lundi 11 février 2019

Poème express [142/365] - Par le col

Par le col
Il est pris par le col et jeté en arrière
Agité et tremblant, dénombrant ses morceaux
Lacéré de colère comme de coups de couteaux
De ses blessures suinte une humeur bien amère
--G4rF--

vendredi 8 février 2019

Poème express [141/365] - Rhube

Rhube
Je consobbe à la belle les baquets de bouchoirs
Qui s'en bont détrembés, débordant des boubelles
Et je vorme le boeu qu'à l'abbroche du zoir
Je puizze envin boucher la derdière des jandelles.
--G4rF--

La preuve par Tintin

[Nous interrompons le flux normal et irrégulier de ce blog pour un commentaire politique doublé d'une idée à la con]
En ces temps renouvelés de soubresauts populaires, une question flotte, revient, insiste, et se pose régulièrement à mesure que la loi nationale s'alourdit régulièrement de mesures répressives et/ou dissuasives : sommes-nous, ou ne sommes-nous pas, sous un régime autoritaire ?

Il convient de prendre un instant pour préciser qu'un régime autoritaire est un régime concentrant l'essentiel du pouvoir dans les mains et les décisions d'un petit groupe humain ou d'un individu, exempt de facto rendre compte à qui que ce soit de son action et bénéficiant notamment pour ce faire de faveurs niées au plus grand nombre (immunité, privilège, etc).

Alors, sommes-nous en régime autoritaire ? Pour moi, ça ne fait pas le moindre doute. Mais pour expliquer et faire comprendre pourquoi, il faut du temps, des arguments, du débat, de la réflexion, de la prise de recul... autant de choses qui comptent moins aujourd'hui que le nombre de vues sur Insta d'un œuf ou d'un(e) quelconque hurluberlu(te*) auto-proclamé(e) "influenceur(euse)" par la grâce des clics et de l'asservissement intellectuel général à la gloire de son Instantanéité le divin Buzz-Le-Grand.

Il faut donc trouver une autre méthode, moins rationnelle, pour effectuer cette démonstration. Et puisque la raison recule tandis que l'émotion et l'affect règnent en maîtres, puisqu'il faut que tout soit blanc ou noir, ouvert ou fermé, mort ou vivant, macroniste ou humaniste, j'ai réfléchi (pas très longtemps) et je pense que j'ai trouvé comment.

Je vous présente donc, avec une joie non dissimulée, ma méthode vite-faite-mal-faite en mode MBMC** pour savoir si votre pays est gouverné de façon autoritaire ou non. Une méthode facile à appliquer à échelle internationale, car elle s'appuie sur la popularité mondiale d'un personnage connu qui ne fait pas beaucoup débat (sauf au Tibet et en Afrique noire) : Tintin.
Je me réfère ici au Tintin débarrassé de ses encombrants débuts colonialistes, bien sûr, à celui qui a risqué sa peau pour son ami Tchang et qui fit ainsi longuement souffrir Frédéric Molas et Sébastien Rassiat (sans l'avoir voulu, je le précise).

Foin de digression, venons-en au fait. J'ai appelé cette méthode "La preuve par Tintin".

Voici comment faire :

  1. Prenez les titres de presse les plus vendus, ou à défaut, les plus exposés, du pays en question. Un tour rapide sur n'importe quel site web agrégateur de contenu devrait faire l'affaire : cherchez <nom du pays> news
  2. Dans les titres de ces journaux :
    1. remplacez le nom du pays concerné par "Syldavie", 
    2. remplacez le nom des gens par "pauvres" (s'ils sont pauvres, genre smicards ou assimilés) et par "riches" (s'ils sont riches)
  3. Imaginez un instant Tintin au début d'une de ses histoires, prenant le train pour se rendre à Bruxelles avec son fidèle compagnon à quatre pattes. En bon reporter belge du "Petit vingtième", il parcourt les titres de la presse que vous venez de préparer.
  4. Maintenant qu'il a fini sa lecture, que dit-il : "Les gens de Syldavie ont bien de la chance, n’est-ce pas mon brave Milou ?" ou bien "Les malheureux Syldaves, Milou, si tu savais !"
Et voilà ! Si les Syldaves sont heureux, votre pays n'est pas autoritaire. S'ils sont malheureux... enfin, vous avez compris.

Merci Tintin ! :)

--G4rF--
*Oui, hurluberlute. J'ignore le féminin d'hurluberlu, je n'ai aucune envie d'aller m'en quérir, et j'espère que s'il existe ce n'est pas "hurluberlue" car ce serait rater grossièrement le mot hurluberlute que je vous présente aujourd'hui en exclusivité mondiale car il est plus drôle, plus moqueur, légèrement plus acidulé et il sent la vanille.
**Ma Bite et Mon Couteau

Poème express [140/365] - Un goût de métal dans l'air

Un goût de métal dans l'air
Le noir se fait soudain. Couvert de pied en cap
Derrière la meurtrière se dessine l'objet
Du défi à mes mains, formidable chausse-trappe :
Les pièces de métal qu'il me faut assembler.

Chaque fois l'exercice me surprend et m'éreinte
Tant il demande de justesse, de précision
Quand l'éclat infernal fait basculer la teinte
Ne laissant voir que l'arc et le bain de fusion

Rigueur et exigence souvent insoupçonnées
Pour réussir un segment de métal fondu
Goût de métal dans l'air du travail bien fait
Un art auquel on n'est jamais vraiment rompu.
--G4rF--

jeudi 7 février 2019

Poème express [139/365] - 4 jeudis

4 jeudis
Je voudrais arrêter les trotteuses, les tic-tac,
Les aiguilles des pendules et les calendriers
Mettre un sabot au temps pour le paralyser
Pour achever enfin ce que je laisse en vrac :

Mes travaux. Mes bouquins. Mes loisirs. Mes devoirs.
Les nouvelles à prendre, à donner aux amis,
Le temps de ne rien faire, de jouer avec mes filles,
D'aller voir le soleil se coucher sur la Loire.
--G4rF--

Poème express [138/365] - Plomb

Plomb
L'épuisement a chargé mes paupières de plomb
Qui me fait chanceler sous les coups de boutoir
M'appelant au repos, avec force et raison.
Ma conscience agonise et chute dans le noir.
--G4rF--

mercredi 6 février 2019

Poème express [137/365] - Je comprends les vampires

Je comprends les vampires
Lorsque tu t'approches, que je sens ton parfum,
Que je vois briller l'ébène au fond de tes yeux
Que tu penches la tête, repoussant tes cheveux,
Que ton torse vient pour prendre appui sur le mien

Quand la lumière du soir vient caresser ton cou
Quand l'ivoire de ta nuque aspire mon regard
Quand ma main s'aventure sur ta peau au hasard
A s'en mordre les lèvres pour ne pas tomber fou

Je comprends les vampires.
Oui.
Je les comprends.
--G4rF--

Poème express [136/365] - Trop vieux ?

Trop vieux ?
Quand donc a commencé ma propre péremption ?
Où m'a-t-on tatoué cette date limite ?
Par quelle autorité fut prise la décision
De me classer trop vieux, en précoce faillite ?

Le spectacle de mon corps est certes peu plaisant
A chaque jour qui passe, il devient plus fade
Et à l'usage de mon esprit, je le sens,
Oubli et confusion deviennent mes camarades

Mais quel terrain conquis ! Quel chemin parcouru !
En quelques décennies, que de faits accomplis !
Et tant de moments forts, et tant de vies vécues !
Et toutes ces rencontres dont j'ai tellement appris !

Et me voilà trop vieux ? Alors même qu'à peine
Je me sens enfin apte à savoir comment vivre ?
Qu'au lieu de matelot, je me sais capitaine
Maître de mon navire, avec mon cap à suivre ?

Un pied dans la jeunesse par le biais de mes mômes,
Un autre dans l'âge mur... grand écart équivoque !
Tu me penses trop vieux, mais jusqu'à ce qu'on m'embaume
Je serai un enfant. Du moins, de mon époque.
--G4rF--

mardi 5 février 2019

Poème express [135/365] - La maison jaune

La maison jaune
Elle a poussé soudain, par accès de colère,
Au détour d'un rond-point sur un terrain sans âme
Et rajouté soudain, par refus des misères,
De la vie et du cœur, et bâti un programme :

Celui de rendre tout leur honneur aux plus humbles,
De ne plus écraser les petits sous les pas
Des maîtres de l'argent, nouveaux rois de la jungle,
Mettant le monde en taille pour nourrir leur gras.

La maison jaune est là, et chaque jour accueille
Sans cri et sans reproche ceux qui en ont besoin,
Ceux que la vie a brisé sur bien trop d'écueils,
Ceux qui espèrent mieux pour l'avenir humain.

Elle est jaune d'alerte, jaune pour être vue
Jaune comme un soleil qu'on ne peut ignorer
Jaune de la couleur des blessés, des déchus,
Qui ont mis dans ses murs toute leur dignité.

La maison jaune est là, comme des milliers d'autres,
Au détour des ronds-points, sur des terres de souffrance,
A clamer pour chacun le refus des misères
Et la justice contre les rois de la finance.
--G4rF--

Poème express [134/365] - Dans le creux de ma main

Dans le creux de ma main
J'aimerais te faire sentir
Le puissant courant chaud
Qui vient pour m'engloutir
Lorsque je touche ta peau

J'aimerais partager
La vibration intense
Qui me fait frissonner
Devant tes yeux immenses

J'aimerais que tu saches
Le secret dérisoire
Qu'à ton regard je cache
Pour faire durer l'espoir

J'aimerais raconter
Au monde tout le bien
Que font tes doigts posés
Dans le creux de ma main
--G4rF--