lundi 12 janvier 2015

Même pas (si) peur (que ça)

11 Janvier 2015. A la faveur d'une coupure dans ma petite journée, je m'aperçois de la nécessité de mettre au clair et en ordre de compréhension mes réflexions sur le tumulte de la semaine.
Je vais parler de ceci : ce qu'est Charlie Hebdo pour moi, ce qu'est la presse satirique pour moi, ce que représente l'attaque, ce que représentent les mobilisations, ce que je pense des réflexions pro ou anti manif, ce qu'il en est de la récupération politique, ce que m'inspire l'avenir.
  • Ce qu'est Charlie Hebdo pour moi

Charlie Hebdo, c'est un de ces ovnis de cette presse dont je suis aujourd'hui friand. Mais pour être parfaitement honnête, il y a un moment que je n'achetais plus Charlie Hebdo, alors que, dans un passé pas si lointain, j'étais dans la file de ceux qui l'achetaient au kiosque chaque semaine (parce que je suis pour le maintien des kiosquiers). Cela a duré grosso modo jusqu'à l'époque de l'affaire Siné.
A ce moment-là, Philippe Val était rédac'chef depuis un bon moment. Mes opinions sur ce bonhomme étaient mitigées : plein de choses qu'il écrivait étaient en accord avec mon ressenti, d'autres en flagrant désaccord.
L'affaire Siné --qui fut viré comme un malpropre pour un billet pas plus outrancier que les autres où il soulignait l'opportunisme du grand fils de Sarko qui à ce moment là se convertissait pour épouser religieusement sa fiancée, riche héritière-- a été le révélateur pour moi de la nature intrinsèquement bouillonnante d'un périodique satirique.
Le déchirement interne qui a eu lieu à ce moment, déchirement qui vit Siné partir fonder son propre canard --Siné Hebdo, qui devint plus tard ce qu'il est encore aujourd'hui, Siné Mensuel--, déchirement qui vit Cavanna écartelé entre le respect dû à l'intégrité morale de Siné --collaborateur de longue date-- et son impuissance à voir celui-ci écarté d'un journal que lui, Cavanna, une des plus magnifiques plumes qu'il m'ait été donné de lire, avait créé avec Choron, ce déchirement était beau.
Car il montrait de l'intérieur ce qui se passe quand un conflit interne dans un canard se produit sans qu'une issue puisse être trouvée, et ça, on ne le voit jamais au grand jour.

Depuis, j'ai potassé mon histoire. J'ai appris qui est Delfeil de Ton, qui est Rémi Malingrey, j'ai appris à comprendre et approuver la nécessaire férocité du ton de Siné, qui est ce que l'on fait encore aujourd'hui de plus proche d'une liberté d'expression employée à bon escient : quel que soit le cas, et particulièrement quand il voue aux gémonies tel ou tel individu ou organisation, c'est toujours et systématiquement en son nom propre qu'il s'exprime, usant d'ailleurs (c'est devenu très rare) de sa propre écriture manuscrite et de ses propres dessins pour le faire.

J'ai appris à comprendre ce qu'était Charlie Hebdo, et pourquoi il s'appelait comme ça. Ce qu'était la Grosse Bertha. J'ai appris qui était Georges Bernier, alias le professeur Choron, apparemment doté d'une ambivalence d'humaniste épicurien et de quasi-escroc grandiose et passionné, prêt à (presque) tous les excès pour faire quelque chose d'énorme à chaque nouveau numéro. Choron, le père de Michelle Bernier que je voyais faire l'andouille avec deux comparses dont Mimi Mathy au "Théâtre de Bouvard" sur la télé familiale, avec les Inconnus qui étaient alors 5, et tant d'autres.

J'ai découvert la face de Cabu qui était invisible pour moi jusque là, quand je voyais ce gentil bonhomme discret à coupe de Mireille Mathieu faire des crobards chez Dorothée. Du coup, je suis allé lire le Canard Enchaîné, et je n'ai plus jamais arrêté. Le grand Duduche, l'adjudant Kronenbourg, les nouveaux beaufs... Et du coup, je me suis ouvert sur les autres, Wozniak, Lefred-Thouron, et tant d'autres, et là j'ai vu que Lefred dessinait aussi dans Fluide Glacial, dans lequel on trouve aujourd'hui Bouzard, qui dessine dans le Canard aussi, et la galaxie du dessin de presse et de la caricature m'est donc apparue en partant de Charlie.

J'ai découvert le contexte politique de ces années-là. Les années post-gaulliennes, les années Giscard, les années Pasqua. Les affaires : les diamants, Urba Graco, les fausses factures... J'ai compris des faits politiques, j'ai compris la logique de l'ORTF, la voix de l'état toute-puissante dans laquelle quelques empêcheurs de penser en rond rigolards envoyaient des pavés à la gueule de la bien-pensance, parce qu'il faut toujours un bouffon pour rappeler au roi sa condition humaine.







Bal tragique à Colombey : 1 mort.

Un exemple brillantissime de mauvais goût utile.





  • Ce qu'est la presse satirique pour moi
Tu l'auras compris, patient lecteur ou patiente lectrice, j'ai d'abord (et comme tout le monde) découvert la presse satirique par les couleurs criardes d'un canard qui s'appelait Charlie Hebdo, qui faisait rigoler mon tonton Jean-Luc et qui, au début comme tout le monde, m'a choqué par son irrévérence, puis m'a amusé par son contre-pied systématique de la pensée dominante.
En ouvrant ce journal, j'ai aussi découvert des articles bien écrits, bien léchés, des coups de gueule argumentés, et un esprit ouvert : on pouvait lire Charlie et ne pas être d'accord, mais force était de reconnaître que Charlie avait des arguments à faire valoir.

Dans la presse satirique, personne n'est irréprochable, pas même le journal lui-même qui est capable de s'auto-foutre de sa gueule. Seule règle : il faut que le contenu soit bon, sinon, ça ne se vend pas et le journal capote.

C'est arrivé à bien des titres de cette presse.

A la notable exception du Canard Enchaîné, qui affiche une bonne santé insolente, presque tous les titres irrévérencieux et décalés ont fini par admettre la présence de pub dans leurs colonnes, ce qui les a privés de leur liberté éditoriale et les a précipité vers un consensus pourri, direction le rayon des magazines, coincés entre Closer et Le Chasseur Français.

Pour moi, encore aujourd'hui, à travers des titres comme le Canard Enchaîné, Siné Mensuel, CQFD, Bakchich et Charlie Hebdo, c'est une image juste du monde qui nous est restituée par le dessin en creux de tout ce qu'il dégueule.
Je connais peu d'exemples d'autres media capables du même degré de justesse, alliant le désespoir de l'humour noir au plaisir féroce ressenti en voyant des cuistres gonflés de leur importance remis à leur juste place (avec un taquet derrière la tête et un "p'tit con" pour faire bonne mesure). L'un d'eux est le "Daily Show" de Jon Stewart, que je rêverai d'avoir le privilège d'adapter à la France. Si vous ne connaissez pas, jetez vous dessus, c'est du grand art.

La presse satirique n'a de compte à rendre à personne d'autre que ses lecteurs. Elle se doit d'être juste et pertinente dans son propos, d'être amusante et d'informer, car de la fidélité de son seul lectorat dépend son avenir. Malheureusement pour nous, l'actualité locale ou internationale lui offrira du grain à moudre sous forme de saloperies et de bassesses justifiant de nouveaux numéros pendant de longues années encore.

La presse satirique relève ce défi chaque semaine. Je l'achète chaque semaine. Et si vous ne le faites pas, je vous tire la langue virtuellement. Na.

  • Ce que représente l'attaque
Le 7 janvier 2015, j'étais au boulot près de la gare de Lyon dans le XIIème, autant dire à peine à une borne de là où le carnage a eu lieu.
Quand mon pote Manu m'a parlé de ça, j'ai cru qu'il se foutait de ma gueule. Et, curieusement, ça a fait le même effet à tout le monde au fur et à mesure que l'on informait les collègues environnants.
"Naaan, tu déconnes ? Nan ? Oh meeeeeerde..."
Ceci résume assez justement l'état des réflexions de l'instant.
Ensuite, la machine à penser au delà du superficiel se met en route, et on essaie de comprendre. On suit l'actualité à travers la fenêtre de l'ordinateur et des news Internet. On parle de lance-roquette. De 4 morts, puis 5. Trois agresseurs. Des Allahou Akbar. Des "on a vengé le prophète".
Tandis que la journée progressait, j'ai échangé avec mon ami ToM quelques SMS, dans lesquels je lui faisais part de ma première pensée : "si avec ça on se bouffe pas 40% pour le FN dans les prochains scrutins, ça sera un putain de miracle".

Dire ce que représente l'abattage systématique à l'arme de guerre de plumitifs, de journalistes, de dessinateurs, d'un agent d'entretien, d'un correcteur et de deux flics, bah...
C'est un putain de meurtre de masse. Doublé d'une tentative vouée à l'échec dès le début de faire taire ceux qui s'autorisent à blasphémer parce que la loi le permet (et devrait le permettre partout, si vous voulez mon avis).
Mélenchon a déclaré que c'était un assassinat politique : effectivement, c'est une tentative grotesque et démesurée de foutre la pétoche et de faire fermer leur gueule à des incroyants --donc un geste politique-- qui a été effectuée par le biais de meurtres délibérés --donc c'est un assassinat.

Manque de pot, les mecs qui l'ont commis --et dans l'actualité d'autres pays que la France, c'est bien plus fréquent que d'aucun le pensent-- n'ont pas bien mesuré que l'immense majorité de la population mondiale ne respecte que très vaguement les lois de leurs religions respectives (quand ils en ont une), ceci pour des raisons assez simples à expliquer : quand tu écris un code de vie qui dépasse les 10 pages, ça devient vite très très difficile d'écrire une chose sans se contredire dessus plus ou moins largement quelques pages ensuite. D'où interprétation. D'où divergence de points de vues. D'où conflits. D'où pain dans la tronche, et tout ce qui s'ensuit.

C'est le grand problème des religions dites "du livre", qui prennent un tel plaisir à se scinder, se défier, s'auto ou s'intermassacrer depuis tant de temps, pour une virgule mal placée, un verset "satanique" ou que sais-je encore, entre textes apocryphes et retouches contestables, chacun étant susceptible de passer en un instant du statut d'inconnu au statut d'infidèle éliminable à l'envie, sans qu'un seul geste ou une seule parole de sa part ne puisse expliquer le basculement. Mauvais endroit, mauvais moment, mauvaise foi ? Oui, mauvaise foi, très certainement. Mais laquelle, au fait ?
Faut dire aussi qu'il y a une telle différence entre la religion hébraïque, qui ne connaît qu'un dieu, la religion catholique, avec sa divinité unique, et la religion musulmane, définitivement monothéiste... Je rigole à peine.

Cette attaque pose un problème aussi parce qu'il faut bien se rendre compte que l'influence d'un titre de presse comme Charlie Hebdo sur la politique française, notamment à l'extérieur, notamment en ce qui concerne les relations avec les pays à dominante arabe, notamment avec les organisations plus ou moins extrêmistes dans leur interprétation des commandements coraniques et leurs visées politiques, hé ben cette influence est quasi-nulle.

C'est triste à dire, car Charlie Hebdo pratique peu la langue de bois et sert souvent des vérités (crues), mais entre le poids et l'influence globale d'un Charlie Hebdo ou d'un Figaro, ben y'a pas photo.

En visant délibérément ce journal, faisant de la provocation un élément de son vocabulaire journalistique autant qu'un argument de vente auprès des passants devant le kiosque, les allumés qui ont fait leur massacre se sont totalement gourrés de cible : les apostats de la presse satirique sont un poil à gratter qui n'a jamais empêché vraiment les basses manoeuvres des gouvernements plus ou moins policiers qui se sont succédés à la barre de la France.
Tout au plus les révèlent-ils, en prévenant parfois certaines, ou amoindrissant leurs conséquences : pas vu, pas pris, mais si vu, on la joue profil bas.

"Je n'ai rien à voir avec ce blog ni cette blague"
"Je n'ai rien à voir avec
ce blog ni cette blague."
En clair, c'est une attaque stupide qui, j'en suis convaincu, va attiser le feu sous la marmite des connards qui voudraient nous faire croire que l'islam est particulièrement dangereux. Alors qu'il suffit de regarder Grand Corps Malade et on voit bien que c'est pas méchant. Bah oui, parce que Grand Corps Malade, y' slam.*
*Cette blague gratuite vous est livrée telle quelle et sans garantie de rigolade, mais moi je trouve que ça détend bien l'atmosphère qui devenait un tantinet pesante.
Non, décidément, à l'instar de toutes les religions --à l'exception du SubGenius-- l'islam est (à mon sens) dénué d'une valeur critique essentielle car il accepte qu'on puisse le rejoindre mais pas qu'on puisse le quitter. D'où prosélytisme.
Et le prosélytisme, c'est d'la merde, voilà ce que j'en pense, et voilà la faille de toutes les religions pour moi. Maintenant, si t'as envie de croire en Dieu, Allah, Jehovah ou au Monstre Spaghetti Volant, pas de problème tant que tu viens pas m'empêcher de vivre relax.
  • Ce que représentent les mobilisations
Je suis allé Place de la République avec mon pote Brice, où je suis resté un petit moment. J'avais peur, en m'y rendant, d'être un peu tout seul comme un con avec mon p'tit papier "Je suis Charlie". Coup de bol, y'avait du monde. Et quand je me suis barré pour rentrer chez moi gérer les mômes avec madame, il y avait de plus en plus de monde. J'étais content. Pourquoi ?
Parce qu'il est impossible de nier le caractère spontané du mouvement (ça c'est le premier point fort) et qu'il est extrêmement agréable de voir les réseaux sociaux jouer un rôle suffisamment positif pour voir des gens aller vraiment dans la rue.
Avec le mouvement des gilets jaunes, j'ai vécu plus d'une fois la déconfiture triste et sordide de la manif à laquelle tout le monde annonce participer et qui, une fois les comptes faits, s'avère pas si suivie que ça, peut être parce qu'il faisait pas beau et qu'en fait c'est plus facile de cliquer sur "Participer" dans un événement Facebook que de bouger son boule et aller manifester.
C'est ce que j'appelle l'effet "Révolution point com", dénoncé longtemps avant moi par No one is innocent, et je vous recommande de lire les paroles si vous ne les connaissez point.

Mais là, que nenni. Du monde, du monde, et encore du monde. Avec toutes les couleurs de peau (ça fait beaucoup) et tous les sexes possibles (ça fait moins mais c'est bien quand même). Et un air profondément sonné sur une grande part des visages.

A la première seconde où j'ai pesé la décision d'aller ou pas rendre hommage aux victimes, la question s'est imposée : "non mais attends, là, ducon... Charlie et les satiriques, les irrévérencieux, tu penses vraiment que ça va dans le sens de ce qu'ils promeuvent d'aller participer à une pleurnicherie collective pleine de bons sentiments ? Penses-tu vraiment rendre hommage à leur esprit, à leur défiance face à la menace maintes fois renouvelée des connards étroits du bulbe qui confondent un dessin de presse et une injure à leur foi ?".
A cet instant, je me suis dit que, quand même, mon dialogue intérieur était vachement classe, avec des expressions comme "maintes fois renouvelée". Waouh, quel homme. Quel charisme. Et quelles chevilles.
Et je me suis dit aussi que, malheureusement, ce n'était pas à Charlie Hebdo qu'il fallait rendre hommage, car du haut de ma considérable expertise dans le domaine de la presse satirique, je savais que Charlie survivrait et que sa prochaine couverture serait sûrement écoeurante d'outrage et à crever de rire. Non, c'est à la liberté de proférer son opinion qu'il fallait apporter son soutien.

Voilà ce que je comprends et que je déclare quand j'écris et affiche "Je suis Charlie". Je veux pouvoir donner mon opinion librement, et donc me prendre une volée de "tas gueule crétin" si mon opinion est stupide. Je veux pouvoir parler et argumenter sans avoir peur de me prendre une bastos parce qu'un quelconque décérébré a décrété pour l'ensemble du monde qui l'entoure que désormais, sans son autorisation en 3 exemplaires, bah on avait le droit de bien fermer sa mouille et pis c'est tout.

Alors, les mobilisations, oui, j'appuie, parce qu'elles sont citoyennes. Et si Charlie Hebdo titre mercredi "Veuillez nous excuser pour cette interruption momentanée de l'image et du son", et tire à boulets rouges dans ses colonnes sur tous ceux qui sont allés comme moi lever symboliquement leur majeur face à la connerie pour affirmer un "même pas peur" global, hé ben je rigolerai doucement parce que je sais lire entre les lignes, parce que Charlie fera du Charlie et que donc on peut encore compter sur lui pour faire rougir les suffisants.

Je vois ces manifs comme un hommage à l'idéal républicain de droit à l'ouvrir sans crainte. "Je suis Charlie", c'est le mot d'ordre. Rien de plus.

  • Ce que je pense des réflexions pro ou anti manif
Pour ce qui est des pro-manif, s'ils envisagent cela comme je pense que cela doit être fait, c'est à dire comme une expression citoyenne collective mais d'initiative individuelle, alors j'approuve. L'idée républicaine, et notamment les 2-3 lignes des textes fondateurs qui renvoient à la liberté d'expression, doit être de temps à autre publiquement appuyée par les citoyens eux-mêmes, et pas uniquement par les guignols variables qu'ils envoient pantoufler à l'Elysée ou ailleurs.

Pour les anti-manifs, je me tâte. C'est après tout un élément important de la liberté d'expression que la liberté de fermer sa gueule. Et je considère personnellement qu'un citoyen français a parfaitement le droit de conchier Charlie Hebdo par tout moyen légalement toléré à sa convenance et de regarder avec le plus vif mépris ceux qui ont la même démarche que moi. De même, on a aussi le droit de ne pas aller manifester et d'être en désaccord avec les arguments pro-manif, sans pour autant se torcher avec la liberté d'expression (puisque justement, on s'en sert, là).

Je réserve toutefois un peu de venin pour ceux qui déclarent ne pas vouloir participer aux marches ou autres regroupements plus ou moins organisés parce que, j'en cite certains, "[ils] ne [veulent] pas défiler à côté de Hortefeux, Hollande, Sarkozy ou Netanyahou". Certes, mes gaillards, vous êtes dans votre bon droit en affirmant ainsi votre choix. Mais si vous considérez les choses de la sorte, c'est sans doute que le message martelé par la belle harmonie de la machine médiatique vous a convaincu que la fameuse "union sacrée" était le fait de politicards et à l'initiative d'iceux. Or, c'est faux, cela ne peut être que faux, et cela DOIT être faux.

L'idée républicaine, et voltairienne pour l'occasion, est que la république permette à toutes les idées de s'exprimer. Pas plus de droit pour les fumiers de tel bord de s'exprimer que pour les bâtards de tel autre.
Et tel que je vois les choses, quand je marche avec de parfaits inconnus et que je respecte une minute de silence collective, je suis plutôt content de voir ce paquet de citoyens qui, en d'autres circonstances, se colleraient sans doute des pains dans la gueule parce que l'un vote FN et l'autre NPA, mais qui sont réunis là pour soutenir quelque chose de plus important que les querelles d'opinion : le droit à avoir des querelles d'opinion.
C'est un fait tellement banal de notre pays qu'on en oublie très vite qu'il est quasiment inatteignable dans tout un tas de pays moins friqués et bardés d'IPhone que le nôtre. Mais voilà, chez nous, on a ce droit. Pas de police religieuse. Pas de police politique.
Certes, on n'est pas à la fête, loin de là, et quand on met bout à bout les politiciens professionnels véreux et carriéristes, les législations scélérates et liberticides, les media lèche-boule et le culte du pognon et du cul, on a du mal à se retenir de vomir.
Maiiiiis... on a le droit de vomir, et d'écrire pourquoi, et c'est précisément ce droit que j'exerce en alignant des signes sur mon clavier pour que toi, gentil et très très très courageux lecteur (ou lectrice), tu t'en fasses ta propre opinion. Après, tu as le droit de m'écrire en commentaire que tu trouves ça génial ou à chier, que tu approuves tout ce que je dis ou que tu n'y vois qu'un tissu d'inepties ou, plus probablement, un truc qui flotte quelque part entre ces deux extrêmes.
Donc, aller manifester avec Sarkozy, Hollande ou Netanyahou, moi, personnellement, ça me foutrait des boutons (et si quelqu'un est intéressé à savoir pourquoi je me tiens à sa disposition pour en causer peinard). Mais là, c'est juste un citoyen français comme moi qui arpente le même pavé que moi, pour soutenir le droit à ouvrir sa gueule.
"Je ne partage pas les opinions de
Monsieur G4rF, et c'est pourquoi j'ai
décidé [... blablabla ...]"

Je n'y vois aucun problème, et je n'approuve pas le bonhomme pour autant. Que l'on se rassure, d'ailleurs : Sarkozy ne m'approuve probablement pas non plus. Je suis sûr qu'il n'a pas voté pour moi, le p'tit salaud. :)





  • Ce qu'il en est de la récupération politique
Avant dernier chapitre de ce fleuve logorrhéique : la récupération politique.
Je sais, je suis de parti pris, ou c'est en tout cas ce qu'une bonne moitié de mon lectorat va penser en lisant la phrase qui suis. Mais quand même, j'approuve de nouveau les propos tenus par Mélenchon dans sa conférence de presse (18 minutes, quand même, ça pique les yeux au bout d'un moment, sans parler de la prise de son à chier, mais c'est un autre débat).
Soyons clairs : je me méfie comme de la peste des figures politiques qui vont dans le sens de ma pensée. J'ai trop souvent été déçu par les virages pris ultérieurement par des gens auquel j'apportais mon crédit. Donc, prenez ces mots avec les précautions nécessaires : sur ce coup-là, dans ce contexte-là, j'approuve ses paroles.
Et par rebond, je désapprouve presque toutes les autres paroles de tous les autres représentants politiques.
En résumé (très très résumé), Méluche a dit "c'est un assassinat politique, l'organisation des hommages ne doit pas être le fait du pouvoir, c'est aux syndicats et associations de préparer les choses, et les organisations politiques doivent se mettre à leur disposition pour aider si on les sollicite".

Brochette d'officiels
(avant cuisson)
Bilan des courses, aujourd'hui : une brochette de proches endeuillés, suivis d'une brochette de chefs d'état et de figures politiques, suivis de tout un bordel de citoyens.

Pour les chefs d'état, mon opinion est mitigée : je pense que décréter le deuil national est une mesure valable, je pense que le chef de l'état français a sa place comme tout citoyen dans la marche de soutien à la valeur républicaine de libre expression, et je pense que s'il prend l'envie à d'autres chefs d'état de s'afficher là comme soutiens de cette libre expression, a fortiori quand il s'agit du meurtre de journalistes d'un canard satirique de première force qui leur a à peu près tous chié dessus dans un passé plus ou moins proche, tout n'est pas à jeter. Forcément, le geste est politique, et vu l'aspect péjoratif pris par l'adjectif "politique" ces dernières années, il y a dans cette attitude une évidente récupération pour se faire une belle image de défenseur de la liberté d'expression à peu de frais. Mais la prochaine fois qu'on verra l'un ou l'autre de ces bonshommes évoquer le fait de faire fermer sa gueule à un journal peu flatteur, on pourra leur coller les images de la marche sous le nez, et ça, ça servira à quelque chose.

Pour les responsables politiques sur place, bravo à ceux qui ont marché au milieu des quidams et sans déployer de drapeau aux couleurs de leur parti. Quant aux autres, que dire... marcher en groupe d'intérêt commun, c'est un contre-sens évident du principe d'acceptation de l'expression divergente des autres. Et faire péter les drapeaux et les fanions, c'est nul. Mais bon, ces nuls sont nos concitoyens, et ce jour-là ils ont été plus cons que citoyens. J'espère que ça leur passera.

Pour les responsables politiques qui n'ont pas fait le déplacement en prétextant la récupération par les autres ou le refus de se joindre à cette prétendue mascarade, j'espère que les prochains scrutins seront l'occasion pour tous les citoyens anonymes qui ont marché aujourd'hui de leur signifier aimablement à quel point ils apprécient d'être pris pour des moutons.

Enfin, pour les citoyens anonymes, justement, vous faites là chacun preuve de la seule récupération politique qui ait un sens à mes yeux : la récupération de votre pouvoir par vos pas dans la rue. Ça fait partie des droits des citoyens, et bordel j'estime que c'est aussi un devoir d'occuper le terrain, sinon une enflure l'occupera pour vous. Oui, je sais, c'est grandiloquent, mais je n'en démordrai pas : l'absolue totalité des véritables avancées républicaines ont été faites par le peuple en conquérant l'espace public. L'espace public est à tout le monde. Donc, vous y êtes chez vous : ne laissez personne tenter de vous convaincre du contraire.*
*toutefois, si vous essayez de faire un sit-in au milieu d'une autoroute, il est à craindre qu'un 35 tonnes ne réussisse définitivement à vous convaincre dans un délai très bref : soyez citoyen, pas con-citoyen.

  • Ce que m'inspire l'avenir.
De la pétoche. Clairement.
Ouhlà, je vous vois venir, avec vos gros sabots virtuels : "ouh l'autre, il a peur parce qu'il va y avoir des attentats, et ça va péter de partout dans toutes les rédactions, et on pourra plus rien dire". Hé bin non, perdu. D'ailleurs, si vous avez réussi à me lire jusque là et que c'est ça que vous pensez, je me demande ce que vous prenez comme drogue, parce que ça m'intéresse.
Si j'ai la pétoche, c'est parce que comme toute grande secousse, elle va être accompagnée de répliques de plus ou moins petit format, d'effets collatéraux, de dommages, et ça, ça me fait flipper. Je m'explique.
Il n'a pas fallu trois jours pour que des imbéciles de vengeurs du dimanche s'en prennent à des mosquées, accrochant aimablement tête et viscères de porc à la porte d'entrée, balançant des grenades à plâtre avec un courage formidable mais, quand même, de nuit (sans doute pour mieux voir le flash de la détonation, ah, ces esthètes du plastic...). Certains nazebroques ont poussé le vice jusqu'à plastiquer un kébab. Hé ouais. Vous avez bien lu.
Quelle connerie, la guerre de religion. Et en plus, je sais
plus où aller bouffer, ce midi, moi.
Alors, l'histoire ne dit pas s'il y avait un contentieux particulier entre Jean-Kévin Leboulet et Mohammed du kébab (sans doute ce misérable avait-il mis trop d'oignon et pas assez de sauce blanche dans la dernière commande de Jean-Kev), mais on en est là.
Je pourrai rappeler commodément le sketch de Pierre Desproges intitulé "Les rues de Paris ne sont plus sûres". Je pourrai citer des dizaines de personnes, hommes ou femmes, français ou étrangers, qui ont fait le même constat que l'immense majorité d'entre nous (la connerie est un virus contagieux) et nous ont mis en garde à leur façon.

Seulement voilà, je vois dans cette histoire et dans la suite potentielle la révélation à la face de toute la population française (et du reste du monde par extension) d'une réalité déjà ancienne : ça chie dans le ventilo chez nous. Et par définition, quand ça chie dans le ventilo, tout le monde est éclaboussé. Je me re-explique.

Je suis blanc. Je suis un homme. Je dépasse allégrement le mètre quatre-vingt-dix. Et j'ai une bonne grosse tête de français de souche (pas de bol, je suis d'ascendance hollandaise). Le nombre de contrôles policiers que j'ai vécu dans ma vie se compte sur les doigts d'une seule main. Dans bien des cas, lesdits contrôles ont eu lieu alors que j'étais en présence ou accompagné de personnes (connues ou inconnues) dont l'aspect gaulois n'était pas des plus prononcés.
J'ai grandi dans la ville nouvelle des Ulis, en Essonne, qui brille par une spécificité bien à elle : grâce à la proximité de la zone d'activités commerciales de Courtaboeuf, où l'on trouve les sièges sociaux français de petites boîtes discrètes comme Microsoft ou Hewlett-Packard, la ville des Ulis est une des rares villes nouvelles dont on n'entend quasiment jamais parler. Il y a des tours, des HLM, des dalles en béton, du trafic, du racket, mais l'essentiel de mes souvenirs de cet endroit et de ceux que je connais et qui y vivent encore, c'est qu'on y vit pas si mal.
Là-bas, mon père était inscrit au club de savate, et les trois-quarts des licenciés n'avaient pas franchement une tronche de françaoui de base. Et ils se tapaient dessus (forcément, c'était un club de savate, suivez, un peu). Et chaque année, pour l'aïd, mon père était invité par ses potes, et j'y allais aussi, et un jour j'ai vomi quand j'ai vu le mouton sur la broche mais bon, j'avais 5 ans, j'étais émotif. Aujourd'hui, j'irai sûrement m'en resservir une tranche.
Or, pourquoi je vous raconte tout ça ? Parce que plus je m'informe, et plus j'ai l'impression d'avoir eu la chance inouïe de passer ces moments de mon existence dans un cadre idyllique, où on en avait absolument rien à battre de prendre Mohammed ou Jean-Christian dans son équipe de foot (sauf que là, ça compte pas, Mohammed il jouait bien mais il était perso, et Jean-Christian était spécialisé dans les buts contre son camp). C'est peut-être parce que ça a trait à ma jeunesse et que j'embellis mes souvenirs, mais je m'en foutais complètement.

Puis-je objectivement dire aujourd'hui, quand j'allume la télé sur les chaînes gratos de la TNT et que je vois s'enquiller en début de soirée les reportages sur la drogue et la violence et les vilains pauvres profiteurs du système et les dealers, que le monde dans lequel j'élève mes gosses pratique un discours d'impartialité objective ? Quand j'entends, comme ce fut le cas le 8 janvier 2015 au matin, dans un café, à la télé, un mec de BFMTV décrire (et je cite avec des pincettes) le suspect du meurtre de la policière municipale comme "un homme de race noire", moi, je gerbe intérieurement. J'ai l'impression que tout est à refaire. Un homme de RACE noire ? Race ? Vous êtes sûrs, là ? Vous voulez pas appeler un ami, de préférence moins con ?

Je lisais il y a quelques temps une interview de Neil DeGrasse Tyson, physicien et vulgarisateur scientifique américain. Il disait à peu de choses près les mots suivants : "une société ne peut apporter à l'éducation de ses enfants que le meilleur de ce que les parents savent. Quand on s'interroge sur la faiblesse du niveau des enfants à l'école, c'est peut être qu'il faut commencer par améliorer le niveau des parents".
En écrivant ça, je pense à Jamel Debbouze, qui disait dans un sketch : "mais les jeunes de banlieue ils en ont marre des hommes politiques qui leur font des tas de promesses qu'ils tiennent jamais. Ils voient bien que l'ascenseur social il est coincé au 2ème sous-sol et qu'il pue la pisse". Bah c'est toujours vrai, et ça participe fortement du problème selon moi.
Il apparaît souhaitable dans tous les cas de pouvoir mesurer ce qui peut amener les glandus de France qui partent jouer à boum-boum la guerre (mais y'a aussi des glandues, qui s'imaginent sans doute en saintes soldates et ignorent que pour la plupart, elles se taperont la bouffe des barbus avant de leur servir de femme de réconfort, ce qui est plus délicat à prononcer que pute de campement).
C'est donc extrêmement dommage, en tout cas c'est mon opinion, que les frères Kouachi et Amedi Coulibaly aient été abattus et n'aient pu être traduits en justice.
EDIT : comme le précise l'ami Brice, ça fait d'ailleurs 3 morts à ajouter au body count final. Y'a eu 20 morts au total, donc, dans l'affaire.

Outre le fait que ça aurait évité de les faire passer pour martyrs auprès des dingos de tous les pays qui vont désormais élever des bourrins meurtriers au statut de bienfaiteurs de l'inhumanité, outre le fait que ça aurait donné aux proches des victimes l'occasion de très certainement voir les assassins payer de la totalité de leur liberté le prix de leur folie...
Figure de réussite sociale pour adolescent désoeuvré
(illustration)
ça aurait aussi permis de décortiquer finement l'empilement des causes sociales qui ont abouti à faire de paumés qui, si j'ai bien tout compris, n'aspiraient à une certaine époque qu'à grapiller un peu du swag malsain d'un Tony Montana en fumant et en faisant de la petite délinquance, des brutes sanguinaires faisant la guerre sainte à des dessinateurs, des flics en vélo et des clients d'épicerie.
Casher, certes, mais d'épicerie quand même.
Et si vous comprenez pas que, là, en mettant le casher à part, je blague, recommencez à me lire du début. Sans les voyelles, tiens, ça vous apprendra.

Je flippe de voir toute une bande de connards jouer les vengeurs. Je flippe de voir les fachos remporter des voix chez tous ceux que la tentation de la peine capitale fait mouiller (dommage qu'ils ne connaissent pas les statistiques d'erreurs judiciaires, ça les ferait peut être réfléchir). Je flippe de voir le respect du droit, qui est central dans tout ce qui constitue une société non barbare, céder le pas aux pulsions irréfléchies de bigots et d'anti-bigots aussi radicalement étroits du bulbe les uns que les autres.
Mais le côté positif, c'est que la plupart des connards en question ont fait leur coming-out sur twitter et facebook, invectivant et menaçant tant et si bien qu'il n'y a plus qu'à se baisser pour constituer la liste des blaireaux à installer devant quelques bouquins bien ardus ou bien tordus ("La république" de Platon, ou "Mein Kampf" de Gros Con). Je me demande s'ils verront le parallèle entre le djihad et le liebensraum... Ceci s'adressant bien sûr aux abrutis assassins autant qu'aux têtes pleines d'eau qui pensent que leur mort, assortie pourquoi pas de celles de tous ceux qui les approuvent, serait un pas en avant pour notre beau pays de France.

Et derrière tout ça, fatalement, la question de l'éducation citoyenne. Celle de la responsabilité des politiques face au traitement inégal des minorités, à la ghettoisation, à l'abandon en rase campagne des zones de non-droit et de leurs habitants. Celle du vacarme médiatique, diluant les vieilles recettes de la peur et de l'angoisse pour mieux vendre des tunnels de pub avec des bagnoles trop chères et des lessives qui lavent plus blanc. Celle des contrôles policiers au faciès, violemment stimulés par les amendements anti-terroristes et liberticides qui s'empilent depuis des années, qui font qu'aujourd'hui, même le mec qui n'a rien à se reprocher à peur de se faire pourrir par des policiers tout puissants.
Après le 11 Septembre, les Etats Unis ont passé le Patriot Act, qui a donné des pouvoirs étendus aux forces de l'ordre et aux armées, ce qui n'est jamais sans conséquence. On l'a vu avec Abou Ghraib, avec Guantanamo, on le voit avec de multiples affaires de Noirs abattus par des policiers ou des milices locales parce qu'ils avaient seulement l'air suspect. Tirez d'abord, discutez après, ça n'a pas toujours été le principe aux US, il faut que ça se sache : c'est récent.
La France espère-t-elle faire face avec succès au défi de l'intégrisme en empruntant un chemin qui a mené les Etats-Unis, superpuissance s'il en est, à l'échec en Afghanistan et en Irak, et sur son propre sol à une poussée inédite des communautarismes là où le mythe du "melting pot" était si fièrement présenté comme indissociable de la nature profonde de la nation ?

En clair, que fait-on dans ce pays pour donner une chance équitable à tous, et pour qu'un citoyen avec une tronche non-blanche ait l'impression d'être français avant d'être suspect ? Que fait-on pour que la France, vue de l'extérieur, ne soit plus un joli petit pays rempli de gros cons ?

Vous, je sais pas. Mais pour moi, le premier pas vers ça, c'est la marche. Et j'ai pas si peur que ça.

--G4rF--

dimanche 5 octobre 2014

Le verrou

Le verrou

Comme reculant dans l'ombre par peur de la lumière
Des mots chavirent et sombrent dans une mer de misère
Dont le fond se hérisse de ces vérités tues
Qui du cœur des abysses émettent un chant ténu


Mer des actes manqués, des paroles tronquées
Des sentiments réels qu'il fallait déclarer
Tout de go, tels qu'ils sont, car c'est là qu'ils sont purs
Magnifiques et coupants, provoquant la blessure

Ce sont ces mots qu'enfant on déclame comme ils viennent
Parce qu'ils sont évidents, comme l'amour et la peine
Puis un jour la douleur, ou la peur d'en souffrir,
Rhabille les mots du cœur jusqu'à les engloutir


Et qu'il n'en reste plus, errant à la dérive
Qu'un air de déjà-vu, pensée inexpressive.
Dans l'abîme sous-marin les non-dits pleuvent en ruine
Geignant doucement pour qu'enfin on les exprime

Ces mots emprisonnés sont des verbes dangereux
Qui nous font voir nos âmes jusqu'au blanc de nos yeux
Révélant le brutal, l'écorché, le haineux,
L'éperdu, le damné et enfin l'amoureux


Relégués au rebut, ces sentiments croupissent
Et teintent d'amertume les heures les plus propices
Faisant de nous des ombres, sfumati impalpables
De franchise et justesse devenus incapables

Alors, à la surface de nos mers intérieures,
Nous flottons là, sans but, dans l'écume des rancœurs
Dirigées vers nous-mêmes, lâches et prisonniers
D'une geôle de mutisme dont nous avions la clé


Qui attend, quelque part, à portée de nos cœurs
Il nous faudra plonger, l'extraire à la noirceur
Mettre à jour nos épaves quoi qu'il puisse en coûter
Briser les vieilles entraves et dire la vérité

--G4rF--

lundi 22 septembre 2014

Odieux connard

Hé non les amis, je ne parle pas de moi, là.
Je fais référence (vite fait) à un blog qui parle de cinéma et aussi de société, avec le genre d'humour noir que j'affectionne au plus haut point.
Sam, c'est pas forcément ton pote...
Pub copinage à 2 balles, je le confesse, mais franchement c'est d'la balle.

Alors, au hasard, je recommande de lire les articles suivants :

Tout ça se lit ici, sur le blog d'un odieux connard. J'achète !

--G4rF--

mardi 9 septembre 2014

fork();

Multitâche non préemptif
A donf, le G4rF. Non seulement je recommence à blogger, mais en plus j'ai ouvert un nouveau blog spécialement dédié à ma lutte sociale actuelle (contre la réforme dite des "rythmes scolaire").

Si ça vous branche, ça peut se lire ici : Ne marchez pas dans la réforme.

--G4rF--

vendredi 5 septembre 2014

Fich(tr)e de lecture - "Flashback" de Dan Simmons

J'ai lu ça, et c'était bof.

Quelle étrangeté, mes amis.
Dan Simmons, pour moi, ce n'est pas n'importe qui.
C'est d'abord l'auteur de "L'échiquier du mal", première de ses œuvres à laquelle je me suis attaqué il y a maintenant un bon paquet d'années.
C'est ensuite l'auteur de l'époustouflante série des Cantos d'Hypérion, riche, belle, puissante saga tirant vers la poésie, l'introspection philosophique, le space opera, l'épouvante (le gritche, mes amis, le gritche ! La vache, quelle trouvaille, ce croque-mitaine qui tue à rebrousse-temps !).
Viennent ensuite Ilium et Olympos, relectures épastrouillantes des écrits d'Homère dans une perspective futuriste tout bonnement incroyable, fulgurante de créativité, paraissant partir dans 20 directions divergentes qui finissent par se réunir en une unité qui fait sens.

C'est caca beurk, mais j'aime bien !
Enfin, Terreur, sur un autre rythme, un autre temps, plus proche de nous et cette fois bien plus mâtiné de fantastique que de cette science-fiction dans laquelle il excelle (selon moi).

Jusque là, rien à dire, pas un reproche à faire qui ne puisse être empreint d'une subjectivité sur l'écriture, le déroulé du récit, la manière de faire ci ou ça... donc rien de bien méchant.

Et pis, boum, début de l'été, plus rien à lire, je me paie "Flashback". Et là, je ne comprends plus très bien.



Je ne vais pas te spoiler l'histoire, mon z'ami, la quat' de couv' le fait déjà suffisamment, et vers le milieu du bouquin on comprend à peu près vers quoi va tendre la fin.
C'est une enquête policière dans un genre d'USA post-ap' (ça veut dire post-apocalyptique pour les prétentieux dans mon genre qui aiment les apocopes sanglantes).

Ce qui me chagrine un peu, dans ce bouquin, au delà du fait que la fin n'est pas excessivement dure à anticiper (a contrario des bouquins de S-F précités), c'est le discours politique.
OK, je prends note, sur la couverture, y'a écrit "Roman", ce qui signifie dans tous les cas de figure que tout ce qui suit ces 5 lettres est à verser au crédit de la fiction.

Pour vous la faire courte, le gars nous explique que les affreux musulmans --ouh là là môman j'ai peur envoie moi une bonne goulée d'eau bénite dans mon pastaga pour me purifier avant la sainte côte de porc au barbeuk-- ont bombardé Israël, formé un machin désigné comme le "Califat Global", et que le système occidental s'est effondré sous le poids lancinant des aides sociales distribuées gratos à tout le monde (et certainement pas à cause des hedge funds, sociétés écran et autres paradis fiscaux façon Delaware qui font des Etats-Unis l'autre pays de l'arnaque).

Danny, mon petit Danny, sans vouloir faire ma Madame Moisie : c'est pas brillant.

J'ai peine à croire qu'un garçon de ton âge, Danny-boy, soit suffisamment benêt pour donner foi aux cris d'orfraie des néo-libéraux ultra conservateurs façon Rick Perry ou Donald Trump qui annoncent le cataclysme/la fin du monde/la banqueroute (biffez la mention inutile) à l'occasion des récents débats américains sur la loi imposant une couverture de santé minimale à tout le monde.
J'y crois à mort !
Alors okay, à Mickey-sur-Capital-Land, ça fait bizarre, y'en a même qui disent que c'est une mesure socialiste (ils connaissent pas les nôtres, de socialistes, sinon ça leur ferait sûrement moins peur). Mais bon, des aides sociales qui mettent à terre le pays le plus riche de la planète ? Des méchants musulmans qui veulent dominer le monde et qui arriveraient à se mettre d'accord pour y régner sur une bonne moitié, alors que c'est l'Islam est la plus jeune des 3 religions du livre et qu'elle a déjà connu un paquet de schismes comme tout dogme qui se respecte, avec tous les conflits fratricides qui viennent avec ? Des japonais qui prennent le pouvoir aux U.S.A. et qui parviennent à reconquérir la Chine pour imposer un nouveau shogunat ? Le tout, en quoi, en 2035, ou en 2055, je sais même plus ?

A qui veux-tu faire croire ça, mon Danonino ? T'es pas sérieux, mec, ça tient pas debout et t'es décevant à agiter des éventails fétides et faciles que des populistes irrités du bulbe ont frénétiquement branlotté avant toi. Et pour couronner le tout, le dernier espace de liberté est (j'invente rien) la République du Texas ! Daaaaa-llaaaaas, ton accueil-euh si agréééaaaaaaableuuuuh... mais bien sûr. T'as déjà entendu parler de marmotte et de papier d'alu ?

Non mais j'vous jure, ça paraît excessif, tel que je viens de l'écrire, mais je l'ai ressenti avec cette force-là, le "non mais il s'fout d'ma gueule, çui-là !".

Objectivement, et sans vouloir se la péter, ta S-F est de haut niveau (8ème Dan ? Warf !) et c'est pas tout le monde qui va avoir le courage de s'accrocher sur tes pavés de 800 pages par tome pour aller au bout de ces histoires, bien qu'une fois arrivé ça en vaille la peine.
"Ludiquement parlant, ça me désoblige"

Or en proposant ce virage hors de ton domaine habituel avec un argumentaire faiblard et bien peu construit, que tu le veuilles ou non, ton lecteur a l'impression tenace d'être pris pour un con, et jusqu'à la fin du bouquin ce sentiment ne m'a pas lâché.

C'est de la fiction, mais de la fiction au goût de flotte, et ça agace tellement qu'on en zapperait presque l'histoire pour protester contre le chapelet d'énormités de ce genre qui s'égrène paresseusement dans les espaces de blanc que tu as laissés autour de ton histoire.
Sérieux, pour moi, t'avais sûrement des factures à honorer, ou la charpente à refaire, enfin un truc à la con qui coûte du fric, et ça aboutit à ce machin qui me déçoit profondément, je crois que ça se sent.
Toi aussi, cale tes pieds de table
avec un ouvrage de qualité !
RMA, de G4rF, en vente partout
où on peut l'acheter !

Mais ne nous refait plus ce coup-là, s'te plaît, j'ai déjà assez de cales pour mes tables bancales. ;)


--G4rF--

...on air...


...ahem...
...
...brrrrmmm brooopf...
...
...un deux, un deux...
...
...vous m'entendez ?... oui ?... ok, cool !... merci d'être venu si nombreux, merci à vous tou...à vous... euh, merci à toi.


Hé oui, l'improbable est arrivé.
L'impensable, l'incroyable.
J'ai décidé de reblogger.

Après plus d'un an et demi de coupure.


Même pas peur.

Désormais, "La Futilité pour les Nuls", c'est fini. Bienvenue sur "Quaerens sensum", qui a la même prétention que le précédent, c'est à dire gratter la poussière qui enkyste mes synapses et voir si, par hasard, il n'y aurait pas là-dedans quelques trucs valant le coup d'oeil.

Des chroniques, des billets d'humeur, de la mauvaise foi, de la politique, des trucs débiles et d'autres juste un peu moins... les habitués connaissent, les autres s'y feront bien.


C'est sans garantie de résultat, mais ça va me plaire, je l'sens.

Stay tuned.


--G4rF--

lundi 15 avril 2013

Du vent dans les saules...

Voilà un magnifique titre sans signification, pour un article qui revient aux sources de ce qu'est ce blog. La futitilititété. Pour les tanches. Enfin, un truc dans ce genre-là.

Vous le savez, vous qui par un curieux caprice du destin revenez ce jour sur la page d'expression individuelle d'un gars infoutu de finir de publier une recette de gâteau ou une recommandation d'attitude politique : ce blog, c'est vraiment n'importe quoi. C'était n'importe quoi, en tout cas.

Je dois vous passer quelques infos qui vous expliqueront, à vous les amis que je n'ai pas vu depuis longtemps, et à vous les pas amis que je n'ai jamais vu, ce qui fait qu'on peut abandonner un anti-journal intime pendant aussi longtemps et y revenir d'un coup, comme ça, un dimanche ensoleillé aux alentours de minuit, just for foune.

Info number ouane : j'en ai chié des briques en carbone kevlar depuis la naissance en 2010 de ma deuxième gamine. Je n'imaginais pas, à l'époque, l'épreuve physique que représenterait le fait d'être violemment privé d'un sommeil nécessaire et réparateur pendant DEUX PUTAINS DE LONGUES ANNEES.

Tout le monde a l'impression qu'on peut imaginer ce que c'est. C'est faux. Mais on peut facilement s'approcher de l'expérience en mettant en place un environnement spécifique où, mettons, la personne que vous aimez le plus au monde vous empêche systématiquement de cumuler plus de 3 heures de sommeil, et ce pour les raisons les plus foirasses du monde. Et ça dure. Et ça dure. Quand vous avez envie que ça s'arrête, ça continue. D'un coup, ça stoppe, mais ça reprend 3 jours après. Quand vous avez envie d'en venir aux mains, ça continue. Quand vous hurlez que ça vous tue à petit feu, ça continue. Quand vous envisagez sérieusement un meurtre simple et silencieux, à la faveur d'une mauvaise lune, ça continue.

J'y suis passé. Y'a des gens que je méprise profondément, hein, des qui n'ont aucune excuse pour être les imbéciles satisfaits qu'ils sont, qui ont tous les moyens de changer ça et aucune envie de le faire. Hé ben, même à ces cons-là, je ne le souhaiterais pas. Ou alors pas trop. Pas longtemps. Enfin, le minimum syndical, quoi.

Info number tou : je suis passé par des moments de profonde déprime (ça colle parfaitement avec la privation de sommeil, l'occasion de tirer des constats très nietzchéens sur l'influence du contenant (le corps) sur le contenu (le jus de méninge). Ma vie personnelle a été un foutoir sans nom. Vous n'avez pas besoin d'en savoir plus si vous n'êtes pas déjà au courant ou que vous espérez que je déballe mon intimité relationnelle, en pleine crise de logorrhée nocturne.

Info number tou et demi : mon fidèle groupe de zique m'a tout simplement explosé dans les mains pas plus tard que la semaine dernière.

A cette occasion, j'ai envie de traiter quelques individus d'andouilles, d'autres de pauvres nazes et enfin quelques-uns de blaireaux, mais d'une certaine façon, faut être honnête : ça me rend un peu service.

Franchement, j'en avais ras-le-bol de glaire d'assumer la continuité d'un mode de gestion des crises qui m'a systématiquement vu faire profil bas, au nom du sacro-saint principe qui veut que le tout vaut plus que la somme des parties et qu'un singe affamé évite de casser les couilles de celui qui le nourrit en bananes. Mais voilà, au bout d'un moment, l'amertume de la banane, tu peux plus l'oublier, même par la grâce improbable de la diversion incarnée par l'ineffable beauté callipyge qui nous servit le boire et le manger lors de notre dernier concert à ce jour. Enfin, de notre dernier concert. Au Hideout de la gare du Nord. Qu'elle était belle, cette fille, blonde avec des dreads et de quoi faire pousser des bourgeons sur un arbre pétrifié, nom d'une couille de petit pois...

Bref. Ras-le-bol d'écraser ma gueule quand quelqu'un, par ailleurs potentiellement fort aimable ou joyeusement primesautier, me sort une connerie olympienne, élyséenne, himalayesque pour justifier son refus de ne pas faire [mentionner ici n'importe laquelle des milliards de choses que des gens de mon groupe ont dit qu'ils feraient et qu'ils n'ont jamais été foutus de faire parce que ce sont des artistes, des gens sensibles, qu'ils faut les ménager et donc éviter autant que possible de leur dire d'aller se faire déplisser la rondelle à l'aide d'une batte de base-ball, même quand ce serait manifestement la seule chose à faire pour évoquer avec justesse l'émotion qu'ils évoquent en moi entre deux crises de haine dévorante pour la connerie ordinaire et la médiocrité canivaloïde*].

Pendant des années, mon leadership musical c'était : gentil, arrangeant, moyennement coercitif, en mode diplomate. Ya basta, putain de merde ! J'ajouterai même bite, car tant que j'y suis à placer du juron et à faire dans le vulgaire, je peux au moins ramener la conversation vers un sujet simple et globalement maîtrisé par mon innombrable lectorat d'environ... euh... vous êtes combien, à me lire, au fait ? Tiens, question surprise de G4rF : si tu me lis, écris-moi un commentaire avec le nom de ton dessert préféré. Et si t'as pas de dessert préféré, trouve-t-en un vite fait, car sinon ta vie manquerait de sens (et de glucose). Et lâche un commentaire avec son nom. C'est bien plus intéressant qu'un compteur de visites, et c'est plus personnel (et débile) aussi, ce qui me sied avec nettement plus d'adéquation.

Bref, les HaggiS sont dans le coma, suite à des licenciements suivis d'une démission. Et moi, ben ça me rend triste, mais je suis content aussi de pouvoir ôter de mon crâne la casquette étroite du négociateur permanent, et de pouvoir dire ce que je pense.

Tiens, exemple de ce que je pense et que je ne pouvais pas dire : les gens qui disent qu'ils mixent, et qui mixent pas, et qui après t'expliquent que c'est ta faute, ben ils méritent l'étiquette de Jean-Foutre écrite à la plume d'oie à l'encre de chine, parce que c'est ce qu'ils sont.

Ceux qui disent que "C'est toi que je t'aime", c'est pas de la musique, ils feraient bien de se rappeler qui produisait les Inconnus, qui il a produit avant, qui il a produit après, et de s'apercevoir que sans la musique, tu peux facilement retirer 50% du succès des Inconnus. Ca n'ôte rien à leur talent (moi je les connais et je kiffe leurs conneries depuis l'époque Philippe Bouvard/Seymour Brussel/Smaïn)(d'ailleurs, que devient Chi ? Qu'est-ce qu'il était fort, ce mec-là...). Mais voilà, "Auteuil Neuilly Passy", ça a beau picorer sévère dans l'auge de Maceo Parker, c'est de la musique. Et la Negra Bouch'Beat, ben c'est pareil. C'est de la musique. Quand je chante ce truc devant 200 personnes et que 200 personnes gueulent le refrain, je trouve qu'elles sont dans le vrai. Du coup, me dire que c'est pas de la zique, c'est une connerie galactique qui aurait mieux fait de rester sur orbite au lieu de venir me péter les tympans (et les carreaux) en enfumant mon atmosphère.

Ouais, trop cool, G4rF dit du mal, il aime bien dire du mal, il continue.

Ce que je pense, c'est qu'un bon musicien, c'est quelqu'un qui met son caractère dans sa musique, au lieu de lui mettre une casquette de maton, à son caractère de merde, et à lui faire tirer à vue du haut de son mirador sur tout ce qui a le malheur de s'approcher de sa petite chasse gardée musicale à la con de mes yeukous. On a le droit d'aimer, on a le droit de pas aimer, mais quand on est musicos, on argumente sur du concret, bordel !

Ce que je pense, encore et toujours, c'est qu'il n'y a pas loin de la bande de potes à la bande de cons, et de la bande de cons au foirage intégral. Et que, du haut de ma petite expérience de leader d'un groupe amateur inconnu et infoutu d'avancer pour tout un tas de bonnes mauvaises raisons, ben j'ai développé mon 6ème sens de l'araignée et de M. Night Shyamalan qui me permet de sentir le passage d'un niveau à l'autre. Et là, les voyants sont au rouge cramoisi depuis environ 6 mois (ceci n'obérant en rien que certains desdits voyants ont fini par péter un vaisseau et se vider de leur sang comme des merdes, car si y'a bien une chose de plus parlante qu'un voyant rouge vif, c'est un voyant mort et plein de mouches nécrophages).

Du coup, après cette unique journée ensoleillée depuis l'an douze cent vingt trois après la naissance des HaggiS, journée qui m'a vu débiter des bûches à la scie à main au lieu d'aller me prélasser tranquillos sur la pelouse et de faire joujou avec mes gamines, ben j'éprouve le besoin de revenir sur ces pages parler de ma gueule et de mon cul.

The times, they are a-changing, disait Bob a-Dylan. Oué, bien vu l'aveugle, si ça c'est pas la sagesse en pack de douze, moi chuis Bouddha !

Oui, les temps changent, les gensses aussi. Mes centres d'intérêt, eux, ont une certaine tendance à la fixitude. Je vois bien, au fur et à mesure que j'écris ces lignes que je relirai demain en me disant régulièrement "putain, mais là on y panne rien" et "t'écris vraiment comme un goret, ducon", je vois bien, donc, que j'y prends du plaisir.

Plaisir facile et logorrhéique, mais plaisir quand même, du genre solitaire mais présentable (après ce plaisir solitaire là, tu peux serrer la main de quelqu'un sans voir passer sur son visage l'ombre fugace d'une inquiétude sournoise tandis qu'il essaie de deviner si t'es droitier aussi pour ça).

Et j'aime faire de la zique, même si y'a plus que mon ToM et mon Ceubri pour donner du corps au quotidien à mes projets musicocos.

Pour ce qui est de mon cul, figurez-vous qu'après l'épisode HaggiS, ça me pique un peu. Bien qu'une charmante personne de ma connaissance ait, à la suite d'un désopilant concours de circonstances et d'une maladresse hilarifiante, proposé d'apaiser ma douleur avec des bisous, ça se soigne tout doucettement.

Non, en fait, si j'évoquais là-haut le vent dans les saules, c'est pour une autre raison. Raison que j'exposerai dans le prochain paragraphe, si seulement il n'était pas déjà occupé par ce qui suit, et qui constitue la restitution en mode copier-coller du mail que j'ai envoyé à tous les anciens HaggiS lorsque j'ai prononcé l'arrêt de mise en standby prolongé de mon groupe. Parce que, oui, c'est MON groupe. Du coup, la raison viendra au paragraphe encore après (suivez, un peu, quoi !)(c'est pourtant clair...).

Salut à vous tous, les HaggiS d'hier ou d'aujourd'hui,

Pour certains, les HaggiS, c'est un vieux souvenir, pour d'autres une sale histoire,
ou une belle, ou une bonne expérience.

Aujourd'hui, après un bon paquet d'années à courir après leur identité, Les HaggiS
ferment boutique pour une durée indéterminée.

Au moment même où, enfin, il enregistrait un peu sérieusement ses compositions les
plus valables, le groupe s'est fissuré et a fini par péter.
Ces six derniers mois ont été particulièrement éprouvants, ça a été la pire crise que
le groupe a connu (et vous savez tous que le groupe en a connu un bon paquet, pour
avoir été là et les avoir subies), et après 2 départs forcés et un départ volontaire,
il reste le batteur... et moi.
Je suis notoirement fatigué par tout ce foutoir, et je regrette l'époque du tout début
où les HaggiS, c'étaient juste des cons qui voulaient reprendre du FFF et boire des
reubié. On jouait moins bien, mais on rigolait plusse bien.

Sans faire trop dans le larmoyant, je veux que chacun, copain ou ex-copain, ami ou
non, sache que sa contribution, petite ou grande, à cette histoire foutraque n'est pas
passée inaperçue et a permis de faire grandir ce truc bizarre et de lui faire vivre
quelques grands moments. On a fait de belles merdes, on a aussi fait de belles choses,
et sans vous c'était impossible. Merci pour tout.

Je reste persuadé que ce groupe est un truc à part, je reste convaincu qu'on a fait
de la bonne musique, et je m'autorise présentement à faire usage de tout ce que nous
avons créé collectivement, pas par intérêt personnel (vu qu'on n'en vendra pas 2
titres, notant qu'il n'y a toujours rien de mixé définitivement), mais parce que
j'aime cette zique et je veux la faire exister.

Côté projets, voilà où j'en suis, moi :
- je vais finir avec ToM le mixage des morceaux qu'on a enregistrés - ça devrait être
bouclé fin de semaine pro, et ceux que ça intéresse sont invités à me le signaler, je
leur ferai passer ;
- je vais activer le side-project loufoque "Phatee's Life" (avec ToM) - ça va être de
l'électro-con, tout un programme, et on a un album complet à faire ;
- j'ai 4 morceaux à faire avec l'ami Brice pour notre mini-projet "Les violeuses de
poulpes", et les contributeurs sont bienvenus pour peu qu'ils acceptent de faire
n'importe quoi, de donner suite à des demandes débiles et de laisser leur dignité de
musicien au vestiaire ;
- j'ai des propositions pour ziquer avec d'anciens HaggiS... ça me tente pas mal ;
- et si j'ai le courage de remettre le bouzin en route, après un petit moment pour
laisser cicatriser le cul qui me fait plutôt mal présentement, je vais rebooter les
HaggiS en mode simple et fonky, avec tous ceux qui seront assez tarés pour refaire
un bout de route avec ma gueule.

A la revoyure mes lapinou(te)(s), faisez de la musique,
G4rF

Nous y voilà, donc. A la raison de ce titre mystérieux, de ce retour impromptu et peu crédible sur le devant d'une scène enkystée de poussière et qui sent à peu près pareil que l'ascenseur social depuis environ 45 ans**.

J'ai eu l'occasion de m'apercevoir qu'une citation à moi qui est de moi et est donc absolument mienne serait tout à fait à sa place dans une collection à la wikiquote, mais qu'elle a peu de chances d'y apparaître parce que je ne suis pas encore suffisamment connu (ou mort) pour avoir le droit d'être cité comme référence. Ca doit sans doute tenir à ma passion pour les échecs. Et si vous avez pour 2 sous de neurones sous le capot, vous aurez compris que je n'aborde rien qui ait un rapport avec Karpov ou Spassky.

Vous me direz, quand vous l'aurez lue, que c'est juste de l'essence ordinaire à citation, hein, c'est le genre de phrase de bon sens qui encrasse un peu les carbus et qui fait pester le mécano de l'esprit quand il s'aperçoit à la prochaine vidange-graissage que c'est tout encalaminé et qu'il va en chier des pelleteuses fluo à tout décaper à coups de lime.

Mais quand même. Voilà. C'est mon petit enfant monstrueux. Et, vu qu'il a l'heur de s'attirer la sympathie de quelques comparses informaticiens, je vous le plante ici, là :

Quand tout devient urgent, plus rien ne l'est. ©G4rF, 2008.


Mettez-moi ça sur Wikiquote, et peut-être trouverai-je en moi la force de finir d'écrire mon 2ème livre.

G4rF

* ça veut dire : digne du caniveau. C'est de moi. Copyright dans ton cul, et tout ça.

** : je crois que c'est dans "Le guide du routard galactique", tome 2 (donc, le dernier resto ekcétra ekcétra), que Douglas Adams décrivait ça comme "une odeur d'impatience". Décidément, pour te pondre une image percutante et efficace, y'a pas plus balaise que des satiriques et des humoristes.

mercredi 29 février 2012

Pourquoi je voterai Front de Gauche (et pourquoi toi aussi tu vas le faire)

Voilà voilà. J'ai toujours pas fini de remettre en forme ma recette de gâteau-fort, le post est dans les tuyaux mais il me manque le temps de finir.

Toutefois, contrairement à l'usage foutraque que j'ai eu de ce blog ces derniers mois, m'éloignant pas mal de la chose politique, j'éprouve de plus en plus le besoin d'exposer ici un argumentaire, mon argumentaire, qui explique pourquoi je vais orienter mon vote vers le Front de Gauche à la prochaine présidentielle. Je vais sans doute rééditer ce post plusieurs fois, donc il va pas être fini tout de suite. Mais j'invite ceux que le sujet intéresse à rester attentifs aux mises à jour à venir.



Débutons par une réflexion classique, qui m'aurait transformé en scolopendre si on m'avait greffé une nouvelle jambe à chaque fois que je l'ai entendue : "A gauche ? A droite ? Quelle différence ?"
Oui, quelle différence aujourd'hui, me dis-je, entre ceux qui se réclament de la gauche, ceux qui se réclament de la droite, ceux qui se réclament du centre. Et quel(le) candidat(e) devrait avoir ma préférence, à moi, éminent politologue s'il en est puisque je lis l'intégralité du Canard Enchaîné, de CQFD, de Zélium, de Siné Mensuel et du Monde Diplomatique. Bon, j'avoue, je ne fais pas les mots croisés du Canard. Je suis trop mauvais pour ça. Bref.
Déjà, il me semble que poser les termes du problème politique français de cette façon, c'est prendre de biais un problème à aborder de face.

La gauche, c'est quoi ? C'est le PS ? C'est Mélenchon ? C'est les communistes ? Les anars ? La CNT ? Force Ouvrière ? La CGT ? La LCR ? Non.
La droite c'est quoi ? Bayrou ? Sarkozy ? Villepin ? Coppé ? L'UMP, le RPR ? Le FN ? Non.

La gauche, à l'origine une position par rapport au centre de la pièce des députés dans les premiers hémicycles des premières assemblées nationales, c'est d'abord un groupe de notions applicables à la vie en communauté, en société.
La droite, c'est EXACTEMENT pareil, sauf que les notions sont différentes.



Quelles idées vous viennent quand on vous parle de notions de gauche ? Et de droite ?
On va en citer quelques-unes en vrac : éducation, mérite, exclusion, protection, sécurité, prévention, répression, réussite, intégration, culture, défense, rigueur, développement, croissance, décroissance, stabilité.
Desproges disait dans un de ses spectacles : "Qu'on soit de gauche ou de droite, on est hémiplégique, disait Raymon Aron, qui était de droite". C'est, à n'en pas douter, un constat à tirer de toute réflexion personnelle sur la politique française telle qu'elle se pratique.

Il paraît en effet, en tout cas il me paraît, peu vraisemblable de parvenir à monter et faire tenir en place une société entièrement basée sur des idées de gauche. Que de la prévention, jamais de répression, par exemple, et va expliquer dans ce cas qu'on ne punisse pas les méchants.
Il paraît peu vraisemblable de parvenir à monter et faire tenir debout une société entièrement basée sur des idées de droite. Que de la récompense au mérite, jamais un coup de pouce, et va expliquer au bonhomme né sans bras qu'il n'a pas sa place dans l'élite car il n'est pas productif (comme si c'était volontaire de sa part).

Partant de là, pour parler uniquement du champ sécuritaire, je conclus que la répression des troubles commis envers la société doit être nécessairement accompagnée avec la même constance et le même entêtement d'actions visant à éviter que lesdits troubles ne soient amenés à être commis de nouveau. Prévention et répression vont nécessairement de pair si l'on monte un système de vie en société posant des règles prédéterminées (à comprendre dans le sens de : "une société où tout le monde ne connaît pas intimement tout le monde", donc différente des règles applicables à un schéma de société bien plus petite genre village des schtroumpfs où les aptitudes et tendances de chacun sont connues et structurent la mécanique communautaire avant même que des règles supplémentaires ne s'appliquent).
Il en va de même pour moi de toutes les idées duales qui se font face comme des chiens de faïence sur la gauche et la droite de l'étagère des idées : l'une ne va pas sans l'autre, sinon y'a déséquilibre. Et un système déséquilibré, c'est comme un soufflé sorti trop tôt du four : ça s'effondre.



Extension de la réflexion : un programme de société, présenté par une personne assumant la représentation d'un fort courant d'opinion, se doit d'intégrer une part mûrement réfléchie de tendances de gauche et de droite pour espérer assurer la stabilité du système dans la durée (comprendre "le temps", hein, pas les macarons).

Corollaire : il va de soi que, si je constate à l'instant du choix un excès de représentation des idées d'un bord, il est nécessaire de s'assurer de la présence d'une portion non négligeable des idées de l'autre bord aux manettes de l'appareil de gouvernance. En évitant bien sûr d'aller dans l'excès inverse, hein, tout connement parce que faire "à gauche toute, à droite toute, à gauche toute, à droite toute", ça s'appelle slalomer, ça donne mal au coeur et c'est un coup à prendre les lignes droites en virage et réciproquement (comme l'eut dit Pierre Dac).



Quid alors de ma volonté désormais publiquement assumée de voter Front de Gauche aux prochaines présidentielles ? J'y viens.

[EDIT]

J'ai eu l'occasion de nombreuses fois de débattre de tout côté avec des amis ou connaissances sur le choix politique via l'élection, comment l'envisager, comment le faire, comment y trouver son intérêt. En mettant à part les sujets de fond touchant à la validité même du concept électoral tel que nous le pratiquons (car il y a de quoi penser autour de la vieille antienne "élection, piège à con"), j'ai raffiné mon jugement jusqu'à la conviction suivante : étant massivement éduqués à la mollesse et l'apathie pour ce qui concerne la vie politique dans notre pays, nous pouvons considérer qu'un premier pas correct visant à renverser la tendance de dépossession du peuple de son avenir consiste à faire un choix réfléchi et critique dans l'isoloir (le deuxième pas étant le renversement des instances gouvernantes par ce qu'il est convenu d'appeler une révolution, laquelle pose le problème de signifier "un tour complet et on revient à son point de départ" et pose aussi la difficulté de la destruction coûteuse du fruit du travail passé au titre de la symbolique du renouvellement). Ouf.

Qu'est-ce qu'un choix réfléchi et critique dans l'isoloir ?
Mon opinion est qu'il est urgent d'exorciser la passion pour l'image et le paraître (appelons ça la "pipolisation", du novlangue "pipo", mensonge) que l'action combinée des media "informatifs" de masse, l'appareil publicitaire et l'apathie dans laquelle nous clapotons chaque jour nous fait passer pour un mode de jugement normal. Derrière l'homme et la femme politiques, regardons l'action passée et les prétentions futures.
Déjà, ça, en soit, c'est une petite révolution.
Car j'en ai vu des pelles, des gens comme vous et moi, affirmant sans rougir qu'ils avaient voté Sarkozy parce qu'il était sexy (sic), qu'il avait des couilles au cul, qu'il faisait ce qu'il disait (re-sic).
J'en ai croisé qui disaient qu'il était urgent qu'une femme arrive au pouvoir. Pour moi, envisager la féminité seule comme premier remède aux maux de la société, c'est con comme de dire qu'il faut mettre une femme au volant d'une voiture plutôt qu'un homme mauvais conducteur, sans jamais s'interroger pour savoir si, des fois, la meuf, là, elle a passé son permis.
J'en ai vu qui, le cœur prétendument à gauche, ont voté à droite pour pas voter pour une bonne femme. J'en entends, encore aujourd'hui, dire que le programme de Poutou c'est couper la tête des patrons, dire qu'ils voteront pas Mélenchon parce qu'il a une sale tête. J'en entends encore plus, et ce sont les moins cons du lot (ce qui signifie qu'ils sont moins bêtes mais pas dénués de bêtise), dire que ça sert à rien de voter parce que de toute façon on finira toujours par se faire enculer.

A ces derniers, je dirai simplement : dire ça, c'est accepter de facto que d'autres votent, d'autres que vous n'aimez pas forcément, avec lesquels vous ne serez pas forcément d'accord, qui vont probablement voter en leur âme et conscience pour des candidats prompts à vous administrer la sodomie que vous craignez. Autrement dit, faudra pas venir vous plaindre si vous mordez l'oreiller, les gars : vous avez laissé s'exprimer ceux qui votent pour vos bourreaux et vous avez choisi de vous taire. En attendant un hypothétique changement de système, pour l'instant, c'est les élections, le suffrage universel, et dans universel, y'a vous. Tu la fermes ? Tu assumes. Sinon, sors de chez toi et change ton monde, mais je te préviens, ça ne s'est jamais fait sans sueur ni sang et encore moins avec de seuls clics de ta souris sur un "like" d'une page TêteDeLivre disant "Ouais faut faire la révolution".



Pour les autres, je suis persuadé à ce jour que, victimes consentantes d'un appareil de société qui les amène à préférer regarder si la photo du paysage est bonne plutôt que de regarder d'abord le paysage sans le cadre du futur souvenir, ils et elles votent pour une tête, pour une image, une sensation qui leur convient égoïstement. Ils achètent une politique comme ils achètent une lessive. Au lieu d'un choix de société, donc un choix qui transcende leurs seules préoccupations unitaires, ça devient un choix de consommation. Et peut-on vraiment leur en tenir rigueur, quand les politicards de tous bords se vendent à coups de slogans, d'affiches, de réunions tupperware (pardon, de meetings), se positionnant à coups de racolage au même niveau qu'une boîte de lessive dans le premier supermarché venu ? Oui. Clairement, indiscutablement, oui. On peut leur en tenir rigueur, on doit leur en tenir rigueur. Mais pas trop. On doit blâmer l'égoïsme en politique, mais il faut plaindre ceux qui y parviennent par la force de coercition de l'appareil de société.

Mon propos ici n'est nullement de prêcher une espèce de bonne parole universaliste disant "pense aux autres quand tu votes". Ce serait plutôt "pense aussi aux autres quand tu votes". Voire même "pense quand tu votes". Limite, "pense". Mais là, c'est de la misanthropie caractérisée, et ça nous éloigne du sujet tandis que ça me rapproche de la psychothérapie.



Je poursuis le déroulement de la logique qui m'anime : un choix aussi fondamental que celui d'un chef d'état doit se faire en tenant compte de plusieurs facteurs premiers, dont aucun ne doit être négligé. Un chef d'état choisit un premier ministre qui va composer l'équipe exécutive de la politique du pays pour 5 ans. Un chef d'état a le pouvoir légal de déployer les forces armées sans consulter l'assemblée nationale (laquelle n'a de poids que pour fixer le budget de la défense). Un chef d'état est le premier représentant du pays auprès des autres nations. Un chef d'état possède le pouvoir décisionnaire de la force nucléaire stratégique. Un chef d'état a le devoir de respecter la constitution et d'appliquer le programme politique qu'il a présenté pour se faire élire.

Il existe donc une dualité action/représentation dans la personne politique, que l'on peut rencontrer à peu près à n'importe quel niveau dans le choix d'un élu en France, depuis le très local jusqu'au national. Mais là, on choisit le patron des patrons (ou la matrone des matrones). Il importe donc d'aller au delà de la seule image et de réfléchir à tête reposée, programme en main, avant de déterminer à qui son vote ira, fusse-t-il un vote par défaut.



Lors du duel électoral Chirac-Le Pen suite au fiasco représentatif de la gauche plurielle de Jospin, j'ai manifesté comme bien des gens (chouette souvenir, d'ailleurs) dans les rues bondées d'un Paris partagé entre angoisse et espoir, et je portais une pancarte qui disait d'un côté "Au royaume des aveugles, ouvrez enfin les yeux ou le borgne sera roi" (pas terrible le slogan, je reconnais). Et de l'autre, ça disait "Qui oserait confier le bouton nucléaire à Le Pen ?" (et ça c'était déjà bien plus intelligent).
Vous vous en doutez, c'est le deuxième côté de la pancarte qui a fait le plus réagir. La plupart du temps, la réaction était "aaaaaaah ouais, c'est vrai, j'y avais pas pensé". Et comme ils disent dans le film, c'est là qu'est l'os. Même des manifestants agglutinés par centaines de milliers pour marquer leur virulent refus de confier le pouvoir à Le Pen, entre deux tours d'une élection présidentielle, n'y avaient pas pensé. Et pour être honnête, je n'y avais pas vraiment réfléchi moi-même jusqu'à ce que me frappe l'illumination.
J'étais plus jeune, j'étais plus con, j'avais donc quelques excuses. Mais quand même. Ça m'a marqué, et une des raisons pour lesquelles je blablate ce post en forme de roman, c'est justement que je veux faire rentrer ça dans le crâne d'un maximum de gens. Il faut y penser. Un de nos devoirs essentiels, en tant que membres d'une société (le terme adéquat est citoyen) est d'y penser.

Or, voilà-t-y pas que l'occasion d'y penser se présente en cet an de grâce 2012.

Chiche, on le fait ? Cette fois-ci, on y réfléchit vraiment ? Hein ? On ose, les gars ? Z'êtes d'acc ?

Chiche !



Étalons donc par terre les portraits, les programmes politiques, et faisons notre choix. Voilà comment je fais le mien. Ce sont mes raisons, elles sont discutables comme toute raison, mais vu que c'est mon blog et que je prêche la bonne parole car je suis la lumière dans les ténèbres de vos vécés qui vous permet de retrouver par terre, de nuit, le rouleau de PQ qui a roulé derrière la cuvette, vous me faites confiance et j'espère bien que vous savez pourquoi. Moi, j'en sais rien ! :-)



J'exclus Marine Le Pen directement pour les raisons suivantes :
je doute absolument de l'aptitude de cette femme à rechercher la solution diplomatique et le compromis dans les relations extérieures comme intérieures. La politique (la bonne politique, hein) étant pour moi l'art de mettre d'accord sur un pilier de valeurs communes des gens qui sont contraints par la vie de se frotter les uns aux autres, son attitude et son discours va-t-en-guerre permanent me font redouter de confier les rênes de l'armée et nos joyeux ICBM à l'héritière de son papa. Et ça, c'est pour les trucs les plus simples à gérer, parce que lâcher un bourrin pareil dans des négociations tripartites sur les minima sociaux entre gestionnaires du budget de l'état, représentants syndicaux et représentants patronaux, c'est ouvrir une succursale de la Foire du Trône au beau milieu des salons de la République.
J'estime de plus que son discours sur les méfaits de l'immigration "non contrôlée" est entaché de présomptions néfastes et d'une haine viscérale de celui qui n'est pas comme moi, qu'il résonne à côté des propos d'un Guéant ou d'un Guaino comme une position de défiance par défaut vis à vis de ceux qui envisagent la vie en France comme une opportunité, en clair j'ai l'impression qu'elle et ceux qui la suivent et qui formeraient son gouvernement sont pétris d'une idée saumâtre et nécrosée de ce qu'est la France, de ce que doit devenir ce pays, attachant plus d'importance aux jolis drapeaux qui en rehausseraient prétendument le panache qu'à l'honorabilité bien réelle qu'il y aurait à rendre le sourire aux misérables de cette nation, quelle que soit leur couleur ou leur pays d'origine.



J'exclus évidemment Nicolas Sarkozy pour un faisceau (ha ha !) de raisons à peine différent.
J'y rajoute les termes négatifs du bilan : les centres de rétention, les quotas de verbalisation, les quotas d'expulsion, la mise en pièce de l'éducation nationale, la surenchère insécuritaire qui fait que j'ai plus peur aujourd'hui de mon prochain qu'avant l'ère Sarko grâce aux flics inattaquables, aux caméras partout qui font que les malfrats sont systématiquement cagoulés, la vassalisation auprès des Etats-Unis, la mollesse de la critique du régime israëlien, la non-intervention en Syrie, l'accueil de Khadafi dans les jardins de l'Elysée, le délit d'outrage, les peines plancher, la destruction du droit du travail, le pied de nez écologique du Grenelle de l'Environnement, le léchage de semelle à l'appareil financier libéral, la lutte fantôme contre les paradis fiscaux, la déférence devant le MEDEF et son lien évident avec le désintérêt total pour le chômage, la précarité partout, l'absence d'action pour le logement, la liste est longue, longue, longue, des griefs que je tiens à l'actuel chef de l'état français (et je parle pas des Rolex et des Patek Philippe).
Certes, il lui est arrivé et il lui arrive encore d'agir parfois (rarement)(très rarement) en accord avec mes convictions. Mais quand j'embauche un menuisier pour bâtir une p'tite cabane de jardin, et qu'il me démolit toute ma charpente et coupe tous mes arbres pour finalement me bricoler avec un demi-chiotte mal fini qui sent le moisi et qu'il me facture 100 000 € plus des frais, à moi qui maintenant n'ai plus de maison, pour qu'il puisse se barrer peinard aux Seychelles en glosant sur les plaisirs sains des riches qui assument leur richesse, je sais pas pourquoi, mais je gueule et je le fous dehors. La France de Sarko, c'est pas la France forte, c'est la France morte. Moribonde, agonisante, débandante à mort, elle pue le rat crevé et se flétrit sur son grabat, tombant d'inanition à force de chérir ses petits diamants plutôt que d'en échanger quelques-uns contre des patates et un sauciflard.

La suite bientôt...

--G4rF--