samedi 22 septembre 2018
Poème express [69/365] - L'enclume
Fasciné par l'éclat, le tranchant de la lame,
Il soupèse l'objet, évalue son pesant,
Le fait virevolter comme un grand oriflamme
Et assomme de questions le maître artisan.
Et la forge ? Et la trempe ? Main ou marteau-pilon ?
Et quelle part de carbone ? Et combien de propane ?
Et l'homme de l'art parle, subit ce tourbillon
Pour, tant bien que mal, éclairer le profane.
Une fois rassasié, le novice s'éloigne
Et je pose mon problème à l'homme de poigne.
Sitôt le mot lâché, son œil brille et s'allume :
Enfin quelqu'un demande comment faire une enclume.
--G4rF--
vendredi 21 septembre 2018
Poème express [68/365] - En filigrane
En filigraneGlisser un demi-mot, déposer un indice
Tourner autour du pot et compter jusqu'à dix
Laisser traîner de quoi faire naître un soupçon
Étouffer le chant du cœur derrière un bâillon
Par jeu comme par crainte, éviter d'en dire trop
Pour qu'auprès de ma flamme tu te sentes au chaud
Qu'elle brille à travers moi et me révèle morgane
De toi au point que tu le lises en filigrane.
--G4rF--
A l'ère des trolls
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| E. Zemmour (allégorie) |
Polémiste (nom) : personne qui fait de la polémique....ooookaaaay. Un grand merci à vous, Capitaine Évidence©.
Allons donc un peu plus loin et demandons-nous ce qu'est la polémique.
Larousse, tant que vous y êtes, poursuivez donc, mon bon :
Ah, on commence à s'approcher du but.polémique (nom féminin) : débat plus ou moins violent, vif et agressif, le plus souvent par écrit : Une polémique politique qui s'envenime.
Monsieur Littré, un commentaire ?
polémique (po-lé-mi-k') adj.1 Qui appartient à la dispute par écrit. Un écrivain polémique.Le genre polémique n'est que trop de mon goût ; j'y avais renoncé pourtant, Rousseau, à M. Moultou, Corresp. t. V, p. 253, dans POUGENS.Une théologie qui prenait et qui méritait le nom de polémique, de contentieuse, pouvait elle-même être un danger, Le Clerc, Hist. litt. de la France, t. XXIV, p. 340.Ouvrages polémiques, ceux qui se font dans les disputes littéraires, pour soutenir une opinion contre une autre.Les livres qu'on a appelés polémiques par excellence, c'est-à-dire ceux dans lesquels on dit des injures à son prochain pour gagner de l'argent, Voltaire, Mél. hist. Mensonges impr. 17.2 S. f. La polémique, dispute par écrit. Une polémique ardente.Il s'est dit dans le même sens au masculin qui n'est plus usité.Mon goût pour le polémique, Morellet, Mém. t. I, p. 196, éd. 1822.Le court polémique qui va suivre étant de pure précaution…, Mirabeau, Collection, t. V, p. 193.ÉTYMOLOGIEΠολεμιϰὸς, de πόλεμος, guerre.
jeudi 20 septembre 2018
Poème express [67/365] - Slo-mo
Dépassé par les escargotsEnfumé par les paresseux
Ébouriffé par les tortues
Laissé sur place par les limaces,
Dans un long tremblement,
Interminable secousse,
Je soulève et déplace
Ma pesante carcasse
D'une idée toute proche
A l'autre tout à côté
A l'allure des pachas
Au pas des sénateurs
Etirant les secondes
En années neptuniennes
Doucement
Tranquillement
Paisiblement
Petit à petit
Au ralenti
--G4rF--
Poème express [66/365] - Dans ma tête
On trouve sous mes cheveux des rouages tordus,
Et des roues édentées, et des ressorts pendants,
Les restes corrodés d'horlogeries perdues
Figées telles des statues, grippées en plein mouvement.
On trouve sous mon crâne des lianes, des ponts de singe,
Des câbles et des suspentes assemblés en bataille
Formant des passerelles, des réseaux de méninges
Dont l'architecte erre encore là, sous la pagaille.
Dans ma tête il y a tant de papiers volants,
Tant de pages arrachées aux livres que j'ai lus,
Qu'il n'y a plus de registre, plus aucun classement
Et les mots s'y égaillent, libres, sauvages et nus.
Dans ma tête je pensais ne plus pouvoir loger
La moindre babiole dans ce fouillis total
Mais pourtant te voilà, clandestine incrustée :
Sur toutes mes pensées je te trouve, à cheval !
--G4rF--
mercredi 12 septembre 2018
Poème express [65/365] - La douche
La douche
Décrasse ma lassitude,
Repousse un peu le sommeil,
Offre-moi de ta quiétude,
Réchauffe moi au réveil,
Ajuste la température,
Dans ton cocon de douceur
Délasse les contractures,
Réanime le dormeur
Enveloppé dans ta brume
De vapeur bienfaisante,
Que tes gouttes d'eau rallument
Ma flamme, douche exaltante.
--G4rF--
mardi 11 septembre 2018
Poème express [64/365] - Brouillard
Lumière lointaine
Dressée derrière la nuée
Septembre embrumé.
--G4rF--
PS : hé oui, j'ai pas beaucoup dormi cette nuit. Du coup, haïku. Mais avec une belle image pour me faire pardonner.
lundi 10 septembre 2018
Poème express [63/365] - Encore
Laissez moi encore quelques semaines pour savourer la douce quiétude du soir d'été.
Rangez donc les frimas, cachez les pulls de laine.
Ne me prenez pas tout de suite ces instants.
Qu'on puisse encore aller, déambulant par-ci, baguenaudant par-là, trouver le confort simple de quelque estaminet où prendre un verre de vin installé en terrasse dans l'ombre s'allongeant des arbres du boulevard.
Qu'on puisse encore entendre les cris des enfants jouant et courant au soleil du soir, dans les aires de jeux et dans l'eau des fontaines, et les clameurs d'amis s'esclaffant, réjouis, et le claquement charmant de sandales à talon devançant l'onde du vent caressant doucement des jambes ensoleillées.
Que l'on en voit encore qui demandent leur chemin sur la route des vacances et de la découverte, embouteillant pour un instant la rue centrale du village avec leur caravane, un chapeau sur la tête et l'avant-bras rougi, heureux d'être si près de leur but final et vous disant merci comme ils ne savent plus le dire là d'où ils viennent, dans quelque banlieue où ils sont allés vivre pour être plus près du boulot.
Plus près du métro.
Qu'encore pour quelque temps la sensation légère et dérisoire de vivre hors de la pression, de faire durer en bouche le goût d'ivresse lente de jours fabuleux passés sans les compter en bonne compagnie persiste. Persiste. Persiste...
Laissez moi me remplir de ces doux souvenirs, de la chaleur aveugle d'un volet ouvert le matin transperçant mes paupières et m'emplissant de vie, comme une claque adressée à toutes mes cellules criant "debout, lève-toi, le jour est enfin là, remue toi, sors !", et moi restant planté malgré cette douleur à me laisser envelopper de chaleur, comme je restai planté pas plus tard qu'hier soir, moitié nu en pleine nuit sous un ciel plein d'étoiles, la tête dans l'espace et les yeux grand ouverts.
Laissez moi engranger ces pépites de beau, moi qui pourtant souffre de l'excès de chaleur et n'apprécie rien tant que l'immaculée blancheur d'un manteau hivernal de neige fraîche étendu tel un voile sur le monde assoupi.
Il m'en faut encore quelques-unes pour être bien certain de tenir, sur mon visage, le sourire à l'endroit jusqu'au prochain printemps.
Encore quelques-unes.
Encore...
--G4rF--
Poème express [62/365] - Vénère S.A.
Vénère S.A.
Dans la famille Vénère on est entrepreneur
De père en fils on a le métier dans le sang
On sait vous fabriquer de la rage en primeur,
Premier choix de colère, pure à cent pourcent.
Dans la famille Vénère on a les gènes taillés
Pour les déchaînements et les crises majeures
D'un petit rien du tout on sait vous distiller
Une hargne morbide qui vous ronge le cœur
De la famille Vénère je suis le descendant
Devenu patriarche et gérant de l'affaire
Je raffine à l'extrême les ressentiments
Concentré d'amertume pour vous scier les nerfs
Dans la famille Vénère on garde les secrets
De fabrication de la haine absolue
À ce sujet je vous prierai d'être discret
Car nos stocks sont vides depuis que j'ai tout bu.
--G4rF--
Poème express [61/365] - La chasse
La chasse
Je passe par dessus des épaules voûtées
La veste rouge empesée des jours de combat
L'air piquant de froidure me saisit sur le pas
De la porte. Début Septembre, fin d'été.
Je m'en vais en chasse sans fourbir une seule arme
Derrière les frondaisons mon gibier est tapi
Je l'y ai laissé vivre, et je l'y ai nourri
Et je vais le traquer sans verser une larme
Devant moi la forêt de l'imagination,
En son sein des idées, et moi leur prédateur
Qui les débusquerai par instinct créateur
Tâchant ma gibecière du sang de l'invention
--G4rF--


