Ah, l'écriture.
Quel plaisir.
Quelle tannée.
Qu'est-ce que j'aime ça, qu'est-ce que ça peut me faire chier.
Qu'est-ce que c'est bon, de se voir progresser, qu'est-ce que c'est dur d'y arriver.
J'ai publié cette nuit le 73ème poème de ma série. Ceci fait que j'ai atteint la barre symbolique des 20%.
C'est mieux que ce que j'espérais de ma part : il semblerait que je parvienne, peu ou prou, avec des relâchements regrettables dans ma régularité, à tenir à peu près le pari que j'ai fait avec moi-même d'arriver à écrire un texte original chaque jour. Youpi.
Je commence aussi à me prendre un peu au jeu : les opus 65, 71, 72 et 73, et le suivant sont des essais pour lesquels le mot-titre, autour duquel bâtir le texte, m'ont été fournis par une tierce personne. Ce n'est pas vraiment du "texte de commande", mais ça rajoute une contrainte (écrire sur un sujet que je n'ai pas choisi) tout en retirant une autre contrainte (trouver un sujet sur lequel écrire !).
Je tiens à jour un agenda spécifique pour mesurer l'amplitude de mes retards. En moyenne, je tourne autour de 2 jours de retard, avec quelques rares instants où tout est fait le jour J et de nombreux instants où, pour diverses raisons, je me prends 5-6 jours de retard dans la gueule, et après il faut ramer pour rattraper le coup. Il y a de la marge pour faire des progrès, mais c'est moins la cata que ce que je redoutais.
Peut-être que si j'atteins les 100% avec un retard du même ordre, je me sentirai en confiance pour relancer mon challenge "une page par jour" pour enfin arriver à pondre mon 2ème tome. Qui sait ?
J'envisage sérieusement de regrouper tous les poèmes express de cette série dans un bouquin, en autoédition de préférence, genre BooksOnDemand ou MonBeauLivre ou PublishRoom ou le Kindle Direct Publishing d'Amazon (même si je ferai tout ce que je peux pour ne pas enrichir Jeff Bezos).
J'éviterai absolument de m'embourber de nouveau dans une relation contractuelle grossièrement déséquilibrée avec un éditeur pour de faux comme celui chez qui mon premier roman est paru : dans la mesure où cette maison n'a pas respecté la loi qui l'oblige à me verser mes droits d'auteur au moins une fois par an, n'a objectivement rien fait de concret pour promouvoir mon oeuvre et n'a su qu'encaisser mon fric pour me livrer des livres imprimés (ce qu'un imprimeur eut tout aussi bien pu faire), le contrat qui nous liait est caduc et j'en suis bien heureux.
Mais bon, tout ça, c'est un peu prématuré. 20% ça fait 73 poèmes déjà écrits et 292 encore à écrire...
Souhaitez-moi bon courage les aminches !
--G4rF--
vendredi 28 septembre 2018
jeudi 27 septembre 2018
Poème express [73/365] - Soleil
Soleil
L'avez-vous vue passer ? Sentez-vous sa lumière ?
Par où est-elle allée ? A-t-elle quitté la terre ?
Si je vous parle d'elle, si je la cherche tant
Qu'à toute heure je l'appelle, de l'automne au printemps,
C'est qu'elle est un soleil qui me fit héliotrope,
L'astre qui m'émerveille, moi le vieux misanthrope.
Sa course dans mon ciel dure le temps d'un éclair
Devenu essentiel dans mes nuits sans repère
Où je pleure son absence, et soudain elle surgit
M'offrant la renaissance, brisant ma léthargie
Parfois sans dire un mot, simplement d'un sourire
Qui glisse sous ma peau de métal et de cuir
Et me va droit au cœur plus sûrement qu'une lame.
Et son air moqueur, son silence, son charme
Dégonflent toute peur, font fuir toute angoisse,
Dissolvant la torpeur, faisant fondre la glace
Et me laissant ainsi, juste libre et heureux,
Debout, à sa merci, elle que je ne peux
Approcher sans bouillir, toucher sans me brûler :
L'astre de mon désir me reste prohibé.
Craignant le sort d'Icare, je ne peux me risquer
A commettre un écart qui me ferait chuter
Alors je vole bas, baigné par sa chaleur
Puis me revient le froid et s'enfuient les couleurs
Car elle s'en est allée par delà l'horizon.
Voilà l'obscurité, mon odieux compagnon
Qui revient à la charge, et m'étreint, et m'emporte
Vers le fond, vers le large, vers des étoiles mortes.
Perdu, désorienté, sans carte ni compas,
Je m'en vais, aveuglé, au hasard de mes pas
Appelant de mes vœux le retour d'une comète,
D'un éclair dans mes yeux, d'un soleil dans ma tête.
--G4rF--
L'avez-vous vue passer ? Sentez-vous sa lumière ?
Par où est-elle allée ? A-t-elle quitté la terre ?
Si je vous parle d'elle, si je la cherche tant
Qu'à toute heure je l'appelle, de l'automne au printemps,
C'est qu'elle est un soleil qui me fit héliotrope,
L'astre qui m'émerveille, moi le vieux misanthrope.
Sa course dans mon ciel dure le temps d'un éclair
Devenu essentiel dans mes nuits sans repère
Où je pleure son absence, et soudain elle surgit
M'offrant la renaissance, brisant ma léthargie
Parfois sans dire un mot, simplement d'un sourire
Qui glisse sous ma peau de métal et de cuir
Et me va droit au cœur plus sûrement qu'une lame.
Et son air moqueur, son silence, son charme
Dégonflent toute peur, font fuir toute angoisse,
Dissolvant la torpeur, faisant fondre la glace
Et me laissant ainsi, juste libre et heureux,
Debout, à sa merci, elle que je ne peux
Approcher sans bouillir, toucher sans me brûler :
L'astre de mon désir me reste prohibé.
Craignant le sort d'Icare, je ne peux me risquer
A commettre un écart qui me ferait chuter
Alors je vole bas, baigné par sa chaleur
Puis me revient le froid et s'enfuient les couleurs
Car elle s'en est allée par delà l'horizon.
Voilà l'obscurité, mon odieux compagnon
Qui revient à la charge, et m'étreint, et m'emporte
Vers le fond, vers le large, vers des étoiles mortes.
Perdu, désorienté, sans carte ni compas,
Je m'en vais, aveuglé, au hasard de mes pas
Appelant de mes vœux le retour d'une comète,
D'un éclair dans mes yeux, d'un soleil dans ma tête.
--G4rF--
Poème express [72/365] - Vache
VacheC'était ma vache sacrée
Mais une vraie peau de vache
J'étais sa vache à lait
Elle avait l'amour vache
Vint le temps des vaches maigres
Adieu la vache qui rit
D'un coup de pied en vache,
La vache ! Elle est partie.
Me voilà avachi
Sur le plancher des vaches
A cause de ses vacheries
Et je crie "Mort aux vaches !"
--G4rF--
mercredi 26 septembre 2018
Poème express [71/365] - Paradis
ParadisTrop longtemps accroché au souvenir ténu
D'une bribe, d'un reste de paradis perdu
Luttant pour enrouler le fil des mémoires
Assemblant un puzzle de pièces dérisoires
Il sent la douleur froide du vide qui s'installe
Clé de voûte envolée, tombe sa cathédrale
Temple commémorant les instants oubliés
Qui de pierre en poussière s'effrite et disparaît
Le tourbillon du vent en disperse les cendres
Laissant la place nette, et paraissant attendre
Un tremblement de terre, un grand chambardement
L'irruption imminente d'un nouveau monument
Qui surgira soudain, tout d'or et de splendeur
Un nouveau paradis, vibrant de mille couleurs.
Des plus beaux souvenirs, jamais un ne trépasse :
Si l'un d'eux disparaît, un meilleur le remplace.
--G4rF--
Poème express [70/365] - La cour des miracles
La cour des miraclesIl y a ceux qui vivent entre eux, qui sélectionnent et qui dégagent
Les malappris qui n'ont pas l'heur de présenter les meilleurs gages.
Il y a ceux qui évoluent sans satellite, sans entourage
Seulement eux connaissent leur but, personne ne suit leur sillage.
Et il y a les incongrus, ceux qui détonnent dans le tableau
Tels des soleils derrière les nues, et qui se moquent des niveaux
Ils choisissent de ne pas choisir, de ne jamais trier personne
Loin des meilleurs et près des pires, on penserait qu'ils déraisonnent
Qu'ils ont droit à meilleure place, qu'ils se gâchent en fréquentation
De gens de peu, de populace, qu'ils endommagent leur exception
Mais quand on est un de ceux-là, on se reconnaît marginal
Cela ne se décide pas, on voudrait juste être normal
Et en cherchant la compagnie du commun, du particulier,
On lutte contre une avanie, celle d'être singularisé
Cela me parle, je l'ai vécu, enfant brillant, presque prodige
C'était moi qu'on portait aux nues, bien que cela me désoblige
Qu'il est curieux ce sentiment d'être passé sur l'autre rive,
Laissant venir le poids des ans, je peux mesurer la dérive
Le sujet devient complément, et le centre périphérie,
Gravitant autour d'un aimant, le repère change, l'ego aussi
Orbite géostationnaire, en chute toujours rattrapée,
Le satellite, la montgolfière, sur le firmament accroché
D'où je m'amuse, en petit prince, à admirer la belle étoile
Car c'est pour elle que j'en pince, elle qui veut juste être normale.
--G4rF--
samedi 22 septembre 2018
Poème express [69/365] - L'enclume
L'enclume
Fasciné par l'éclat, le tranchant de la lame,
Il soupèse l'objet, évalue son pesant,
Le fait virevolter comme un grand oriflamme
Et assomme de questions le maître artisan.
Et la forge ? Et la trempe ? Main ou marteau-pilon ?
Et quelle part de carbone ? Et combien de propane ?
Et l'homme de l'art parle, subit ce tourbillon
Pour, tant bien que mal, éclairer le profane.
Une fois rassasié, le novice s'éloigne
Et je pose mon problème à l'homme de poigne.
Sitôt le mot lâché, son œil brille et s'allume :
Enfin quelqu'un demande comment faire une enclume.
--G4rF--
Fasciné par l'éclat, le tranchant de la lame,
Il soupèse l'objet, évalue son pesant,
Le fait virevolter comme un grand oriflamme
Et assomme de questions le maître artisan.
Et la forge ? Et la trempe ? Main ou marteau-pilon ?
Et quelle part de carbone ? Et combien de propane ?
Et l'homme de l'art parle, subit ce tourbillon
Pour, tant bien que mal, éclairer le profane.
Une fois rassasié, le novice s'éloigne
Et je pose mon problème à l'homme de poigne.
Sitôt le mot lâché, son œil brille et s'allume :
Enfin quelqu'un demande comment faire une enclume.
--G4rF--
vendredi 21 septembre 2018
Poème express [68/365] - En filigrane
En filigraneGlisser un demi-mot, déposer un indice
Tourner autour du pot et compter jusqu'à dix
Laisser traîner de quoi faire naître un soupçon
Étouffer le chant du cœur derrière un bâillon
Par jeu comme par crainte, éviter d'en dire trop
Pour qu'auprès de ma flamme tu te sentes au chaud
Qu'elle brille à travers moi et me révèle morgane
De toi au point que tu le lises en filigrane.
--G4rF--
A l'ère des trolls
![]() |
| E. Zemmour (allégorie) |
J'aurais aimé être surpris à l'évocation de la récente prise de bec intervenue (apparemment hors antenne) entre Eric Zemmour et Hapsatou Sy lors du tournage d'une émission d'Ardisson.
J'aurais aimé être surpris, mais je ne le suis pas, et je pense qu'au fond personne ne l'est vraiment.
Le concert des indignations suivant la délivrance du "c'est votre prénom qui est une insulte à la France" est même assez divertissant dans sa triste prévisibilité.
Nul doute qu'en ces temps binaires se forment assez rapidement deux fronts : ceux qui disent qu'il est complètement ahurissant qu'une personne se sente dans son bon droit en affirmant haut et fort une ineptie de ce calibre, et ceux qui disent que oui mais quand même il a sa liberté d'expression et puis y'a des gens qui pensent pareil alors ce point de vue doit aussi être entendu.
Et en voyant le cirque causé par cette énième polémique sur le thème du "racisme à peine voilé Vs. on peut plus rien dire", je fais un pas de côté et je regarde le tableau. Et je me dis qu'on n'a plus affaire à des "polémistes" au sens où le mot est employé actuellement, mais qu'on est passé à quelque chose d'autre.
Je m'explique.
Commençons par demander à notre ami le dictionnaire ce qu'est un polémiste.
Monsieur Larousse, vous avez la parole :
Polémiste (nom) : personne qui fait de la polémique....ooookaaaay. Un grand merci à vous, Capitaine Évidence©.
Allons donc un peu plus loin et demandons-nous ce qu'est la polémique.
Larousse, tant que vous y êtes, poursuivez donc, mon bon :
Ah, on commence à s'approcher du but.polémique (nom féminin) : débat plus ou moins violent, vif et agressif, le plus souvent par écrit : Une polémique politique qui s'envenime.
Monsieur Littré, un commentaire ?
polémique (po-lé-mi-k') adj.1 Qui appartient à la dispute par écrit. Un écrivain polémique.Le genre polémique n'est que trop de mon goût ; j'y avais renoncé pourtant, Rousseau, à M. Moultou, Corresp. t. V, p. 253, dans POUGENS.Une théologie qui prenait et qui méritait le nom de polémique, de contentieuse, pouvait elle-même être un danger, Le Clerc, Hist. litt. de la France, t. XXIV, p. 340.Ouvrages polémiques, ceux qui se font dans les disputes littéraires, pour soutenir une opinion contre une autre.Les livres qu'on a appelés polémiques par excellence, c'est-à-dire ceux dans lesquels on dit des injures à son prochain pour gagner de l'argent, Voltaire, Mél. hist. Mensonges impr. 17.2 S. f. La polémique, dispute par écrit. Une polémique ardente.Il s'est dit dans le même sens au masculin qui n'est plus usité.Mon goût pour le polémique, Morellet, Mém. t. I, p. 196, éd. 1822.Le court polémique qui va suivre étant de pure précaution…, Mirabeau, Collection, t. V, p. 193.ÉTYMOLOGIEΠολεμιϰὸς, de πόλεμος, guerre.
Voilàààà ! Merci, monsieur Littré, comme toujours, vous avez mis le doigt dessus : "[...] qui appartient à la dispute par écrit. |...] Étymologie : guerre."
L'ami Littré a ceci d'intéressant qu'il a un contenu plus ancien et donnant souvent des indications précieuses quant à leur usage quelques décennies plus tôt... on en apprend pas mal, dans les vieilles feuilles.
Mais qu'en est-il aujourd'hui, du sens du mot "polémiste" ? Dans l'acception commune, on donnerait plutôt au mot "polémiste" le sens de "débatteur", "interpellateur", "analyste iconoclaste". En passant sous silence l'attachement étymologique du mot à la dispute et à la guerre, qui permettait de mettre en évidence que c'est un combat armé et pas très civil dont il est question. Et en omettant qu'au départ, il s'agissait plutôt de personnes présentant leur argumentaire par écrit, et ne pouvant donc s'appuyer sur des tactiques verbales pour appuyer leur propos en soufflant la parole à leurs interlocuteurs/contradicteurs/adversaires.
Sur cet aspect des tactiques verbales, il me vient le souvenir d'un Marc-Olivier Fogiel et de son "style" bien personnel consistant (pour le souvenir que j'en ai) à glisser joyeusement sur la limite entre une insolence à peu près tolérable et l'usage joyeux d'argument d'invective, d'autant plus joyeux qu'il est le fait de celui disposant du pouvoir de couper le micro (et la parole) de sa victime à tout moment, ce qu'il ne manque pas de faire.
Et à la suite du personnage MOF, le souvenir me vient de la cohorte de tous ces évèques de l'église cathodique, ces nobliaux interchangeables que la télé aime tant mettre en exergue quand elle se regarde le nombril comme elle sait si bien le faire pour occuper l'antenne. Tous ces personnages hauts en couleur mais fades en contenu qui auraient bien aimé faire du Michel Polac de la grande heure mais, dépourvus qu'ils étaient de l'indispensable colonne vertébrale culturelle qui leur eut permis de faire tenir debout leurs argumentaires, prirent le parti d'adopter, comme solution de secours, le style du roquet perpétuellement outragé, jappant à la face des gens, à vous en faire péter les tympans, sur tous les airs de l'offense au "bon sens" (LEUR bon sens), bâtissant à la hâte de leurs mots trop souvent déplacés des cathédrales d'invective ne résistant malheureusement pas plus de quelques secondes à la première analyse critique faite dans la sérénité.
Je les revois empilant argument merdique sur phrase incriminante, vite, vite, vite, pour empêcher le contradicteur d'en placer une, pour empêcher surtout qu'on revienne aux premières pierres du discours dont on pourrait alors voir que l'apparence de marbre clinquant n'est qu'un placage fait à la hâte sur la craie friable des idées mal ficelées. Des Carlier, des Apathie, des Benguigui, des Benichou, des Zemmour, des Naulleau, des Moix, des Angot... tous ont tenté l'exercice, avec plus ou moins de talent et de facilité, tous ont cédé à la pression spécifique de l'exercice polémique télévisé : faire de l'audience à tout prix, faire parler de soi même en mal, justifier son existence dans le petit rectangle lumineux de la tévé, pour pouvoir revenir et cachetonner encore. Qu'importent ceux qui passent, qu'importent les sujets traités : le seul indicateur de réussite, c'est d'être là encore la semaine prochaine. Tant que je gagne, je joue.
Si encore on était face à des gens qui posent les questions mettant en lumière d'apparentes ou réelles contradictions dans les postures des interrogés. Si encore on avait affaire à des personnes assumant le rôle parfois peu enviable de procureur des anges comme d'autres sont avocats du diable. Si encore, en somme, ils arrivaient parfois à faire du Michel Polac... mais non. Médiocre, médiocre, médiocre encore, pas de sortie par le haut, pas d'ouverture vers du meilleur, on persiste et on signe, on reste dans la circulation en boucle fermée de ce cocktail indigeste d'invective fécale qui revient s'étaler semaine après semaine, encore, encore, encore...
Car tel est au fond l'axe suivi, telle est la trajectoire empruntée par le trollage télévisé qui encombre souvent, et aujourd'hui en particulier, les unes de nos fils d'actualité : au lieu d'opposer des idées et des points de vue, laissant au spectateur attentif l'opportunité de construire son intime conviction en bon juré de débat contradictoire, après un moment potentiellement pénible d'adversité intellectuelle, on assiste à un tournoi de démolition en série digne des plus splendides heures des productions Endemol.
Résumé de l'épisode : le champion est sur le ring, comme la semaine passée, et "here comes a new challenger". Pas de souci, le champion est maître rhéteur, toujours prêt, toujours chaud. D'un coup de peinture dorée il vous habille un étron mental en brillant contrepoint et en badigeonne avec fougue et panache le visage stupéfait de l'amateur qui lui fait face, interdit par la vitesse où s'abat sur lui l'avalanche d'outrecuidance, l'averse de bassesse, la cataracte d'inepte supercherie. Le champion est déclaré vainqueur par K.O. du concours d'éloquence car ça y est, au bord du ring la cloche a fait "buzz" et on parlera du champion toute la semaine qui vient. Retour au vestiaire, les diptères coprophages de toutes les rédactions se jettent sur la merde et dissertent sur son goût, le champion déclare que son high kick final, dont plusieurs spectateurs affirment qu'il ressemblait beaucoup à un coup de genou dans les couilles, n'est pas en infraction avec le fair-play, que ce n'était en fait pas un coup de genou mais que son adversaire a précipité ses testicules sur plus fort que lui et ne peut s'en prendre qu'à lui-même...
Toute ressemblance avec un débat actuellement en cours serait, vous en conviendrez, tout sauf fortuite.
Voilà le niveau où nous en sommes rendus. Voilà de quoi est faite l'info-divertissement qui fédère, à mon grand désespoir, tant et tant de mes concitoyens venus devant le poste un peu pour s'informer mais surtout pour satisfaire une curiosité morbide et malsaine.
"Qui est-ce qu'ils vont défoncer ce soir ? Y aura-t-il du sang, des dents qui volent, des côtes cassées ? Peut-être une belle commotion cérébrale..." espèrent-ils, sans se rendre compte malheureusement que pendant qu'on amuse leur tête avec ce hochet peu ragoûtant et ce combat minable à l'orchestration attendue, d'autres saloperies méritant leur intérêt sont sagement tues par leur écran chéri.
Ils le découvriront plus tard, sans même un étonnement : tiens, l'essence est super chère, tiens, on va encore se faire rançonner sur la facture de gaz, d'électricité, tiens, la retraite de mamie va dérouiller, tiens, on va encore perdre un peu d'alloc, tiens, on va pouvoir se faire virer de son boulot par SMS, tiens, le président de la république nous a traité d'arriérés lors d'un voyage officiel... Mais bon, parlons plutôt de Zemmour et de la honte de ne pas s'appeler Corinne.
Un humoriste au talent méconnu de ce côté-ci de l'Atlantique, nommé Andy Richter, a résumé en une phrase qui m'a particulièrement marqué le problème des trolls : "argumenter avec un troll, c'est comme vouloir tuer un vampire en le noyant avec votre sang". Ceci explique le sens profond de l'expression "ne nourrissez pas les trolls" qui flotte sur les forums et autres lieux d'échange du net depuis déjà bien des années.
Si vous voulez un monde dans lequel les médiocrates comme Zemmour et ses contempteurs ne viennent plus vous faire perdre votre temps, faites un geste simple : ne les invitez pas, ne les écoutez pas, ne les commentez pas. Quand vous les voyez défourailler leur cimeterre, ne cédez pas à la tentation du spectateur des arènes romaines, ne restez pas pour le sang : barrez-vous faire autre chose de votre vie, le temps que ça se passe. Car aucun comédien ne joue pour une salle vide : ils ne servent le texte que si quelqu'un est là pour les admirer.
Quelques secondes d'écoute attentive seulement suffisent pour détecter un troll, des gestes simples suffisent pour les tenir hors de votre tête et ainsi, les éradiquer. Nous vivons à l'ère des trolls, et pour commencer à les dégager, appelons-les déjà par leur nom.
--G4rF--
jeudi 20 septembre 2018
Poème express [67/365] - Slo-mo
Slo-mo
Dépassé par les escargots
Enfumé par les paresseux
Ébouriffé par les tortues
Laissé sur place par les limaces,
Dans un long tremblement,
Interminable secousse,
Je soulève et déplace
Ma pesante carcasse
D'une idée toute proche
A l'autre tout à côté
A l'allure des pachas
Au pas des sénateurs
Etirant les secondes
En années neptuniennes
Doucement
Tranquillement
Paisiblement
Petit à petit
Au ralenti
--G4rF--
Dépassé par les escargotsEnfumé par les paresseux
Ébouriffé par les tortues
Laissé sur place par les limaces,
Dans un long tremblement,
Interminable secousse,
Je soulève et déplace
Ma pesante carcasse
D'une idée toute proche
A l'autre tout à côté
A l'allure des pachas
Au pas des sénateurs
Etirant les secondes
En années neptuniennes
Doucement
Tranquillement
Paisiblement
Petit à petit
Au ralenti
--G4rF--
Poème express [66/365] - Dans ma tête
Dans ma tête
On trouve sous mes cheveux des rouages tordus,
Et des roues édentées, et des ressorts pendants,
Les restes corrodés d'horlogeries perdues
Figées telles des statues, grippées en plein mouvement.
On trouve sous mon crâne des lianes, des ponts de singe,
Des câbles et des suspentes assemblés en bataille
Formant des passerelles, des réseaux de méninges
Dont l'architecte erre encore là, sous la pagaille.
Dans ma tête il y a tant de papiers volants,
Tant de pages arrachées aux livres que j'ai lus,
Qu'il n'y a plus de registre, plus aucun classement
Et les mots s'y égaillent, libres, sauvages et nus.
Dans ma tête je pensais ne plus pouvoir loger
La moindre babiole dans ce fouillis total
Mais pourtant te voilà, clandestine incrustée :
Sur toutes mes pensées je te trouve, à cheval !
--G4rF--
On trouve sous mes cheveux des rouages tordus,
Et des roues édentées, et des ressorts pendants,
Les restes corrodés d'horlogeries perdues
Figées telles des statues, grippées en plein mouvement.
On trouve sous mon crâne des lianes, des ponts de singe,
Des câbles et des suspentes assemblés en bataille
Formant des passerelles, des réseaux de méninges
Dont l'architecte erre encore là, sous la pagaille.
Dans ma tête il y a tant de papiers volants,
Tant de pages arrachées aux livres que j'ai lus,
Qu'il n'y a plus de registre, plus aucun classement
Et les mots s'y égaillent, libres, sauvages et nus.
Dans ma tête je pensais ne plus pouvoir loger
La moindre babiole dans ce fouillis total
Mais pourtant te voilà, clandestine incrustée :
Sur toutes mes pensées je te trouve, à cheval !
--G4rF--
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