pour tout dire je les vois d'un œil bien aimable.

Car on ne vit jamais si fort que dans l'instable
Loin des tergiversations interminables
Je confesse ce péché étrange et admirable
D'inviter le chaos à souper à ma table.
--G4rF--

Poème express [148/365] - Passe-temps

Passe-temps
La Mort qui s'ennuie
S'empare d'une bière fraîche
Et joue aux osselets.
--G4rF--

Poème express [147/365] - Demain matin

Demain matin
Demain matin j'irai faire un tour près du pont
Prendre quelques minutes pour chauffer au soleil
Voir se lever la brume, et respirer à fond
En écoutant la ville qui sort du sommeil
--G4rF--

lundi 11 février 2019

Poème express [146/365] - Possible ?

Possible ?
Je t'ai demandé de m'offrir des choses qui ne coûtent rien
Des mots, seulement, pour me dire les sentiments dont j'ai besoin
Je t'ai dit combien il fallait que j'aie pour moi ce carburant
Qui me fait tant et tant défaut pour pouvoir être en mouvement

Je t'ai dit dans toutes les langues que pour garder la terre fertile
Et pouvoir vivre de ses fruits il lui faut quelques soins faciles
Faits d'affection et de tendresse, car elle doit être protégée
Au risque de cueillir des pierres sur la lande laissée à sécher

Je t'ai dit ce qu'il me fallait et je t'ai promis en retour
D'être celui qu'il te faudrait au delà de tous les discours
Tu ne risques vraiment d'y perdre que quelques mots et secondes,
Je voudrais croire qu'il est possible que plus qu'un silence me réponde.
--G4rF--

Poème express [145/365] - Les ornières, les nids-de-poule

Les ornières, les nids-de-poule
Cela fait bien vingt ans que je n'y suis allé
Et pourtant j'ai encore en moi la sensation
De ce chemin tordu, creusé et défoncé
Vers ce lieu de plaisir et de satisfaction.

D'abord les raidillons, le bitume blanchi
Par la fournaise d'été et la rigueur d'hiver,
Des sillons arrachés aux pierriers du midi
Où croiser une voiture était un vrai enfer.

Avec le bruit du vent et le chant des cigales
Et le radio-cassette et ses chants de vacances
La senteur des garrigues aux saveurs estivales
De cet arrière-pays du sud de la France

Bientôt le mas du Four, très vite dépassé
Avant de replonger vers le fond du vallon
Et le virage à droite, près du poteau dressé
Et plus haut, l'éolienne signalant la maison.

Et pour les derniers mètres, l'épreuve de bravoure
Le sentier tout semé d'ornières et nids-de-poules
Où la dextérité du pilote se savoure
Accroché au volant à s'en faire des ampoules

Et nous, les impatients, trépignants sur nos sièges
Saturés d'inconfort et d'aires d'autoroutes
Savourions cet instant, ce curieux privilège :
Secoués en tous sens ? Bien, qu'on nous en rajoute !

Car c'était le signal, le début de la fête
Des longs jours de soleil, de sucre et de chaleur
Ornières et nids-de-poule, je vous garde en ma tête
Ornières et nids-de-poule, je vous garde en mon cœur.
--G4rF--

Poème express [144/365] - Aussi loin

Aussi loin
Et le temps dilue tout, les sons et les couleurs
Dans la craie rêche, âpre d'un brouillard de cendre
Où s'éteignent amours, rêves comme douleurs
Laissés loin derrière nous, sans rien pour les défendre.

Et nos chemins nous mènent sur ces longs ponts flottants
Qui parfois en croisent d'autres, arpentés par autrui
Mêlant leurs étincelles aux nôtres pour un instant
Artifice de nos feux crevant alors la nuit

Naissent alors certains de ces sons et couleurs
Dans leur plus pure forme, exorcisant la cendre
Sémaphores enchantés bannissant la noirceur
Brillant depuis les cieux avant de redescendre

Déclinant doucement, au fil des années
Et des longs kilomètres qui nous en éloignent
Marchant, toujours marchant, sur nos ponts élancés
S'éteignant dans la cendre qu'alors ils rejoignent.
--G4rF--

Poème express [143/365] - Analyse

Analyse
La peste soit de toutes les choses inconnues
Variables sans limite, variantes imprévues
De toutes ces surprises et ces désavantages
Qui ruinent l'analyse à force de sabotage

Bien trop de dimensions à conceptualiser,
De profondeur avec peu ou trop de données
Trop de complexité pour tenir dans ma tête,
Moi qui doit dire de quoi la suite sera faite.
--G4rF--